CHAPITRE XV
ACIDE ACÉTIQUE cristaixisable, Acidum ace.ticum purum. Angl. Glacial acetic Acid. — Ail. Esùgsuure, Acidum aceticum, Acetum glaciale.
V Acide acétique (C'HWjlO) se rencontre à l'état de combinaison avec les bases alcalines ou terreuses, même avec l'ammoniaque, clans un grand nombre de fruits. On l'obtient par la fermentation acétique des liqueurs alcooliques, telles que la bière, le cidre, et surtout le vin. II se forme aussi pendant la distillation du bois (voy. Acide acétique du bois, p. 377).
L'Acide acétique cristallisable constitue le plus haut degré déconcentration du Vinaigre à l'état de pureté, et s'extrait de l'Acétate de Soude décomposé par l'Acide sulfnrique. C'est une substance d'une odeur caractéristique, agréable et pénétrante, d'une saveur franchement acide, fraîche et piquante à l'état de dilution, caustique au contraire quand elle est appliquée en quantité un peu trop forte sur les tissus.
A l'exception du caséum qu'il coagule et qu'il sert à reconnaître, l'Acide acétique dissout toutes les substances protéiques : albumine, muscles, corpuscules sanguins, tissus connectif et fibreux.
Action physiolocique, — Appliqué sur les surfaces organiques à dose faible, l'Acide acétique détermine la rétraction des tissus et le resserrement des capillaires sanguins. A dose plus forte, il agit comme irritant, en ce qu'il excite de la douleur et de la fluxion sanguine. En masse plus considérable encore, il développe son action chimique, dissout les éléments histologiques de la région et constitue un caustique. Ses effets, à part le plus faible de tous, l'astriction, offrent donc plusieurs degrés comparables à ceux de la brûlure; ce sont : 1° le simple érythème ; 2° la vésication; 3° la cautérisation plus ou moins profonde. L'action sur l'estomac, qui, pour être interne, n'en est pas moins locale, ne diffère pas de celle que l'Acide acétique exerce sur la peau. Ainsi le vinaigre étendu diminue la vascularité de la muqueuse hypérémiée et rafraîchit, mais en même temps il sert de dissolvant aux éléments du mucus et aux substances albuminoïdes ingérées en qualité d'aliments. C'est donc un auxiliaire des sucs digestifs.
Rarement l'Acide acétique est introduit en assez grande quantité et sous forme assez concentrée pour agir comme caustique et produire les effets d'un poison irritant. Si par bonheur les observations d'empoisonnement chez l'homme font défaut, en revanche les expériences sur les oiseaux et les mammifères démontrent les effets funestes des hautes doses d'Acide acétique, lesquelles déterminent tant par sympathie irradiée de l'estomac que par leur dif-
fusion dans toute l'économie, des étourdissements, des convulsions et la paralysie du sentiment et du mouvement.
A l'autopsie, les liquides décèlent par leur odeur la présence de l'Acide acétique, et l'on rencontre habituellement des lésions de la trachée-artère et des poumons.
Torlé dans la circulation, le Vinaigre, ainsi que les autres acidulés, diminue la combustion respiratoire, devient sédatif et réfrigérant.
A la longue, l'usage du Vinaigre entraîne l'amaigrissement et la cachexie, moins par l'intermédiaire de son action sur l'hématose et sur tout le système que par ses effets directs et topiques sur l'estomac. Les vapeurs d'Acide acétique concentré excitent vivement la membrane pituitaire, et réveillent par là les fonctions respiratoires et cardiaques devenues languissantes.
L'Acide acétique se retrouve vraisemblablement dans les émonctoires à l'état de combinaison avec la soude, peut-être aussi en partie à l'état d'isolement. Une petite proportion doit se transformer en acide carbonique dans l'acte respiratoire.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les semblables de l'Acide acétique pur sont : le Vinaigre et les autres sortes d'Acide acétique ; ses analogues sont les acides végétaux en général.
Substances antagonistes, incompatibles. — Contre-poisons, antidotes. — Les antagonistes, au point de vue de l'action pharmacodynamique générale, sont les excitants, les fluidifiants, tels que l'Ammoniaque. Sous le rapport des effets locaux, ce sont les alcalins et les basiques capables de saturer l'acide. Ces mêmes substances deviennent au besoin les contre-poisons de l'Acide acétique.
Usages. — Sous forme concentrée, l'Acide acétique peut servir, dans la médication révulsive, à déterminer la rubéfaction et la vésication. J. Cloquet et Neucourt l'emploient pour amollir les verrues et la base des cors, qu'il est ensuite plus facile de déraciner. Cette application se retrouve dans un remède populaire qui consiste en une sorte de cataplasme formé de poudre d'ardoise délayée dans du vinaigre et sert aux mêmes usages.
Dans quelques pays, c'est, en applications topiques, un remède populaire contre les parasites des deux règnes. L'inhalation de ses vapeurs e*t fréquemment usitée pour prévenir la syncope ou ranimer les sujets qui sont tombés sans connaissance. À l'état dilué, l'Acide acétique agit à la manière du groupe des acidulés, dont il est le type, comme anlidyspeptique dans l'acor et la pyrosis, comme tempérant et sédatif dans les pyrexies et les phlegmasies.
Cette action tempérante repose elle-même sur le double effet astringent ou anémiant et antihématosique. C'est en diminuant l'hypérémie que la Limonade acétique combat efficacement la congestion cérébrale qui accompagne la manie ou l'empoisonnement par les opiacés. C'est en communiquant une plus grande plasticité au sang et une plus grande élasticité aux tissus, que le vinaigre est utile contre le scorbut. Dilué dans de l'eau froide, il est employé avec