‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 192 sur 293 · POTASSE, PROTOXYDE DE POTASSIUM HYDRATÉ · texte numérisé non relu

POTASSE, PROTOXYDE DE POTASSIUM HYDRATÉ

leurs se font sentir sur les organes intérieurs aussi bien qu'à la surface du corps; elle constitue par conséquent un poison corrosif, et, par suite de la mollesse de son eschare, donne lieu plus aisément que d'autres à la perforation de l'estomac (Orfila). Les symptômes observés sont ceux des empoisonnements par les acides minéraux caustiques.

Mêlée avec le sang tiré de la veine, non-seulement la Potasse ne le coagule pas, mais, en fluidifiant la fibrine, elle s'oppose encore à sa coagulation spontanée.

Prise à petites doses, de manière à éviter les effets toxiques, la Potasse devient un absorbant des acides gastriques, et peut nuire h la digestion si elle s'empare entièrement des acides normaux indispensables à l'accomplissement de cetle fonction. En revanche, elle favorise l'émulsionnement et l'absorption des matières grasses qui doit avoir lieu dans le duodénum.

Introduite dans le sang, la Potasse se combine vraisemblablement avec l'acide carbonique et s'élimine plus rapidement que la Soude avec les produits de la sécrélion rénale, qu'elle rend alcaline et dont elle accroît la quantité. En même temps elle agirait sur la crase sanguine, et déterminerait à la longue l'état aplastique du sang avec son appauvrissement, la perte des forces et la cachexie avec tendance hémorrhagique (voy. Bicarbonate de Soude).

Usages. — Pour l'usage interne , la Potasse caustique ne possède pas d'autres vertus que les carbonates de la même base ou que les carbonates sodiques, auxquels il faut accorder la préférence en raison des effets irritants locaux de la base alcaline libre.

Toutefois, en procédant avec ménagement, on peut employer celle-ci comme antacide, diurétique et dialytique, antiplastique, résolutive et fondante. Elle passe pour être active dans la syphilis, la scrofule, le rhumatisme et la goutte, les affections irritatives de l'utérus et des voies urinaires, ainsi que dans les maladies cutanées. La solution de Potasse caustique purifiée par l'alcool ne s'administre guère à l'intérieur. On s'en sert davantage, chez nous, comme réactif. Pour les collyres et les bains généraux il faut également y renoncer, parce qu'elle ne présente que des inconvénients sans compensation, et ne prescrire que des carbonates alcalins.

Localement, la Potasse pure ou Potasse à l'alcool s'emploie rarement en louons sur les dermatoses ou les plaies, plus souvent comme caustique, bien qu'elle ait par rapport à d'autres une infériorité : celle de fuser, c'e^t-à-dire de se liquéfier et de faire des tramées qui vont escharifier au loin les tissus dans des régions qu'il fallait respecter.

La Potasse caustique impure, ou Potasse à la chaux, malgré la dénomination de Pierre à cautère qui lui est conservée pour indiquer l'usage auquel on la destinait, n'est pas absolument exemple des inconvénients reprochés à la précédente. Elle fait moins de coulées à distance et forme une eschare plus circonscrite et plus régulière. Aussi lui donne-t-on la préférence sur la Potasse à l'alcool.

Quand on s'en sert pour établir un cautère, il faut avoir soin d'en appliquer un fragment quatre ou cinq fois plus petit que le diamètre de l'escharc qu'on veut obtenir.

Mais la Poudre de Vienne, formée de 50 parties de Potasse caustique à la chaux et de 60 parties de chaux, réunit toutes les conditions d'un escharotique puissant, rapide et exempt d'inconvénients. Ce violent caustique a été mis à profit pour détruire des tumeurs cancéreuses superficielles (Trousseau), pour mortifier des veines variqueuses et provoquer au-dessus et au-dessous l'oblitération du vaisseau (Bonnet), pour enlever des tumeurs érectiles (A. Bérard); enfin, dans le traitement de l'ongle incarné (Levrat-Perrotin) et d'un grand nombre d'autres affections (Solezaj.

Voici de quelle manière on emploie la Poudre de Vienne : On en fait une pâte en l'humectant avec de l'alcool dans une soucoupe de porcelaine ; puis on porte cette pâte, k l'aide d'une spatule, sur la peau préalablement recouverte d'un morceau de diachylum percé à son centre d'un trou de la grandeur de l'eschare qu'on veut produire, ou un peu plus petit. Le sparadrap doit être hermétiquement collé sur la région pour s'opposer à la diffusion du caustique. La durée de l'application est ordinairement de quelques minutes; mais, comme elle varie nécessairement un peu suivant le degré de causticité de la pâte, il convient de soulever celle ci de temps à autre afin de vérifier le progrès de l'escharification. Quand on aperçoit une surface brune, transparente comme de la corne claire et traversée par des stries arborescentes, sombres, formées par des veinules profondes du derme comprises dans le travail de mortification, alors il est temps d'arrêter l'opération. La pâte est enlevée k l'aide de la spatule; puis, le sparadrap étant rapidement détaché, on lave à l'eau vinaigrée pour saturer les parcelles de poudre escharotique restées adhérentes, et l'on essuie. La région est ensuite recouverte d'une croix de Malte en sparadrap de diachylum, qu'on renouvelle au moins une fois par jour, en ayant soin de ne pas laver si l'on vèut accélérer la chute de l'eschare, laquelle se fait attendre de une à trois semaines, selon la profondeur de la mortification et l'intensité de l'inflammation éliminatrice.

Le Caustique solide de Filhos, qui n'est que de la poudre de Vienne modifiée (potasse 2 gr., chaux 1 gr.) fondue au feu, coulée et solidifiée dans des tubes de plomb ou de gutta-percha, est beaucoup plus maniable que la poudre, et rend de véritables services lorsqu'il s'agit d'escharifier le col utérin ou de brûler de larges excroissances des parties génitales.

La potasse caustique, l'un des réactifs du glucose, peut encore servir à reconnaître dans l'urine, en apparence ictérique, la présence de la matière colorante du séné à laquelle elle communique instantanément, -à froid, une magnifique couleur pourpre. (Gubler.)

SOUDE, PnOTOXYDE DE SODIIM IllDBATÉ, Oxydum SOdi-

curr.

Angl. Caustic Soda, Oxyde of Natrium. — Ail. Nalrum hydricum seu causticum, Aelznatronhydrat.

La Soude (NaO) existe en masses immenses, sous forme de chlorhydrate ou chlorure, dans les eaux des mers et de quelques lacs salés, et dans les mines de sel gemme. G est elle qui, a 1 état de carbonate, donne au sang et aux liquides animaux leur réaction alcaline. Nous avons déjà parlé de son état naturel à propos de la. potasse (voy, ce mot).

En pharmacie, on ne se sert que de la Soude caustique liquide ou Liqueur des savonniers (acgl. Soap boiler's lye).

Action physiologique et usages. — Les effets locaux et généraux de la Soude sont semblables respectivement à ceux de même ordre produits par la potasse (voy. ce mot), avec cette légère différence que la Soude, moins hétérogène, est moins rapidement éliminée par l'urine et qu'elle stimule probablement moins la fonction des hématies, la sécrétion lactée et la métamorphose des muscles.

La Soude caustique pourrait suppléer la potasse dans ses diverses applications; en fait, elle ne sert qu'à préparer des savons.

GAZ AMMOÎVIAC et AlUIIIOI\I4QUE tlQLIDE, ALCALI VOLATIL

Âmmonia.

Angl. Ammoniac, volatile Alkali. — Ail. Ammoniacum causticum solu. tum, Aetzammoniakflûssigkeit.

L'Ammoniaque (AzH') est partout : dans la terre, l'eau de mer et quelques eaux minérales; dans l'atmosphère et l'eau de pluie; dans l'urine en combinaison avec les acides. C'est un produit habituel de la décomposition des matières organiques azotées. On en admet aussi la présence à l'état libre, mais en minime quantité, dans quelques végétaux, notamment dans la Vulvaire, le Sorbier des oiseleurs, le Pastel, la racine d'Hellébore noir les feuilles d'Aconif, etc.; mais il se pourrait que les chimistes eussent rencontre de la propylamine, de la trimélhylamine ou quelque autre alcali artificiel, et non de l'Ammoniaque : du moins le fait est déjà établi pour le Chenopodium Vulvaria, ainsi que pour plusieurs autres espèces botaniques

Action physiologique. - Les vapeurs ammoniacales, au contact ' des yeux, déterminent un vif picotement, la rougeur des conjonctives et le larmoiement. Dans les narines, elles occasionnent une sensation analogue perçue en I absence du sen.. de l'odorat, et provoquent l'épiphora en même temps qn un flux de liquide séreux fourni par la muqueuse nasale comme au plus tort d un coryza. Aspirées dans les voies respiratoires, elles excitent la muqueuse laryngo-bronchique, causent du malaise et un spasme glotti [ue pouvant a ller.jusqu'à la suffocation, le tout suivi d'un flot de mucus liquide

Appliquée sur la peau ou sur les muqueuses, l'Ammoniaque produit une donln r î " "î"^ °' ^ ^"^'^^"^^ excessivement

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abondante et lôuehe ou plastique. Si le contact se prolonge, il survient une mortification qui peut atteindre le tissu cellulo-adipeux 'sous-cutané. L'Ammoniaque est donc, selon la dose, un excitant local, un irritant ou un escharotique.

Ingérée dans les premières voies, l'Ammoniaque produit tous ses effets topiques : érythème, vésication, cautérisation avec une l'orme exsudative ou croupale (Bretonneau), et donne lieu à l'ensemble des symptômes qui caractérisent les poisons irritants et. corrosifs. Il survient des vomissements, de la gêne respiratoire et des convulsions.

En petite quantité, elle n'agit d'abord que comme un. excitant local et comme absorbant des acides. Mais l'Ammoniaque pénètre bientôt dans l'appareil sanguin, qu'elle stimule vivement. La circulation s'accélère et se renforce, la température s'élève; les sécréitions s'exagèrent, notamment celle des- bronches qui devient en même temps plus fluide; la peau se couvre de sueur : en un mot, il se développe une véritable fièvre artificielle quelquefois intense, toujours fugace;.

L'usage abusif de l'Ammoniaque à l'intérieur donnerait lieu à une dyscrasie sanguine caractérisée par la tendance à l'état aplastique du sang et aux hémorrhagies multiples, avec des lésions de nutrition et une débilité plus ou moins profonde.

L'Ammoniaque libre ou combinée avec l'acide carbonique, étant volatile, passe de préférence dans les produits de l'expiration pulmonaire et dans ceux de l'exhalation cutanée. Ses autres: combinaisons salines sont . excrétées par les reins.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les. stimulants diffusibles : la chaleur, l'opiam.et l'iode, synergiques de l'Ammoniaque quant à leurs effets généraux) en deviennent au besoin- les. auxiliaires. L'Alcali volatil, à son tour, aide 'singulièrement aux effets des substances volatiles simplement excitantes ou bien antispasmodiques-ftiinulantes. Les alcalins.et lesbasiques suppléents l' Ammoniaque) comme absorbants-antacides.

Substances antagonistes incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes de l'Ammoniaque 'sonl les abinoitants de toutes sortes : ■ le froid modéré et' soutenu, les acidès, les.astringents, les délayants, les'purgatifs. Tels sont aussi ses. antidotes dynamiques.

Ses contre-poisons physique et chimiques sont : pour la première catégorie, le charbon; pour la seconde, les acides^, et spécialement ceux qui, étant 'volatils comme le vinaigre ou l'esprit de. sel, peuvent secombiner dans l'atmosphère avec le gaz ammoniac.

Usages, doses et modes d'emploi. — Les usages. de l'Ammoniaque se déduisent 'rationnellement de ses propriétés physiques et chimiques, ainsi que de ses effets physiologiques.

En' qualité d'alcalin, ell& peut: servir, aussi bien que la Potasse ou la: Soudè, à saturer les acides. On doit même la péférer aux bases fixes lorsqu'on a besoin d'obtenir en même temps des effets stimulants. Elle peut être

utile chez l'homme danS' le météorisme dû à l'accumulation de l'acide carbonique ou.de l'hydrogène sulfuré, et les vétérinaires l'emploient fréquemment pour combattre cette distension énorme du ventre par le gaz sulfhydnque, qu'on appelle la pmise, et qui résulte, chez les ruminants, de l'ingestion d'une trop grande quantité de luzerne fraîche. Le moyen est moins recommandable dans-Ia médecine humaine, parce que, d'une partj il n'est pas exempt d'inconvénipiits aux doses' où il faut remployer et que d'un autre côté, on le remplace avantageusement par l'eau de chaux oU' l'hydrate de peroxyde de fer, qui sont innocents.

A. titre d'irritant et de caustique, l'Ammoniaque est un agent énergique de la médication révulsive. Suivant le mode d'emploi, elle est rubéfiante>ou. vésicaiite. Le vésicaloire ammoniacal j)réserite sur celui que donne la cantharide des avantages considérables^ lorsqu'il s'agit de faire absorber des médicaments par la voie endermique : il se fait aisément et instantanément. Voici de quelle manière : On imbibe d'Alcali volatil très-caustique une rondelle épaisse de flanelle ob. d'amadou d'un diamètre déterminé; on l'applique sur la peau. laissée à découvert par un morceau de diachylum percé au centre d'une fenêtre circulaire àe la grandeur qu'on veut donner au vésioatoire, puis on la recouvre d'un morceau de taffetas ciré! Ou. bien. on. trempe dans la liqueur caustique une boulette d'ouate qu'on enferme dans un dé à coudre ou dans un verre à liqueur qu'on renverse ensuite sur la région choisie pour être le siège du vésicatoire. Au bout de trois ou quatre minutes, on s'assure des effets produits, et; si l'action est insuflisanle, on remet les choses en place. Mais dès que l'épiderme est légèrement soulevé et ridé, on. enlève le petit appareil ; puis on détache la pellicule épidermique en la frottant avec le doigt couvert d'un linge,- ou bien en la saisissant avec une pince Une fois- le derme mis à nu, on attend un pau qa'ibse soit fait une rosée séreuse àla surface, et- après l'avoir essuyée doucement, on. verse dessus: la- poudre médicamenteuse. Une rondelle de taffetas ciré, retenue en place par deux bandelettes de diachylum entrecroisées, complète le pansement. Le même vesicatoire peut absorber, deux ou trois jours de suite, seulementil faut avoir som d'en frotter à chaque fois la-surface pour enlever une pellicule plastique qui ne manque pas de se reproduire entre deux pansements, et qui du derme'" ^ P^'''^'^*'"'' la substance active dans: le réseau capillaire

L^ Pommade de Gondret, formée de parties égales . d'axonge et de suif demouton avec une quantité équivalente d'Alcali volatil à 0,92, est un . moyen commode de faire un vésicatoire ammoniacal - Il suffît d'en étaler une couche sur la région dè peau circonscrite par l'ouverture d^un morceau de diachylum prépare d avance et mis en place. La vésication. est produite au bout^ de quelques mmutes quand la pommade est bien préparée.

Autant.ll est commode d'employer l'ammoniaque à la vésication restreinte ^^rtrJ' autant il serait dangereux de s'en

servir pour obtenir de grands vésicatoires nécessités, par la^ médication, ré-

vulsive. J'ai vu apporter en 1865 à l'hôpital Beaujon un cholérique dont toute la région épigastrique avait été profondément escharifiée jusqu'aux muscles, dans une étendue de vingt centimètres de diamètre, par un vésicatoire ammoniacal.

L'action caustique de l'Alcali volatil est utilisée dans d'autres circonstances, particulièrement contre les morsures de vipère et les piqûres d'abeilles, guêpes, tarentules, scorpions et autres animaux venimeux. Il présente l'avantage de pénétrer dans les solutions de continuité les plus étroites et d'atteindre le fond et les anfractuosités d'une plaie. C'est seulement lorsqu'on a affaire kla morsure d'un chien enragé qu'on fait usage de cautérisations plus puissantes avec le fer rouge ou le beurre d'Antimoine.

Sous une forme un peu atténuée, mais encore assez fortement caustique, l'Ammoniaque a été conseillée par Fouquier et Lionel d'abord, contre les phénomènes spasmodiques de l'accès d'asthme. Ducros (de Marseille) l'a ensuite préconisée sous le tilre de cautérisation rélro-pharyngienne. C'est un excellent palliatif dans le cours de diverses affections de l'appareil respiratoire caractérisées par du spasme bronchique et par une sécrétion très-visqueuse donnant lieu à des râles sibilants, ou bien par la paralysie des voies respiratoires accompagnée de bronchorrée. Je l'ai vu une fois, entre autres, dissiper comme par enchantement des symptômes de suffocation par écume bronchique, qui paraissaient devoir entraîner une mort prochaine. Seulement l'auteur de la méthode était dans l'erreur quand il rattachait l'effet thérapeutique à la cautérisation de la paroi pharyngienne postérieure et à l'irritation de voisinage produite sur les nombreux rameaux nerveux qui longent le devant et les côtés de la colonne cervicale. Quand j'ai évité d'atteindre la partie postérieure du pharynx, le succès immédiat n'en a pas moins suivi l'application du moyen. Le résultat paraît d'autant plus satisfaisant, que le malade, en exécutant une inspiration spasmodique, introduit plus de gaz ammoniacal dans les voies aériennes.

Concluons en conséquence qu'il est au moins inutile de rechercher l'action caustique sur le palais, le voile ou le pharynx, et qu'il faut au contraire tâcher d'obtenir l'aspiration des vapeurs ammoniacales par l'appareil pulmonaire. Aussi, au lieu de diluer l'Ammoniaque , convient-il, à mon avis, de l'employer sous forme concentrée, de manière qu'elle émette beaucoup de vapeurs. Seulement il faut avoir soin à' exprimer le pinceau de charpie, afin qu'il ne dégoutte pas, et que même il ne mouille pas les surfaces muqueuses de l'isthme guttural qu'il peut toucher accidentellement.

Sans ces précautions, l'application, telle qu'elle est habituellement pratiquée détermine quelquefois des accidents fâcheux d'inflammation erythemateûse ulcéreuse et ulcéro-membraneuse. Il est aisé de concevoir que la suffocation immédiate, par le spasme de la glotte, ou éloignée, par 1 œdème du pourtour de l'orifice supérieur du larynx, pourrait être la conséquence de l'introduction d'une goutte d'Ammoniaque caustique dans l'entrée des voies respiratoires. Du reste l'événement a quelquefois justifié ces prévisions puis-

qu'on cite des cas de mort subite à la suite de la cautérisation pharyngienne pratiquée sans les précautions recommandées plus haut.

Gomme stimulant diffusible, l'Ammoniaque se donne à l'intérieur dans le but de provoquer la sudation, de ramener la chaleur, de relever les forces momentanément affaissées, ou de calmer certains désordres nerveux. C'est ainsi qu'on en fait usage dans la première période d'une maladie de refroidissement, dans les fièvres exanthématiques dont l'éruption sort mal, dans des affections algides et adynamiques, dans le stade de froid de la fièvre intermittente, et aussi dans les maladies nerveuses où le désordre fonctionnel est l'expression de l'hyposthénie ou au moins du défaut de stimulus; par exemple dans les névroses anémiques et chlorotiques : l'hystérie, le delirium tremens, etc.

L'Ammoniaque est un type de ce que les anciens appelaient des alexipharmaques et des alexitères , c'est-à-dire de ces stimulants héroïques auxquels on attribuait le pouvoir de combattre et de vaincre tous les poisons et qui jouissent réellement de la faculté de soutenir l'organisme dans sa lutte et de rendre son triomphe plus facile, soit en développant les forces agissantes au moyen de l'excitation vasculaire, soit en favorisant l'élimination de la cause morbifique à l'aide d'une sudation abondante. L'Ammoniaque est donc indiquée contre tous les poisr-ns stupéfiants et dans la période de torpeur, de frigidité, de collapsus, d'un grand nombre d'affections spontanées ou artificielles : choléra et nombre de maladies infectieuses; empoisonnements par l'acide prussique, le tabac, la digiiale, le chroroforme et les anesthésiques, etc.

Halford conseille les injections intra-veineuses d'Ammoniaque diluée (1 p. d'alcali volatil caustique pour 2, -3, 5 p. d'eau), pour conjurer les funestes effets du venin du serpent. 11 a pratiqué cette opération chez dix sujets, et il en a sauvé neuf. S'il était encore permis de se faire quelque illusion sur la valeur de nos moyens contre le virus de la rage on pourrait essayer des injections ammoniacales dans le tissu cellulaire sous-cutané, autour des morsures , tant pour agir en qualité de stimulant diffusible que pour enrayer l'absorption en déterminant un travail de phlogose et une tendance exsudative.

Dans tous ces cas, l'Ammoniaque n'agit pas seulement par ses qualités propres, elle sert encore d'adjuvant très-puissant aux médicaments spéciaux réclamés par l'état du sujet, tels que l'opium et surtout les stimulants réputés antispasmodiques: valériane, musc, castoréum, gommes-résines des Umheniferes, etc. L'Alcali volatil se comporte avec ces derniers agents, ûont li double la puissance, comme l'essence de copahu à l'égard des autres ftmles essentielles et des parfums en général.

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uam on peut supposer qu'elle hâte l'élimination de l'alcool en prenant sa place, et qu elle en contrarie l'action stupéfiante.

't98 SULFURES.

Mentionnons, en terminant, 'une application de l'Alcali volatil fondée sur la vive excitation qu'il détermine dans les voies respiratoires. On en fait respirer la vapeur aux sujets menacés de 8yncope,.de vertige ou d'attaques épileptiques (Pinel), et ces inhalations ont le pouvoir de ranimer les uns et parfois de soustraire les autres th. l'accès convulsif.

A l'intérieur, l'Ammoniaque se prescrit à la dose de 5 à 10 gouttes et jusqu'à 20 gouttes dans un véfiicule approprié : infusion aromatique chaude, potion stimulante. On l'associe très-souvent aux spiritueux .et aux huiles essentielles d'Anis, de Menthe ; aux essences fétides, au castoréum, à la Valériane et à. l'opium. L'Eau de Luce, ou Esprit d'Ammoniaque succiné, est un exemple de ces associations; [''■Alcool ammoniacal en est un autre. La première se donne à la dose de 10 à 20 gouttes dans un liquide sucré. On met S à 4 grammes du second dans une potion.

Pour l'usage interne, on prescrit comme excitant et rubéfiant le Linimenl volatil on ammoniacal, composé d'Ammoniaque liquide, 10 parties, et de 90 parties d'huile, d'amandes douces. On y ajoute souvent de l'essence de térébenthine, ce qui donne le Liniment volatil térébenthine. L'Ammoniaque entre aussi dans le Baume opodeldocli.

(Le collyre ammomiacal et h Sachet résolutif, fondés sur le même principe, ne .sont antre chose qu'un mélange de sel ammoniac et de chaux éteinte d'où se dégage incessamment du gaz ammoniac qui agit sur les yeux, sur les voies respiratoires ou sur la peau, pour les stimuler.

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