‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 250 sur 293 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

SULFATE DE QUIWIKE, Sulfas quinicus. ^ •

Angl. Sulphate of Quinia, Quinix Disulphas. — AU. Schwefelsaures Chinin, Chiiiium sulfuricum.

Le Sulfate neutre de Quinine (C^H^Az^O'^SO'AOjVHO) l'orme des aitîuilles blanches, soyeuses, qui s'efQeurissent à l'air en perdant un peu de leur eau de cristallisation. Presque insoluble dans l'élher, il se dissout dans 740 parties d'eau froide, dans 30 parties d'eau bouillante et dans 60 parties d'alcool absolu, froid.

SULFATE ACIDE DE QUININE, Svlfas quinicus acidus.

Angl. Bisulphat ofQuinia. — Ail. Bîsidphas chinicus, Sauves Schwefelsau-

V6S Ch'iîlVH*

Le Sulfate acide ou Bisulfate de Quinine (G"H^^Az»0'',2S0'H0, 14H0) cristallise en prismes rectangulaires. Il est incomparablement plus soluble que le précédent, puisqu'il n'exige que 11 parties d'eau k 15". Telle est la raison de la préférence qu'on lui accorde généralement dans la pratique. Au reste, pour l'obtenir, il suffit d'ajouter au Sulfate neutre 12 pour 100 d'acide sulfurique dilué.

Action physiologique. — Les deux Sulfates de Quinine possèdent l'amertume de leur alcaloïde, avec ses propriétés physiologiques et thérapeutiques (voy. Quinine, page 715). Le Sulfate acide est beaucoup plus amer, sans doute parce qu'il est beaucoup plus soluble que l'autre.

Usages. — Modes d'administration et doses. — On les emploie généralement, à l'exclusion de la Quinine libre, dans la médication tonique névrosthénique, conséquemment fébrifuge et, à l'occasion, antipériodique ou antiphlogistique.

Le Sulfate de Quinine se donne comme simple tonique des voies digestives ou de l'organisme entier, aux doses faibles de 10 à 50 centigrammes par jour en deux ou plusieurs prises ; comme fébrifuge et sédatif, à la dose de 50 centigrammes à 2 grammes et au delà. Il est très-rarement nécessaire de dépasser 2 grammes par jour, et la prudence conseille de se tenir en deçà de celte limite, à moins qu'on n'ait affaire à des accidents extrêmement graves, compromettant l'existence, ou bien à une résistance exceptionnelle de la part du sujet. Si l'on est forcé d'atteindre la dose de 3 et, à plus forte raison, de 4 grammes dans les vingt-quatre heures, on ne doit la maintenir que le temps strictement indispensable pour éloigner tout danger provenant des désordres que le sel quinique est destiné à combattre.

En outre, les doses supérieures à 25 centigrammes doivent presque toujours être fractionnées, afin d'éviter d'abord l'irritation gastrique, ensuite le quinisme exagéré, pouvant acquérir les proportions d'un véritable empoisonnement. Les prises de 25 centigrammes sont ordinairement bien tolérées par l'estonaac, et ne donnent lieu qu'à des symptômes généraux peu apparents ou fort modérés. Quelquefois cependant, surtout lorsque le sel est ingéré à l'état solide, elles éveillent des sensations gastriques désagréables quand les voies digeslives sont en mauvais état, et provoquent principalement chez les anémiques et les faibles des phénomènes de tintouin, de vertige et d'insomnie qu'il est bon d'éviter. En pareille circonsiance, on abaisse à 10 centigrammes,

s'il le faut, le poids de chaque prise, sauf à en multiplier le nombre pour obtenir le degré de sédation désiré.

Généralement il convient de donner quatre doses régulièrement espacées dans les vingt-quatre heures ; souvent on n'en donne que deux par jour, plus rarement six ou huit.

Ces manières d'agir, adoptées arbitrairement, sont cependant loin d'être indifférentes, et devraient être soumises à des règles fondées sur des données rationnelles.

A cet égard, il est permis d'établir les propositions suivantes : Premièrement, les doses minimes et multipliées ne sont bonnes qu'à produire les effets topiques sur le canal alimentaire ou les effets généraux les plus mitigés. En second lieu, les doses moyennes, mais trop éloignées, sont souvent peu puissantes, parce que l'élimination s'en opère assez vite pour prévenir l'accumulation du médicament dans l'économie, et conséquemment l'accumulation d'action. Enfin les effets physiologiques décisifs ne peuvent être obtenus que par l'un des deux procédés suivants : ou bien en ingérant très-fréquemment de petites quantités, ou bien en introduisant d'emblée dans l'estomac une dose assez massive, de 50 centigrammes par exemple, et soutenant ensuite son action par des prises de 10 à 20 centigrammes convenablement rapprochées. — De cette manière on restitue à l'organisme, au fur et à mesure de ses pertes, ce que les émonctoires lui enlèvent à chaque instant, ou ce qm se détruit incessamment dans la circulation, et l'on maintient pour ainsi dire intacte la dose efficace.

Ce dernier mode d'administration mérite la préférence toutes les fois que la médication s'adresse à une affection grave et persistante, telle que le rhumatisme articulaire aigu, avec ou sans complications viscérales.

Les doses fortes, répétées un petit nombre de fois par jour, suffisent à juguler les accès de fièvre intermittente, sans qu'il soit besoin de multiplier autant les prises que dans les phlegmasies. Mais les médecins sont divisés sur la question de savoir à quelle distance des paroxysmes fébriles, à quelles doses successives et suivant quelles gradations il convient d'administrer l'agent antipériodique.

Torti prescrivait une forte dose (2 à 3 gros, 8 à 12 grammes) de Quinquina immédiatement avant V accès; pois, après deux jours de repos, il donnait deux jours de suite 4 grammes de la poudre fébrifuge, et, huit jours plus tard, 2 grammes chaque jour pendant une semaine.

Sydenham voulait au contraire que l'administration de l'écorce du Pérou eût lieu, aussitôt après l'accès, par doses faibles de 2 grammes seulement toutes les quatre heures; il recommençait de même au bout de huit jours d'absteution, et ainsi deux autres fois aux mêmes distances.

Bretonneau, enfin, donnait une forte dose (Quinquina, 8 grammes, ou Sulfate de Quinine, 1 gramme) en une seule fois, ou en deux prises très-rapprochées, mais le plus loin possible de l'accès futur. Après cinq jours d'mtervalle, il revenait à la même dose; puis il mettait huit, dix, quinze jours

et au maximum un mois de distance entre les administrations successives du médicament.

A cette méthode, Trousseau n'apporta qu'une seule modification : au lieu de cinq jours d'intervalle entre la première et la seconde dose, il n'en mit qu'un seul ; entre la seconde et la troisième, il y en eut deux ; entre celle-ci et la suivante, trois; entre la quatrième et la cinquième, quatre; puis les choses reprenaient le cours indiqué dans la méthode de Bretonneau.

Aucune de ces formules ne me paraît à l'abri d'objections sérieuses. A la méthode romaine on a reproché de donner lieu au rejet de la poudre par le vomissement, de ne pas laisser au principe fébrifuge le temps d'être absorbé, et conséquemment de permettre à l'accès de se dérouler librement. Mais on peut soutenir aussi, contre la méthode anglaise, qu'en éparpillant trop la masse de la substance active, elle se prive d'une grande partie de sa puissance ; que d'ailleurs les premières doses, ingérées trop loin de l'accès, sont comme non avenues, et qu'enfin le délai de huit jours après la première intervention thérapeutique laisse le champ libre au retour de la fièvre. Quant à la méthode française modifiée, elle reste passible au plus haut point de la seconde critique adressée à la pratique sydenhamienne, puisqu'elle exige que l'administration de l'antipériodique ait lieu en une seule ou tout au plus en deux fois, le plus loin possible de l'accès à venir.

Au reste, les préceptes tracés successivement par Torti, Sydenham et Bretonneeu ont tous également le tort, déjà remarqué par Augé (de Reuilly), d'être des formules empiriques trop absolues, et de ne pas tenir plus de compte des données physiologiques que si l'alcaloïde du Quinquina était le spécifique du miasme palustre ou de la périodicité. Cependant il est clair que, pour fixer les doses journalières de ce modificateur organique et leur mode de fractionnement, il faut savoir d'avance quelle est la quantité pondérale de Quinine dont on est en droit d'attendre une action pharmacodynamique efficace ; de même que, pour déterminer les distances minima et maxima des prises médicamenteuses par rapport à l'accès qu'il s'agit de conjurer, il est indispensable de connaître le temps nécessaire à l'absorption, à la diffusion, à l'intussusception parenchymateuse , et à l'élimination du principe actif.

Ot, puisque le Sulfate acide de Quinine dissous apparaît au bout d'une demi-heure dans l'urine, c'est qu'il commence à pénétrer dans la circulation quelques minutes à peine après son ingestion dans l'estomac.

D'un autre côté, l'observation clinique nous apprend que le quinisme arrive à sa plus grande intensité une ou deux heures après l'introduction du sel dans les premières voies. On peut donc estimer à deux heures le temps nécessaire à la production des efi'els physiologiques de la Quinine, quand rien ne s'oppose à son absorption. Les conditions étant moins favorables h. l'approche d'un accès fébrile, il est vraisemblable que le délai de trois heures ne serait pas excessif. Maintenant, si l'on tient compte de la rapide diminution des phénomènes d'intoxication quini'[ue, lesquels ne durent gé-

néralement guère plus d'une heure avec toute leur intensité, ainsi que de l'élimination. de l'alcaloïde qui s'effectue incessamment par les urines, on reconnaîtra que, pour maintenir l'aclion physiologique du remède, il est indispensable de restituer à l'économie, toutes les trois ou quatre heures environ, la quantité du principe actif qu'elle a dû perdre dans l'intervalle, à moins qu'on ne préfère administrer toutes les six heures une dose légèrement toxique, c'est-à-dire capable de produire les bourdonnements d'oreilles, l'obtusion de l'ouïe et le vertige.

Gela dit, il ne reste plus qu'à fixer la valeur pondérale de la dose énergiquement active. Habituellement, il ne faut pas moins de 25 centigrammes de Sulfate de Quinine pour donner des phénomènes physiologiques passablement intenses; 50 centigrammes sont souvent nécessaires et toujours suffisants pour assurer ce résultat. En conséquence, on ne devra pas administrer à la fois moins de 25 ni plus de 50 centigrammes de Sulfate de Quinine pour débuter, sauf à diviser davantage les doses ultérieures, en ayant soin de rapprocher suffisamment les prises.

Si l'absorption du Sulfate de Quinine à dose active et sa pénétration dans les tissus exigent en moyenne deux heures pour s'effectuer; si l'action spéciale de cette substance ne conserve qu'une heure toute son intensité, et décline ensuite progressivement pour s'éteindre tout à fait après cinq ou six heures de durée totale, il est évident que, à moins de porter l'agent fébrifuge directement dans le système veineux ou de pousser l'ivresse quinique jusqu'au degré d'une légère intoxication, on n'aura ajicune chance de succès en intervenant moins de deux heures avant le paroxysme fébrile, ou bien en cesfant l'administration du remède plus de six heures avant le retour des symptômes morbides. Le précepte de Bretonneau, disant qu'il faut donner une ou deux fortes doses le plus loin possible de l'accès n'est donc admissible que pour les fièvres quotidiennes ou doubles-tierces, laissant seulement quelques heures d'intervalle entre leurs accès successifs; il ne l'est plus pour les fièvres tierces, et à plus forte raison pour celles du type quarte.

Dans les fièvres tierces il vaut mieux ne commencer l'administration des prises de Sulfate de Quinine que douze à seize heures avant l'invasion présumée de l'accès, si l'on donne 1 gramme du médicament en quatre fois. Six ou huit heures suffisent pour faire agir 50 centigrammes seulement, en deux doses.

La dernière prise doit précéder de deux ou trois heures le retour des phénomènes morbides. Toutefois, si l'on avait affaire à une fièvre grave, d'un caractère pernicieux, et que l'accès fût proche, on aurait tort de se priver d'un moyen douteux, et l'on ferait sagement d'administrer quand même une dose de 50 centigrammes. Le pis qui puisse arriver en pareille circonstance, c'est qu'on n'obtienne aucun résultat utile, et pourtant les succès de Richter, qui administrait l'écorce du Pérou en quatre prises à l'approche et pendant le cours de l'accès, devraient nous encourager à l'imiter, dans ces conditions exceptionnelles seulement.

Avec les fièvres quotidiennes, on n'a qu'à profiter de l'intervalle qui reste entre deux accès, et qui est ordinairement plus que suffisant, sauf les cas d'accès subintranls, donnant lieu à une forme pseudo-continue ou rémittente, dans lesquels il faut agir avec des doses fortes dès que le mouvement fébrile jemble toucher à son terme. Quant aux fièvres à longue échéance, plus rehelles que les autres, elles réclament quelquefois l'action du Sulfate de Quinine pendant les deux jours qui précèdent le retour de l'accès; mais, ici encore, ce sera dans les douze dernières heures qu'il conviendra d'accumuler les doses de l'agent thérapeutique.

Pour fixer davantage les idées, prenons l'exemple d'une fièvre tierce de moyenne intensité, ce qui est le cas le plus commun, et supposons que les accès, comme c'est l'ordinaire, reviennent le matin. Voici comment je procède : le jour apyrétique, une heure avant le dîner, j'administre 25 centigrammes de Sulfate de Quinine ; dans la soirée ou la nuit, seconde dose de 25 centigrammes ; le lendemain matin, troisième dose semblable deux heures au moins avant l'accès : au total, 75 centigrammes.

Si les accès sont très-intenses et que la dose de 1 gramme soit jugée nécessaire, je donne coup sur coup deux paquets de 25 centigrammes de sel quinique dans la matinée de l'accès, à deux heures seulement de distance, en ayant soin que le dernier précède de deux ou trois heures l'invasion de la fièvre.

L'accès terminé, je laisse le malade se reposer le reste du jour ainsi que la plus grande partie du lendemain; alors, vers la fin de l'après-midi du second jour apyrétique, je recommence l'administration de la série des trois ou quatre doses de 25 centigrammes de Sulfate de Quinine; et ainsi à plusieurs reprises, s'il le faut, jusqu'à ce que la fièvre soit conjurée. En général, le premier accès est simplement reculé, le second reculé et atténué, le troisième effacé ou nul.

Après cela, je donne encore, à l'approche du quatrième accès possible, 50 centigrammes de Sulfate de Quinine en deux doses et autant deux jours plus tard; puis je termine par la même dose à quatre jours d'intervalle, à moins que la fièvre ne soit reconnue très-rebelle, auquel cas il est bon de revenir de temps à autre à l'emploi du fébrifuge, conformément aux indications de Bretonneau et de Trousseau.

Contrairement aux méthodes usitées. Colin, professeur au Val-de-Grâce, ne veut pas qu'on fatigue le malade par l'administration trop prolongée de la Quinine, dès que la fièvre est entravée par la médication et que les accès ne se montrent plus qu'à des intervalles irréguliers.

Dans le rhumatisme et les autres maladies continues, pyrexies ou phlegmasies, la tactique doit être en partie inverse, c'est-à-dire qu'au lieu de terminer par les doses massives, ou du moins accumulées, il faut commencer par là, et donner d'abord 50 centigrammes de Sulfate de Quinine d'un seul coup, ou bien en deux prises irès-rapprochées. Ensuite on peut se contenter d'administrer des prises de 25 centigrammes seulement à quatre ou six heures

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de distance, la dose journalière de 1 à 2 grammes étant ordinairement ef- ' ficace.

Le Sulfate de Quinine est administré par toutes les voies usitées,

1» A l'intérieur, il se prend en poudre, dans de la confiture ou du pain j azyme. La quantité pour chaque prise varie de 10 à 50 centigrammes. Les ! pilules, de 5 ou 6 centigrammes chacune, sont plus commodes, mais moins certaines et moins promptes dans leurs effets, à cause de leur difficile déliquescence dans les liquides gastriques. L'association de l'Opium au Sulfate ' de Quinine doit être, autant que possible, évitée. Barth et tous les praticiens préfèrent, avec raison, les pilules faites avec le Bisulfate de Quinine.

Les Pilules contre la migraine (Debout) contiennent chacune 10 centigrammes de Sulfate Quinine et 5 centigrammes de feuilles de Digitale ; on en prend une seule le soir, pendant plusieurs mois sans inlerruption.

Les Pastilles, qui ne renferment qu'une minime proportion de sel quinique, ne sont presque jamais employées.

On prépare pour les enfants un Sirop de Sulfate de Quinine, contenant 5 centigrammes du principe actif par 30 grammes; la dose est de 20 à 50 grammes. C'est une préparation assez insignifiante, qui ne prendrait une valeur réelle que si la proportion du sel de Quinine était au moins quadruplée.

La même critique s'applique au Vin, qui ne représente que 30 centigrammes de Sulfate de Quinine par litre de vin de Madère, et se prend à la dose de 50 à 100 grammes. ,

Les préparations dans lesquelles le Sulfate de Quinine est dissous sontbien préférables aux autres pour leur innocuité vis-à-vis de la muqueuse ^ gastrique ainsi que pour la rapidité et la sûreté de leurs effets; seulement, ' elles ont l'inconvénient d'être désagréables au goût. Pour en corriger l'amer- • tume, on a recours à différents procédés. Briquet conseille d'y ajouter du . sirop tartrique ; je le fais souvent dissoudre dans du jus de cilron ou d'orange ' un peu acide, ou bien encore dans du sirop de limon, avec addition d'eau ^ sucrée ou pure; mais le plus souvent les praticiens, suivant l'exemple de» Desvouves associent le Sulfate de Quinine à l'infusion de Café torréfié. Deui^: reproches sont adressés à cette potion : premièrement, la saveur déplaisante j de l'alcaloïde n'est qu'en partie masquée; en second lieu, malgré l'addition t d'eau de Babel ou d'acide sulfurique à la liqueur, il se forme du Tannate de » Quinine directement insoluble, lequel ne tarde cependant pas à être absorbé> par la muqueuse stomacale. Le café au Sulfate de Quinine n'en constitue pasi moins une préparation utile chez les enfants et les malades difficiles.

2o En lavement, le Sulfate de Quinine se donne aux mêmes doses que par la bouche, dissous dans de l'eau acidulée et étendu dans une infusion de Camomille ou de Café. Cette dernière addition est peu rationnelle, attendu la difficulté qu'éprouve le Tannate de Quinine à se dissoudre dans une sécré- • lion alcaline telle que le mucus intestinal.

3° A l'extérieur, le Sulfate de Quinine s'emploie en applications topiques,

sous forme de pommade : Axonge, 20 grammes; Sulfate de Quinine, 2 grammes, avec addition de quelques gouttes d'alcool et d'une goutte d'acide sulfurique (Semanas); ou de glycérolé (Garot) : Sulfate de Quinine, 1 gramme ; glycérine, 40 grammes.

4" Le Sulfate de Quinine peut être absorbé par le derme mis à nu; mais on n'a pour ainsi dire jamais recours à ce mode de pénétration.

5° L'administration du Sulfate de Quinine par la méthode hypodermique est au contraire devenue l'objet d'une vogue en partie justifiée depuis les travaux de Pihan-Dufeillay, H. Bourdon, Dodeuil, Schachaud, Arnould, et de quelques autres médecins distingués. On y a recours contre les rhumatismes les névralgies et les fièvres intermittentes, quand le mauvais état des voies digestives ne permet pas d'introduire dans l'estomac des doses un peu considérables de sel quinique. Ce mode d'administration présente quelques avantages mis en relief principalement par Arnould : il épargne la susceptibilité de la muqueuse gastrique ; il évite la destruction d'une fraction de la substance active ou son élimination par les voies inférieures sans absorption préalable, d'où résulterait, d'après l'auteur, une économie de 66 pour 100; enfin on se met ainsi à l'abri des tromperies ou des erreurs. Ce chirurgien militaire distingué a réuni 156 observations de fièvres d'Algérie traitées par ce procédé avec une solution de Sulfate de Quinine légèrement acide, à raison de 1 décigr. par centimètre cube d'eau, et filtrée. Chose singulière, la médication, incertaine dans les cas simples et bénins, puisqu'il y a eu 22 récidives sur 55 cas, aurait été au contraire presque constamment suivie de succès dans les formes graves ou compliquées (rémittentes ou continues, pernicieuses). Évidemment un pareil résultat, en opposition avec tout ce que l'on sait de la curabilité relative des diverses espèces de fièvre palustre au moyen des préparations quiniques, ne peut s'expliquer que par des coïncidences fortuites ou par la confusion établie entre les fièvres palustres et des états morbides différents au fond malgré la similitude de leurs apparences. Quoiqu'il en soit, cette méthode, qui exige l'intervention manuelle du méiecin plusieurs fois par jour, ne saurait avoir la prétention de se substituer à l'ingestion par la voie stomacale, procédé beaucoup plus simple, plus expéditif et donnant en général des garanties suffisantes.

Les injections hypodermiques de Sulfate de Quinine présentent, en outre, quelques obstacles et quelques inconvénients dont il faut tenir compte : par exemple, il est difficile d'introduire sous la peau une dose considérable de solution quinique, sans provoquer une irritation plus ou moins vive du tissu cellulaire, d'où peut, résulter une escharification ou un travail phlegmasique allant jusqu'à la suppuration, comme à la suite des injections parenchymorteuses que Luton rend à dessein caustiques et substitutives. Sur 156 cas, J. Arnould a constaté 21 fois un tubercule induré, 4 fois des eschares et 15 fois des abcès.

11 peut arriver exceptionnellement que le Sulfate de Quinine déposé dans le tissu cellulaire sous-cutané se sépare de son dissolvant et demeure inerte,

ainsi que je l'ai vu dans un cas de clioléra algide, où la répétition des vomissements m'avait engagé h. faire l'essai de la méthode hypodermique (1865).

Dans celte circonstance, j'ai injecté une solution alcoolique; mais les promoteurs des injections hypodermiques de Sulfate de Quinine se sont généralement servis d'une solution aqueuse variable pour le titre. Afin d'augmenter la solubilité du Sulfate neutre, on y ajoute de l'acide sulfurique dilué ou de l'acide tartrique (Claude Bernard), j

Gomme il importe d'introduire des doses efficaces sous un petit volume, je 1 propose d'adopter la solution saturée à la température de 15 degrés, soit au j douzième : Sulfate acide de Quinine, 1 gramme ; eau, 1 1 grammes. Trois î grammes, environ 60 gouttes de celte liqueur, contiennent exactement 25 ] centigrammes du principe actif, c'est-à-dire la valeur d'une prise ordinaire j dans la médication interne. Il ne faut pas en injecter davantage à la fois, j sous peine d'occasionner une phlogose locale ; mieux vaut réitérer l'opération I aussi souvent que le cas morbide l'exige. i

6° Enfin, le Sulfate de Quinine a été administré avec succès par Ancelon (de Dieuze), selon la méthode de Sales-Girons, contre une fièvre intermittente quarte, compliquée d'inflammation gastro-intestinale. Chaque jour le malade ' recevait dans les voies respiratoires une douche imlvérisèe d'une solution de , 1 gramme de Sulfate de Quinine dans un litre de décoction de Quinquina, j

SULFATE DE cii\CHOi\mE, Sulfas cinchoTiicus .

Angl. Sulphate of Cinchonia, Cinchoniss Disulphas. — AU. Schwefelsaures Cinchonin^ Cinchonium sulfuricum.

Le Sulfate de Chinchonine (G"H"Az'0%S0'H0,2H0) est cristallisé, inso- ' lubie dans l'élher, soluble à la température ordinaire dans 54 parties d'eau, ' dans 6 1/2 parties d'alcool à 32" et dans 111/2 parties d'alcool absolu.

Il est moins amer que son homologue à base de Quinine, ce qui le rend plus facile à prendre en solution.

L'action physiologique de ce composé ne diffère pas de celle que nous avons admise pour la Cinchonine (voy. page 734). Il reconnaît les mêmes auxiliaires ou synergiques, et les mêmes antagonistes, et ses usages sont ceux de l'alcaloïde pur.

On trouvera, page 735, les doses auxquelles il convient de le prescrire. j

Quant aux modes d'administration, ce sel comporte tous ceux auxquels | s'adapte le Sulfate de Quinine.

CHLORHYDRATE DE MORPHINE, Chlorhydras morphicus. ' Angl. Hydrochlorate or Muriale ofMorphin. — Ail. Chlorwassersloffsaures Morphium, Morphium hydrochloraium.

Le Chlorydrate de Morphine (C''H'^AzO%ACl,6HO), cristallisé en aiguilles plumeuses, est incolore, inodore, amer, soluble dans l'alcool, amsi que dans 16 à 20 parties d'eau froide et dans une moindre quantité d'eau bouillante.

Ses propriétés physiologiques, non plus que ses synergiques, auxiliaires ou antagonistes, ne diffèrent aucunement de ce qui appartient à la Morphine elle-même (voy. page 710). C'est d'ailleurs parmi les combinaisons de cette base, celle qui est le plus souvent usitée dans les nombreuses circonstances où se rencontre l'opportunité des préparations d'Opium.

Modes d'administration et doses. — Le Chlorhydrate de Morphine se donne à l'intérieur à la dose de 1 à 2 ou 3 et jusqu'à 5 centigrammes dans la journée, par fractions, avecles réserves indiquées précédemment, à l'occasion de l'alcaloïde, en ee qui concerne les enfants et les sujets prédisposés aux hypérémies des centres nerveux et aux afi'ections comateuses.

On administre le Chlorhydrate de Morphine par l'estomac et par le rectum; on le fait absorber par la surface d'un vésicatoire, ou bien on l'introduit dans le tissu cellulaire à l'aide d'injections hypodermiques. Il pourrait servir également à faire des inhalations à l'aide de la douche pulvérisée.

Dans le premier cas, le sel de Morphine se prend en pilules de 5 à 10 milligrammes, associé à une quantité suffisante de mucilage et de poudre inerte; en sirop, an pastilles , ou bien en solution dans un véhicule aqueux, soit en lavement, soit en potion, à la dose d'un ou plusieurs centigrammes. La Potion de Sandras contre la migraine renferme 10 centigrammes d'Hydrochlorate de Morphine dans 45 grammes d'eau sucrée , et se prend par cuillerées à café.

Par la méthode endermique, le Chlorhydrate de Morphine s'emploie, en poudre, à la dose de I à 3 centigrammes à la fois. Mais on fera sagement de n'en jamais mettre plus de 1 centigramme sur un vésicatoire destiné à l'absorption, de peur de voir survenir des symptômes toxiques chez des sujets prédisposés. J'ai assisté à un empoisonnement très-grave, avec vomissements, pâleur mortelle, pupilles ponctiformes, résolution musculaire, délire, puis somnolence comateuse, produit par la répétition de trois doses de 1 centigramme à douze ou quatorze heures d'intervalle chez une femme forte et bien constituée, qui était atteinte d'une névralgie du rameau circonflexe iliaque.

La méthode hypodermique exige au contraire qu'il soit dissous , et l'on se sert habituellement de la solution aqueuse au centième. Pour diminuer la masse à injecter, il serait préférable de faire usage d'une solution plus concentrée, selon la formule: Chlorhydrate de Morphine, 1 gramme; eau, 50 grammes : dix gouttes types, pesant 5 centigrammes, représentent 1 centigramme du principe narcotique. On injecte habituellement 1 ou 2 centigrammes du sel de Morphine chaque fols, bien que cette dernière dose soit généralement trop forte ; l'opération peut être répétée plusieurs fois par jour, suivant la résistance du mal et la tolérance du sujet.

A l'extérieur, on fait usage de la pommade avec : Chlorhydrate de Morphine, 1 décigramme; axonge balsamique, 6 grammes, en onctions sur les régions douloureuses.

Glbler, 2* odilion. 53

SULFATE DE STRYCHMiKE, Sulfos slrychnicus. I

xingl. Sidphale of Slrychnia, Slrijchniie Sulphas. — AU. Schwcfelsaures ' Strychnin, Slrychnium sulfuricum. ]

Le Sulfate de Slrychmnc (C''^H'"Az=0*,S0»H0,7H0) cristallise en cubes, se dissout dans moins de 10 parties d'eau froide, et présente une amertume ^ excessive. ;

Ce sel possède la mênie action physiologique , les mêmes synergiques et ^ antagonistes, enfin les mêmes usages que l'alcaloïde qui lui sert de base ; (voy. Strychnine, page 735).-

En raison de sa grande solubilité, il tend à se substituer à la Strychnine pure dans les diverses préparations pharmaceutiques; mais on l'emploie spécialement à l'intérieur sous forme de sirop, en dissolution dans l'eau, pour ' injections hypodermiques, ou bien en poudre par la méthode endermique.

Le Sirop de Sulfate de Strychnine (Trousseau) contient, pour 100 grammes,. 5 centigrammes du sel convulsivant, et se donne dans la chorée par fractions de 10 grammes, représentant une cuillerée d'entremets, soit envi- ! ron 5 milhgrammes du principe actif. On n'en donne que 4 ou 5 grammes ' à la fois, soit une cuillerée à café ou environ 2 milligrammes de sel de j Strychnine, chez de très-jeunes enfants. Les deux ou trois premiers jours, ' le malade en prend une cuillerée à café ou à dessert à chacun de ses deux repas principaux; puis, s'il n'y a pas de résultat apparent, la dose est portée à quatre, à six et même à dix cuillerées par jour, distribuées autant que possible également dans les vingt-quatre heures. Les démangeaisons à la tête avertissent de l'approche des phénomènes du strychnisme intense; j les roideurs passagères survenant à l'occasion d'une secousse ou d'une im- ^ pression physique ou morale quelconque indiquent comme imminente l'explosion des phénomènes convulsifs. C'est le moment d'enrayer; mais on doit rétrograder aussitôt qu'on a vu se produire de la roideur dans le cou et dans la mâchoire.

"Pour les injections sous-cutanées, on se sert de la solution aqueuse de ulfate de Strychnine au centième : 1 gramme de sel pour 100 grammes d'eau distillée. Chaque injection consomme de 10 à 20 gouttes contenant de 5 k 10 milligrammes de substance active; on en peut faire plusieurs dans la ; journée, à la condition de surveiller attentivement l'apparition des symptômes prémonitoires du strychnisme.

D'ailleurs, le Sulfate de Strychnine peut être employé en pilules de 5 milligrammes, et en pommade ou en glycéré, à la dose de 1 gramme pour 30 grammes de véhicule, sans parler des inhalations par la méthode de Sales- Girons, lesquelles pourraient rendre des services dans les cas d'atonie paralytique'des fibres contractiles et des muscles des voies respiratoires.

SULFATE D'ATROPmE, Sulfas Atropinx.

Angl. Sulphate of Atropia. — Ail. Schwefelsaures Atropin.

Le Sulfate neutre d'Atropine a donc pour formule C='H«AzOSSO'HO-{-Aq.

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