‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 551 sur 574 · A M. FABRY · texte numérisé non relu

A M. FABRY

' 4 janvier 1760.

J'ai relu, monsieur, avec une nouvelle attention et un plaisir nouveau, vos deux mémoires sur le pays de Gex. Il m'est venu dans la lète une idée que je soumets à vos lumières.

Xe pourrait-on pas, après avoir fait sentir aux fermiers généraux combien le pays de Gex est à leur charge, leur proposer d'accepter une somme de trois cent mille livres au nom du pays, avec la faculté, pour tout remboursement, d'acheter le sel au même prix que Genève et les Grisons, et de le vendre à l'étranger et au pays de Gex, et surtout à Genève. Ceux qui fourniraient les trois cent mille livres, au nombre desquels vous seriez pour si petite somme qu'il vous plairait, se chargeraient de l'entretien des chemins. Plus de garde, pas même à Versoy. La liberté et l'abondance seraient le partage du pays de Gex sous votre administration; point d'impôt sous le nom de rachat des gabelles, nulle gêne, rien que du profit.

Vous seriez à la tête de la compagnie qui avancerait les cent mille écus.

Cette compagnie demanderait à fournir le sel au pays de Gex, à Genève, à Versoy et au pays de Vaud ; s'il est possible, à tout l'étranger.

Elle achèterait 12,000 minots de sel par an, au moins; chaque minot reviendrait à environ 6 livres.

Elle en vendrait à la ville de Genève ce qu'elle en consomme au prix ordinaire.

1. Ces pièces, tirées des Archives de l'Ain et publiées par M. Vayssière dans Voltaire et le pays de Gex (in-S", Bourg, 1876), complètent la Correspondance sur un point particulier.

Les autres pièces recueillies par M. \ ayssière dans son ouvrage se trouvent dans la Correspondance,

Elle le vendrait au pays de Gex et à l'étranger le môme prix que Genève

a fixé.

Elle pourrait faire annuellement un profit de 60,000 livres au moins.

Sur CCS 60,000 livres, on donnerait aux associés environ pour les deniers de leurs avances 30,000 liv.

L'entretien de tous les chemins par an, ponts et chaussées. 6,000 »

Frais de régie et gratifications aux associés qui travailleraient 24,000 »

60,000 liv.

On pourrait encore exiger des fermiers généraux qu'ils nous vendissent tous les ans une certaine quantité de tabac au prix coûtant.

Pour ces opérations, on fournirait aux fermiers généraux cent mille écus dans les besoins les plus pressants.

On aurait de ces cent mille écus une rente très-considérable ; le pays de Gex serait riche, et l'administration n'y perdrait pas. Vous demanderez où l'on peut trouver trois cent mille livres ; vous en trouverez quatre cent mille dans huit jours.

Je vous prie, monsieur, d'examiner cette idée et de vouloir bien la rectifier : il me semble qu'on en peut tirer quelque avantage, et que le plomb peut devenir or en passant de ma tète dans la vôtre. Jlfaudrait que vous eussiez la bonté de venir coucher chez nous; une heure de conversation fait plus et mieux que mille lettres.

J'ai l'honneur d'être bien sincèrement votre très-humble et très-obéissant serviteur. V.

Celui qui m'a proposé cette affaire paraît en état de trouver en peu de temps les trois cent mille livres; mais il faudrait qu'un homme comme vous, monsieur, qui connaît si bien le pays, rédigeât la proposition et la rendît praticable.

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