SQUINE
Malgré l'insuffisance de ces renseignements sur l'action physiologique de la Spigélie anthelminthique, si l'on tient comptc.de la famille à laquelle elle appartient et des effets mieux connus de sa congénère, la Spigélie du Maryland, on admettra l'espèce du Codex au nombre des poisons convulsivants. La Spigélie du Maryland (Spigelia Martjlandica , angl. Carolina Pink, perennial worm Grass), dont la composition est analogue à celle de la précédente, donne lieu, en effet, au vertige, à la diminution de la vision, h la dilatation pupillaire, à des spasmes des muscles faciaux, et quelquefois à des convulsions générales. Elle est également vermicide.
Usages. — Les deux Spigélies ne sont employées que comme anthelminthiques : en poudre, ou la'dose de 50 centigrammes à 1 gramme, pour un enfant de trois à quatre ans; à celle de 2 à U grammes, pour un adulte (Spigelia Marylandica), ou de 30 à 60 centigrammes et de 1 à 2 grammes {Spigelia Anthelmia). Celle-ci se donne aussi en sirop et en décoction, à la dose de 8 grammes dans 500 grammes d'eau, dont on prend 60 à 120 grammes par jour. Cette dose peut être remplacée par deux ou trois feuilles fraîches.
On assure l'effet en administrant ensuite de l'huile de Ricin.
&P1LANTHE. — Voy. Cresson de Para.
squine, Smilax China, L. — Asparaginées.
\ngl. Cliina-root. — Ail. Chinawurzel.
Le Smilax China habite la Chine, le Japon et la Cochinchine.
Composition. — Sa racine, analysée par Reinsch, a donné les résultais suivants : cire, résine balsamique, smilacine, sucre, matière colorante résineuse, matière colorante gommeuse rouge, acide tannique, amidon, gluten, ligneux et sels.
Action physiologique et usages. — Les effets physiologiques de la Squine sont peu apparents, cependant on la croit diaphorétique, et elle le devient manifestement lorsqu'elle est prise en boisson. Son goût fade, légèrement amer à la fin, ne décèle d'ailleurs aucune propriété énergique.
On emploie la Squine, comme dépurative, dans les mêmes circonstances que la Salsepareille, à savoir : dans le rhumatisme, la goutte, les dartres invétérées, et surtout dans la syphilis constitutionnelle. Rarement elle est administrée seule; presque toujours on l'associe à la Salsepareille, au Gayac et au Sassafras, qui constituent avec elle les Quatre bois sudori figues, en sorte qu'il est aussi difficile de savoir ce qu'elle vaut isolément comme sudorifique cl dépurative que de se convaincre des vertus antisyphilitiques du mélange auquel on joint à peu près toujours des préparations mereurielles ou iodurées. Prosper Alpin dit que la Squine augmente l'embonpoint. Le fait est que la racine du Sniilu.c pseudo-China sert à engraisser les porcs dans l'Amérique septentrionale.
La Squine en ire dans la Décoction sudorifique et la tisane appelée Bbchet simple de l' Hôtel-Dieu de Lyon,
staphisaigre, Delphinium Staphisagria, L. — RenÔNCULACées- Hellérorées.
Angl. Lonse-seed, Stavesacre seed. — Ail. Ldusesamen.
La Staphisaigre croît dans le midi de la France, en Italie, en Grèce. Ses semences sont la seule partie officinale.
Composition. — Lassaigne et Feneulle l'ont trouvée composée de : principe amer brun, huile volatile, principe amer jaune, matière azotée et mucilagineuse, delphine combinée avec l'acide malique et sels minéraux.
La Delphine est une base alcaline, cristallisable, formant avec les acides des sels définis et plus solubles qu'elle-même. Elle est peu soluble dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool et l'éther, inodore, d'une saveur d'abord amère, puis excessivement acre.
D'après les expériences d'Orfila, elle constitue un poison irritant qui, à la dose de 30 à UQ centigrammes, occasionne chez les chiens des vomissements et desselles diarrhéiques, puis de l'agitation, de la titubation, de la faiblesse et des mouvements convulsifs.
Action physiologique et usages. — Les semences de Staphisaigre sont émétiques et purgatives. Mâchées, elles sont amères, acres et brûlantes; avalées, même en petite quantité, elles irritent fortement le gosier. Données à un chien, elles peuvent le faire périr, et l'on trouve la muqueuse digestive enflammée. Les effets toxiques se produisent également à la suite de l'application sur une plaie vive, et les animaux inférieurs, poissons, insectes, en ressentent la funeste influence.
Les anciens employaient la Staphisaigre comme éméto-cathartique. De nos jours on ne s'en sert plus que contre la gale, et spécialement contre les poux; encore est-il prudent de s'assurer de l'intégrité du cuir chevelu, afin d'éviter l'absorption par des surfaces érodées ou entamées par des fissures.
Modes d'administration et doses. — On se sert de la poudre de Staphisaigre pour saupoudrer la tête et, au besoin, le corps des sujets qui portent des poux. La décoction, à la dose de 30 grammes de graines pour 90 grammes d'eau, a été conseillée contre la gale, et en lotions pour déterger les ulcères.
Autrefois on employait la décoction de quinze semences dans de l'eau miellée, comme éméto-cathartique. En poudre, on ne devrait, selon la remarque de Mérat et de Lens, l'administrer qu'à faible dose, 10 centigrammes, par exemple, dans un véhicule mucilagineux, contre les maladies non inflammatoires, et quand les premières voies n'ont aucune tendance à la phlogose.
La Staphisaigre est la substance active de la Pommade and phthiriasim.
stœchas, Lavandula Stœehas, L. — Lariées. Angl. French Lavander. — Ail. Stœehas.
STRAMOINIi.
Celte piaille, qui lire son nom des îles d'Hyères (insulœ Stojchades), où elle croît en abondance, comme dans les terrains siliceux du midi de l'Europe, possède les qualités des Labiées aromatiques en général, et spécialement celles de la Lavande officinale (voy. ce mot). Elle sent le camphre, et son huile essentielle renferme un stéaroptènc abondant.
On emploie \cStœchas dans le catarrhe pulmonaire, l'aménorrhée lorpide, certaines gastralgies (Alibert). Les sommités fleuries se prennent à la dose de h à 8 grammes en infusion théiforme. Elles entrent dans le Sirop de Stœchas, le Mithridate, le Sirop d' Erysimum composé, etc.
sntAMoixi: ou pomme-épineuse, Datura Stramonium, L.
Solanacées.
Angl. Thorn Apple. — Ail. Stechapfel.
Le Datura Stramonium est une espèce indigène qui vient dans les terres remuées et les décombres. On fait usage des feuilles et des semences.
Composition. — Les feuilles, selon Promnitz, contiennent: résine, extraclif, y compris la daturine, fécule verte, albumine, phosphates et sels végétaux de chaux et de magnésie, fibre ligueuse.
La Daturine est un alcaloïde dont la formule C3,H23AzOG est identique avec celle de l'Atropine, à laquelle elle ressemble d'ailleurs extrêmement. Elle est blanche, cristalline, inodore, d'un goût amarescent comme celui du Tabac. A peine soluble dans l'eau froide, plus soluble dans l'eau bouillante, elle se dissout aisément dans l'alcool, moins bien dans l'éther, et se combine avec les acides minéraux pour former des sels.
Comme l'Atropine et l'Hyoscyamine, l'alcaloïde du Datura est un poison mydriatique. Seulement la dilatation pupillaire qu'il produit au plus haut degré est, dit-on, moins durable qu'avec la Belladone. Toutefois Taylor établit que la mydriase dure plusieurs jours, lorsqu'elle a été déterminée par la solution de Daturine introduite entre les paupières. Ses autres effets sont d'ailleurs fort analogues à ceux de ses congénères. Absorbée et portée par le sang aux différents organes, la Daturine est éliminée par les reins et se retrouve dans l'urine. Allan l'y a constatée trois fois par la méthode de Henry.
Action physiologique. — Ingérées dans les premières voies ou appliquées en poudre sur une surface dépouillée d'épiderme, les semences de Stramoine donnent lieu aux symptômes suivants:
A dose faible ou modérée, le Datura émousse la sensibilité el soulage la douleur, dilate la pupille el trouble légèrement la vue ; occasionne un peu de sécheresse de gorge et de soif, ordinairement un peu de relâchement du ventre quelquefois de la diurèse ou bien de la sueur, en même temps que l'élévation de la température el l'accélération du pouls. A dose élevée, il produit des nausées, des vertiges, un sentiment de faiblesse et d'affaissement général, une stupeur légère; puis de l'agitation, des spasmes, une dilatation énorme des pupilles avec obscurcissement de la vue, céphalalgie, délire furieux avec
hallucinations continuelles, insomnie opiniâtre, soif ardente, sécheresse et construction pénible de la gorge, dysphagie, peau sèche et chaude se couvrant parfois d'une éruption scarlatiniforme. On a noté aussi la rareté de J'urine et la fréquence de la miction, quelquefois de la cardialgie, des vomissements et de la diarrhée.
Si le cas doit être fatal, le sujet perd la voix, la sécheresse du pharynx rend la déglutition impossible; la mydriase est extrême, les yeux demeurent insensibles à la lumière ; le collapsus et la stupeur succèdent à l'agitation délirante; il survient des convulsions ou bien la paralysie, le refroidissement, et enfin la mort. Si l'organisme triomphe de l'action toxique, on voit les symptômes se calmer peu à peu, tout danger disparaître en quelques heures, et bientôt même toute trace d'empoisonnement s'effacer. Néanmoins on a vu le délire et la cécité, ainsi que la mydriase, persister plusieurs jours et même plusieurs semaines. Cette puissance du Datura pour produire des hallucinations, des visions fantastiques, lui avait valu, au moyen âge, les noms à' Herbe aux sorciers, d' Herbe au diable.
Ainsi le Datura est un poison narcotique cérébral, qui fait surtout délirer et stupéfie, mais qui ne fait pas dormir. Son action, quoi qu'en dise Vogt, est très-semblable, si ce n'est identique, à celle de la Belladone.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les Datura ferox, D. (astuosa, D. Metel et D. sanguinea peuvent être substitués à la Stramoine, dont ils partagent les vertus. La Belladone est également synergique du Datura Stramonium. Il en est de même de la Jusquiame, et jusqu'à un certain point des autres Solanées vireuses, qui ont toutes entre elles une évidente analogie d'action.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — L'Opium est vraisemblablement l'antidote de la Stramoine au même titre qu'il l'est de la Belladone. On peut présumer que les alcooliques ne seraient pas non plus sans influence sur les symptômes du Daturisme. Le Tannin et la INoix de galle sont les contre-poisons chimiques de l'alcaloïde.
Usages. — Ses propriétés physiologiques recommandent le Datura dans les névroses, les névralgies et les alîections douloureuses.
En qualité à'anodyn, il est usité dans le tic douloureux, la sciatique et les autres névralgies périphériques ou viscérales ; dans le rhumatisme, la photophobie, les ulcères irritables, les hémorrhoïdes douloureuses, les brûlures. En qualité ({'antispasmodique, on l'emploie contre l'asthme et les dyspnées analogues, contre la coqueluche, la nymphomanie et le priapisme. Ou l'a aussi conseillé, mais avec moins d'avantages, dans certaines névroses accompagnées d'hallucinations et de délire, ou bien de convulsions, comme dans la chorée et l'épilepsie. Enfin, les oculistes s'en sont servis comme mydriatique, et Jobert (de Lamballe) lui donne la préférence sur l'Atropine. C'est dans l'asthme spasmodique et les névralgies que la Stramoine réussit le mieux, mais spécialement, selon nous, dans la forme congestive des nérvralgies. De