ACIDE CYANHYDRIQUE OU PRUSSIQUE
nergiques de l'Hydrogène sulfuré, dans ses effets excitants. Gomme altérant, ce gaz a pour analogues l'iode et l'arsenic.
Substances antagonistes, incompatibles — Antidotes, contre-poisons. — Les effets généraux de l'acide sulfhydrique, comme préparation de soufre, sont contrariés par le froid soutenu, par les toniques sédatifs tels que les astringents et le quinquina, enfin par tous les abincitants, lesquels deviennent ainsi dans certaines conditions et dans une certaine mesure ses incompatibles dynamiques et jusqu'à un certain point ses antidotes. Ses incompatibles chimiques sont le chlore, le brome et l'iode, qui s'emparent de l'hydrogène et mettent le soufre à nu; les alcalis et les oxydes métalliques qui se combinent au contraire avec le métalloïde pour former des sulfures. Toutes ces substances pourraient, à ia rigueur, servir de contre-poisons chimiques à l'Hydrogène sulfuré contenu encore dans les cavités digestives ; mds, pour décomposer le gaz sulfhydrique qui emplit les bronches ou qui gâte l'air atmosphérique, il faudrait avoir recours aux principes volatils ou gazeux, et spécialement au chlore.
^ Usages et modes d'administration. — L'Hydrogène sulfuré, en solution aqueuse, est un réactif souvent usité pour reconnaître la présence des différents métaux. Il sert entre les mains du médecin comme contre-poison des sels de plomb et comme agent thérapeutique.
Cette solution est substituée quelquefois aux eaux sulfureuses naturelles, sans les remplacer complètement. On l'administre par cuillerées à soupe on par demi-verrées, étendue de lait chaud ou d'une infusion aromatique, dans les catarrhes des muqueuses, les affections cutanées, les formes chroniques de la goutte et du rhumatisme, et dans la diathèse syphilitique larvée ou mal dessinée.
L'Hydrogène sulfuré est l'un des ingrédiens actifs des eaux sulfureuses naturelles. On respire ce gaz dans les salles d'inhalation des établissements thermaux qui utilisent les sources sulfureuses.
ACIDE CYAr«HYDRiftUE OU PKL-ssiQUE, Acidum cyanhydHcum. Angl. Prussic Acid. — AH. Blausàure.
L'Acide cyanhydrique (HGy = H, G^Az) n'existe ordinairement pas tout torme dans la nature, mais il peut être retiré d'un grand nombre de plantes qui exhalent généralement l'odeur d'essence d'amandes amères, et particuhèrement de beaucoup d'espèces de Rosacées appartenant aux tribus des i:'omees et des Amygdalées, ainsi que de la Bourgène et de l'ergot de Seigle.
Action physiologique. - L'Acide prussique est certainement l'un des poisons les plus violents et les plus subtils, principalement pour les animaux a sang chaud. Une seule goutte de cet acide anhydre portée dans la ûouche ou sur la conjonctive fait périr un chien en quelques secondes. Wuand 11 touche la cornée, celle-ci devient blanche et opaque ; il s'écoule 0 de larmes. Les principaux phénomènes observés sont des convulsions, la perte du sentiment et des mouvements volontaires.
Chez l'homme, on a eu malheureusement l'occasion d'observer plus d'une fois ces eflets véritablement foudroyants de l'Acide cyanhydrique. En ce cas on n'observe aucune lésion cadavérique appréciable. Quand la mort se fait attendre davantage et que ce délai permet l'analyse symplomatique du fait morbide, on constate ce qui suit : amertume de la bouche, chaleur dans le gosier et l'estomac, nausées, salivation ; sentiment d'étourdissement et de défaillance; respiration difficile, lente ou fréquente, interrompue par des soupirs; pupilles ordinairement dilatées; pouls faible et même insensible, refroidissement, porte du sentiment et du mouvement ; puis, si l'issue doit être funeste, coma suivi de mort. Ces phénomènes se déroulent dans l'espace d'une demi-heure, rarement en quelques heures. Il s'y joint parfois des convulsions toniques et cloniques.
Ajouté au sang veineux l'Acide cyanhydrique le rend rutilant et néanmoins dans les lésions observées après la mort et qui se bornent à un étit hypérémique des viscères on note une coloration noirâtre du sang, qui est fluide, visqueux et huileux. Les organes sentent manifestement l'Acide prussique. Schônbein a reconnu que le sang rendu rutilant par l'Acide cyanhydrique brunit au contact de l'eau oxygénée, ce qui fournit le moyen de constater la présence du poison. Lécorché et Meuriot ont constaté que les globules du sang noirâtre, diffluent, trouvé sur le cadavre ont perdu toute affinité pour l'oxygène et les raies de l'hémoglobine observées au spectroscope se montrent élargies et moins nettement définies.
Si la dose n'est pas toxique ou si l'organisme résiste, le sujet accuse de la céphalalgie, du trouble de la vision, de l'anxiété précordiale, des malaises nerveux, des vertiges, des étourdissements, de la dyspnée, de la fatigue et de la somnolence. Le pouls est tantôt lent, tantôt fréquent. Il existe assez souvent de la salivation, quelquefois de la diarrhée, comme à la suite de l'ingestion des préparations de fleurs de pêcher.
Pendant ce temps-là l'haleine exhale une odeur appréciable d'amandes amères, témoignant de l'excrétion de l'Acide cyanhydrique par les voies respiratoires, et démontrant du même coup la résistance de ce composé à l'action comburante de l'oxygène dans la circulation. La présence à l'état normal du solfocyanure de potassium dans la salive me porte à penser que l'Acide prussique doit s'éliminer en partie par cette voie, et que l'irritation sécrétoire qui en résulte explique le ptyalisme observé. Il y a lieu de croire également qu'il en passe un peu par les reins.
Au résumé, l'Acide cyanhydrique, de même que les autres narcotiques ou stupéfiants, exerce une irritation locale, révélée par la sensation de brûlure dans le tube digestif et par la rougeur de la muqueuse. Cependant la salivation, la nausée et la diarrhée ne me paraissent pas devoir être mises uniquement sur le compte de cette action topique ; je les considère aussi comme des effets indirects de l'action générale, laquelle est analogue à l'asphyxie. D'après les expériences de Millon, l'Acide cyanhydrique jouit d'une propriété de contact fort remarquable qui lui permet, par sa seule présence en
ACIDE CYANHYDRIQOE OU PRUSSIQDB. 573
quantité très-minime, de s'opposer à l'oxydation et aux dédoublements de certains produits organiques. D'autre part, de récentes expériences, (Dumas) démontrent que les composés cyaniques entravent ou suppriment les fermentations, ce que j'explique par une action toxique sur les organismes inférieurs jouant le rôle de ferments. Il est donc vraisemblable que l'Acide ■ cyanhydrique se comporte de même dans le torrent circulatoire, et que, mettant obstacle à l'accomplissement de l'hématose par son action catalytique et toxique sur les hématies, il supprime ainsi l'influence vivifiante du système nerveux, et arrête instantanément le jeu de toutes les grandes fonctions. D'où l'anesthésie cutanée et rétinienne, l'amyosthénie volontaire, les convulsions par abincitation, la torpeur intellectuelle, la dyspnée, etc.
L'anoxémie entraîne en même temps au début l'augmentation de l'action tonique des fibres conlracliles de la vie organique, et conséquemment l'accroissement du mouvement péristaltique intestinal , ainsi que cela se voit dans les expériences sur les animaux où l'on surcharge le sang veineux d'acide carbonique (Brown-Séquard). Que l'oxygène soit exclu ou qu'il soit mis dans l'impossibilité d'agir, le résultat est le même.
D'ailleurs les vivisections démontrent la réalité de cette action directe sur le sang, indirecte sur l'appareil nerveux. Mis en contact avec les troncs nerveux dénudés, l'Acide cyanhydrique reste sans effet; appliqué sur la muqueuse linguale, il empoisonne malgré la section préalable des nerfs de cet organe.
Telle est la théorie pharmaco dynamique de l'Acide prussique que j'ai dédéveloppée dans la première édition de cet ouvrage et dont je trouve la confirmation dans quelques travaux ultérieurs. Si l'Acide cyanhydrique excite le nerf vague et s'il paralyse le bulbe comme le croient Lecorché et Meuriot, cette action est secondaire. En tout cas les expériencesde J.Jones, qui a le premier invoqué ce mécanisme, ne sont pas de nature à démontrer la réalité de l'action toxique du sang chargé d'acide cyanhydrique sur le bulbe et la moelle épinière. Il est toujours possible d'objecter que cet acide appliqué directement sur les centres nerveux de jeunes alligators, devait produire des effets chimiques entièrement distincts de son action dynamique et capables d'altérer le tissu nerveux au point d'en arrêter les fonctions.
Substances synergiques, auxiliaires. — L'essence d'amandes amères ou de Laurier-cerise, ce qui est tout un, possède une action pharmacodynamique entièrement semblable, à l'intensité près, à celle de l'Acide prussique et peut en être considérée comme le seul succédané. Les substances qui s'opposent au conflit de l'oxygène avec le sang, telles que l'arsenic et l'antimome; celles qui, comme les astringents, resserrent et anémient les tissus ; les sédatifs et les stupéfiants qui sont en même temps toniques des nerfs vaso-moteurs; les réfrigérants, y compris le froid ; enfin toutes les circonstances qui diminuent les phénomènes de l'hématose, agissent dans le même sens que l'Acide cyanhydrique et en favorisent les effets. . Substances ANTAGONISTES, incompatibles. — Antidotes, contre-
POISONS. — Les antagonistes de l'Acide cyanhydrique sont les stimulants diffusibles et la chaleur, les opiacés et les paralysants du vaso-moteur, les alcalins à petites doses?, et toutes les conditions de suractivité des phénomènes de combustion dont le sang est le théâtre. En conséquence, les alcooliques, l'opium, le phosphore, les inhalations d'oxygène pur, sont les antidotes dynamiques de l'Acide prussique. Ses contre-poisons chimiques sont les substances avides d'hydrogène, spécialement le chlore. Ce métalloïde, non plus que l'iode et les corps oxydants, ne doit être associé à l'acide hydrocyanique. Il en est de même des composés d'argent et des oxydes métalliques, pouvant donner naissance à des composés insolubles.
Usages. — Les préparations sédatives, stupéfiantes et par excellence contre-stimulantes, qui ont l'Acide cyanhydrique pour base, sont spécialement indiquées dans les cas oti l'excitation du système nerveux se rattache à des phénomènes d'hypérémie et de phlogose. C'est donc avec raison que les praticiens prescrivent ce médicament dans les maladies inflammatoires et fébriles contre un symptôme douloureux ou spasmodique, par exemple contre les convulsions symptomatiques des phlegmasies des centres nerveux, contre le délire des affections pyrétiques, ou la toux pénible et quinteuse de la grippe et des phlegmasies thoraciques. Seulement il ne faut pas attendre de cet agent la curation de la maladie principale, pour deux raisons : la première, que son action anhématosique est trop soudaine et trop violente pour n'être pas dangereuse ; la seconde, qu'elle est trop fugitive pour êtredécidément efficace.
L'Acide cyanhydrique n'est qu'un palliatif pour les irritations inflammatoires et fébriles, mais il offre une valeur curative lorsqu'il s'agit de calmer de douleurs ayant leur siège dans les premières voies ou des troubles nerveux généralisés, dérivés de ceux-là. Certaines gastralgies ou gastrodynies, certaines entérodynies ou entéralgies qui ont résisté aux opiacés et aux solanées vireuses, cèdent à l'Acide prussique. En même temps se dissipent les symptômes secondaires : palpitations, amyosthénie cardiaque, tendance syncopale, obnubilation de la vue et phénomènes spasmodiques variés.
Mais s'il apporte quelque soulagement, en fin de compte l'Acide hydrocyanique échoue contre l'asthme et les grandes névroses : hystérie, chorée, épilepsie, tétanos, et, à plus forte raison, contre la rage, la seule maladie jusqu'ici fatalement et irrévocablement mortelle.
L'acide cyanhydrique deviendrait probablement comme l'eau de Lauriercerise un adjuvant des diurétiques et des cathartiques dans certaines conditions déterminées d'éréthisme inflammatoire et fébrile.
On se sert avec succès de l'Acide cyanhydrique à l'extérieur dans les affections cutanées douloureuses ou prurigineuses, particulièrement dans le prurigo et surtout celui des parties génitales, ainsi que dans l'eczéma, le lichen et les éruptions d'acné de forme irritative. On l'a aussi conseillé en injections contre la chaudepisse cordée.
Pour ces dernières applications, comme pour la désinfection e a sueur,
l'Acide cyanhydrique est remplacé avantageusement par l'eau distillée de Laurier-cerise (voy. ce mot), et dans quelques cas par le Lait d'amandes (voy. Amandes amères).
Modes d'administration et doses. — L'Acide prussique n'est pas em- • ployé absolument pur et anhydre. L'Acide prussique médicinal n'en renferme que le dixième de son poids, le reste étant représenté par de l'eau, et s'administre à la dose de 5 à 10 gouttes le premier jour, dans une potion de 125 grammes à prendre par cuillerées. On élève progressivement la dose d& 1 à 2 gouttes par jour.
Le Sirop d'Acide cyanhydrique du Codex, contenant 1 partie d'Acide au dixième et 199 parties de sirop simple, se prescrit à la dose de 50 à 60 grammes.
La Lotion cyanhydrique se prépare avec 4 à 8 grammes d'Acide médicinal dans 1 litre d'eau de Laitue.
ACIDE CARBO]\iQUE, Acidum carbonicum.
Angl. Carbonic Acid. — AU. Kohlensàure.
L'Acide carbonique (GO^) existe constamment dans l'atmosphère terrestre dans la proportion de 1 à 2 dix-millièmes. Il y est versé par la respiration des animaux et la combustion des substances organiques ; une petite partie provient des fissures du sol en communication avec d'anciens foyers volcaniques, comme à la grotte du Chien ou dans la Vallée du poison à Java, ainsi que dans un grand nombre de localités de l'Auvergne et du Vivarais, en France. En outre, beaucoup d'eaux minérales sont chargées de ce gaz, auquel elles doivent leurs qualités acidulés spéciales. Les principales sont celles de Ghateldon, Gondillac, Saint-Galmier, Seltz, Royat, Vichy, Spa, Saint-Alban, Saint-Pardoux, Orezza, etc.
Action physiologique. — En contact avec une muqueuse (il en serait de même avec la peau dépouillée d'épiderme), l'Acide carbonique détermina une sensation de chaleur et de picotement analogue à celle qu'on éprouve en avalant de la bière mousseuse. Mais lorsque la peau intacte est protégée par sa couche épidermique, la sensation de chaleur ressentie vers la périphérie, à la suite de l'immersion dans une atmosphère surchargée d'Acide carbonique, n'est peut-être pas la conséquence de l'action directe du gaz sur le tégument : elle serait plutôt consécutive, soit à la diffusion de l'Acide carbonique dans les capillaires sanguins après l'absorption pulmonaire, soit à la réfrigération déterminée, le cas échéant, par la douche gazeuse sur un point de la périphérie cutanée, et constitue en définitive un phénomène réactionnel, autrement dit négatif. Du moins j'interprète ainsi les expériences de Rotureau, et rien jusqu'à présent ne me paraît démontrer péremptoirement l'action stimulante d'abord, et plus tard anesthésique, attribuée à rAcide carbonique agissant localement sur le tégument externe encore préservé par son enveloppe épidermique. S'il arrivait à produire dans une certaine mesure de semblables effets, ce serait sans doute d'une manière
détournée, en pénétrant dans les glandes sudoripares en vertu de la loi de diffusion des gaz, en s'opposant à l'échange gazeux entre la peau et l'atmosphère, et en retenant l'Acide carbonique normal emprisonné dans les capillaires sanguins. Au reste, Demarquay reconnaît que l'analgésie cutanée obtenue parce procédé ne serait ni assez sûre, ni assez prononcée pour être utilisée dans la pratique usuelle de la chirurgie.
Il n'en est pas de même pour les plaies et les muqueuses : l'Acide carbonique anesthésie ces surfaces pourvues d'un épithélium rudimentaire ou caduc, ou du moins il en diminue facilement la sensibilité, ainsi que l'établissaient déjà des observations de White dans le dernier siècle, et que le démontrent surabondamment celles des expérimentateurs modernes.
Sur les organes des sens spéciaux, les effets anesthésiques directs sont précédés, non-seulement de picotement et de chaleur, mais, suivant le cas, de phénomènes visuels, auditifs, olfactifs ou gustatifs, en rapport avec l'excitation primitive de la muqueuse. Des symptômes analogues se produisent du côté de l'estomac.
Porté directement, avec précaution, dans les grosses veines, ou bien amené par l'absorption dans le torrent circulatoire, l'Acide carbonique, s'il est en quantité suffisante, stimule légèrement le cœur, accélère la respiration, accroît la congestion périphérique, cause un picotement à la peau avec une sensation de chaleur agréable, et une sorte d'ivresse exhilarante, fugace, bien connue de tous ceux qui ont bu de la bière, du Champagne, ou simplement des eaux gazeuses. Injecté en trop grande quantité à la fois, le gaz carbonique produit des effets mécaniques nuisibles, dangereux ou mortels, sans qu'on puisse accuser justement l'action toxique proprement dite.
L'Acide carbonique, à peu près innocent quand il pénètre dans le sang par les veines de la grande circulation, est au contraire très-nuisible lorsqu'il s'introduit préalablement par l'appareil respiratoire. Selon sa proportion dans l'air respirable, il détermine plus ou moins promptement de la gêne respiratoire, de la cyanose, des mouvements péristaltiques de l'intestin et des exonérations plus actives, de l'anxiété, du vertige, de la céphalalgie, de la langueur, de la faiblesse, de l'insensibilité et même la perte de connaissance. Mais ces symptômes, si graves en apparence, ne tardent pas à se dissiper dès que le sujet peut respirer un air pur et vivifiant, à moins que la syncope ne soit complète et ne se prolonge malgré l'emploi des moyens rationnels.
L'Acide carbonique ne se comporte pas à la manière d'un poison actif, mais simplement comme un obstacle à l'hématose: il asphyxie, dit- on, et n'empoisonne pas. Cependant, lorsqu'il est mélangé avec l'air atmosphérique, ses effets asphyxiants sont plus funestes que ceux de certains autres gaz irrespirables : l'hydrogène et l'azote, parce qu'il s'oppose efficacement h l'issue de l'Acide carbonique provenant de la combustion respiratoire, et arrête plus brusquement l'échange indispensable à l'entretien de la vie (Guyton de Morveau, Cl. Bernard, Demarquay, P, Bert).
Substances synergiques, auxiliaires. — Tous les gaz irrespirables, toutes les causes d'asphyxie, agissent dans le même sens que l'Acide carbonique. Les alcoolF, les éthers, et généralement les substances hydrocarburées sont ses auxiliaires, relativement à la production de l'anesthésie et de l'ivresse.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes. Au point
de vue de l'action physiologique , il est facile , d'après ce qui précède de déterminer quels sont les agents antagonistes de l'Acide carbouique C'est avant tout l'oxygène ; puis viennent les stimulants de la périphérie cutanée.
Les antagonistes chimiqiies sont les bases alcalines ou terreuses, capables d'absorber l'Acide carbonique, et spécialement ces dernières, en raison de l'insolubilité de leurs carbonates.
Usages. — Habituellement l'Acide carbonique est employé à l'intérieur sous forme de boisson gazeuse (eau de Seltz artificielle ou naturelle; eaux de Condillac, de Saint-Galmier, de Facking; bière, etc.) pour stimuler l'appétit et la digestion gastrique. Cet excilant convient aux estomacs dits froids ou torpides, mais il réussit mal quand la muqueuse gastrique est hypérémiée, irritable, et qu'il existe de la pyrosis, ou quand la tunique musculeuse atone n'expulse pas l'excès du gaz carbonique qui distend le ventricule et s'oppose jusqu'à un certain point aux métamorphoses chimiques du travail digestif.
L'Acide carbonique partage avec l'alcool les propriétés des boissons fermentées, dont il fait partie intégrante.
Les inhalations d'Acide carbonique trouvent leur indication rationnelle dans certames formes irritatives de phthisie pulmonaire. En diminuant la quantité d'oxygène et la vivacité du conflit qui se passe normalement dans es poumons, l'Acide carbonique, comme l'hydrogène sulfuré, peut calmer 1 erethisme de ces viscères et ralentir la marche de la désorganisation On doit exphquer de la sorte les quelques résultats heureux obtenus par l'habitation dans les étables et par la respiration d'un air chargé de gaz carbonique obtenu artificiellement (Withering, Percival, Beddoès, Girtanner), oa dé^ié d une eau minérale, telle que celles de Saint-Alban (Gouin, Nepple) de Vichy (Durand-Fardel Wniemin). J'en dirai autant des angines granuleuse ou glanduleuses, traitées à Ems par les inhalations (Spengler) à Vichv nar les douches (WiUemin). ^ l^^^ë^er;, a Viciiy par
La respiration du gaz carbonique convient à cette catégorie d'asthmati ques nerveux probablement la plus nombreuse, qui souffre de la pure é
Saim-ATban ' '^'''^ ^
A Kissingen, on vante les bains généraux d'Acide carbonique contre la goutte es rhumalismes chroniques et les paralysies sans matière Ane en nement les médecins, guidés par des idées théoriques, se servaieo dr il 'Z^::: P-^^^^^^^ «^-es. e'u ra sence des p e e d
faits, je ne comprends l'utilité de l'Acide carbonique dans ce cas que comme moyen de stimuler l'estomac et de ralentir les phénomènes chimiques de l'hématose, et consécutivement la dénutrition. L'Acide carbonique ne saurait guère avoir d'autre rôle dans le scorbut.
Dans les affections chirurgicales, l'Acide carbonique peut être employé rationnellement : 1° comme anesthésique, 2" comme antiputride, 3° comme excitant local.
Dans ranliquit(^, l'Acide carbonique était déjà usité en qualité d'anesthésique par les Égyptiens, qui le dégageaient à l'aide du vinaigre de la Pierre de Meraphis.
Les douches ou injections de gaz carbonique ont été administrées depuis dix ans avec avantage, dans les cas de cancer du sein et de l'utérus (Follin, Demarquay, etc.). Broca et d'autres après lui ont pu apaiser les névralgies des organes urinaires par des injections d'acide carbonique dans la vessie. '[ Willemin, G. Paul ont réussi de même dans la dysménorrhée douloureuse.
Je les ai administrées dans des circonstances analogues sans beaucoup de succès, et plusieurs fois les malades se sont plaints avec vivacité du picotement et de la douleur que leur causait le contact du gaz sur le sein ulcéré, ' sur l'utérus ou sur la vessie. Pour administrer des douches de gaz carbonique, je me suis plusieurs fois servi d'un appareil fort simple et à la portée de tout le monde, savoir : un sipbon d'eau de Seltz arlificielle renversé sens dessus dessous, afin de permettre au gaz de s'échapper seul.
Elles agiraient bien dans les plaies douloureuses d'une autre nature. Mais le calme obtenu en maintenant un membre atteint d'ulcération ou de phlegmon dans un manchon plein d'Acide carbonique n'est pas dû simplement à l'action positive du gaz; il dépend en partie de la soustraction de la région affectée au contact de l'air, qui l'irrite et entretient un travail permanent de décomposition dans les humeurs versées à la surface des solutions de continuité. L'Acide carbonique se comporte ici comme un pansement par occlusion.
Gomme excitant local, l'Acide carbonique hâte la cicatrisation de certains ulcères mous, blafards et atoniques. D'après Rotureau, on améliore à Nauheim beaucoup d'otorrhées et de surdités consécutives, beaucoup d'ophtalmies chroniques, d'amauroses, de maladies des fosses nasale?, par les douches de gaz acide carbonique.
Modes d'administration et doses. — L'Acide carbonique s'administre en solution aqueûse {Acide carbonique dissous) ou bien à l'élat gazeux.
Sous la première forme, il se prend surtout k l'intérieur, cependant on s'est servi également d'eau de Seltz pour injections dans le vagin et l'utérus.
A l'état gazeux, l'Acide carbonique se prend en inhalations et en douches ou en injections, à l'aide d'appareils appropriés. Ou bien encore on en compose une atmosphère confinée qu'on maintient dans un manchon de caoutchouc établi autour d'un membre. Les injections calmantes, d'une à plusieurs minutes de durée, doivent être répétées deux fois par jour. Elles ont
lieu avec du gaz acide carbonique aussi exempt d'air atmosphérique que possible, ou avec une eau chargée de gaz à une haute pression.
Quant aux inhalations, il faut se garder de les faire dans de l'Acide carbonique pur. La proportion de ce gaz ne doit pas dépasser un dixième de l'air ou de l'oxygène auquel on le mélange. Un vingtième suffit lorsque l'expérience se prolonge.
Pour administrer les injections et les douches de gaz, on peut se servir de l'appareil Mondollot, ou bien d'un appareil à eau de Seltz ordinaire muni d'un ajutage, et qu'on a soin de renverser afin que le gaz, et non le liquide, s'échappe par le siphon.
ACIDE CHROiuiQUE, Acidum chromicum.
Angl. Chromic Acid. Ail. Chromsaûre.
L'Acide chromiqm (GrO', HO) est un produit de l'art. Le chrome est un métal peu répandu dans la nature où il ne semble jouer aucun rôle important. Cependant la découverte récente et inattendue de ce corps dans l'Eau minérale d'Aulus (Ariége) analysée par le savant hydrologue F. Garrigou, accroîtra singulièrement l'intérêt que les médecins lui accordaient jusqu'à présent.
Action physiologique. — Le Peroxyde de Chrome est, selon la dose, un simple irritant ou le plus violent des caustiques.
Appliqué en petite quantité sur la peau, il teint l'épiderme en jaune et cause une sensation de chaleur, de cuisson suivie de rubéfaction du derme. En plus forte proportion, il détermine au bout de dix minutes des douleurs plus vives, très-pénibles et persistantes, en même temps que l'escharification de la peau. Une masse encore plus considérable du caustique détruit les tissus à une grande profunJeur, en leur communiquant une coloration successivement jaune rougeâtre, brune et noire et formant une eschare sèche. Les muqueuses sont encore plus vivement attaquées que la peau. Telle est la puissance de cette action corrosive, que de petits animaux, souris, oiseaux, peuvent être dissous en un quart d'heure sans qu'il reste' trace de leurs poils, de leurs plumes, de leurs os ni même de leurs dents (Heller) Les ouvriers qui manient l'Acide chromique souffrent d'ulcérations fort douloureuses aux mains et aux parties accessibles; les accidents qu'ils éprouvent ont été signalés ailleurs (voy. Bichromate de Potasse).
A l'intérieur, l'Acide chromique agit également comme poison corrosif dune extrême violence, et donne heu à tous les symptômes de gastro-entérite, de péritonite avec accidents cholériformes, qui caractérisent les emnoi sonnements par les acides minéraux les plus énergiques. En solution éten due il agirait comme vomitif (Delpech).
L'Acide chromique doit, dit-on, sa puissance destructive à la facilité avec laquelle il cède son oxygène aux substances combustibles. D'après les ré sultalsde son action sur les matières ternaires, hydrocarbonées, j'ai lieu de penser que, tout en cédant une partie de son oxygène pour passer à l'état de
sesquioxyde de Chrôme, il se comporte plutôt comme l'acide sulfurique, c'est-k-dire que pour satisfaire son avidité pour l'eau, il s'empare des éléments de celle-ci et laisse à nu le charbon.
En effet, un pinceau de charpie trempé dans une solution concentrée d'Acide chromique s'échauife au bout de quelques instants, fait entendre un bouillonnement, se boursouFde, dégage quelques vapeurs, et t imbe en deliquium noirâtre. La température produite s'élève jusqu'à 108° centigrades (Busch). Des phénomènes semblables s'observent lorsque l'acide est mis en contact avec des tissus vivants.
Substances incompatibles. — Contre-poisons. — Les bases et les substances hydrocarbonées, en saturant les propriétés électro-négatives de l'Acide chromique, en lui fournissant l'eau dont il est avide, diminuent nécessairement ses propriétés corrosives et nuisent à son action caustique.
On lui assigne comme contre-poison chimique une mixture d'eau de chaux avec du lait et du blanc d'œuf.
Je pense que l'eau fortement sucrée et chargée d'amidon aurait une efficacité suffisante et pourrait être employée en cas d'urgence.
Usages. — L'Acide chromique est un agent trop redoutable et trop difficile à manier pour qu'on le donne à l'intérieur; il est réservé pour les applications topiques, et le Bichromate de Potasse le remplace dans la médication interne.
Hannover l'a employé le premier pour les préparations microscopiques ; mais la première application thérapeutique en a été faite par E. Bobm qui s'en est servi pour cautériser des chancres.
Gomme d'autres caustiques, l'Acide chromique en solution très-étendue n'agit que comme dessiccatif et styptique ; en solution plus forte, il devient un cathérétique ou un escharôtique; enfin, sous forme solide ou en solution concentrée, il constitue un caustique peut-être supérieur à tout autre sous le rapport de l'intensité d'action.
Pour l'appliquer, il convient de se servir d'une baguette de verre ou d'un pinceau d'amiante. Cependant on peut aussi en arroser une couche de charpie préalablement étalée sur la tumeur qu'il s'agit de détruire. La liqueur pénètre profondément dans le tissu vivant, et le carbonise en donnant heu à de cruelles douleurs qui s'apaisent au bout de quelques heures et sont dissipées le lendemain. Une inflammation éliminatrice succède, et amène après quelques semaines la séparation de la massa escbarifiée.
Pendant cette action topique, l'Acide chromique peut être absorbé en proportion assez considérable pour donner lieu à des phénomènes d'intoxication La mort a pu être la conséquence de ce genre d'empmsonnement. Il faudra donc éviter d'appliquer l'Acide chromique sur de trop larges surfaces, et l'on fera sagement de ne cautériser que l'étendue de quatre ou cinq centimètres carrés à. la fois. • . ir ^
On s'est servi quelquefois (Ure) de l'acide chromique solide cristallisé, pour détruire des excroissances. Magitot fait usage de la poudre, ou bien