PHOSPHORE
PEROXYDE DE MANGANÈSE. — Voy. OXYDE DE MANGANÈSE,
phénol. — Voy. Acide phénique.
phosphore, Phosphorus.
Angl. Phosphorus. — AU. Phosphor.
Le Phosphore se rencontre à L'état de phosphates dans le règne minéral, à l'état d'acide phosphorique libre ou combiné avec la chaux, la potasse, le fer, dans beaucoup d'espèces végétales. Enfin il fait partie des os et de la substance nerveuse des animaux. Les feux follets des cimetières et des marais sont formés d'hydrogène phosphoré, spontanément inflammable, provenant de la décomposition des matières organiques.
Ce corps simple, d'une odeur alliacée, soluble dans l'éther et les acides, se présente sous plusieurs états allotropiques aussi distincts par leurs caractères physiques et chimiques que par leurs effets sur 1 économie animale.
Action physiologique. — Les vapeurs de phosphore irritent les conjonctives et la muqueuse des voies respiratoires. Elles peuvent même déterminer des affections catarrhales bronchiques et pulmonaires. Une petite masse de phosphore ordinaire, de 1 à 2 centigrammes au plus, introduite dans l'estomac, y cause une sensation de chaleur douce et agréable. Absorbée, elle donne lieu à une excitation marquée de la circulation. Le pouls devient plus plein et plus fréquent, la température du corps s'élève, l'activité mentale et le pouvoir musculaire s'accroissent, le sens génital s'exalte, il survient de la sueur et de la diurèse.
Des doses plus fortes occasionneraient une douleur cuisante dans la région épigastrique, des vomissements, de la diarrhée, ou même de la gastro-entérite, et la cautérisation de la muqueuse digestive avec les phénomènes toxiques des poisons corrosifs. Puis il survient de l'ictère, la diathèse hémorrhagique, et plus lard du délire et des convulsions: 10 à 15 centigrammes suffisent à produire de tels effets ((îhristîsoa), qui sont dus vraisemblablement à l'acide phosphorique produit par la combinaison d'une partie du métalloïde avec l'oxygène contenu dans le canal digestif, l'autre partie étant absorbée sans oxydation préalable. Après avoir pénétré dans le sang à l'état de dissolution dans l'albumine, et après s'être transformé en acide phosphorique, puis en phosphate de soude, le Phosphore passe sans doute en partie par les reins; mais il s'exhale aussi en nature par les poumons, et l'on a vu dans l'obscurité, chez des chiens empoisonnés par une injection d'huile phosphorique dans la veine jugulaire, une vapeur blanche de Phosphore s'échapper de la gueule. Les voies respiratoires traversées par le Phosphore libre ou combiné peuvent devenir le siège d'une vive phlogosc.
i\2C) SUBSTANCES URÉES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES,
La mort succède quelquefois à l'intoxication. Elle est précédée par des symptômes de collapsus et de coma, et l'autopsie fait découvrir, outre les érosions de la muqueuse stomacale, qui peuvent pourtant manquer, et les inflammations du gros intestin, une surcharge graisseuse (stéatose) du foie, des reins, des muscles du cœur, de ceux de la langue, etc. A côté de ces symptômes de l'empoisonnement rapide se placent ceux de l'affection constitutionnelle, lentement acquise par les sujets exposés aux émanations phosphoriques dans les ateliers de fabrication d'allumettes chimiques. Ce sont l'anémie et la cachexie, avec l'altération spéciale désignée sous le nom de nécrose phosphatée, laquelle porte sur l'un et l'autre maxillaire, et consiste, dans ses débuts, en une ostéite intense. Cette ostéite reconnaît sans doute pour cause l'action de l'acide phosphorique, dissous dans la salive, sur le fond des alvéoles dentaires, où il pénètre presque toujours par le fait de l'absence ou de la destruction partielle des dents (Lai lier), bien que, dans un cas de nécrose générale de la mâchoire inférieure (Gubler, Lailler), toutes les dents se soient montrées intactes.
L'état cachectique est peut-être, en partie, le résultat de l'introduction dans le sang de masses excessives du métalloïde ou de ses composés, mais il dérive certainement aussi des souffrances des sujets, de la suppuration épuisante, de la déglutition incessante du pus, de la difficulté de l'alimentation et de la misère antérieure.
Le Phosphore rouge, dit amorphe parce qu'il n'est pas susceptible de cristalliser, est exempt d'effets toxiques, et peut être ingéré à hautes doses sans aucun danger. Tout fait présumer que sous cet état allotropique, le Phosphore n'aurait pas non plus, pour les ouvriers en allumettes chimiques, les graves inconvénients attachés au maniement du Phosphore ordinaire, habituellement vitrifié, mais cristallisable.
Substances synergiques et antagonistes. — Aucun produit de la matière médicale n'agit exactement à la manière du Phosphore; celui qui s'en rapproche le plus est le Soufre. Mais, sans parler de la Cantharide, il a pour analogues les stimulants diffusibles, l'oxygène et les nervins ou dyiîamophores, tels que le Thé, le Café, la Coca, le Haschisch. Tandis que l'Arsenic, qui s'en rapproche beaucoup au point de vue chimique, semble en être l'antagoniste, comme le bromure de potassium l'est par rapport à l'iodure alcalin.
Il n'existe pas, dit-on, de contre-poison chimique du Phosphore. Cependant, puisqu'il agit topiquement à l'état d'acide phosphorique, il est rationnel de lui fournir une base pour saturer l'acide au fur et à mesure de sa formation. On a conseillé la magnésie hydratée (Brullé, Poggiaîe, C. Paul). Je propose l'eau de chaux, à laquelle on pourrait ajouter la poudre de charbon pour absorber les vapeurs phosphorées. L'huile conviendrait, selon moi, mieux que l'albumine pour garantir les surfaces muqueuses. Ses antidotes dynamiques sont les tempérants, les réfrigérants, les contre- stimulants.
Usages. — Le Ihosphorecst un stimulant diffusible d'une extrême éner-
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gie, et conséquemment d'un emploi dangereux. On l'a recommandé dans le cours des maladies à forme adynamique, dans la fièvre typhoïde et le typhus fever, dans la paralysie, la mélancolie, l'aman rose, etc. , ainsi que dans les convalescences accompagnées d'une excessive débilité. On s'en est servi quelqueibis pour rappeler les éruptions rétrocédées. Mais c'est surtout contre l'impuissance virile que cet agent [a été préconisé, bien qu'il ait rarement répondu à l'attente du médecin ou qu'il n'ait donné que des succès éphémères.
Le Phosphore a été proposé pour remplacer les autres moxas.
Modes d'administration et doses. — A l'intérieur, le Phosphore s'emploie en solution dans l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, l'huile de foie de morue.
La Teinture éthérèe de Phosphore renferme environ 20 centigrammes du principe actif pour 30 grammes de dissolvant, et se donne à la dose de 5 à 10 gouttes dans une potion ou de l'eau sucrée. La Solution de Phosphore dans le chloroforme se prescrit à des doses deux fois moindres.
La Solution de Phosphore dons le sulfure de carbone est la plus chargée ; chaque goutte contient environ 3 milligrammes du métalloïde. On peut l'administrer diluée dans de l'huile ou incorporée à de la magnésie.
Glower a eu l'idée d'ajouter du Phosphore à l'huile de foie de morue; cette association n'est appelée à rendre le double service qu'on en espère que si la proportion du stimulant est assez faible pour que le malade prenne les fortes doses d'huile habituellement nécessaires sans qu'il en puisse résulter le moindre inconvénient. Vhuile phosphorée de Tancienne pharmacopée prussienne, formée de 60 centigrammes de Phosphore dans 30 grammes d'huile d'amandes douces, est moins rarement prescrite que la précédente à la dose de 5 à 10 gouttes. On s'en sert aussi pour l'usage externe à la place de la Pommade phosphorée, qui n'en diffère que par la présence de l'axonge au lieu d'huile.
PLOMB, Plumbum.
Angl. Le ad. — Ail. Blei.
Le Plomb, rare à l'état natif, se rencontre plus souvent uni au soufre ou sous forme d'oxysels.
Ce métal peu pxydable est inattaquable par l'eau distillée, mais non par cette même eau chargée d'air atmosphérique et d'acide carbonique. Il est même à remarquer que l'eau pure et aérée, telle que celle de la pluie, dissout plus de Plomb que celle qui est chargée de sels neutres, notamment de carbonates et de sulfates.
ACTION physiologique. — Les effets altérants du Plomb ont déjà été mentionnés ou énumérés antérieurement (voy. Acétate et Carbonate de Plomb).
Voici la description sommaire des effets locaux et généraux des préparations dont le Plomb est la base.
Tous les sels plombiques sont toxiques, les uns rapidement par des doses
massives, les autres lentement par des doses minimes et longtemps répétées. Ces mêmes composés ont généralement une saveur douceâtre et sucrée qui n'exclut pas la stypticité dont jouissent particulièrement ceux qui sont solubles ou dissous.
L'Acétate de Plomb, par exemple, mérite le titre de Sucre de Saturne, et n'en exerce pas moins une astriction forte sur les tissus, en même temps qu'il coagule l'albumine.
A ces effets astringents et coagulants se borne l'action immédiate, topique ou diffusée, des préparations saturnines. Seulement elle s'accompagne de symptômes d'irritation gastrique (voy. Acétate de Plomb) lorsque la dose est excessive; il s'y joint aussi quelquefois des troubles graves des grandes fonctions : anxiété, crampes, engourdissements, symptômes cbolériformes, prostration, paralysie et coma. La mort peut être la conséquence de l'ingestion d'une énorme quantité, 30 a 60 grammes par exemple, de Sucre de Saturne.
Pour produire ces phénomènes, l'Acétate de Plomb intervient plutôt en qualité d'agent de coagulation et de poison corrosif qu'à titre de préparation saturnine. L'action du Plomb se manifeste, au contraire, dans toute sa pureté, lorsque ce sel ou tout autre composé plombique se trouve introduit à petites doses répétées dans le tube digestif et de là dans la circulation sanguine. En pareil cas, les premiers symptômes observés sont la diminution de l'appétit et des forces, la pâleur des téguments et la constipation. Puis viennent ordinairement des douleurs périarticulaires ou mélalgiqucs, et bientôt des coliques sèches, que généralement la pression soulage et qui sont quelquefois accompagnées de myodynie des parois charnues du ventre (Briquet). En même temps le foie se rétracte (Potain), et l'on voit se produire une teinte jaune des sclérotiques et de la peau, coïncidant avec des urines plus ou moins fortement colorées (ictère hémaphéique). On observe aussi le liséré bleuâtre des gencives . à la sertissure des dents, et parfois des taches ardoisées noirâtres sur la face muqueuse des lèvres et des joues au contact des dents, taches dues à une sorte de tatouage, et comparables pour l'aspect aux macules pigmentaires des chiens de chasse, ou des sujets affectés de négrinisme (maladie bronzée d'Addison). A ces phénomènes se joint l'analgésie cutanée de la face dorsale des avant-bras et de la partie externe du mollet, où elle est cependant moins prononcée, coïncidant avec l'anémie tégumentaire et l'obtusion du sens thermesthésique. Dans cette période l'albuminurie est l'exception, mais plus tard, quand la cachexie est avancée, il existe de la superalbuminose sanguine, et les reins laissent passer de l'albumine en proportion faible ou moyenne.
Si le sujet reste exposé longtemps à l'action toxique, il survient une paralysie des extenseurs communs des doigts avec conservation des mouvements des extenseurs propres et des radiaux. Plus rarement le même phénomène se produit aux extrémités inférieures. Quelquefois la paralysie affecte la forme hémiplégique. Au début, l'irritabilité hallériênne persiste dans les muscles
PLOMB. h'2d
paralysés, niais elle ne larde pas à s'éteindre dès que la nutrition s'altère et que l'amyotrophie succède.
La mort survient quelquefois comme dernier terme de la cachexie saturnine, mais elle termine plus rapidement la scène quand les accidents toxiques prennent la forme encéphalopathique, délirante ou convulsive. L'éclampsie saturnine est à peu près invariablement fatale. A l'autopsie, on voit dans le caecum et une partie du gros intestin une coloration noirâtre constituée par du sulfure de plomb (Ouevennc et Gubler), aussi bien que celle du liséré gingival et du tatouage des joues. Le métal se retrouve d'ailleurs dans les principaux viscères, notamment dans le cerveau, où les symptômes convulsifs l'ont fait rechercher davantage. De plus, l'analogie indique (voy. Acide arsé- NIEUx) que le Plomb, comme l'arsenic, doit exister dans la trame de tous les tissus, y compris les épithéliums, les cheveux et les poils. Les urines en entraînent pendant la vie de minimes quantités qu'il est difficile de saisir par l'analyse chimique.
11 est aisé de se rendre compte du mode d'action des préparations saturnines momentanément employées à doses moyennes ou fortes : à la l igueur, tous les phénomènes s'expliqueraient par leurs effets astringents. La théorie du saturnisme, chronique est autrement obscure et embarrassante. Toutefois il est permis d'invoquer comme syndrome essentiel auquel les autres sont subordonnés : la diminution de L'hématocausie et de l'éréthismc des capillaires sanguins avec ralentissement consécutif de la formation des globules et altération de la composition chimique et de la structure des tissus. Dans celle manière devoir, l'ictère hémaphéique par insuffisance hépatique dépendrait du spasme vasculaire; il en serait de même de l'anesthésic périphérique. Le délire et les convulsions seraient des symptômes d'anémie et d'asthénie cérébrales devant guérir par l'opium et les agents de fluxion sanguine. Or, la clinique m'a démontré que les opiacés sont en effet les meilleurs palliatifs de l'cncéphalopathie saturnine.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les qualités styptiques des sels de Plomb se retrouvent dans plusieurs composés minéraux et dans un grand nombre de plantes. Les acidulés agissent aussi d'une manière analogue.
Comme altérant, le Plomb se rapproche de l'Arsenic el de l'Antimoine plus que loule autre substance. Le froid modéré et soutenu est un adjuvant pour la production de l'analgésie, de la rétraction des capillaires et des phénomènes de sédation; enfin, les causes débilitantes diverses favorisent l'hypoglobulie et la cachexie.
Surstances antagonistes. — Antidotes, contre-poisons. — Les ioniques et les stimulants, et, sous d'autres rapports, les émollients et les anodins, contrarient l'action du Plomb et de ses combinaisons salines. Contre les symptômes douloureux et convulsifs du saturnisme chronique je recommande l'opium et les excitants diffusibles, qui ne doivent être abandonnés que lorsqu'il exislc des signes de phlegmasie secondaire ou bien de la stupeur. L'Iodurc de
Potassium n'est pas un antidote dynamique, mais simplement un moyen de favoriser la dénutrition et d'éliminer plus rapidement les tissus, ainsi que les produits imprégnés de la matière toxique.
Les substances incompatibles sont celles qui sont indiquées à propos de l'Acétate de Plomb (voy. ce mot) ; ajoutons que les contre-poisons sont l'hydrogène sulfuré et les sul [hydrates alcalins, l'acide sulfurique et les sulfates solubîes, notamment Palan.
Usages. — Le Plomb métallique en lames ou en feuilles plus ou moins étendues a été recommandé par Avicenne, Amado de Portugal et Ambroise Paré contre la sperniatorrhéc; par Reveillé-Parise pour le pansement des plaies et des ulcères. Plus récemment, on s'en est servi contre l'onyxis. Ce dernier usage est à peu près le seul qui subsiste. Les chirurgiens se servent encore de fils de Plomb pour sutures, et les dentistes emploient des feuilles minces de ce métal pour oblitérer les cavités des dents cariées.
Les composés de Plomb ont reçu en médecine des applications plus nombreuses et plus importantes. Ils ont été employés comme astringents, pour favoriser les résorptions, calmer la phlogosc, réduire les flux et arrêter les hémorrhagies; comme sédatifs, pour combattre les fièvres, enrayer les phlegmasies qui président au développement des produits nouveaux dans le cours des états diathésiques ; enfin pour dissiper les névralgies, probablement congestives ou hypersthéniques. (Voy. Carbonate, Acétate et Iodure de Plomb.)
TOlïSSIATE JtâCRUB ©E POTASSE. — Voy. CYANURE FERROSO-POTAS- SIQUE.
PRÏJSSI&TE ROUGE HE FETASSE. — Voy. CYANURE FERRICO-POTAS- SIQUE.
réalgar. — Voy. Sulfure rouge d'Arsenic.
salpêtre. — Voy. Nitrate de Potasse, savon blanc, Sapo sodicus.
Angl. Olive oil Soda Soap, Castile or Spanîsh Soap. — Ali. Seife.
Le Savon blanc, dit de Marseille, fait avec de l'huile d'olive et de la soude, est un mélange d'oléate et de m a rg a rate de cette base. Il sert aux usages domestiques, et entre, avec le carbonate de potasse, la chaux vive, le camphre et l'acide arsénieux* dans la composition du savon de Bécœur, usité pour la conservation des animaux empaillés.
SAVON AMlr«i>ALtN, SAAON MÉDiClNAL; Sapo amygdalinus. Angl. Almond Soap.