‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 87 sur 574 · De Lope de Vega ou de Mira de Mescua · texte numérisé non relu

De Lope de Vega ou de Mira de Mescua

5. Dom Vêlage, ou l'Entrée des Maures en Espagne, par le sieur de Juveiiel. Paris, chez Guili. Macé, 1045, 2 vol. in-8".

PRÉFACE DL' COMMENTATEUR. 83

gédie tâche cVintéresser par des aventures bourgeoises attendrissantes; il n'a pas le don du comique : il cherche à y suppléer j par l'intérêt ; il ne peut s'élever au cothurne : il rehausse un peu i le brodequin ^ )

Il peut arriver sans doute des aventures très-funestes à de simples citoyens ; mais elles sont bien moins attachantes que celles des souverains, dont le sort entraîne celui des nations. L'n bourgeois peut être assassiné comme Pompée ; mais la mort de Pompée fera toujours un tout autre effet que celle d'un bour-j i geois.

Si vous traitez les intérêts d'un bourgeois dans le style de Mithridatc, il n'y a plus de convenance ; si vous représentez une aventure terrible d'un homme du commun en style familier, cette diction familière, convenable au personnage, ne l'est plus au sujet. Il ne faut point transposer les bornes des arts; la comédie doit s'élever, et la tragédie doit s'abaisser à propos; mais ni l'une ni l'autre ne doit changer de nature.

Corneille prétend que le refus d'un suffrage illustre ht tomber son Don Sanchc-. Le suffrage qui lui manqua fut celui du grand €ondé. Mais Corneille devait se souvenir que les dégoûts et les critiques du cardinal de Richelieu, homme plus accrédité dans la littérature que le grand Condé, n'avaient pu nuire au CicL II est plus aisé à un prince de faire la guerre civile que d'anéantir un bon ouvrage. Phèdre se releva bientôt, malgré la cabale des Jiommes les plus puissants.

Si Don Sanche est presque oublié, s'il n'eut jamais un grand succès, c'est que trois princesses amoureuses d'un inconnu débitent les maximes les plus froides d'amour et de fierté ; c'est qu'il ne s'agit que de savoir qui épousera ces princesses; c'est que personne ne se soucie qu'elles soient mariées ou non. Vous verrez toujours l'amour traité, dans les pièces suivantes de Corneille, du style froid et entortillé des mauvais romans de ce temps-là. Vous ne verrez jamais les sentiments du cœur développés avec cette noble simplicité, avec ce naturel tendre, avec cette élégance qui nous enchante dans le quatrième livre de Virgile, dans certains morceaux d'Ovide, dans plusieurs rôles de Racine; mérite que depuis Racine personne n'a connu parmi nous, dont aucun auteur n'a approché en Italie depuis le Pastor fido; mérite

1. Faisons remarquer ce que Voltaire dit encore ici contre la comédie larmoyante, et voyez dans le Dictionnaire philosophique l'article Art dramatique.

2. Cet illustre suffrage était-il celui du prince de Condé, ou celui de la reine, ou celui de Mazarin? C'est ce qui est encore eu question.

entièrement ignoré en Angleterre, et même dans le reste clc

l'Europe.

Corneille est trop grand par les belles scènes du Cid, de Cinna, des Horaces, de Polycucte, de Pompée, etc, pour qu'on puisse le rabaisser en disant la vérité. Sa mémoire est respectable ; la vérité l'est encore davantage. Ce commentaire est principalement destiné à l'instruction des jeunes gens. La plupart de ceux qui ont voulu imiter Corneille, et qui ont cru qu'une intrigue froide, soutenue de quelques maximes de méchanceté qu'on appelle politique, et d'insolence qu'on appelle grandeur, pourrait soutenir leurs pièces, les ont vues tomber pour jamais. Corneille suppose toujours, dans les examens de ses pièces, depuis Théodore et Pertharite, quelque petit défaut qui a nui à ses ouvrages; et il oublie toujours que le froid, qui est le plus grand défaut, est ce qui les tue.

La grandeur héroïque de don Sanche, qui se croit fils d'un pêcheur, est d'une beauté dont le genre était inconnu en France: mais c'est la seule chose qui pût soutenir cette pièce, indigne d'ailleurs de l'auteur de Cinna. Le succès dépend presque toujours du sujet. Pourquoi Corneille choisit-il un roman espagnol, une comédie espagnole, pour son modèle, au lieu de choisir dans l'histoire romaine et dans la fable grecque ?

C'eût été un très-beau sujet qu'un soldat de fortune qui rétablit sur le trône sa maîtresse et sa mère sans les connaître; mais il faudrait que dans un tel sujet tout fût grand et intéressant.

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