PER CHLORURE DE FER
pas à produire l'astriction des tissus, mais il devient irritant et caustique lorsqu'il est en solution concentrée, marquant, par exemple, Zi5° à l'aréomètre de Baumé. A ce degré, il coagule l'albumine ainsi que les autres substances protéiques, et forme une eschare superficielle, brunâtre. Quand on prend à l'intérieur de trop fortes doses de solution de Perchlorure ferrique, il produit dans les premières voies des désordres semblables, et donne lieu à des symptômes d'inflammation gastro-intestinale qui ont entraîné la mort dans un cas où le sujet avait avalé environ 45 grammes de solution concentrée.
Le Perchlorure de Fer, pris à petites doses, s'unit aux matières albuminoïdes du mucus des premières voies, et pénètre sous cette forme dans la cir- * culation.
Ses effets sont ceux des ferrugineux en général, c'est-à-dire toniques et reconstituants. En outre, il offre, à un plus haut point que les autres, les propriétés antiphlogistiques et antipyrétiques, le pouvoir de resserrer les tissus, de rétracter les vaisseaux sanguins, de diminuer par conséquent les hypérémies morbides, et d'augmenter la tension vasculaire. Cet effet remarquable se fait principalement sentir quand le sel ferrique, séparé de l'albumine par un êmonctoire dont le produit est exempt de cette substance protéique, retrouve alors toute sa puissance styptique. C'est ce qui a lieu précisément dans les reins. Ainsi s'explique l'efficacité du Perchlorure de Fer pour diminuer la congestion de ces organes, arrêter la néphrorrhagie, augmenter la diurèse et tonifier la surface interne de toutes les voies urinaires.
L'excès du Perchlorure de Fer non absorbé agit comme astringent sur le tube digestif, amène la constipation et colore en noir les matières fécales.
Usages. — Modes d'administration et doses. — Le Perchlorure de Fer n'est pas employé à l'état solide. On en prépare des solutions aqueuses plus ou moins concentrées^ dont la plus forte marque /i5° B. La plus haute puissance de la Solution officinale du Codex ne dépasse pas 30° avec une densité de 1,26. Il en est de même de celle d'Adrian, qui, bien qu'elle rougisse encore énergiquement le papier de tournesol, se distingue par sa parfaite neutralité chimique, ce qui lui enlève beaucoup de ses propriétés irritantes, caustiques, et lui donne une supériorité incontestable dans la médication interne.
L'addition de proportions plus ou moins considérables d'eau distillée donne à la liqueur fondamentale des titres décroissants depuis 25°, 20°, 15° jusqu'à 10° B.
Les premières applications du Perchlorure de Fer, faites par Pravaz et encouragées par Lallemand, ont eu pour but la coagulation du sang dans les vaisseaux et la cure des anévrysmes. Aujourd'hui ce composé est également usité en médecine et en chirurgie, et la monographie du docteur Deleau, médecin de la Roquette, constate le rang élevé qu'il occupe dans la thérapeutique interne et externe.
En même temps qu'elle s'est généralisée, la méthode de Pravaz s'est modi-
fiée dans le sens des résultats expérimentaux obtenus à Alfort par Goubaux et Giraldès. Ces observateurs ont montré que, pour obtenir un caillot non fluidifiable, il ne faut passe servir de la solution escharotique à Zi5° ou Zi9° B., mais bien de la solution normale du Codex, et que, pour avoir un caillot d'emblée solide, il ne faut pas que le* titre descende au-dessous de 20°.
L'opération consiste à injecter dans l'intérieur de la poche anévrysmale, à l'aide de la petite seringue imaginée par Pravaz ou de la modification de Liïer, des gouttes de solution officinale de Perchlorure ferrique en nombre variable, suivant le volume de l'anévrysme, et conséquemment de la masse de sang à coaguler.
Le premier phénomène produit est la solidification du sang touché par le sel ferrique (caillot primitif )\ immédiatement après vient la coagulation spontanée du=s ang arrêté par ce bouchon solide [caillot secondaire). Puis l'épanchement del ymphe plastique dans le canal de l'artère amène l'adhésion du coagulum à ses parois. Ultérieurement se fait la résorption des parties chimiquement désorganisées, l'hypertrophie de la tunique moyenne, l'enkystement du caillot, la disparition du caillot secondaire et des exsudats plastiques; enfin l'occlusion de l'artère.
Mais il survient parfois des accidents, savoir : la dissolution de la masse coagulée, l'inflammation suppurative du sac, la gangrène des parties circonvoisines, et la mort peut arriver, soit comme conséquence de ces désordres locaux, soit par le fait de l'infection purulente ou de la migration des embolies.
L'injection de la solution officinale de Perchlorure de Fer a été pratiquée également dans le but d'obtenir la cure radicale des varices. Cette solution constitue un topique puissamment styptique, très-fréquemment usité contre les hômorrhagies traumaliques ou du moins externes, c'est-à-dire "occupant une région directement accessible, telle que le col de l'utérus (Guersant, etc.).
On peut s'en servir de même pour modifier des plaies de mauvais caractère, avoriser la cicatrisation des trajets fisluleux. C'est, assurément, l'un des meilleurs calhérétiques à opposer aux accidents primitifs de l'angine maligne, diphthérique, gangreneuse ou sphacélo-diphtliérique, parce qu'il ne* cautérise pas profondément, et ne fait, poiir ainsi dire, que tanner ou momifier les pellicules coucnncuses et les eschares. •
Diluée, la solution normale constituerait un bon- modificateur local de ki blennorrhée et de la leucorrhée (Barudcl, Guibert). Deleau prescrit une Pommade au Perchlorure ferrique contre la teigne, l'acné, la mentagre et diverses dartres rebelles.
Quelques gouttes de solution à 20°, instillées entre les paupières, ont réussi à faire disparaître des pannus et des kératites vasculaires (Follin, Gosselin, Nélaton, etc.). La solution à /i5° est réservée actuejlement poulies cas où Ton a besoin d'une action caustique : par exemple, quand il s'agit de cautériser un chancre et de neutraliser le virus syphilitique, o.u bien de détruire des végétations, des tumeuvs érectilcs (Yvonneau, Leclerq,
PERCHLORITUE DE FER. 517
Al. Thierry), de désinfecter des tumeurs cancéreuses ulcérées et saignantes (Kivisch).
A l'intérieur, le Perchlorure de Fêr a été administré avec succès à la dose de 20 à UO gouttes de solution normale en potion dans les hémorrhagies viscérales, notamment dans le purpura kœmorrhagica. On l'a donné aussi dans la diarrhée chronique, même dans la bronchite et le catarrhe pulmonaire (Deleau), dans les pyrexips, telles que la fièvre puerpérale ou la fièvre typhoïde, et pltfs récemment dans i'érysipèle, afin de diminuer l'intensité de la fièvre, de la phlegmasie cutanée et d'abréger la durée du mal (Bell, etc.).
Il est superflu d'ajouter que, sous, une forme très-diluée, le Perchlorure ferrique réaliserait tous les avantages reconnus aux préparations martiales comme toniques, analeptiques et corroborants.
Quand on vent obtenir les effets astringents immédiats de la solution de Perchlorure de Fer, il faut l'administrer isolément et plus ou moins étendue d'eau, selon les cas. Ainsi, pour agir localement sur l'œsophage ou sur l'estomac, soit pour en arrêter les hémorrhagies, soit pour les tonifier, on prescrira une potion composée de 20 à 30 ou t\0 gouttes de Solution officinale; eau distillée, 100 à 150 grammes, et sirop de sucre, 15 à 30 grammes, sans addition d'aucune substance organique capable de masquer" le Perchlorure. Mais cette précaution'est superflue, si l'on recherche uniquement les effets secondaires du sel ferrique, après absorption et diffusion dans l'économie. Dans ce cas,, non-seulement la présence des matières albuminoïdes n'est pas à redouter, comme on le croit généralement, mais je pense, au contraire, qu'une solution de blanc d'œuf serait un excellent véhicule, à la condition d'y ajouter, goutte à goutte, la liqueur de Perchlorure de Fer, et d'agiter chaque fois afin que le sel ferrique rencontre aussitôt un grand excès d'albumine pouvant l'incarcérer. L'absorption s'exerce sur ce composé ferrico-proteique duquel le Perchlorure de Fer s'échappe intact en passant dans l'urine ou d'autres sécrétions non albumincuses.
Pour fortifier l'action astringente, anticatarrhalc et hémostatique du Perchlorure de Fer, il est bon de l'associer à diverses substances synergiques,telles que l'ergot ou ses préparations, les balsamiques, et spécialement les huiles essentielles.
Je le prescris avec l'essence de térébenthine et l'ergot contre l'hémoptysie, l'hématurie, les métrorrhagics, etc. Guibert donne la formule suivante contre la blennorrhagie chronique : Solution normale de Perchlorure de Fer, 2 grammes; ergotine de Bonjean, 3 grammes; extrait oléo-résineux de cubèbe, 5 grammes. Pour 60 pilules. i
Les injections de Perchlorure de Fer se font avec 1 à 2 ou 3 grammes au plus de Solution normale dans 150 grammes d'eau pure ou de décoction de Guimauve et de Pavot.
CHLORURE DE ZWC, Chloruretum zincicum.
Angl. Chloride ofZinc, Butter of Zinc. — AU. Zinck Chlorûr.
Le Chlorure de Zinc (ZnCl) est un sel de consistance de cire, déliquescent, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther. Il contient parfois 12 pour 100 d'arséniate de zinc.
Action physiologique. — Appliqué sur la peau dépouillée d'épiderme, le Chlorure de Zinc détermine en quelques minutes une eschare blanchâtre, épaisse et très- dure, qui tombe après un laps de temps sensiblement égal à celui que met à se détacher la rondelle d'un cautère produit par la pâte de Vienne. Le délai est moindre s'il s'agit d'un tissu morbide. Naturellement cette mortification est accompagnée d'une violente cuisson. La présence de l'épiderme n'est pas un empêchement absolu ; elle retarde seulement les effets du caustique.
De petites doses de Chlorure de Zinc portées dans l'estomac détermineraient une stimulation plus ou moins marquée de la muqueuse et une sensation analogue à celle de la faim. Des doses plus fortes occasionneraient de la gastralgie; enfin une quantité excessive de Chlorure de Zinc agirait comme un poison corrosif, et donnerait lieu à la série des accidents locaux et autres qui caractérisent tous les empoisonnements de cette sorte : vomissements, sueur froide, algidité, dépression du pouls, suppression des urines, crampes, etc.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les caustiques sont congénères du Chlorure de Zinc pour sa principale propriété physiologique; mais il n'en est point, à part le Chlorure d'Antimoine, dont on fasse son auxiliaire thérapeutique.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les corps gras gênent l'action de tous les poisons, les mucilagineux et les narcotiques en atténuent les effets. Mais les antagonistes spéciaux du Chlorure de Zinc, sous le rapport chimique, sont les alcalis, leurs carbonates et les sels alcalins à acides très-faibles. Aussi l'eau de savon est-elle administrée avec avantage comme contre-poison du Chlorure de Zinc. On donnerait avec le même succès la lessive de cendre ou les cendres elles-mêmes dont la soude précipiterait l'oxyde de Zinc en faisant du Chlorure de Sodium. Il n'y a rien à dire sur les antidotes dynamiques d'un agent dont l'action générale reste au moins douteuse.
Usages. — Modes d'administration et doses. — D'après ce que nous savons de l'inertie du Zinc comme médicament antispasmodique, il n'y a rien à espérer du chlorure de ce métal dans l'épilepsie ou la chorée, maladies contre lesquelles on l'a pourtant préconisé. Si le moyen n'était pas bon, en revanche il pouvait devenir très-mauvais à raison de son action corrosive ; on a donc fait sagement d'y renoncer.
Le Chlorure de Zinc ne s'emploie maintenant que dans la thérapeutique chirurgicale. C'est peut-être le caustique le plus commode, en même temps que sûr, pour] -détruire les productions homœomorphes ou hétéromorphes :