ARGENT PURIFIÉ, ARGENT PUR
Nous conseillons beaucoup moins volontiers l'usage de l'Apomorphine camme moyen de conjurer une attaque épileptique (Vallender) ; comme expectorant, dans les maladies broncho-pulmonaires (Jurasz, Siredey), à l'exception peut-ôtre du croup, malgré les succès rapportés par Kormann dans la médecine infantile.
Substances antagonistes. — Antidotes. — Outre les antagonistes particuliers à tous les émétiques, il faut citer surtout le chloroforme et le chloral (C. David, Prévost, Harnack). Budin et Goyne ont vu, en effet, que le chloroforme empêche les vomissements de l'Apomorphine. Mais il peut en résulter de l'entérite hémorrhagique aiguë et une perte de sang abondante par l'intestin. Il faut encore comprendre parmi les antagonistes, la morphine et peut-être l'oxygène. Quant aux antidotes, ils n'existent pas, ou plutôt ils n'ont pas été déterminés. Contre l'empoisonnement thérapeutique il faudrait agir à l'aide des stimulants diffusibles, l'éther surtout, et employer des révulsifs cutanés.
Modes d'administration et doses. — On donne généralement la poudre de chlorhydrate d'Apomorphine (Voy. ce mol) à la dose d'un centigramme chez l'adulte, de milligrammes (autant que d'années d'âge, Kormann) chez l'enfant, en nature ou dans une potion.
Cette même poudre dissoute dans l'eau ou mieux dans le sirop simple (Hermann Blaser) qui la conserve assez bien, s'administre en injection som la peau. Il ne faut pas alors dépasser la dose de 3 centigrammes; bien que Rossbach assure que 6 centigrammes sont bien tolérés.
ARGENT PURIFIÉ, ARGENT PUR, Argentum purissimum. Angl.: Sïloe}-. — AU.: Silber.
V Argent, Diane ou Lune des alchimistes, se rencontre dans le règne minéral seulement, à l'état natif ou bien en combinaison avec divers métalloïdes. Celui du commerce renferme souvent de l'or, de l'antimoine, du plomb, de l'arsenic et du cuivre. On le purifie pour l'usage médical
Action puysiologique. - A l'état métallique, l'Argent est absolument inerte. Malgré la présence dans l'estomac d'acides passablement énergiques malgré celle des chlorures alcalins dans tout le tube digestif, l'Argent peut séjourner plusieurs mois dans le canal alimentaire sans produire aucun effet appréciable, ce qui ne veut pas dire qu'il ne s'en dissolve aucune partie m queson action soit absolument nulle.
Les sels d'Argent possèdent des propriétés styptiques et caustiques, seules en jeu dans leurs effets locaux. Cependant ils paraissent aussi doués d'une d l7 r r \ ^ f^it souvent employer
tZnl2 "^^^°P'^tb'q"es ayant résisté aux traitements les plus
niftZ'T'^^•'^"°^^''^P'^■'^^P^^'^^^^ dans l'état de santé, se manilesteraientexclusivement chezles m-iliHAe nn,.in .• ^ ,^ mnrKwi^ i\ V .• '^^'•'^"''ï'^iaes par la cessation des symptômes
San d f H, ^'^•'g'^»^ modificateur puis-
sant des troubles nerveux, son action doit se traduire par des phénomènes
gjg ARSÉNIATE DE SOUDE.
sensibles à l'état physiologique ; seulement l'élude scientifique de ces pbénnmpnes n'est pas encore faite et la démonslt-ation reste à fournir. Des co- I nnes observées chez les ouvriers qui travaillent ce métal sont vraisembWblement dues à la présence du cuivre, de l'antimoine ou de l'arsemc.
Usages — L'Argent pur ne sert directement qu'à couvrir les pilules et indirectement à produire les composés d'Argent. L'amalgame de ce métal constitue une matière à p/omôer les dents cariées; il a l'inconvénient de noircir dans la bouche par l'hydrogène sulfuré qui s'exhale habituellement de cette cavité surtout quand les dents sont gâtées.
Pour les effets généraux et les usages ordinaires des préparations argentiques, voyez Azotate d'argent.
ARSÉNIATE FERREUX, ARSÉNIATE DE FER, Arsenias ferrosus.
Angl. : Arseniate ofiron, Ferrons arseniate. - AU. : Ferrosum arseniacum, Arseniksàures Fisenoxydûl. , , , j
h' Arseniate ferreux, AsO^, 2(FeO)HO récemment préparé est en poudre blanche ; il verdit bientôt à l'air. Il est insoluble dans l'eau, mais soluble
dans l'ammoniaque. a • ^
Ses propriétés physiologiques et ses usages sont ceux de 1 acide arsémeux. C'est un caustique que l'on a quelquefois employé topiquement sur les ulcérations cancéreuses (Carmichael) et un médicament vanté beaucoup contre les dermatoses rebelles (Biett, Duchesne-Duparc) de nature herpétique (Bazin). Les malades le supportent parfaitement, ainsi que je 1 ai constaté n^ me aux doses, qui paraissent excessives, de 10 et 20 centigrammes parTour en p/u/^s, associé à un extrait amer, tel que celui de gentian . C'est progressivement qu'on atteint ces limites extrêmes Aucune expérience précise n'a démontré qu'il agit par son fer aussi sûrement que pa son arsenic, bien qu'on l'administre journellement à titre de reconstituant chez les anémiques.
ARSÉNIATE DE SOUDE, Arsenias sodicus. , -, ••
Angl. : Arseniate of Soda. - AU. : Natrum arsemacum, Arsemksauns
^tZeniate de soude (AsO^ 2NaO, HO, + HHO) est très soluble dans l'eau ; sa réaction est alcaline et U cristallise en beaux prismes hexagonaux, tandi que l'arséniate acide de soude est incristaUisable. 100 parties de ce sel reorésenlent 31,73 d'acide arsénieux.
IcTioN PHYSIOLOGIQUE. - Comme les composés arsenicaux, en général l'Arséniate de soude est vénéneux pour toutes les classes anima es- A e considérer que ses effets locaux, c'est un poison irritant. Env. âgé dans son action générale, il passe pour un hyposlhénisanl énergique. H corn-
„tr. on innf cnmmeVacide arsénieux. .
'tes suislanrsy„ergi,ues, auxiliaires, incompatibles et an agon.sles
^r>,.nnos avpc ce dernier (Vov. Acide arsénieux, p. \l"Z:::ZZt.J. Joos.s. - L'Arséniate de soude est
souvent substitué, maintenant, à l'acide arsénieux dans la médication interne, et les solutions magistrales de ce sel remplacent habituellement, pour nombre do praticiens, les liqueurs de Fowler et de Pearson.
Comme ces dernières, la solution d'Arséniate de soude est employée spécialement contre les affections cutanées chroniques. On la prescrit •également dans la congestion cérébrale et les névroses accompagnées d'hypérémie, ainsi que contre les névralgies d'un caractère sthénique ou irritatif. Elle rendrait probablement les mêmes services que l'acide arsénieux contre la fièvre intermittente palustre. J'en ai obtenu de bons résultats dans plusieurs cas d'impaludisme. Bouchut préconise l'Arséniate de soude dans la scrofule à titre de corroborant et de tonique ; Devergie et Foville le recommandent dans le diabète sucré. Si la solution d'Arséniate sodique a l'avantage de se prêter à une graduation posologique plus nuancée, d'un autre côté, la forme pilulaire rend l'administration du médicament plus commode.
Ordinairement on fait prendre de o milligrammes à 1 centigramme par jour d'Arséniate de soude, quand l'action doit se prolonger un ou deux mois. La dose peut être portée à 2 ou o centigrammes lorsqu'il s'agit de se rendre maître d'accès fébriles ou de paroxysmes névropathiques.
Trousseau prescrivait une solution de 5 centigrammes d'Arséniate de soude dans 100 grammes d'eau à prendre par cuillerées à café.
Je formule habituellement de la manière suivante : Arséniate de soude, Qs^aO ; eau distillée, 20 grammes.
A prendre S gouttes matin et soir au commencement du repas, dans un verre à bordeaux d'une eau alcaline (Vichy, Soulzmatt) ou ferrugineuse (Bussang, Source Dominique de Vais, Orezza, Spa). Cette dernière association tient lieu d'Arsénia/e de fer.
On commence par 5 gouttes à chaque repas, puis on augmente de 2 gouttes par jour, de manière à prendre régulièrement 10 gouttes matin et soir pendant trois à six semaines ; ensuite on diminue de 2 gouttes par jour, et l'on supprime le médicament, pour y revenir s'il y a lieu.
On peut également administrer ce sel dans une potion ou dans un sirop.
La Solution arsenicale de Pearson ou Liqueur de Pearson, qui est l'Arsentas sodicus aquà solulus du Codex, et qui contient 1 gramme d'Arséniate cristallisé dans 600 grammes d'eau, s'emploie, comme la solution précédente, à la dose de 1 à4 grammes par jour : 20 i\ 80 gouttes.
ARSENJC BLANC. — Voy. Acide arsénieux.
ASPHALTE. — Voy. Bitume de Judée.
ATROPINE, Atropina.
Angl. : Atropina. — Ail. : Atropin, Atropium.
L'Atropine (C^''H23Az06) est le principal, sinon le seul alcaloïde de la belladone et des autres espèces du genre Atropa. Elle existe (J. Lefort) en plus forte proportion dans les fruits, les feuilles, et surtout dans les
518 ATROPINIL.
graines que dans les racines. Tandis que celles-ci n'en fournissent au plus que 80 par kilogramme, les feuilles et les fruits en donneraient plus de 2 grammes, et les semences jusqu'à a-^-.ee, d'après Gunther. C'est une substance volatile, cristallisable, se combinant avec les acides, soluble dans 200 parties d'eau froide, SO parties d'eau chaude, 60 parties d'éther, et 8 parties d'alcool à 90°. Les sels d'Atropine sont plus solubles que l'alcaloïde libre. Celui-ci est faiblement lévogyre.
Action mysiOLOGiQUE. — L'Atropine est inodore, d'une saveur amère désagréable, avec un arrière-goût métallique. Les effets de cet alcaloïde, très multipliés et très divers, changent aisément de sens suivant les doses, les périodes et les circonstances accessoires. Ils ne varient pas moins, selon les espèces animales, bien que l'Atropine soit un poison pour la plupart d'entre elles. Cependant les escargots y sont à peu près insensibles ; les lapins, les cochons d'Inde, les chèvres et les ruminants peuvent en manger impunément, aussi bien que du tabac, de la ciguë et des feuilles de Physostigma venenosum. Mais ces derniers animaux ressentent l'influence de l'Atropine injectée dans les veines, et ce poison fait sentir toute sa puissance aux carnivores, et surtout à l'homme.
Une solution diluée de sulfate d'Atropine, portée sur la membrane mterdigitale ou le mésentère d'une grenouille, détermine une constriction marquée des petites artères (Wharton-Jones), un retrait rapide des capillaires, dont le calibre diminue de la moitié ou d'un tiers, ce qui donne heu à une grande accélération du courant sanguin (Meuriot, J. Harley). Chez les chiens Brown-Séquard a constaté une diminution considérable des vaisseaux sanguins de la pie-mère médullaire, diminution qu'il attribue à 1 excitation directe des fibres musculaires lisses de ces canaux, tandis que Hayden et Meuriot mettent le phénomène sur le compte d une excitation réflexe. A son tour, Th. Fraser reconnaît que l'Atropine fait contracter les artères et augmente légèrement la tension. , .
Quoi qu'il en soit, la contraction des vaisseaux artériels et veineux ainsi que celle des capillaires peut persister quelques heures à la sui e ûe l'action topique, et la circulation revient progressivement à son état primitif, à moins que la dose d'Atropine ne soit trop forte, auquel cas 1 action tonique fait place à une paralysie vaso-motrice qui se produit aussi d emblée avec des quantités massives agissant en vertu de leurs propriétés chimiques. Dans le cas d'une action diffusée, l'accélération circulatoire peut au contraire durer de4 à 6 heures (Meuriot). Appliquée sohde en quantité notable sur les muqueuses ou la peau dénudée, l'Atropine cause une sensation de cuisson et de picotement assez vive, mais peu durable, et de fluxion sanguine, puis de la stase veineuse, voire de petites extravasalions sanguines (Meuriot). Introduite entre les paupières, elle occasionne, smvan? il dose légère ou forte, une pâleur marquée mais transitoire (Gub er, Meur iol), ou bfen immédiatement de la rougeur de la conjonctive, du ar- ZJni et bientôt après une dilatation pupillaire proportionnée à la ra'fdu médicament dont une quantité infinitésimale (i/200.000^ de
ATROPINE. '^'^ grain) suffit d'ailleurs à provoquer le phénomène. Celle mydriase est accompagnée de presbyopie, d'insensibilité de l'iris pour la lumière, d amblyopie et parfois de diplopie.
J'ajouterai que l'Atropine jouit encore de la propriété importante d empêcher les mouvements plasmatiques des leucocytes et d'arrêter la diapédôse des globules blancs (Zeller).
Portée dans l'estomac, elle n'agit pas topiquement sur la muqueuse gastrique, comme elle fait sur la conjonctive, c'est-à-dire qu'elle ne l'irrite ni ne la fluxionne sensiblement.
Absorbée par les premières voies muqueuses, oculaire, nasale, respiratoire, digestive, par la surface d'un vésicatoire ou par les aréoles du tissu cellulaire, l'Atropine détermine une série de symptômes dont les premiers à paraître et les plus constants sont la sécheresse de la bouche et de la gorge, ainsi que la soif, puis la dilatation de la pupille et les troubles concomitants de la vision, sur lesquels j'aurai à m'expliquer. Dans une période plus avancée surviennent la difficulté de parler et d'avaler, par suite de l'aridité de la muqueuse, la perte du sens du goûl (Gubler), l'engourdissement de la sensibilité de la face, l'amaurose pouvant aller jusqu'à la cécité absolue (Smilh, Trousseau et Pidoux); la mydriase excessive avec disparition presque complète du limbe de l'iris, qui demeure absolument inerte, quelles que soient les intensités variables de la lumière. Il existe en même temps de la céphalalgie, des vertiges, des éblouissements, rarement de la pholopsie (Gubler); un délire gai ou triste, caractérisé par une incontinence de gestes, de paroles, de rires, ou par des hallucinations pénibles, des idées sombres, des passions dépressives ou mauvaises. Signalons aussi la diminution ou la suppression de la sécrétion bronchique, la dysurie, le météorisme et la constipation, quelquefois le priapisme, et plus rarement les convulsions (Murray, Sarlandière), le somnambulisme (Sarlandière) ou l'insomnie (Trousseau et Pidoux, Gubler). J'ai vu, deux heures après l'injection sous-cutanée de plusieurs milligrammes de sulfate d'Atropine, survenir des symptômes de paralysie du sentiment et du mouvement. Le malade ne pouvait plus boutonner ses habits, parce qu'il n'en avait pas la force et parce que ses mains avaient perdu la faculté de sentir.
A début, le pouls peut être ralenti, serré et résistant ; mais, à cet état de la circulation succède un mouvement fébrile. Le pouls devient petit et fréquent, faible et irrégulier ou bien accéléré et fort, et la peau, chaude, se couvre d'une éruption érythémateuse souvent très intense et scarlatiniforme (Jolly, etc.). D'après SchrofF, dont les observations sont en partie seulement confirmées par celles de Lichtenfels, Rossbach et Frôhlich, des doses petites et moyennes ralentissent régulièrement le pouls et abaissent proportionnellement la chaleur animale. De leur côté, Duméril, Demarquay et Lecointe signalent, avec les doses faibles, un actroissement de la température qui pourrait atteindre jusqu'à 4», et une diminution de 1° à 3° avec des doses fortes. Avec le ralentissement des battements du cœur, Schroffet Boikin ont encore constaté un abaissement momentané de la
pression sanguine. L'augmentation de la sécrétion urinaire qui s'observe au début de l'action de l'Atropine et qui se maintient tout le temps que dure l'élimination (J. llarley), ne reconnaît donc pas le mécanisme de production de la diurèse qui suit l'ingestion de la digitale; elle est due plutôt à l'excitation de la glande rénale par l'alcaloïde qui la traverse. Selon le même observateur, les urines, sous l'influence de l'Atropine, seraient plus souvent alcalines qu'acides et déposent en abondance du tri-phosphate aramoniaco-magnésien et calcaire ; l'urée est accrue, ainsi que tous les principes solides, hormis les chlorures.
En outre, chez quelques sujets, certains symptômes prennent un développement insolite.
Dans les cas graves ou funestes, les conjonctives s'injectent de vaisseaux bleuâtres, les yeux sont proéminents, le délire reste folâtre ou devient furieux. La mydriase, augmentant par degrés, finit par effacer presque complètement le limbe de l'iris, qui s'immobilise dans cette rétraction forcée et n'obéit absolument plus à l'excitation de la lumière. La vue se trouble, non pas seulement, comme on l'a cru, par l'éloignement du point de la vision distincte, mais encore par l'anesthésie rétinienne pouvant aller jusqu'à la cécité absolue. Parallèlement apparaissent les nausées, les vomissements, l'incertitude dans la station et la marche, les faiblesses, les syncopes, les battements de cœur tumultueux, la respiration courte, précipitée, irrégulière, stertoreuse, l'anéantissement des forces, la paralysie, le tremblement, rarement les convulsions, surtout celles de forme tétanique, enfin la stupeur, l'assoupissement, le coma et la mort; ou bien, si l'organisme résiste, ce qui est le cas ordinaire (Gigault, etc.) même après l'ingestion de 9 ou 13 milligrammes de poison (Roux, Béhier), 15 à 20 milligrammes (Gubler), le retour gradué et singulièrement rapide à la santé. L'Atropine n'en est pas moins, avec l'aconitine, la nicotine et la cicutine, le plus violent des alcaloïdes connus.
Tel est l'ensemble phénoménal de l'empoisonnement belladonique, de ce que, pour abréger, nous appellerons Yalropisme, et dont le tableau se modifie, selon les cas, par l'absence ou la prédominance relative de quelques-uns des effets habituels.
Revenons sur les principaux symptômes énumérés ci-dessus, à commencer par le plus remarquable de tous, la dilatation pvpillaire. Elle varie en intensité et en durée suivant la masse médicamenteuse agissante. Une goutte d'une solution au millième suffit à produire un effet sensible, seulement très fugace. Si la solution est au centième, la dilatation, plus prononcée et plus durable, persiste quarante-huit heures et davantage. Enfin une dose forte détermine une mydriase énorme, telle que l'iris semble avoir disparu et n'est plus représenté que par une ligne circulaire très étroite encadrée par la sclérotique. Dans ce cas, le phénomène peut durer six ou huit heures et au delà. On l'a môme vu persister pendant trois ou quatre semaines. Moi-même je suis resté mydriatique pendant quinze jours, et j'ai eu l'occasion de constater alors un phénomène que je n'ai trouvé
nulle part, c'est une sensation d'oscillation ou de ballottement, à chaque secousse de la voiture, comme si les milieux de l'œil n'étaient plus soutenus ou comme si l'iris paralysé flottait mollement dans l'humeur aqueuse. La mydriase peut être combattue par l'extrait de fève de Calabar ou la solution de sulfate d'ésérine dont il faut, à la vérité, des quantités assez considérables pour triompher momentanément de l'action mydriatique incomparablement plus puissante que l'action contraire et qui ne tarde pas à ramener la dilatation au degré antérieur.
La mydriase obtenue d'un seul côté par l'instillation de la solution d'Atropine entre les paupières, s'accompagne d'un trouble singulier de la vision binoculaire : les objets menus paraissent environnés d'un contour effacé et vague, ou bien doubles et placés soit l'un à côté de l'autre, soit l'un au-dessus de l'autre, de telle sorte qu'à la lecture, par exemple, on voit deux lignes pour une, ou bien que les lettres, empiétant les unes sur les autres, s'imbriquent latéralement. Ces mêmes phénomènes peuvent se remarquer, mais à un moindre degré, lorsque les deux yeux ont été touchés inégalement par le poison, soit que la quantité en ait varié à droite ou à gauche, soit que, dans le cas d'intoxication générale, les deux organes visuels aient réagi différemment. Ils expriment sans doute un changement dans les courbures des milieux transparents de l'œil, capable de déplacer le foyer des rayons lumineux par rapport au plan de la rétine. Ce changement est probable si on songe que cet alcaloïde augmente beaucoup la pression intraoculaire, parfois dans des proportions dangereuses.
Avec l'Atropine, les emmétropes deviennent simplement presbytes, les myopes et les hypermétropes peuvent en perdre complètement l'accommodation (Donders).
Bien qu'il ait absorbé l'attention de presque tous les observateurs, le trouble de l'accommodation n'est pas seul. Il existe en même temps une diminution plus ou moins notable, parfois très manifeste, de Timpressionnabilité de la rétine pour la lumière. Les objets paraissent enveloppés d'une vapeur blanche (Grandi) ou teintés de jaune, de rouge, de bleu, de vert (0. Gaubry), et leurs contours sont moins distincts. Cette anesthésie rétinienne constituant le plus souvent une simple amblyopie confondue avec les effets de la difficulté d'accommodation, devient dans certains cas d'atropisme inlense une amaurose pouvant aller jusqu'à la cécité absolue. L'œil peut être insensible (J. Ilarley) à la lumière la plus éclatante (Smith, Trousseau et Pidoux). Cet effet, observé chez l'homme, a été vu également chez les oiseaux par Flourens, qui en a inféré que la belladone porte spécialement son action sur les tubercules quadrijumeaux. Quand le phénomène est douteux, on peut le rendre manifeste en faisant regarder au travers d'un peut trou, et, mieux encore, en restituant momentanément aux globes oculaires leur faculté d'accommodation à l'aide de la fève du Calabar (Crafe, Gubler). On s'assure alors que les objets restent moins lumineux, moins nets et comme voilés malgré le retour de la pupille à ses dimensions moyennes et malgré le rapprochement normal du point de la vision distincte.
A cet état du sens spécial se joint un trouble souvent fort obscur, mais cependant très marqué chez certains sujets, des nerfs de sentiment proprement dits. La sensibilité tactile s'émousse plus ou moins, ce qui se traduit dans certaines descriptions par ces mots : engourdissement de la face. Je n'ai pourtant jamais vu du côté de la peau ni de la conjonctive l'anesthésie complète qui ne pourrait d'ailleurs se montrer que dans les empoisonnements les plus graves.
En rendant plus obtuse la sensibilité générale de l'appareil visuel et l'irapressionnabililé de la réline pour la lumière, l'alcaloïde de la belladone met obstacle au jeu des actions réflexes. Il s'opposerait à la contraction de la pupille quand môme les fibres circulaires de l'iris eussent conservé leur motricité intacte. Avant d'aller plus loin, cherchons à nous rendre un compte plus exact du fait capital de la mydriase et des autres phénomènes oculo-pupillaires.
Pour bien comprendre le mécanisme de la mydriase arliûcielle, il faut préalablement se faire une juste idée des conditions physiologiques de l'expansion et de la rétraction de l'iris. Ce diaphragme mobile est un plan musculaire formé de deux sortes de fibres, les unes circulaires, placées au voisinage de l'ouverture centrale, les autres rayonnantes; les premières servant à resserrer l'ouverture, les secondes à l'agrandir. Mais c'est en même temps un appareil* vasculaire éreclile, et son limbe s'élargit, sa perforation centrale se rapetisse par le fait de la turgescence des capillaires
sanguins. i i -x n
L'excitant manifeste de la contraction pupiUaire, c est la lumière. Par contre l'obscurité occasionne la dilatation de l'ouverture ou le rétrécissement du limbe de l'iris. Toutefois, la branche ophtalmique de la cinquième paire exerce aussi son influence sur les mouvements de l'iris dont les fibres circulaires se contractent lorsqu'un nerf de sentiment de la face est devenu impressionné. Les agents immédiats de ces changements sont les parois des capillaires ainsi que les rayons et les cercles contractiles de 1 iris, mais ces agents sont eux-mêmes mis en jeu par des nerfs moteurs de la vie organique et de la vie de relation, par des vaso-moteurs provenant du cordon sympathique du cou et des moteurs proprement dits fournis par la troisième paire cérébrale. Le grand sympathique cervical détermine la dilatation de la pupille par son excès d'action, c'est-à-dire en effaçant le calibre des vaisseaux sanguins, en faisant contracter les fibres radiées. Quand U est paralysé, il amène le rétrécissement à la faveur de la turgescence de l'appareil érectile et du relâchement des fibres rayonnantes.
Pour le nerf moteur oculaire commun, c'est l'inverse qui a heu. Quand il stimule l'iris par l'intermédiaire du ganglion ophtalmique et des ner h ciliaires, il fait contracter la pupille ; lorsqu'au contraire il est paralyse, la
'"In tommf la paralysie ou la section du grand sympathique cervical l'excitation motrice partie de la troisième paire, l'action de la lumière ei l'irritation du trijumeau font contracter la pupille.
D'un autre côté, l'excès d'action du vaso-moteur, la paralysie du moteur oculaire commun, l'absence de la lumière et l'anestliésie du Irifacial amènent la raydriase.
Contraction et dilatation pupillaires sont nécessairement d'autant plus intenses que leurs différentes causes sont elles-mêmes plus actives et qu'elles se trouvent associées en plus grand nombre.
Ces notions physiologiques étant bien établies, cherchons maintenant à comprendre de quelle manière la belladone ou son alcaloïde peuvent agir pour produire la mydriase. Flourens localise l'action de la belladone sur les tubercules quadrijumeaux; Sobernheira, dans la moelle allongée. D'autres expliquent la dilatation pupillaire par l'excitation fonctionnelle des racines du grand sympathique fournies par le centre cilio-spinal de Budge. Elle serait, d'après Harley, le résultat de l'influence du médicament sur la racine de la branche cihaire du trijumeau. Enfin, dans la doctrine formulée par Brow n-Séquard avec toute l'autorité de son talent, elle doit trouver sa raison d'être dans l'anémie et la dépression des propriétés organiques de la moelle et des nerfs qui en émanent.
En définitive, quatre hypothèses se présentent : i° l'atropine paralyse directement les fibres circulaires on convulsé les fibres radiées; 2° l'atropine paralyse les nerfs cihaires ou bien encore les centres dont ils procèdent; 3° elle galvanise les filets vaso-moteurs ou leurs origines centrales; 4° elle stupéfie les deux nerfs de sensibilité générale et de sensibilité spéciale, le trijumeau et la rétine. Il reste cependant à faire une cinquième supposition : c'est que l'alcaloïde agit de plusieurs manières à la fois. Cette dernière est la seule acceptable.
La paralysie des fibres circulaires et du muscle ciliaire est mise hors de doute par la dilatation de la pupille, la perte de la faculté d'accommodation et la presbyopie. La stupéfaction de la branche ophtalmique me paraît suffisamment démontrée, et celle de la rétine est au-dessus de toute contestation, puisque la cécité est parfois complète et que l'obnubilation de la vue persiste malgré la restauration transitoire du pouvoir accommodateur par un agent myosique tel que l'ésérine. Reste à savoir si la paralysie motrice exprime l'action directe du poison sur les fibres contractiles, ou si elle dépend de la lésion des filets nerveux qui les animent ou des centres d'innervation de ceux-ci, oti bien encore si elle dérive par action réflexe de la torpeur des nerfs sensitifs de l'organe visuel.
S'il est bien démontré que l'atropine détermine une véritable amyoslhénie de l'appareil accommodateur, d'un autre côté l'analyse physiologique n'a pas été poussée assez loin pour résoudre la seconde partie du problème, à savoir, si la paralysie porte sur les fibres musculaires ou sur leurs nerfs excitateurs; la question d'ailleurs est peu importante au fond. Cette paralysie directe des fibres musculaires est du reste très possible, disons-le à titre de simple renseignement, si l'on s'en réfère à une expérience do Flemming. Il a pu, en effet, par un attouchement délicat de l'iris avec 1 atropme, limiter l'action spéciale à la seule partie touchée par l'alcaloïde.
Un seul point demeure en tout cas éclairci par la promptitude avec laquelle les applications topiques d'Atropine à dose faible déterminent les phénomènes oculo-pupillaires et par la limitation du phénomène à l'œil impressionné : c'est que les centres nerveux céphalo-rachidiens sont étrangers au mécanisme de leur production.
Mais, suivant moi, il faut tenir compte encore de l'état en quelque sorte amaurotique produit par l'Atropine ajoutant ses effets, comme il arrive dans l'amaurose vulgaire.
Dans mon opinion, les choses se passent de la manière suivante : l'alcaloïde stupéfie la rétine et la branche ophtalmique de la cinquième paire; il en résulte par action réflexe tout à la fois le relâchement du muscle ciliaire, celui des fibres circulaires de l'iris et la contraction de ses fibres radiées, phénomènes contraires mais associés physiologiquement dans le même but, l'adaptation de l'œil à une lumière plus faible ou à la vision des objets plus éloignés. Cette théorie a reçu dans ces derniers temps des développements et un complément de preuves de la part du D"- Giquel (Thèse 1873) et de son maître G. Potain. Mais, je m'empresse de le reconnaître, ce n'est là qu'un facteur, et le moindre sans doute du phénomène de la mydriase.
L'amblyopie atropique est généralement légère et la mydriase concomitante est extrême, tandis que dans l'amaurose avancée ou complète la dilatation pupillaire est relativement modérée. Il faut donc qu'un élément spécial vienne s'ajouter h l'anesthésie atropique de la rétine pour augmenter la rétraction de l'iris. Ce n'est pas l'intervention de la cinquième paire qui explique cette difl-érence, mais bien celle du sympathique, lequel met en jeu la contraction des vaisseaux et des fibres rayonnantes de l'iris. Fernet (communication orale à la Société de thérapeutique, 1866), a vu l'introduction de la belladone entre les paupières accroître l'effacement de l'iris chez un sujet amaurotique complètement privé de la vue, et Trasbot (communication à la Société de thérapeutique, 1867) ayant pratiqué la section préalable du sympathique cervical d'un seul côté chez des chiens, n a pu ensuite obtenir la mydriase atropique que du côté indemne. On est donc conduit à admettre que la belladone et son alcaloïde stimulent la contractilité des fibres radiées de l'iris, en même temps qu'ils stupéfient les autres muscles intrinsèques de l'œil.
Il paraît difficile de comprendre qu'un môme agent puisse au môme instant produire sur des organes semblables des effets entièrement contraires, à moins que ces efiets ne se réalisent par l'intermédiaire d'autres organes dont la structure et les rôles sont difl'érents. Or, les nerfs de l'ins ont deux origines essentiellement différentes. On peut donc admettre avec la plupart des physiologistes que l'atropine narcotise le moteur oculaire commun et gulvanise le grand sympathique. La paralysie atropique du nerf de la troisième paire est démontrée parles expériences de Cl. Bernard. On en trouve aussi la trace dans les observations cliniques, sous forme de diolopie, de strabisme, de prolapsus de la paupière supérieure (Rcvcillé- Parise, Burton et Jackson, Andrew). Mais la surexcitation du grand
ATROPINIÎ.
sympathique est moins certaine. Toutefois Schur a démontré que la pupille dilatée par l'atropine se rétrécit après la section du nerf sympathique cervical, ce qui est déjà un argument en faveur d'une pareille hypothèse.
Au résumé la mydriase atropique, favorisée par la stupeur légère de la rétine et de la cinquième paire, est due principalement à la paralysie des filets moteurs de l'iris fournis par la troisième paire cérébrale et à l'activité excessive des filets du grand-sympathique, en d'autres termes, à l'inertie des fibres circulaires de l'iris et à la contracture des fibres radiées.
Cette contracture, d'après Frôlich et Rossbach, n'est pas indéfinie. Les doses massives d'Atropine paralysent les filets sympathiques et la pupille revient alors sur elle-même. D'ailleurs ces mêmes expérimentateurs ont prouvé que ce poison a sur les deux sortes de nerfs iriens des effets d'abord stimulants, ensuite paralysants. Ainsi à dose infinitésimale il stimule la troisième paire, d'où le rétrécissement de la pupille.
L'effacement du limbe de l'iris est sans doute encore augmenté par le retrait des fibres élastiques auxquelles j'attribuais autrefois un rôle probablement exagéré.
L'introduction de l'élément anesthésie dans la théorie de la mydriase me semble devoir jeter du jour sur d'autres phénomènes observés du côté des intestins et de l'appareil uro-génital à la suite de l'ingestion de l'Atropine. Si la bejladone et l'Atropine rendent réellement des services dans la constipation atonique, en suscitant des décharges médullaires par un mécanisme dont l'explication sera donnée plus loin, on peut supposer aussi qu'elle est utile, par son action narcotique ethypocinétique, dans la constipation qui s'accompagne de contracture de certaines régions de fibres circulaires du gros intestin, mettant obstacle au cheminement régulier des matières. Ces substances agissent de même sur les anses intestinales dans l'étranglement ou plutôt dans l'engouement herniaire, sur les fibres contractiles des bronches et du reste de l'appareil respiratoire dans l'accès d'asthme, c'est-àdire en diminuant non seulement la contractilité, mais aussi la sensibilité et par elle les contractions réflexes. Bien d'autres phénomènes morbides s'expliquent de la même façon. Quand l'Atropine fait cesser l'incontinence nocturne d'urine ou les pollutions, c'est en stupéfiant la muqueuse uréthro-vésicale et diminuant ainsi les actes réflexes attachés à la mise en jeu de la sensibilité de cette muqueuse. Seulement les effets sont inverses de ceux qu'on observe du côté de l'appareil visuel. Tandis que dans l'iris ce sont les fibres radiées qui se contractent et les circulaires qui se relâchent, du côté de la vessie au contraire ce sont les fibres du sphincter qui se maintiennent resserrées, et les fibres du réservoir qui cessent d'entrer spontanément en contraction. Ainsi le voulait la finalité de la fonction. A part cette difl'érence, l'Atropine se comporte vis-à-vis de l'appareil uro-génital comme avec les organes visuels, mais avec une intensité plus grande. Elle engourdit la sensibilité de la muqueuse vésicale, par exemple, et diminue par là les actes réflexes dont cette sensibilité est le point de départ, c'est-
à-(lirela contraction de la vessie elle relâchement simultané du sphincter, lesquels composent les phénomènes actifs de la miction. Les mômes considérations s'appliquent à l'acte complexe de l'éjaculation.
L'interprétation des accidents cérébraux se rattache étroitement à celle des phénomènes oculo-pupillaires. A mon avis, des modifications circulatoires quelconques ne sauraient expliquer le délire spécial de la belladone; il faut de toute nécessité le faire dépendre d'une action spéciale du poison sur les cellules nerveuses dans lesquelles il a pénétré, et cette action consiste, si je ne m'abuse, à susciter en elles une dépense désordonnée bientôt suivie d'adynamie. Seulement, les conditions d'anémie oud'hypérémie favorisent le désordre et lui impriment, suivant le cas, certains caractères particuliers. Or toutes les probabilités tirées de l'insomnie et de l'état de l'appareil visuel, de même que les raisons analogiques, sont en faveur de l'ischémie cérébrale pendant les premières périodes du délire atropique.
Je n'ai pas la prétention de donner dès maintenant une théorie satisfaisante de ce phénomène, mais, d'après un fait observé sur moi-même dans le cours d'une aquo-capsulite traitée par l'Atropine à haute dose, il me semble que l'Atropine possède l'étrange propriété de prolonger énormément la durée des vibrations lumineuses dans la rétine et de mamtenir pendant plusieurs minutes une sensation qui normalement est pour ainsi dire instantanée. En conséquence, je suis conduit à me demander si la fantasmagorie qui tourmente les sujets empoisonnés par la belladone ne serait pas le résultat de cette persistance des images et de leur superposition, et si les hallucinations atropiques ne devraient pas être considérées comme de simples illusions visuelles.
Les symptômes observés du côté des autres divisions du système nerveux ne sont pas plus directement soumis aux troubles de la circulation, quoique l'état des capillaires sanguins ne soit jamais indifférent dans la genèse d un syndrôme morbide. L'Atropine parvenue par intussusception dans la moelle ou dans les cordons nerveux y produit une stupéfaction plus ou moins prononcée, qui donne lieu dans les nerfs sensitifs à de analgésie (Meuriot) ou bien à un certain degré d'anesthésie ; dans les nerfs qui président aux sécrétions, à de la paralysie, ainsi que le démontrent tout au moins les expériences de Vulpian à propos des fibres sécrétoires de la corde du tympan qui animent la glande sous-maxillaire et excitent sa lonction; enfin, dans les nerfs moteurs, à de la parésis, ou à de la paralysie véritable, comme pour la troisième paire.
■ Les choses ne sont plus aussi simples quand il s'agit du centre spinal. Les uns, avec Brown-Séquard, admettent une diminution du pouvoir réflexe- les autres s'eflbrcent d'établir que l'Atropine augmente la force excito-motrice de la moelle (Blobaum, Flechner et Schneller, Meuriot). te nui paraît certain, c'est que, dans l'atropisme toxique, la moelle épinière réoond vivement aux excitations périphériques, que la moindre impression sensitive provoque des mouvements réflexes généralisés et que des convulsions souvent tétaniformes, traversent le cours de l'empoisonnement aigu
ATUOPINE.
OU chronique par la belladone ou son alcaloïde (J. Ilarley, Th. Fraser). Estce à dire pour cela que l'Atropine accroît la puissance médullaire? Non, sans doute, mais elle facilite les décharges du centre spinal, auquel, par une action inverse de celle de la quinine, elle enlève la faculté de conserver sa force. Au fond, les effets de l'Atropine sur la moelle ne s'éloignent pas beaucoup de ceux delà stupéfaction ordinaire; ils peuvent s'exprimer par les mots : énervation, asthénie, adynamie. Seulement, le phénomène qui se produit comme conséquence immédiate de l'action de l'alcaloïde sur l'a.xe rachidien est, à proprement dire, une excitation, puisqu'il consiste dans la mise en jeu d'une propriété organique. En définitive, ceux qui regardent l'Atropine comme un stupéfiant de la moelle sont plus près de la vérité que ceux qui veulent en faire un corroborant et un tonique, sous la dénomination vague et fallacieuse d'excitant ou de stimulant.
Harley exprime une opinion peu différente de la nôtre lorsque, comparant le conflit de la belladone avec la corde spinale à celui de l'éponge de platine avec l'hydrogène, il fait consister le phénomène dans un accroissement de la combustion du tissu nerveux, dont le phosphore se retrouverait à l'état de phosphates terreux dans la sécrétion rénale. Cette théorie a le mérite de la simplicité.
Ainsi l'Atropine ne favorise pas l'acquisition de la force excito-motrice, elle n'augmente pas la tension dynamique de la moelle, mais elle rend le mécanisme des actions réflexes plus facile à éclancher, et cela suffit pour faire apparaître un certain nombre de symptômes d'excitation, tels que des contractions péristaltiques exagérées de l'intestin ou des érections répétées, à l'occasion de la plus légère cause occasionnelle; ce qui n'empêche pas l'alcaloïde de la belladone d'être à la longue un moyen d'affaiblir la contractilité des fibres lisses et de conduire finalement à l'anaphrodisie.
Les troubles de la circulation sont engendrés par des conditions analogues combinées avec un certain degré d'action stimulante et non tonique sur le système nerveux ganglionnaire; et, selon la prédominance de l'un ou de l'autre facteur, la résultante subit une déviation dans le sens de la tension ou bien de la dépression vasculaire. C'est ce qui explique les assertions contradictoires des auteurs et l'incertitude qui régnait à ce sujet dans les meilleurs esprits et qui se reflète dans ce qui vient d'être dit sur le pouls et la pression artérielle dans le cours de l'atropisme. Une analyse plus approfondie des phénomènes nous permet maintenant d'établir les distinctions suivantes : dans une première période, l'action tonique vasomotrice d'une petite quantité d'Atropine, diffusée dans l'organisme, suffit à ralentir la circulation et à augmenter la tension dans une mesure qui ne peut être indiquée par le sphygmographe et que l'hémomètre n'a pas encore évaluée avec précision, sans la participation du cœur. C'est ainsi que j'explique le ralentissement observé par Schroff, Lichtenfels, Frôlich, quelquefois par moi-même, et dont les tracés de A. Bordier donnent la démonstration visible en même temps que celle d'un accroissement de tension vasculaire.
11 y a pourtant des cas où la tonicité plus grande du système artériel, manifestée par le degré de contraction des vaisseaux sanguins, coïncide avec une accélération marquée du pouls (Bezold, Blobaum, Meuriot, J. Harley). On assiste alors, selon moi, à une période de transition dans laquelle les pneumo-gastriques, et le cœur par conséquent, commencent à être influencés, tandis que l'action stimulante sur le système nerveux vaso-moteur, non épuisée, maintient encore le retrait vasculaire actif. Mais ce n'est là, j'en conviens, qu'un phénomène peu considérable, en tout cas fugace, bientôt remplacé par un état inverse qui domine la scène et semble avoir absorbé l'attention des derniers expérimentateurs. Nous savons aujourd'hui par les expériences de Ch. Hunter, von Griife, Eulenburg, Erlenmeyer, et celles plus récentes de notre compatriote le docteur Meuriot, expériences dont j'ai vérifié l'exactitude, que le principal effet des hautes doses d'Atropine, portées dans les veines ou le tissu cellulaire, consiste à produire, quelques minutes seulement après l'injection de 1 ou 2 milligrammes d'alcaloïde, une accélération subite du pouls qui peut monter de la moyenne physiologique à 80, 100, 120, UO battements, et même plus haut, "en même temps qu'il devient petit, dépressible et que la tension artérielle diminue. Un relâchement quelquefois général des capillaires accompagne cette précipitation des contractions cardiaques. Les muqueuses se montrent d'abord rouges, sèches et comme vernissées, tandis que la périphérie cutanée reste encore pâle, mais le derme luimême s'injecte à la face, sur le cou, et même sur le tronc s'il y a des effets toxiques. Avec des doses moyennes, thérapeutiques, l'accélération des battements artériels ne dure guère que six à huit heures. Elle peut persister un ou deux jours dans le cas d'empoisonnement.
A quoi tient ce phénomène ? à l'excitation du muscle cardiaque ou des ganglions de Remak, ses centres automoteurs; à la stimulation de la moelle ou des filets sympathiques (nerfs accélérateurs de E. et M. Cyon, ou bien encore à la paralysie de la paire vague qui est le nerf d'arrêt ou du moins le modérateur des mouvements cardiaques? La question reste indécise. Toutefois, la plupart des auteurs s'accordent pour la trancher en faveur de la suppression du pouvoir suspensif cohibent [inhibUonj power) du pneumo-gastrique (Botkin, Bezold, Meuriot) et spécialement de ses expansions périphériques (Bezold). Mais il se pourrait que les autres circonstances ne fussent pas étrangères à la production du phénomène; de sorte que le trouble circulatoire a peut-être l'une de ses conditions causales dans cette incontinence du centre excito-moteur dont j'ai fait l'un des caractères de l'atropisme généralisé.
Dans les empoisonnements graves ou mortels, un nouveau ralentissement se montre comme conséquence de l'épuisement ou de l'asthénie de
l'appareil circulatoire. f i a i
La respiration suit toutes les phases des troubles circulatoires et obôii directement ou d'une manière médiate aux influences qui gouvernent la circulation sanguine.
ATROPINE. o29
Les troubles sécrétoires observés pendant l'atropisme concordent généralement assez mal avec les modifications circulatoires que l'étude attentive des faits nous a permis de reconnaître. A la vérité, quelques appareils présentent un accroissement de sécrétion, mais la plupart sont frappés d'inertie, tandis que leur liypérémie semblerait exiger une exaltation fonctionnelle. Ainsi, les doses élevées donnent la sécheresse de la langue, de la bouche, de l'isthme guttural et du pharynx, la dyspepsie, la constipalion, la dysurie, en môme temps qu'elles dilatent le réseau capillaire sanguin. Et, pour compléter le paradoxe, la diurèse augmente au début, quand une faible action de l'alcaloïde n'a déterminé encore qu'une tonification du vaso-moteur et un certain degré d'oligaimie.
L'aridité de la partie supérieure des premières voies engendre à son tour la soif et amène la difficulté d'avaler et de parler. Toutefois, cette dernière lonction peut être entravée aussi par la siccité du larynx, par la faiblesse musculaire et enfin par l'état désordonné des fonctions cérébrales.
A part les cas d'empoisonnements graves, la dysurie atropique consiste ordmairement dans la diminution ou la suppression de la sécrétion rénale ; la paralysie ou la contracture n'y prennent qu'une part insignifiante. Aussi ce symptôme coïncide-t-il avec la viduité du réservoir urinaire démontrée par la percussion de l'hypogastre et le cathétérisme. Mais, sous l'empire des doses toxiques, l'aspect des choses change complètement et l'on observe une rétention d'urine par atonie musculaire, tout à fait semblable à celle qui accompagne les maladies typhoïdes. J. Harley insiste beaucoup sur les preuves de cette paralysie vésicale, qui me paraît incontestable
Quant à l'exanthème erythémateux ou scarlatiniforme {scarlatinous rash) il est probablement dû en partie au passage de l'alcaloïde, qui est volatil' par les émonctoires cutanés, et à l'irritation qui en est la conséquence Ce' pendant, on doit lui attribuer encore une autre origine, ainsi aue nous 1p verrons tout à l'heure.
Les symptômes de l'atropisme n'ont pas toujours été interprétés comme nous venons de le faire d'après les travaux les plus récents. A l'époqur où nous pensions que la tonification du vaso-moteur et l'oligaimie étaient le fond, 1 essence même de l'aflection artificielle, on expliquait les pbénomè nés contraires, successivement observés, à l'aide des efltts directs et soe ciaux, autrement dit des effets posuifs de l'Atropine, ainsi que d s Ins " qiiences mdirectes, secondaires, en d'autres termp. h«= /r , . cet alcaloïde. Ces deux ordres de phénomènes env Lé. f T^''-^' agents toxiques ou médicamenteux, sonTgénérarm n Lvp" l'expriment les mots action et réacUon anE.^T r. ' 'ï"' consécutifs des causes pathogéniqu ou de a^^^^^^^^
tels que l'hydrothérapie. ^ ^"''^"'^ "^^^"^"^ traitement
L'action de l'eau froide peut donnpriina h,^r,,, -^^ ^ de phénomènes. Au moment de 1 a 1 licanL n • ' T'' piUaires, la contraction du tissu krto de h° i' °" ''''''' ''''
la pâleur et la réfrigération 1 t ' ^^^"^ chair-de-poule,
O.J::^TZl: '''''''''''' cutanée, le Mssonnement de
. . , P.. VauKmentalion de la tension vasculaire par conlracUon des .
H ?vst me sTnguin, avec sensation de conslriction. de gêne resp.raparois du syst m ^ ^^.^^ ^^^^^ p^.^^^^^^ impression pas-
toire. ^^'^^^ll"^' /, ' s'échauffe, les artères battent plus largement, ,ée, la P/^^;;:^^^'' 'Jt^enl de détente et de bien-être. Tout ceci n'est :îu?c;St^ de rapplicat.on de l'eau froide, c'en est Velfet né-
■^'nr il se passe quelque chose d'analogue pour la belladone et l'Atropine > • TAorimer ainsi en 1868 : « Directement, l'alcaloïde stimule le moteurTsturéfi le système cérébro-spinal, faitpâlirles tissus, tarit
r''; M ons occa' onne la paresse musculaire, donnele délire et les con-
'"ifns Siq^ u a théniques. Mais quand le poison est détruit ou él. n Ta réaS on de l économie se dessine. Le grand sympathique épuisé iche 1 1 san^^ revient dans les capillaires, les sécrétions recommen-
'!n Btntôt a^^^^^^^ la chaleur s'exalte, des congestions
:::;;^:r:étermir.ntvei.sl~
il survient de la phlogose mtestmale annoncée par les P e ^ de Claubry), par de l'exhalation sanguin ^ ; - f ^ ^ ,1 émissions d'urine, des sueurs f'^'^.^T;!^^^^^^^^ précédemtions fatigantes (Kôstler). Les é-P^-^^^;^^^^^^^^^ ordre, déter-
ment pourraient bien être en P-f^^^"^ P,\^^°~Lnt les limites d'une miné par la paralysie ^^^^^^^^^^^^^^ Irne la phlogose se tra-
réaction -^/^J^^^^^^^^f^des é ons'^htheu (Sage, Munniks.) Les duirait par de 1 érythème et aes ero J j^^^g spéciaux de
symptômes réactionnels, confondus jusqu ici a^ec
Atropine, sontd'autant plus prononcés que i^^^^^^^^^^^ plus violente, de cette substance a été plus soudaine, P^ J^^^^^^^ ^e l'inges-
lls sont peu marqués, au f^^^^-^'^^^fXant introduit qu'un trouble tion de petites doses longtemps répétées n ^y^"; Aujourd'hui ces phépeu profond et auquel l'organisrne a P^ f ^Ji;'^'^^^ ^^es hautes doses ; Soménes de stimulation ^^^'^ftll'' ,^^^^^^^ desquels line reste plus de place pour les effets réactionnei
ie fais cependant quelques réserves. . ^n,ifpnar lesnrincipales
Ueu de croire qu'elle pa.se dans la ^"J" ' ^X^^^ rfi^iion des glandes et que l'exanthème scarlatiniforme est dû en P'"^"" ' i^aérogène. Ce-
bt";r=^=-^s:^r;:M.H™uat.o„
ATllOPINE. , 531
développer sur la marche et les périodes de l'atropisme, mais les éléments de ce travail sont encore insuffisants.
Appliquée sur l'œil, l'Atropine agit d'une manière presque instantanée en raison de l'organisation de la cornée transparente qui, se nourrissant par imbibition du dehors, est extrêmement perméable aux substances dissoutes , et permet en quelques secondes l'endosmose d'une partie de l'agent mydrialique. La dilatation pupillaire, apparente au bout d'une demi-minute, continue de s'accroître pendant plusieurs minutes encore jusqu'à la limite fixée d'avance par la dose et la prédisposition organique; puis elle demeure stalionnaire, selon le cas, pendant quelques heures, ou quelques jours, pour diminuer ensuite et disparaître au bout d'un temps plus ou moins long, dont le maximum a pu être de plusieurs semaines. Mais ce dernier terme n'a dû être atteint qu'à la suite d'instillations répétées de collyres très concentrés, ou bien dans un cas d'empoisonnement général grave. L'action diffusée consécutive à l'absorption par le tissu cellulaire ou les muqueuses se fait attendre davantage; ce n'est guère qu'au bout de quinze à vingt ou trente minutes qu'elle commence à se faire sentir quand la dose est forte, les effets étant plus lents lorsque le poison est ingéré en minime proportion. Puis elle augmente dans la demi-heure ou l'heure suivante, arrive à son paroxysme au bout de deux heures environ, se maintient stationnaire pendant un laps de temps égal ou double, et décline ensuite pour s'effacer complètement dans l'espace de douze à quinze heures. Un calme incroyable succède alors au plus violent désordre ; le sujet s'endort, et le lendemain il a recouvré toutes les apparences de la santé antérieure, à cela près d'un reste d'accélération du pouls, d'une sécheresse de gorge, d'une soif et d'une dilatation pupillaire qui ne s'effacent qu'à la longue. Jai vu disparaître avec cette rapidité les accidents d'un empoisonnement par une dose de 13 a 20 milligrammes de sulfate d'Atropine. Bien que la rapidité d'évolution caractérise lesempoisonnements parles substancesnarcotiques ou stupéfiantes non corrosives, ainsi que par celles qui sont destructibles dans l'économie telles que les matières organiques oxydables, il n'en est pas moins vrai que la fugacité des effets de la belladone est tout à fait exceptionnelle et doit trouver sa cause dans une destruction et une élimination plus rapide de cet agent toxique. r f <^
La môme précipitation s'observe d'ailleurs quand l'issue doit être funeste en sorte que la prolongation des accidents toxiques les plus graves est déjà un symptôme favorable, en ce sens que si elle trahit l'opiniâtreté de la lutte elle indique aussi la vigueur de la résistance, et doit faire présager le succès' Des remissions dans les symptômes toxiques et notamment dans le coma de altérations de deUre et de stupeur sont déjà une preuve que le dange s éloigne (Andrew, Kerst, Sauler.) 4 ^ udugei
Parleur fugacité même les nhénnm^nps Ha l'oi.. • / i lin .\ I I • j 1. ; • *^ 1 alropisme échapnent en nar-
tie à la loi de V accumulation (Tac linn nu\ ,.An.;t . , , pf^uicu pai
naminnP, Ti «..mt Ha rv, cjui l'égit tous les agents pharmacody-
d^es en m i' rr ' ^^«"^-«^ ^e distance entre deux
doses eflicaces mais légères, de 1//, de milligramme par exemple, pour ne
■ , .tr.l» sf.nÉraux inliérenls à une seule. Ce n'esl qu'au donner heu 'i'^^^^ J^,;^^,, inUoduile dans Véeonomie serait trop cas oi la masse de b^^^^^^^^^ ,^
lorle pour que ' , p^^es, que les effets de la seconde dose
i:::r.l'rs'alo:ttT une' rraction' encore persistante de ceu. de ,a pre-
"'tZcu.u.aaon .os. "'e^'^P-j'-^tralll^dr^^t^I^sLli: bililé de l'alcaloide dans les acides de 1 estomac et oe cuiu
naisons salines dans l'eau "°4';™Xser,éesapr6slamortchez les sujets Anato<«e p'^^^^^^^^^ peu prononcées et n'ont
;:ad:;rear;:t:r:b:eTvrunetacl.erousea'endr„itcorrespond
.ubst&ce corticale du Z'''"\TirJZ TX'à<ine (Duméril, De-
marquay etLeconie), CB qui . ip. médecins lég sles en même
des organes parenchymateu. /^.^i^^^.^/ari'en.onnoir pharyngé, temps que l'écume '''™<^'^.'<ï";,f '"ij.tîp j j el nous inclinons i croire :Ï pSXk- .meu. et .une
°t~;™.o,ou.s,.ux,„«H.s. -sans parler d^^^^^^
la pseudotoxine, la mandragore, la J"^'^""'™.^' i'„';^7'„„pe naturel que néralement les solanées vireuses, ^PP"'\»»^»^^„'J^^^^^^^^^ semblables, la belladone, jouissent de propriétés ^^^tTUh peuvent suppléer Leurs alcaloïdes sont les analogues de 1 «■'"P'"'' j^" , ' icotine la datue„ pariie dans ses effets '^rapeutique. Gomme el^ 1- "^^^^^^
rine et l'hyoscyamine sont des ''"f''<^^'''l"'^^"f^^^^ plus loin,
cation de leur emploi dans les c.rconstances 5"'\7"^X„e australienne. Je dois ici une menf.on spéciale à une au rç -la» «^^d or,g.n ^ ^^^^ le Haboisia ,nyoporo.des, qui nous fournit la \ ^néraux de
^noauenar Petit et Gerrard. Cet alcaloïde «P™"!"'' *,,,,t„i, l'ac-
•ïïopine (Tweedy) avec une action ^^^^^^^^ ^^Cmologie i-Tooia çnrles veux offre des nuances impoiianies eu
;°:u n /au arer la Duboisine ^ ''hyoscyamine (La enb .^^^ ''2'est ainsi qu'elle développe p^s rapideme,^^^^^^^^^^ J^^J^^
moindre que ceux de sa congénère (S. D. Risley, Norris, de Wecker).
VHomatropine, enfin, est aussi un synergique de l'Atropine. C'est un produit artiriciel, obtenu en traitant les sels de tropine par l'acide chlorhydrique (Ladenburg), et d'une toxicité très faible (Fronmiiller) si l'on compare ses effets à ceux de l'Atropine dontellene reproduiraitlapharmacodynamie qu'à doses massives. Mais son action sur l'appareil irien reproduit celle de l'Atropine, avec cette différence qu'elle est très fugace, car la mydriase ne dure guère plus de 18 à 20 heures (Galezowski) et la paralysiede l'accommodation, qui estfaible, plus de 2à3 heures. Aussi bien est-elle particulièrement indiquée pour les examens ophtalmoscopiques de l'œil, plutôt que comme succédané de l'Atropine dans ses usages médicaux.
Outre ces substances, à proprement dire synergiques et constituant de véritables succédanés, l'Atropine rencontre des auxiliaires dans plusieurs groupes d'agents médicamenteux, entête desquels il convient déplacer les narcotiques et les anesthésiques. L'acide cyanhydrique et l'essence d'amandes amères, lalobélie, agissentun peu dans le même sens pour calmer ou stupéfier le système nerveux. L'opium lui-même, bien qu'il atteigne ce but par d'autres voies, ajoute son action stupéfiante à celle de la belladone.
D'un autre côté, l'ergot de seigle seconde l'action tonique des petites doses d'Atropine sur les capillaires sanguins et contribue avec elle à réduire les hypérémies morbides. Les effets sédatifs de la quinine, de l'arsenic et du bromure de potassium pourraient dans certaines circonstances se combiner avantageusement avec ceux du principe actif de la belladone.
Substances antagonistes, incompatibles. Antidotes, contre-poisons. — L'action topique vaso-motrice des petites quantités est empêchée par les stimulants diifusibles.
Pour l'action paralysante cardio-vasculaire des hautes doses, l'Atropine trouve de véritables antagonistes dans la digitaline, l'ergotine et peut-être la strychnine. A certains égards le café, le thé, l'alcool et les stimulants diffusibles seraient supérieurs à tous les autres agents dans les degrés avancés de l'empoisonnement par les préparations de belladone. Quant aux effets de l'Atropine sur la moelle, ils seraient efficacement combattus par le sulfate de quinine dontl'action, d'après ma manière de voir, est complètement opposée à celle du principe actif de la belladone. Les effets des deux alcaloïdes sont encore opposés sur le cœur et sur la pression sanguine (Pantelejeff) Il serait avantageux d'associer plusieurs de ces antidotes afin de les fortifier l'un par l'autre et d'en assurer le succès.
Les princi^paux antagonistes de l'Atropine sont, outre les substances indiquées précédemment, l'hydrate de bromal, la pilocarpine, \^muscarme, la physostigmine et 1 opium. Nous n'y joignons pas l'acide prussique, malgré les assertions de Preyer et celles de Schmiedeberg qui soutiennent que ce poison paralyse le cœur en excitant les nerfs vagues, tandis que l'alcaloïde de la belladone fait I inverse.
L'antagonisme entre l'Atropine et l'hydrate de bromal n'est que partiel.
f534 ATROPINE.
Le bromal lue les animaux en produisant une «écrélior. e^^^^^^^^^^^ de
salive et de mucus qui obstrue les voies aénennes (
empêchant cette hypecinie, l'Atropine joue le rôle d antidote dans 1 em
— !^r::tr;on"me est considérable entre la pilocarpine et l'Atropine : i" celle-ci met un obstacle absolu à l'action sudonfique ou it I gogue de la pilocarpine ; 2» elle détruit son effet at^ -ant sur la pupiSe! 30 elle arrête net l'action péristaltique qu'elle a déterminée su l'intestin (Morat); 4» elle ranime le cœur dont les mouvements ont été ralentis ou supprimés par cette même pilocarpine (Langley).
La muscarine ou principe actif de VAgaricus muscarius, appartenant au nouveau genre Amanite, aurait, d'après Schmiedeberg et Koppe, la propriété d'augmenter l'action des pneumo-gastriques, et par conséquent de ralentir les mouvements du cœur, en même temps que de mo'iifer les phénomènes d'hématose. A ce titre elle serait en opposition avec 1 At opine à doses élevées ou toxiques, ce que viennent de confirmer les expénence de Prévost (de Genève), d'Alison, de Lauder-Brunton. Les deux pnn ipe. sont réciproquement antagonistes au point de vue ^^y^^'^Tcelt l'Atropine est même l'antidote de la muscarine, sans que 1 inverse, celte fois, soit démontré (Prévost). rAtmnine et de
L'antagonisme et même l'antidotisme réciproque de l^^r^^^ l'ésérine sont aussi très près d'une démonstration scientifique grâce^ à quelques travaux modernes et surtout aux es recherches de Tho^^^^^^ Fraser, puis à celles du Comité d'Edimbourg pr sidé Pa Hugh^ lesquelles démontrent l'antidotisme expérimenta de ^ opme s à u de résérine, mais dans des limites excessivement étroites elles ne sonU^^^ concluante; à propos de l'antidotisme inverse. Mais ici, d s-je OPP- ^^^^ dynamique est limitée, ainsi que je l'ai fait voir f P^//^ ^^^^ f ^^f,^^^ voici que les réserves faites alors sont maintenant fortifiées par les résuUats contradictoires obtenus par Martin-Damourette sur les o^^^^^^; ^j^f expérimentateur établit que les doses non toxiques ^^J^f /^^^^ d'ésérine simultanément injectées tuent souvent, ce qui prouve etlets nocifs des deux alcaloïdes s'ajoutent, au moins Pf ^^^f^'^^^j' ^ actions antagonistes sont impuissantes à conjurer le dénouemen W^^^^^^^^^ donc Martin-Damourette admet la possibilité d'un antagonisme sc,entmq u^^^ il nie l'antidotisme thérapeutique, qu'il dit '«^P'-^^^^^^^^^^'.^^^'J^.^J^d ^ L'illusion de ceux, en grand nombre, qui croient e ^'0^^^^^^^,«; P^;;^^^^^^^^^^^ nombreuses coïncidences simulant des succès et qui ^^^^^ ^f^^^^^^ cation dans la résistance naturelle de l'organisme accrue q^^Jq" ^^^^^^ une habitude vicieuse, comme j'en ai des exemples. Rien n e moms u que le suicide par l'opium ou par la belladone ; et la l^^-on.j.nc^^ serait la règle si les choses étaient habituellement laissées i leur
double qualité de resserrer la pupille et de congestionner les réseaux capillaires sanguins, passe pour l'agent diamétralement contraire pour l'antagoniste par excellence de la belladone et de son prmcipe actil. Il y a cependant quelques réserves à faire sur ce point. D'abord l'action myosique de l'opium est incomparablement plus faible que l'action mydriatique de l'Atropine; ce serait donc en vain qu'on essayerait d'empêcher celle-ci par l'administration des préparations opiacées ou des principaux alcaloïdes du pavot. Pour neutraliser la mydriase causée par une dose insignifiante d'Atropine, il faudrait des quantités massives et dangereuses de morphine. Ensuite, rien ne prouve que les principes actifs de l'opium et celui de la belladone portent également leur inQuence sur les mêmes divisions du système nerveux ou sur les mêmes appareils organiques. A la vérité, si nous considérons le grand sympathique, nous voyons que l'Atropine le stimule et que la morphine le paralyse, la première amenant la rétraction des vaisseaux, la seconde leur expansion ; mais ces effets ne se montrent pas au même degré dans tout l'organisme, et les variations d'intensité des uns et des autres, selon les organes, les tissus et les conditions diverses du phénomène ne suivent pas nécessairement les mêmes courbes croissantes et décroissantes; l'action de la morphine pouvant atteindre son maximum dans un point de l'économie en même temps que celle de l'Atropine serait à son apogée dans un autre.
En fait, et toute spéculation théorique mise à part, les effets sédatifs de l'opium et de la belladone se superposent ou se complètent souvent, et les doses toxiques de l'un ne parviennent pas toujours, tant s'en faut, à neutraliser les symptômes dominants de l'autre. L'expérience prouve journellement que les préparations de belladone et d'opium peuvent être associées avec avantage pour engourdir la douleur; elle nous montre aussi quelquefois l'impuissance réciproque de ces agents héroïques en face des désordres occasionnés par l'un d'eux. Et, si l'administration de la belladone n'a pas empêché la mort d'un sujet empoisonné par l'opium, cela n'a pas dépendu, comme on pourrait le croire, de ce qu'on n'avait pas administré Véquivalent pharmacodynamique nécessaire à la neutralisation du poison, mais de ce que les actions opposées des deux agents ne se font pas équilibre partout, celui-ci portant son principal effort sur un point, celui-là sur un autre et les résultats définitifs s'ajoutant en partie au lieu de s'annuler comme feraient deux quantités égales, précédées de signes de nom contraire.
Des expériences pratiquées sur les animaux par le docteur Bois (d'Aurillac) et le docteur Camus confirment les inductions tirées de l'observation clinique. II est à regretter que plusieurs ayant été exécutées sur des lapins, espèce peu favorable à l'expérimentation des poisons végétaux, ne présentent pas toutes les garanties de certitude. Mais les expériences pratiquées sur lui-même avec le plus grand soin par le docteur A. Denis ne laissent rien à désirer, non plus que celles de John llarley sur les aniuiaux, et démontrent péremptoirement que l'Atropine et la morphine, bien que partiellement antagonistes, ne peuvent se servir réciproquement d'antidotes.
Ainsi, tout en tenant compte de l'opposition virtuelle qui existe à certains égards entre la morphine et l'Atropine, et dont la réalité, entrevue par Ga'zin, Corrigan, Giacomini et Graves, se trouve établie par les travaux d'Anderson, de Bell et de Béhier, auxquels il faut joindre ceux de Claude Bernard, L. Blondeau, Dodeuil, Camus, Constantin Paul, etc., de l'ensemble des faits, il m'est impossible de partager les espérances et d'adopter les conseils pratiques formulés à cet égard par quelques-uns de mes confrères.
En définitive, s'il est impossible de nier qu'il existe un certain antagonisme partiel au point de vue des effets physiologiques entre l'Atropine et l'opium, il faut, par contre, renoncer à l'idée d'antidotisme entre ces deux alcaloïdes, surtout en présence d'un cas d'empoisonnement.
Quant à leur incompatibilité comme agents d'un même traitement, elle n'existe que pour un petit nombre de cas particuliers et nullement pour l'ensemble de la médication stupéfiante et narcotique. Ainsi l'association de la morphine et de l'Atropine serait irrationnelle et devra être évitée, si l'on veut obtenir uniquement ou spécialement la dilatation pupillaire, ou bien si l'on demande à ce dernier alcaloïde la série intégrale de ses effets physiologiques; mais elle redeviendra légitime, dès qu'il s'agira de calmer les douleurs et de procurer le sommeil, au moyen d'une combinaison d'actions narcotiques et stupéfiantes qui ne laissent intacte aucune division
du système nerveux.
Les contre-poisons chimiques de l'Atropine sont ceux des alcaloïdes en
général, spécialement le tannin et les substances qui en renferment, telles
que le thé, le café, etc. Il faut y joindre l'iodure iodurée de potassium ou
simplement l'eau iodurée.
Usages. - La plupart des usages de l'Atropine dérivent logiquement de
ses effets physiologiques connus ; quelques autres sont purement empiriques 1° Gomme mydriatique, l'Atropine sert à favoriser 1 exploration de 1 œil à l'aide de l'ophtalmoscope, ou les opérations chirurgicales qu on pratique sur cet organe, particulièrement celle de la cataracte, soit par abaissement, soit par extraction. Elle contribue à rendre la vision plus claire chez les sujets affectés de myosis accidentel ou habituel, c'est-à-dire d une étroitesse exagérée de la pupille, l'une des causes de l'héméralopie, maladie singulière qu'il serait plus exact de nommer anyctalopie. Par le même procédé, elle contrarie la formation, ou elle détermine la rupture des adhérences de l'iris avec les parties environnantes : synéchies, synièzis (Himly, Tonnelle, A Bérard etc.); elle s'oppose à la hernie, au prolapsus de cette membrane à "travers une perforation de la cornée : myocéphalon. Enfin l'Atropine instillée dans les yeux, en même temps qu'elle amène la dilatation P"P;'l^";^; est utile pour diminuer l'éréthisme vasculaire de l'appareil indien, ei poui calmer les douleurs intolérables du spasme permanent des muscles accommndateurs dans les inflammations du globe oculaire.
Pour modérer l'asthénopie rétinienne, ou par irritabibté excessive de a rétine, 1 Atropine agit un peu sur la sensibiUté de la membrane nerveuse
ATROPINE. 537 et beaucoup sur les contractions spasmodiques des fibres musculaires.
L'Atropine, d'une façon générale, est surtout indiquée dans les maladies de l'iris et de la choroïde (de Wecker). Elle a malheureusement l'inconvénient d'augmenter la sécrétion conjonclivale et d'exagérer la pression intra-oculaire. Mais ses avantages sont tellement énormes comme remède antiphlogistique qu'on peut passer par-dessus ce petit inconvénient.
2° L'action fujpercrinique de l'alcaloïde de la belladone est trop aléatoire pour être recherchée par les praticiens. Jamais il ne deviendra un diurétique usuel, quoiqu'il excite manifestement la sécrétion rénale dans des conditions déterminées, mais qu'on ne peut ni réalisertoujoursni maintenir à son gré.
3° Par la faculté qu'elle possède de réduire ou de supprimer les sécrétions, l'Atropine peut rendre des services dans les flux de salive et d'urine, dans la diarrhée catarrhale et la bronchorrhée. Je l'ai employée dans tous ces cas avec succès, mais on ne réussit qu'à condition de pousser les doses assez haut pour obtenir des effets physiologiques intenses. C'est un moyen d'atténuer les pertes éprouvées par ceux qu'épuise une entérorrhée ou un flux muqueux bronchique; c'est au même titre un remède de la polyurie, ainsi qu'un palliatif de l'incontinence nocturne d'urine. Dans ce dernier cas, l'action de l'Atropine est double : cette substance agit comme stupéfiant de la sensibilité et, secondairement, des actions réflexes, en même temps que comme modérateur de la sécrétion ou comme hypocrinique. La vessie moins pleine est, toutes choses égales, moins sollicitée à l'exonération. Antérieurement à mes essais, Espenbeck avait employé la belladone contre la salivation profuse d'origine mercurielle et Desprès avait obtenu un succès dans la diarrhée cholérique. L'Atropine est maintenant d'usage courant contre les sueurs des phtisiques qu'elle modère le plus souvent ou fait disparaître parfois définitivement (Wilson, Robert Barlholow, Frantzel, Hassall, Vulpian, Royet, etc.). Elle peut enfin tarir la galactorrhèe et arrêter la spermatorrhée (Nowatschek, Stephanides).
4» Le pouvoir que nous avons attribué à l'Atropine de solliciter l'action physiologique du système nerveux et particuhèrement de provoquer des décharges médullaires, en un mot son action excitante sur le centre spinal fournit le moyen de réveiller la contraclilité alanguie dans certains appareils et notamment dans le canal digestif. Telle est du moins l'une des interprétations plausibles des efl'ets un peu paradoxaux de la belladone dans la constipation atonique.
5" En qualité de relâchant musculaire ou à'/iypocinétique, l'Atropine peut servir, de même que la belladone, à vaincre les résistances on^ertes : 1° à l'accouchement, ou bien à l'issue des règles, par la rigidité du col (Chaussier, Velpeau, Conquest) ; 2° à l'introduction de sondes, par le spasme de la région membraneuse de l'urèthre (Will) ; 3" à la réduction des hernies, par la contraction'de l'anneau musculaire ou par le spasme de la portion de 1 mtestm qui était étranglée (Rollon de Sainte-Foy). Elle agit peut-être de même pour faire cesser dans quelques cas la constipation chez les sujets nerveux, ou bien atteints de fissures, ou chez les hémorrhoïdaires afl-ectés de
spasmes de certains anneaux, des fibres circulaires de l'intestin, ou pour . amener la résolution d'un volvulus ou d'une invagination intestinale. — On met généralement sur le compte de cette action hypocinétique les bons efi"ets de l'Atropine dans l'incontinence nocturne (Bretonneau, Trousseau, Commaille). Les succès obtenus (Bretonneau) chez les femmes atteintes de vomissements dits incoercibles appartiennent encore à la môme catégorie
de faits. , • , i
6° Comme Ionique vaso-moteur, l'Atropine trouve son emploi dans plusieurs afl"ections des centres nerveux cérébro-spinaux, caractérisées par des phénomènes d'excitation : douleurs, spasmes, convulsions toniques et cloniques, épilepsie, ou môme par des symptômes de collapsus : engourdissement de la sensibilité, torpeur, paralysie du mouvement. C'est peut-être aussi sa manière d'agir dans le délire sombre, lypémaniaque. L'administration de la belladone ou de l'Atropine, conseillée par Trousseau et Pidoux, puis par Brown-Séquard, et effectuée à leur exemple par beaucoup de praticiens fait cesser ou du moins améliore quelquefois les symptômes de la méningo-myélite accidentelle, de celle qui est dite rhumatismale parce qu'elle se rattache habituellement à l'impression du froid sur l'économie. On voit sous l'influence de cet alcaloïde, la douleur, Tengourdissement et la contracture des extrémités céder parfois assez rapidement. Les résultats sont nécessairement moins satisfaisants avec des hypérémies spmales hees à des diathèses acquises ou bien à la constitution originelle des sujets Le succès est également plus rare et plus incertain lorsque les lésions sont avancées et anciennes ; enfin il fait défaut ou ne consiste qu en une amélioration légère et momentanée, lorsque la fluxion sanguine n est qu un élément secondaire dans le cours d'une altération organique des centres
Lusanna et Rieken disent avoir constaté les bons eQets de l'Atropine dans le traitement des fièvres intermittentes. Si leurs observations se confirmaient, ce serait la preuve la plus manifeste en faveur de 1 action vaso-motrice de ce principe médicamenteux. , • x .„fif
Cette action est assez puissante d'ailleurs, puisqu on l a mise à profit contre les hémorrhagies. Tacke va jusqu'à attribuer à 1 injection souscutanée d'Atropine la puissance de l'ergotine, et Barnett en fait le remède du coup de chaleur comme stimulant du cœur et des vaisseaux.
7» Vaction stupéfiante de l'Atropine est mise à profit contre les atleciions douloureuses, spasmodiques, convulsives ; contre les névralgies proprement dites la gastralgie, la colique de plomb (Malherbe de Nantes) et la colique sèche des pays chauds (Fonssagrives) ; la cystalgie, la cystite (Semp e) , e rhumatisme et la goutte (Miinch, Ziegler, Lebreton, Trousseau, etc,; a toux quinteuse spasmodique, la dyspnée des phtisiques (Fourcauid), la coqueluche et l'asthme (Bretonneau, Trousseau, G. Oliver, etc.) ; les convulsions, le tétanos traumatique (Lenoir), ou spontané (Lombard de Terras-. Ion) la folie lypémaniaque (Murray), l'hydrophobie et l'épi epsie (Gredmg Leuret Ricard Bretonneau, Trousseau, etc.). Desprez a fait céder, à 1 aide
d'injections hypodermiques de sulfate d'Atropine, une contracture permanenfe du membre supérieur, datant de quatre ans et Sp^H-nn une contracture réflexe. L'oesophagisme (Edouard Girard) également a céd à 1 emploi de ce médicament qui s'est encore montré puissant contre l urticaire (Frânkel, Schwimmer) et le coryza au début (Gentilhomme).
Enfin comme topique calmant, les solutions d'Atropine sont utiles contre les douleurs du cancer ulcéré (Th. Anger), de l'otite moyenne aigue (L Théobald). En outre, dans quelques circonstances, les chirurgiens ont soin d'amortir la sensibilité de l'œil par l'introduction préalable de quelques gouttes d'une solution d'Atropine, afin de faire mieux tolérer les collyres astringents ou caustiques. A l'occasion du traitement des grandes névroses par l'Atropine, il est bon de rappeler les règles tracées à propos de l'emploi du bromure de potassium dans les mêmes circonstances, et qui se résument en ces termes: constance au début; plus tard, quelques répits ; persévérance pendant des mois ou des années.
Mais il ne faut pas croire que dans chacune de ces catégories de cas l'Atropine n'ait absolument qu'une manière d'agir; presque toujours, au contraire, plusieurs actions concourent au résultat définitif: par exemple, les phénomènes d'excitation dans la méningo-myélite sont apaisés par la stupeur occasionnée directement dans le système nerveux, aussi bien que par l'olighémie spinale; l'incontinence nocturne d'urine cède à la stupéfaction de la muqueuse uro-génitale (Gubler), non moins qu'à celle des fibres musculaires, sans compter la diminution de la sécrétion urinaire qui a sa part d'influence. J'ai môme lieu de penser que l'effet primitif se fait sentir sur la muqueuse vésicale, dont la sensibilité amortie n'éveille pas le besoin d'uriner, et ne sollicite plus par action réflexe le double phénomène 4u relâchement du sphincter et de la contraction du corps de la vessie, dont l'association est indispensable à l'accomplissement de la miction. La même réflexion s'appUque au mécanisme physio -pathologique des pertes séminales involontaires, au traitement desquelles s'adapte également bien l'alcaloïde de la belladone (Gabier). D'ailleurs les propriétés antiaphrodisiaques de la plante ont déjà été constatées par Heustis et d'autres observateurs.
En terminant cette énumération, rappelons seulement pour mémoire que l'aptitude de la belladone à produire des exanthèmes a fait naître la singulière idée (Hufeland, Hahnemann, etc.) d'administrer cette plante comme moyen préventif de la scarlatine dont elle imite l'éruption.
Modes d'administration et doses. — L'Atropine s'administre par toutes les voies et selon tous les modes ordinairement usités.
A l'intérieur, on en donne habituellement moins de i milligramme à la fois, puisque la dose généralement prescrite ne dépasse pas 1 milligramme d'un sel atropique, valérianate ou sulfate. Cette dose est répétée deux, trois et même quatre fois par jour. Je la crois trop forte dans beaucoup de cas pour des sujets prédisposés aux troubles résultant de l'anémie et de l'asthénie cérébro-spinales. Plus d'une fois, à ma connaissance, elle a produit
des symptômes d'atropisme exagéré : dilatation piipillaire, troubles de la vision, voire, dans un ou deux cas, délire momentané. Il est donc prudent de débuter par des prises de 5 décimilligrammes seulement, et de n'en administrer qu'une seule dans la première journée, sauf à en multiplier graduellement le nombre, de manière à atteindre la dose efficace, déterminée par l'apparition des phénomènes physiologiques.
Cette dose efficace est d'ailleurs très variable d'un sujet à l'autre, non, comme beaucoup de médecins inclineraient à le croire, par le fait d'une idiosyncrasie inexplicable, mais en vertu de conditions anatomiques et fonctionnelles dont l'action mieux connue du médicament nous fait comprendre l'influence. Les personnes anémiques, épuisées, inanitiées, près de défaillir, de tomber en syncope, ou sujettes au vertige, aux palpitations asthéniques, à la céphalalgie anémique, au délire reconnaissant la mftme cause, ou simplement placées sur le chemin de ces accidents morbides par un état maladif ou par leur manière d'être naturelle, ces personnes, dis-je, supportent difficilement les préparations de belladone. 11 en est tout autrement pour les sujets forts, d'un sang riche, d'une innervation régulière, ou bien pour ceux qui, sans être robustes ni sanguins, se font remarquer par une hypersthénie et même par une tendance hypérémique des centres nerveux.
En général, les enfants, dont la substance cérébrale est très vasculaire, très irritable, et qui ne peuvent à cause de cela tolérer de minimes quantités d'opium, sont incomparablement moins sensibles que les adultes à l'action de l'atropine (Fuller, Gubler).
Toutefois il n'est pas rare de voir se développer chez eux des troubles de la vision très marqués avec des doses insignifiantes: dilatation pupillaire, difficultés d'accommodation (E. Labbée).
La pratique multiplie les formes pharmaceutiques sous lesquelles on emploie l'Atropine. Dans ces formules, l'alcaloïde pur cède peu à peu la place à l'une de ses combinaisons salines : le sulfate d'Atropine. D'ailleurs le sirop, comme le collyre lui-même, a eu pour base dès l'origine le Chlo}-hydrate d'Atropine, puisqu'on ajoutait une goutte d'acide chlorhydrique à 1 décigramme de substance active pour faire 2 kilogrammes de siropmédicamenteux. Il se prend à la dose de 10 à 30 grammes.
On se sert encore d'une teinture d'Atropine: Atropine, 1 gramme; alcool à 85% 100 grammes ; à la dose de 1 à 3 gouttes en potion. Chaque goutte représente environ un demi-milligramme d'alcaloïde.
Le Co^/ea; recommande des granules del milligramme d'Atropine. Je crois plus prudent de les réduire à un demi-milligramme, et j'adopte la proportion donnée par Bouchardat pour les pilules, à savoir : 5 centigrammes d'Atropine avecmiel et poudre de guimauve, quantité suffisante pour 100 pilules: chacune contient 5 décimilligrammes d'alcaloïde. Les granules et les dragées ne diffèrent des pilules que par la couche de sucre dont ils sont enrobés.
Les Prises de poudre d'Atropine sont chacune d'un quart de milligramme seulement, avec addition de sucre blanc, quantité suffisante. Il existe plusieurs degrés de concentration de la solution airopique pour
ATROPINE. î'^l collyres, suivant le but qu'on se propose et l'intensité d'action dont on a besoin. Veut-on simplement détendre les muscles intrinsèques de l'œil spasmodiquement contracturés, on se contente de la solution de : Atropine, •10 centigrammes, eau distillée, 100 grammes; c'est celle que je recommande à peu près dans tous les cas. S'agit-il, au contraire, d'obtenir instantanément une énorme dilatation pupillaire ou la rétrocession d'un prolapsus de l'iris à travers une perforation de la cornée, on porte la dose à 5 centigrammes d'Atropine pour 20 grammes d'eau.
Ce dernier degré de concentration est plus que suffisant pour obtenir toute l'intensité désirable ou possible des effets topiques de l'Atropine; aller au delà et doubler ou même quadrupler la dose, ainsi que cela se pratique souvent,' c'est non seulement gaspiller le remède, mais encore s'exposer à des accidents sérieux, locaux et généraux, signalés par un grand nombre d'observateurs. G. Lawson décrit des élancements avec sensation de brûlure, rougeur et larmoiement d'une durée de deux heures à deux jours, ainsi qu'un état érysipélateux des paupières avec rougeur et chémosis de la conjonctive. D'un autre côté, des phénomènes d'atropisme généralisé consistant en agitation, délire, troubles circulatoires, etc., ont été observés par Richet et Revillout, par Laurenzo (de Bahia), Galezowski, Tellier et d'autres cliniciens, à la suite de l'instillation réitérée et trop largement faite d'un collyre au centième ou même d'un titre inférieur.
Le papier à r Atropine de Streatfleld ou de Leperdriel, ainsi que les tablettes gélatineuses de Hart, mettraient en partie à l'abri de ces complications.
Pour injections sous-cutanées, on a adopté la solution au centième: 1 gramme d'Atropine pour 100 grammes d'eau. Deux bonnes gouttes représentent assez exactement 1 milligramme de principe actif.
La pommade peut renfermer sans inconvénient la dose très massive de 23 ou 30 centigrammes d'Atropine pour 5 à 12 grammes d'axonge (Guibert, Brockes), pourvu toutefois qu'elle ne soit pas étendue au voisinage d'une muqueuse, sur une surface excoriée, ouverte à l'absorption.
J'ai dit que le sulfate neutre d'Atropine tend à se substituer de plus en plus à l'alcaloïde pur.
Je donne plus loin (Voy. ce mot) ses indications particulières. Quant au Chlorhydrate d'At7'opine et à l'azotate, ils sont inusités. Ils rendraient les mêmes services que le sulfate, à quelques nuances près.
Tichborne a proposé le salicylate d'Atropine, pour former des solutions peu altérables.
Voies d'introduction. — Après les doses et les formes pharmaceutiques vient l'indication des procédés à l'aide desquels on fait pénétrer l'Atropine dans l'économie.
D'ordinaire on l'administre par la voie stomacale sous forme de poudre, de pilules ou de granules, de solution aqueuse ou alcoolique ; rarement par la voie rectale, en lavements et suppositoires, ou bien en badigeonnages sur la muqueuse génitale ou digestive, à l'aide d'un pinceau ou du doigt chargé soit d'une solution, soit d'une pommade.
A l'extérieur, on l'applique en pommade. On pourrait en faire également un glycéré pour onclionner la peau dépourvue d'épiderme par un vésicaloire ou autrement. La solution aqueuse ou alcoolique conviendrait cependant mieux pour la méthode endermique. Mais, si les surfaces étaient un peu étendues, ce mode d'emploi d'une substance aussi énergique que le principe actif de la belladone ne serait pas exempt de danger. A la vérité, la pénétration de l'agent toxique a lieu proportionnellement aux dimensions de la surface dénudée et à sa faculté d'absorption, en raison directe aussi de la masse et du degré de concentration de la solution employée; seulement, ces diverses circonstances ne pouvant être évaluées avec précision, il s'ensuit que le résultat ne saurait être rigoureusement assigné d'avance.
La méthode hypodermique n'exige pas seulement une solution d'Atropine, ou, mieux encore, celle de sulfate neutre d'Atropine, dans un liquide aqueux ou alcoolique, il faut encore que cette solution soit parfaite et limpide, afm d'assurer son absorption et d'éviter toute irritation phlegmasique des tissus imprégnés. De plus, il ne faut employer qu'une liqueur récemment préparée. Dès que la solution renferme des flocons de Leptomitus ou Hygrocrocis, on doit en suspecter l'efficacité, attendu que l'algue microscopique, née dans un milieu composé d'Atropine et d'eau distillée, n'a pu se développer qu'aux dépens de l'alcaloïde, auquel elle est certainement redevable de sa matière azotée. L'expérience m'a appris que la solution de sulfate neutre d'Atropine, de même que les solutions analogues, a perdu la majeure partie de sa puissance pharmacodynamique lorsqu'elle est ancienne et remplie de conferves. H. Bourdon a remarqué, de son côté, que des cristaux microscopiques du principe actif s'attachent à ces filaments.
L'inflammation, qui s'empare quelquefois da trajet parcouru par l'aiguillecanule de la seringue de Pravaz ainsi que de l'aire celluleuse dans laquelle la solution s'est répandue et qui dépend, en partie, de cette altération de la solution et de l'introduction d'algues chargées de poussières et de cristaux, est un obstacle à l'absorption et doit être évitée. On aura donc soin de ne pas employer une solution trop concentrée, ni des doses trop fortes ; il vaut mieux injecter un peu plus de liquide et répéter l'injection. La solution au centième est probablement la plus avantageuse. On prescrira, comme véhicule, l'eau distillée de laurier-cerise ou bien (Krœner) une solution au millième d'acide phéuique; de cette façon, on n'aura pas à redouter la formation de ces algues dont je parlais tout à l'heure ; et il suffit d'en injecter deux ou quatre gouttes à la fois pour commencer; ce qui faitl ou 2 milligrammes du principe actif, à la condition que chaque goutte pèse eflectivement S centigrammes, ce qui se réalise, d'ailleurs, assez rarement. Le plus souvent, d'après mon expérience personnelle, les gouttes fournies par les seringues à injections sous-cutanées ne pèsent guère que 4 centigrammes. Si vous ajoutez t\ ce déficit celui qui résulte de l'issue d'une certaine proportion du liquide médicamenteux par la petite plaie,
AZOTATE D'ARGENT CRISTALLISÉ. 543 soiL pendant l'injection, soit au moment où l'on retire la canule, et celui qui provient de l'appauvrissement de la solution par suite de la végétation confervoïde, vous comprendrez, jusqu'à un certain point, le désaccord qui semble exister quelquefois entre la masse de substance active introdmle sous la peau et les faibles résultais physiologiques obtenus.
Néanmoins, la méthode hypodermique est encore la plus sûre, et c'est elle qui, à doses égales, donne habituellement les effets physiologiques les plus intenses. S'il arrive avec des doses généralement efficaces, et malgré toutes les précautions pour en assurer l'introduction, que les effets sont peu marqués, il faut songer à ces prédispositions individuelles dont il s'est agi précédemment et qui font que certains sujets sont exceptionnellement peu sensibles à l'action de l'Atropine, tandis que d'autres sont, pour ainsi dire, foudroyés par des quantités à peine supérieures à la moyenne usuelle. 11 n'est peut-être aucun autre médicament vis-à-vis duquel ces différences d'impressionnabilité soient aussi grandes. C'est ce qui rend si incertains les résultats de l'Atropine et ce qui impose aux praticiens la prudence la plus cauteleuse dans le maniement de ce moyen aussi puissant que redoutable. Plusieurs cas de mort se sont produits dans une seule année, à Paris, à la suite d'injections sous-cutanées d'Atropine, et des accidents d'une nature inquiétante ne sont pas rares avec des doses moyennes, de 2 milligrammes par exemple ; aussi ai-je à peu près renoncé à l'emploi de l'Atropine par la méthode hypodermique pour calmer des névralgies et d'autres affections douloureuses, malgré les résultats satisfaisants obtenus de la sorte par mon savant collègue, le professeur Béhier.
AZOTATE D'ACOINITINE, Azotas aconilinœ.
V Azotate d'aconitine (C^^H*^ Az02*,AzO^,HO) est cristallisé en prismes incolores, volumineux. Il est peu soluble dans l'eau froide, bien qu'il le soit beaucoup plus que l'aconitine, et se dissout dans 10 parties d'eau chaude. C'est précisément cette solubilité relative qui le recommande en médecine, de préférence à l'aconitine, qu'il renferme dans la proportion de 91,10 p. 100. II reproduit exactement toutes les propriétés pharmacodynamiques de cette base et sert aux mêmes usages. Les granules de Duquesnel sont dosés à 1/4 et à 1/2 milligramme de ce sel. Ils s'administrent à des doses progressives correspondant à 1—2 milligrammes de leur principe actif.
AZOTATE D'ARGENT CRISTALLISÉ. — Nitras argenticus in. cristallos concretus.
Angl. : Nitrate ofSilver. — AU. : Argenium nitricum cristallisatum, salpetersàures silberooi^d.
hQ Nitrate d' Argent [kgOKzQ^), connu aussi sous les noms à: Azotate ou de Caustique lunaire, est soluble dans l'eau et l'alcool.
Action pnYSiOLOGiQUii. — Au contact do la langue, le Nitrate d'Argent, en très petite quantité, produit une sensation d'astriction forte en môme
b4i AZOTATE D'ARGENT CRISTALLISÉ.
temps qu'une saveur métallique et amère. En quantité plus considérable) il détermine une brûlure et une corrosion.
L'action caustique du Nitrate d'argent s'explique par son affinité pour les substances protéiques. 11 forme, avec l'albumine, la fibrine, le caséura, des composés dont il représente 15,5 p. 100 du poids total. Ce coagulum est soluble dans un extrait de nitrate d'argent ou d'albumine, dans le chlorure de sodium, l'iodure de potassium, l'ammoniaque, le cyanure de potassium.
Appliqué sur la peau, VAzotale lunaire fait d'abord une tache blanche qui devient gris-violacé, puis pourpre-noir au fur et à mesure de la réduction de l'argent à l'état métallique. Il se comporte, d'ailleurs, avec les poils, comme avec l'épiderme lui-même. L'effet profond des cautérisations très superficielles se traduit par des phénomènes d'astriction du côté des vaisseaux, et tels que le calibre de ceux-ci peut diminuer de moitié (Rosenstirn et Rossbach). De plus, ce resserrement est permanent durant quelque temps, et il n'est pas suivi d'une dilatation par réaction du vaisseau, ce qui fait du nitrate d'argent un véritable astringent. Si l'application est réitérée, il peut en résulter la vésication, une vive douleur, et même de la fièvre, quand la cautérisation est étendue à une grande surface. Déposé sur une muqueuse ou sur une solution de continuité humide, le Nitrate d'Argent agit plus vite et un peu plus profondément. Toutefois, l'eschare grisâtre qu'il produit ne dépasse guère, en épaisseur, une fraction de millimètre, parce que le sel ne tarde pas à être transformé en chlorure insoluble, et que la pellicule superficielle résultant de sa combinaison avec les substances albuminoïdes, s'oppose à la pénétration de la solution caustique. Yoilà pourquoi la chute d'un crayon de Nitrate d'argent dans l'estomac ou dans l'utérus, n'a été suivie, contrairement à toutes prévisions, d'aucun accident sérieux. L'eschare formée parle caustique lunaire tombe au bout de vingtquatre, trente-six ou quarante-huit heures.
L'action topique du Nitrate d'Argent sur la muqueuse gastrique est d'autant plus intense, que cette membrane est plus débarrassée de chyme et de mucus, c'est-à-dire de matières en partie protéiques et chargées de chlorures. Il peut en résulter de la gastrodynie, des nausées, des vomissements, des déjections alvines, et, ainsi que je l'ai vu deux fois pour une dose minime chez le même sujet, donner lieu à une crise de coliques avec altération des traits, refroidissement, crampes, comme dans les empoisonnements par les poisons irritants et corrosifs. A dose toxique, il détermine, en outre, la gangrène des tuniques gastro-intestinales. Boerhaave en cite un exemple. Les vivisecteurs ont eu l'occasion de constater des désordres fonctionnels et matériels semblables chez les animaux soumis à leurs expériences. En ce cas, l'absorption n'a pas lieu. Les phénomènes observés à la suite de l'injection de Nitrate d'Argent dans la veine jugulaire : respiration difficile et mouvements convulsifs, appartiennent sans doute à tout poison coagulant, et s'expliquent peut-être par des embolies capillaires dues à la coagulation primitive des matières protéiques du sang. Les ecchy-
AZOTATE d'argent CRISTALLISR.
moses multipliées observées chez les solipèdes, l'asphyxie par écume bronchique notée chez la plupart des animaux qui succombent à l'empoisonnement argentique, se rattacheraient sans peine à ce mécanismepalhogénique, bien que le premier phénomène ait pu être attribué à une altération diï sang (Bail), et le second à l'influence directe de l'argent sur le système nerveux (Orfila). L'altération profonde du sang signalée par Rabuteau chez les animaux tués brusquement : état poisseux, coagulation difficile, globules agglutinés, granulations blanchâtres (chlorure d'argent), cristaux prismatiques, me paraît appuyer cette idée d'embolies capillaires, généralement admise par les thérapeutisles, excepté cependant par l'auteur de cette observation.
Mais, quelque nettoyée que soit la cavité stomacale, la présence d'une petite couche de mucus et d'épithélium suffit pour atténuer la causticité de l'Azotate lunaire en le transformant partiellement en chlorure et le réduisant à l'état métallique. Aussi, lorsqu'on ingère à petites doses du' Nitrate d'Argent pour le faire absorber, est-ce un tout autre composé qui passe dans la circulation, et l'action générale est vraisemblablement due à un chlorhydrate de chlorure combiné avec l'albumine du sérum. Des cliniciens (Fouquier, Powell) ont noté la différence d'action, à masse égale,, selon que le Nitrate d'Argent est solide ou liquide. Les effets plus redoutables de la solution, comparés à ceux des pilules, s'expliquent par l'instantanéité d'action de la préparation liquide. La première partie de la solution,, arrivée au contact de la muqueuse, subit, à la vérité, la transformation chimique indiquée, mais la portion suivante imbibe et traverse la pellicule formée aux dépens de l'épithélium et du mucus pour aller atteindre le derme rauqueux lui-même. Au contraire, la pilule, ramollie lentement par le liquide gastrique, ne cède que peu à peu son Nitrate lunaire, lequel a le temps d'être transformé en sel insoluble avant d'arriver au contact de 1;» muqueuse. Incorporé dans une masse solide, le Nitrate d'Argent peut,, généralement, être administré à doses croissantes et relativement assez élevées, sans dommage pour les voies digestives.
Une fois introduit dans le sang, sans qu'on sache au juste sous quelle forme il y est parvenu, le Nitrate d'Argent ne révèle d'abord sa présence par aucun phénomène apparent. Exceptionnellement, il occasionne de la stomatite argyrique (Guipon), ou bien du prurigo accompagné d'un pe« d'érythème papuleux [Bail et Charcot). Seulement il agit à la longue comme altéi^ant, c'est-à-dire que, suivant ma manière de voir, il prend part à la formation du plasma; devient partie intégrante des tissus et des organes complexes dont il modifie les fonctions et peut en certains cas arrêter les désordres. Son influence se fait, dit-on, particulièrement sentir sur le système nerveux et se manifeste par la cessation des troubles morbides qui en ont réclamé l'emploi. Rouget conclut de ses expériences qu'il paralyse complètement les centres du mouvement et de la respiration
L'usage prolongé du Nitrate d'Argent à l'intérieur finit par amener un empoisonnement chronique, caractérisé chez l'homme surtout par un sin- GuuLEn et Labdke, 3" édition. * 35
546 NITIUTIL D'AUGENT CRISTALLISÉ.
gulier changement de la coloration des téguments externes, qui prennent une teinte ardoisée ou olivâtre plus ou moins foncée. Cette coloration, qui a son siège dans l'épiderme et le tissu muqueux, persiste ensuite des années sans pâlir; elle semble môme indélébile. Cependant elle disparaîtrait sous des vésicatoires (Biett), et môme, dit-on, par des lotions d'acide nitrique dilué ou de cyanure de potassium, ainsi que par l'iodure de potassium à l'intérieur.
Tout cela est au moins fort douteux. Elle peut aussi s'atténuer un peu avecle temps. Quelquefois la muqueuse digestiveest colorée comme la peau. On observe sur les gencives, au collet des dents, un liséré bleu foncé plus sombre que le liséré saturnin, mais qui n'est pas constant (Duguel). Des taches noirâtres semblables à celles des chiens de chasse ou de la maladie d'Addison se montrent sur la muqueuse buccale, et une coloration analogue se répand dans presque toute la longueur du tube digestif en même temps que sur les viscères, reins et foie, etc., taches formées par de l'argent réduit imprégnant le tissu cellulaire (Cl. Bernard, Krahmer, van Geuns, Frommann, Bail et Charcot).
En réunissant les urines de plusieurs malades, Cloëz est parvenu à recueillir un globule d'argent, ce qui démontre l'élimination de ce métal par les reins. Il y a lieu de penser qu'il est entraîné également par les glandes sudoripares et sébacées de la peau, qui se sont montrées colorées en noir. Au reste, Wedemeyer a aussi trouvé tous les viscères plus ou moins ardoisés, et Brande a pu retirer de l'argent métallique des os, du pancréas et des plexus choroïdes. Orfîla l'a extrait surtout du foie, et van Geuns l'a constaté dans les méninges cérébro-spinales et dans beaucoup d'autres organes. On peut dire qu'il existe dans tous les tissus et dans tous les viscères.
Chez les animaux, l'empoisonnement chronique se traduit par des troubles de nutrition qui aboutissent à la dégénérescence graisseuse des organes : foie, cœur, muscles; par des hypérémies du rein et de la paralysie motrice.
Substances auxiliaires. — Au point de vue des effets internes, le Nitrate d'Argent est trop mal connu pour qu'il soit possible de lui assigner de véritables synergiques. On peut dire cependant que l'oxyde d'argent et d'autres sels d'argent, bromure, iodure et chlorure, se comporteraient de même au point de vue de la médication altérante. Quant à la production de ses effets locaux, le Nitrate lunaire a pour analogues les irritants et les caustiques coagulants.
Substances incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Toutes les matières organiques réduisent le Nitrate d'Argent; les chlorures et les cyanures le font passer à l'état insoluble; les alcalins et les oxydes des premières sections mettent l'oxyde d'argent à nu. Par conséquent, toutes ces substances annihilent l'action topique du Nitrate d'Argent. Au môme titre, elles peuvent lui servir de contre-poisons, et, si l'on craint que la nature ne puisse faire tous les frais de la neutralisation chimique en invisquant le caustique de couches puissantes de mucus ou de sérum riche en albumine et en chlo-
rures, on peut l'aider en faisant ingérer au malade du bouillon très salé. Les doses massives de Nitrate d'Argent produisent des désordres anatomiques qui opposent une barrière à l'introduction du poison dans le système sanguin. D'un autre côté, l'absorption ne s'exerce lentement que sur un produit insoluble : l'albuminate de chlorure double de sodium et d'argent.
11 n'existe donc jamais qu'une petite quantité de sel d'argent à la fois dans la circulation, ce qui enlève toute opportunité à l'emploi des antidotes proprement dits.
Une fois immobilisées dans les tissus, les molécules d'argent ne peuvent en être expulsées qu'à la faveur de la rénovation organique. On peut alors favoriser cette rénovation en activant la dénutrition par l'iodure et le bromure de potassium, comme je l'ai fait pour l'arsenic, et comme cela se pratique généralement pour le mercure et le plomb. Mais le plus souvent la coloration particulière de Vargyriasis est acquise définitivement.
Usages. — L'histoire pharmacodynamique du Nitrate d'Argent est encore trop obscure pour servir de guide dans l'emploi thérapeutique de ce composé. Les médecins qui les premiers ont prescrit ce composé chimique dans l'épilepsie ont fait de l'empirisme pur, à moins qu'ils n'aient eu l'idée absurde d'agir sympathiquement sur le cerveau en allant cautériser l'estomac. Ceux qui, à leur suite, ne tenant compte que des succès, ont essayé le môme agent dans la chorée et d'autres affections nerveuses, ont fait de l'empirisme raisonné. Un certain nombre d'épileptiques ont guéri pendant qu'ils prenaient du Nitrate d'Argent, il n'est donc pas impossible qu'ils aient été guéris par le remède; mais rien en physiologie ne confirme encore l'explication du fait et ne rationalise cette pratique, si ce n'est peutêtre l'hypothèse de Rouget, d'une action spéciale sur la moelle allongée.
Le Nitrate d'Argent a donc été employé contre l'épilepsie par Sims, Duncan, Cappe, Butini, Odier, Lombard, Balardini, Biett, Esquirol, etc.; contre la chorée par Hall, Pitschaft, Priou, Bretonneau; contre l'angine de poitrine par Cappe, Pauchier, Sementini, Bastide, etc.
Enfin, dans ces derniers temps, Wunderlich a eu l'idée de l'administrer dans l'ataxie locomotrice, et a pu citer cinq cas favorables. Il a été imité par Gharcot et Vulpian, qui se louent également du remède, et par le docteur Herschell, qui dit avoir obtenu la guérison d'une amblyopie amaurotique chez un malade affecté d'ataxie locomotrice. Bouchut le croit utile dans la paralysie générale progressive. De son côté, le docteur P. Topinard et d'autres auteurs nient d'une manière à peu près absolue l'efficacité de ce traitement, qui m'inspire également bien peu de confiance dans la plupart des cas graves où il a été préconisé. L'avenir apprendra à distinguer la part du hasard de celle de la médication.
Les applications suivantes me paraissent généralement rationnelles, tenir T V 7 ^^'"'"^«^'•é quelquefois par la bouche, afin d'ob-
TorrlTir •> rlT' "^"^""^"^^ gasLro-intesliuale ; tantôt pour
corriger la sensibilité morbide du canal alimentaire, réprimer les vomisse-
548 MTIIAÏE D'AUGENT CHISTALLISIL.
menls opiniâtres, nerveux ou symptomatiques, ou calmer les douleurs gastralgiques; tantôt pour modérer l'hypercrinie intestinale dans la diarrhée vulgaire ou le choléra (Barth), ou bien pour modifier des surfaces ulcérées dans la dysenterie et l'entérite chroniques. On prescrit dans un but analogue, comme substitutif, le Nitrate d'Argent en insufflatiom dans l'angine couenneuse (Guillon), en injections dans la leucorrhée, la blennorrhée et la cystite du col (Guyon), "la blennorrhagie ou comme cathérétique dans les états inflammatoires chroniques avec fongosités de la muqueuse utérine et mélrorrhagies rebelles; en colly7'e, dans les ophtalmies conjonctivales, surtout dans celles qui ont le caractère virulent ou contagieux. Et, dans la méthode de Lulon, celle des injections sous-cutanées irritantes, le Nitrate d'Argent, «le meilleur des substitutifs parenchymateux », joue un rôle important dans le traitement des affections douloureuses et des tumeurs. Mais nous ne croyons pas à l'utilité du Nitrate d'Argent dans l'ictère, le croup, l'aménorrhée, et les expériences de Ricord ont démontré qu'elle était illusoire contre la syphilis.
A l'extérieur on emploie souvent le Nitrate d'Argent, mais fondu, et sous le nom de P/erre infernale, Nitras Ai^geniicus fusus.
(Angl. : Infernal Slone ; A\\. : Hôllenstein).
Sous forme de cylindres de la grosseur d'un tuyau de plume d'oie, le Nitrate d'Argent constitue le caustique usuel le plus commode. Seulement on ne doit pas oublier que c'est un caustique superficiel et coagulant, qu'il ne faut employer ni contre des tumeurs volumineuses, dont il entretiendrait ou activerait l'irritation, ni contre des plaies envenimées, dans lesquelles il ne pourrait pénétrer. On s'en sert pour cautériser les chancres syphilitiques, les aphthes et autres ulcérations buccales, les brûlures superficielles, le;^ ulcères sanieux, les plaies par instruments piquants; pour réprimer les bourgeonscharnus exubérants ; pour calmer une inflammation superDcielle ; pour faire avorter les pustules varioliques, les vésico-pustules du zona et le panaris, détruire les virus de l'ophtalmie blennorrhagique, des ophtalmies des armées et des nouveau-nés; modifler la leucorrhée et la blennorrhagie chez la femme, ainsi que l'état granuleux ou ulcéreux du col de l'utérus, les Assures du mamelon, etc. Dans ces dillerents cas, la pierre infernale agit de trois manières : elle détruit la couche de tissus la plus superficielle, cause l'astriction de celle qui est immédiatement sous-jacente ; enfin elle laisse, à la surface de la partie touchée, une eschare protectrice qui abrite la plaie comme font les enduits imperméables et les pansements par occlusion. lien résulte une sédation très marquée de la douleur et du travail inflammatoire. Ce dernier effet est très manifeste après la cautérisation des aphthes buccaux.
Lallemand a imaginé un instrument porte-caustique fort ingénieux pour cautériser l'urèthre, soit dans le but de détruire des fongosités ou desstrictures, ou de modifier la muqueuse enflammée; soit pour exciter la tonicité de l'appareil excréteur du sperme et s'opposer aux perles séminales. Ce porte-causlique consiste en une tige courbe formant pour ainsi dire le man-
drin d'une algalie métallique ouverte aux deux bouts. A son extrémité cette tige est munie sur sa convexité d'une cuvette pleine de Nitrate d'Argent cristallisé, fondu dans la Oamme d'une lampe à alcool. Lallemand a obtenu de nombreux succès contre le catarrhe vésical chronique et la spermatorrhée, par des cautérisations pratiquées à l'aide de cet instrument.
On peut seulement se demander si la cautérisation a réveillé la contractilité des petits sphincters placés aux orifices des conduits éjaculateurs, ou plutôt, comme je le crois, si elle n'a pas modifié profondément la sensibilité de la muqueuse uréthrale, toujours en harmonie chez ces sujets avec l'orgasme génésique, et si elle n'a pas prévenu par là la déplorable facilité avec laquelle l'appareil éjaculateur entre en convulsion sous l'influence de la plus légère excitation, soit par un rêve, soit par une idée érotique consentie.
Ce procédé, appliqué aux affections utérines, rend de grands servicesentre les mains du professeur Richet, dans les hémorrhagies rebelles à tous les moyens médicinaux, et qui dépendent d'une vascularisation excessive et d'un état fongueux de la muqueuse du corps de la matrice.
Les ophtalmologistes se servent volontiers du crayon à& Nitrate d'argent mitigé, c'est-à-dire mélangé de son poids de nitrate de potasse pour les cautérisations des paupières).
Modes d'administratigiv et doses. — Le Nitrate d'Argent se prend à l'intérieur en pilules, en potions et en lavements. Il existe un grandnombre de formules de ces diverses préparations pharmaceutiques.
La dose habituelle dans chaque pilule est de 1 centigramme; l'excipient ordinairement employé est de la mîe de pain ; et l'on donne de 5 à 10 pilules par jour. Telles sont les Pilules de Boudin, recommandées par Trousseau et Pidoux, et généralement usitées maintenant. La mie de pain ne tarde pas à réduire une grande partie du Nitrate d'Argent à l'état métallique, et se colore en noir. Une autre portion se transforme en chlorure également inoffensif pour la . muqueuse digestive, en sorte que les pilules selon la formule de Boudin n'exercent d'ordinaire aucune irritation locale quand elles sont préparées depuis quelques heures. L'addition de l'opium ou de tout autre anodyn est donc superflue; un correctif ne deviendrait utile que si l'on forçait la dose (Mérat) de Nitrate d'Argent, et si les pilules étaient ingérées aussitôt après leur préparation.
L'association du chlorure de sodium (Mialhe) ou du sel ammoniac (Jacquet) a pour résultat de transformer plus rapidement ou plus complètement l'azotate en chlorure, et de favoriser la dissolution de celui-ci.
Dans le but illusoire de faire absorber du Nitrate d'Argent à l'état d'intégrité et d'isolement, on a proposé pour excipients diverses substances inertes telles que le kaolm ou la terre de pipe (Deniau) et la silice (Am. Vée).
potion, le Nitrate d'Argent, quelle que soit la formule, se donne à la dose d'environ 5 centigrammes pour 100 grammes d'eau distillée et 20 grammes de sirop de sucre, dans le choléra (Barth) ou l'entérite cholériforme (Trousseau). Nieberg en donne jusqu'à 15 centigrammes dans 45
grammes d'can à prendre par cuillerées à café, de trois îi sept par jour, dans k'chorée. Enfin, pour assurer la dissolution du sel argentique, en présence des matières contenues dans le tube digestif, Deniau, après avoir incorporé 50 centigrammes de Nitrate d'Argent dans un litre d'eau albumineuse sucrée, redissout le précipité à l'aide de 1 gramme 25 centigrammes de bromure de potassium.
En lavement, le Nitrate d'Argent se prend à la dose de 5 centigrammes environ pour 100 grammes d'eau distillée, contre la diarrhée chronique des adultes (Bourdon), ou à dose moitié moindre contre la diarrhée de dentition (Trousseau). Delioux de Savignac, voulant maintenir la solubilité du Nitrate lunaire, conseille de l'introduire, à la dose de 10 centigrammes au moins, dans 250 grammes d'eau distillée tenant en dissolution un blanc d'œuf, et d'ajouter une quantité équivalente de chlorure de sodium. Celui-ci redissout le précipité d'albuminate de Nitrate d'Argent qui se forme d'abord et éclaircit la liqueur. Mais, pour faire réussir l'opération, il faut avoir soin de verser goutte à goutte et simultanément les solutions des deux sels en agitant la masse avec une baguette de verre. Au reste, ce n'est plus du mtrate d'Argent qu'on administre dans ces conditions, mais bien un composé très complexe et non défini, ayant perdu en grande partie les qualités pour lesquelles le sel primitif était recherché et ne conservant plus guère que son pouvoir altérant. Le peptonate d'argent est plus déflni et rendrait
les mêmes services.
Les collyres an Nitrate d'Argent renferment des proportions très diverses de ce composé, suivant qu'on veut obtenir une simple astriction de la muqueuse oculaire ou bien une cautérisation. Comme astringent dans la conjonctivite simple, l'Azotate lunaire ne doit pas, selon nous, dépasser 5 à 10 centigrammes dans 100 grammes d'eau distillée. Comme léger cathérétique dans la conjonctivite granuleuse, il peut être porté à la dose de 20 à 30 centigrammes pour la môme quantité de dissolvant. Dans l'ophtalmie purulente des nouveau-nés, des armées et des sujets atteints de blennorrhagie contagieuse, il convient d'employer, à l'aide d'un pinceau, une solution caustique dans laquelle entrent 10 à 20 centigrammes de Nitrate d Argent pour 30 grammes seulement d'eau distillée (ReveiUé-Parise) ou de glycérmc (Foucher). Yelpeau prescrit 2 grammes de Nitrate d'Argent dans la même quantité de véhicule, pour faire avorter l'ophtalmie purulente. Ce moyen énergique, souvent remplacé par la pierre infernale, ne doit être employé qu'un très petit nombre de fois chez le môme sujet, sous peine de détruire les lames superficielles de la cornée, et d'en favoriser la perforation. Au reste, des solutions beaucoup moins concentrées, mais continuées avec trop d'insi'stance, ont amené plus d'une fois ce triste résultat, que des observateurs inattentifs ont pu mettre sur le compte de la maladie.
Pour injections stypliques, cathéréliques ou vraiment caustiques, on fait usage de solutions graduées, semblables à celles delà série correspondante des collyres. Contre le catarrhe chronique de la vessie, la dose de 10 centigrammes de Nitrate d'Argent pour 200 grammes d'eau me paraît suffi-
AZOTATE (sous-) DE BISMUTH. 331 sanle, à moins que la purulence ne soit excessive et la muqueuse vésicale profondément altérée, auquel cas il est permis d'employer une ou plusieurs injections caustiques, espacées, contenant une proportion quadruple ou quintuple de sel argentique, par exemple 50 centigrammes pour 100 grammes d'eau distillée. Uinjection abortive Ricord, contre la blennorrhagie, n'est autre que la solution au 30°. Le professeur Pajot se sert d'un appareil pitlvérisatem- pour porter le r^itrate d'Argent en solution aqueuse dans l'intérieur de la cavité utérine.
liVL solution concentrée de Velpeau convient pour ranimer certains ulcères indolents (Sanson) ou modifier des affections cutanées intenses, telles que le rupia (Biett), assainir les chancres, la pourriture d'hôpital (Crocq, etc.).
En injection sous-cutanée contre les névralgies rebelles, Luton emploie la solution au 10'' ou au 5°, dont il injecte de 3 à 20 gouttes; Gérin-Roze, la solution au 15^ à la dose de XV gouttes ; Damaschino, la solution au quart à la dose de Y gouttes : méthode sûre et souvent héroïque.
On prépare encore, avec le Nitrate d'Argent, des pommades astringentes ou cathérétiques contre la blépharite ciliaire [3 centigrammes pour 4 grammes d'axonge (Velpeau)], contre les fissures à l'anus [Nitrate d'Argent, 4 gramme; axonge, 4, 6 à 12 grammes (Bourgeois)], contre l'ozène [Nitrate d'Argent, 40 centigrammes à 1 gramme; ^xonge, 30 grammes (Gallizioti)]. Enfin Jobert (de Lamballe) employait, sous prétexte de faire avorter l'érysipèle et pour résoudre les tumeurs blanches, une pommade caustique contenant 4 grammes d'Azotate lunaire pour 30 grammes d'axonge.
AZOTATE DE BARYTE, NITRATE DE BARYTE, Nitras baryticus.
Angl. : Nitrate of Bar y ta. — AU. : Salpelersàures Baryiimoxyd.
VAzotate de baryum, AzO^ BaO, est un sel cristallisé, d'une amertume très désagréable, solubledans 20 parties d'eau à la température de -f- 13", insoluble dans l'alcool. 11 est inusité en médecine, bien qu'il possède les propriétés du chlorure de baryte (voy. ce mot).
AZOTATE (sows-) DE BISMUTH, SOUS NITRATE DE BISMUTH, MAGIS- TÈRE DE BISMUTH, BLANC DE FARD, Subnitras bismuthicus.
Angl. : Nitrate of Bismuth. — Ail. : Bismuthum hydrico-nilricum, basisch Salpt'tersàiwes Wismuthoxyd.
C'est à tort que les auteurs anglais appellent Nitrate de Bismuth le Blanc de fard (AzO^ BiO^ -|- 2H0), puisqu'il existe un autre composé (3Az03,Bi03 4-3HO) qui porte ce nom et qui renferme trois fois plus d'acide azotique. 11 serait peut-être plus juste de dire que nous avons tort d'appeler Nitrate de Bismuth un composé dans lequel existent trois molécules d'acide contre une seule de base. Mais il n'en est pas moins vrai que les Anglais ne devraient pas confondre les deux composés. Cette dénomination fautive a du reste entraîné de leur part une singulière confusion dans 1 histoire thérapeutique et toxicologique des préparations diverses auxquelles elle était appliquée. Prenant comme synonymes les expressions de
552 AZOTATE (sOUS-) DE bISMUTll.
JSitrale et de Sous-NUrate de Bismuth, de Magistère de liismuth, de Blanc de fard et môme de Blanc de perle, ils ont été conduits à mettre sur le compte <lu Sous-Nitrate des accidents qui n'appartiennent qu'au Nitrate lui-môme.
L'erreur existe dans l'excellent livre de Taylor {On Poisons); elle se retrouve dans le magnifique Traité de matière médicale et de thérapeutique de Perdra, où l'on voit signalées les propriétés caustiques du Nitrate de Bismuth en môme temps que ses qualités absorbantes.
Le Magistère de Bismuth est absolument insoluble dans l'eau, mais il lui donne une réaction acide. Il renferme des quantités variables (de 1 à 17 p. 100) d'acide azotique (Baudrimont) ; assez souvent du plomb (Carnot), ■dans la proportion variable de 0,011 à 0,098 pour 10 grammes, ce qui, ■d'après Bouchut, n'offrirait aucun inconvénient et renforcerait plutôt ses qualités astringentes, surtout contre les diarrhées, enfin de l'arsenic.
Action physiologique. — A titre de substance basique, le Sous-Nitrate <ie Bismuth s'empare des acides libres, y compris l'hydrogène sulfuré. C'est pourquoi il colore les fèces en noir. Mais, à part les effets antispasmodiques qu'on est porté à lui attribuer, on ne lui connaît aucune action manifeste lorsqu'il est parvenu dans la circulation. En qualité de poudre sèche il s'imbibe des liquides. C'est donc tout à la fois un antacide et un absorbant mécanique.
Usages. — Cette double qualité le rend très utile dans une foule de circonstances : par exemple, dans l'acor et la pyrosis, dans la diarrhée par Jiypercrinie delà muqueuse intestinale reconnaissant une cause spécifique, telle que le miasme du choléra asiatique, ou vulgaire, telle que le froid ; dans la diarrhée infantile, la dysenterie chronique et, en général, dans la plupart des entérites avec selles fréquentes et diarrhéiques, qu'elles soient simples ou compliquées d'ulcérations; ou bien encore (Gaby) dans les affections rebelles des organes génito-urinaires, dans la leucorrhée, toujours caractérisée par du muco-pus acide, et da;as l'uréthrite chronique ayant la môme réaction (Gubler). Mais en raison de sa manière d'agir on comprend qu'il fautl'employer à haute dose. Le professeur Monnereta donnél'exemple et fait adopter sa pratique par la généralité des médecins.
Dans la pyrosis on pourrait craindre de voir se produire des accidents par suite du passage du Sous-Nitrate à l'état de Nitrate proprement dit. Mais la quantité des acides présents à un moment donné n'est sans doute pas assez forte pour transformer une proportion un peu considérable du sous-sel. C'est en absorbant les acides que le Sous-Nitrate de Bismuth rend tous les jours des services dans les afi'ections douloureuses de l'estomac, et rien ne prouve qu'il exerce directement une action calmante ou sédative sur le système nerveux de ce viscère. Bouchardat pense que le Sous-Nitrate de Bismuth agit avec plus d'efficacité comme désinfectant, dans les dyspepsies accompagnées de renvois nidoreux et de fétidité de l'haleine et dans les diarrhées putrides. E. Lafont l'a prescrit contre les fièvres intermittentes, sans doute parce qu'il contient parfois de l'arsenic. A l'extérieur le Sous- J^itrate de Bismuth est tantôt un cosmétique (Blanc de fard) fort usité pour
AZOTATE (sous-) DE BISMUTH. o53 la toilette des dames; tantôt un topique excellent dans une foule d'altérations superficielles de la peau : dermatoses, érysipèle, gerçures, brûlures, etc., soit qu'on l'emploie en nature, soit qu'on l'incorpore à d'autres poudres, inertes ou astringentes, à la glycérine, etc.
Les incompatibles du Sous-Nitrate de Bismuth sont les acides; ses synergiques sont les absorbants mécaniques et antacides. J'ai essayé de le remplacer dans la médecine des pauvres par l'oxyde de zinc à haute dose ou par un mélange de craie ou de sous-carbonate de fer.
Deux sels de Bismuth ont été récemment proposés comme succédanés du Magistère de Bismuth : le salïcylate et le borate. Le premier a été préconisé comme médicament à la fois absorbant par sa base, et antiseptique par son acide. De ce dernier, il peut renfermer la moitié ou le quart de son poids (Jaillet). Les expériences favorables de Vulpian dans le traitement de la fièvre typhoïde encouragent de nouvelles recherches pour fixer la valeur thérapeutique de ce nouveau sel, qu'on peut prescrire aux doses de 5 à 6 grammes et plus.
Le Borate de Bismuth (BiO^BO" + 6H0), proposé par E. Delpech, est aussi à la fois absorbant et antiseptique et s'emploie aux mêmes doses que le Sous- Nitrate de Bismuth.
Mais on a encore indiqué parmi les succédanés le sous-carbonate (Hannon, de Bruxelles), le valérianate (Righini) et, selon moi avec beaucoup d'à propos l'oxyde hydraté (Van den Gorput), puisqu'en définitive le Sous- Nitrate agit surtout par sa base.
Modes d'administration et doses. — Le Sous-Nitrate de Bismuth se prend à l'intérieur en poudre, ou incorporé à diverses substances, particulièrement au diascordium, depuis 1 jusqu'à 4, 8, 16 et même 40 grammes par jour.
Mentel en a fait des granules avec partie égale de sucre; le couvercle de la boîte qui les contient mesure exactement 2 grammes du médicament.
La Crème de Bismuth de Quesneville se prend par cuillerées à café.
On associe fréquemment le sous-sel bismuthique à d'autres absorbants, notamment à la magnésie et à la poudre d'yeux d'écrevisse, ou bien à des narcotiques : opium, morphine. Le diascordium, plus complexe, renferme outre l'extrait thébaïque, des substances aromatiques astringentes et du bol d'Arménie.
Les Pastilles améincaines du docteur Paterson renferment chacune environ 15 centigrammes de Sous-Nitrate de Bismuth et autant de magnésie pure bihydratée.
A l'extérieur, le Sous-Nitrate de Bismuth s'emploie en poudre, comme desinfectant sur les plaies; en injections, suspendu dans de l'eau de rose, contre les affections catarrhales des voies urinaires et génitales; en badigconnages sous forme de ^/ycdro/e (Debout), dans les mômes circonstances et dans les ophta mies palpébrales ou les conjonctivites granuleuses (Follin). La dose, dans le glycéré, est de : 1 à 3 parties pour 3 parties de véhicule.
55i AZOTATE (SOUS-) MERCUREUX.
Elle est de : 1 partie seulement pour 6 parties d'eau dans la mixture destinée aux injections.
AZOTATE MERCUREUX CRISTALLISÉ, AZOTATE DE PROTOXYDE DE MERCURE CRISTALLISÉ, NITRATE DE PROTOXYDE DE MER- CURE, Nitras Injdrargyrosus.
Angl. : ISeulral Nitrate of the suboxyde of Mercury crystallized. — AU. : Hydrargyrum oxydulatum nitricum cristallisatum .
Le Protonûraie de Mercure (Hg20,Az05,2H0), au contact d'une grande quantité d'eau, se décompose en nitrate acide de protoxyde qui reste en dissolution dans la liqueur, et en nitrate bibasique qui se précipite sous forme d'une poudre blancbe passant rapidement au jaune [Turbith nitreux) .
Action physiologique. — Outre ses effets communs à toutes les préparations hydrargyriques (voy. Mercure), ce composé exerce une action locale, irritante et caustique, moins énergique toutefois que celle du sublimé ou du nitrate acide mercurique. Mialhe pense qu'il doit se transformer partiellement en bicblorure dans le canal alimentaire, au contact des chlorures alcalins.
Les substances synergiques, auxiliaires, sont les mercuriaux et les catbérétiques. Les substances antagonistes sont les mêmes que pour les hydrargyriques en général; les incompatibles sont les métaux des premières sections et leurs oxydes.
Usages. Modes d'administration et doses. — Le Protonitrate de Mercure, en raison de son instabilité vis-fi-vis des liquides organiques, a été rarement employé à l'intérieur en pilules de 5 milligrammes à 1 centigramme, an nombre de deux ou plusieurs par jour.
On en fait usage en lotions comme cathérétique contre les ulcérations et les excroissances syphilitiques, contre la teigne et l'affection pédiculaire (Rayer); en onctions, sous forme de pommade, contre les maladies squameuses de la peau (Biett) ou contre les dartres en général (Dupuylren).
En outre, la pharmacie utilise le Nitrate mercureux pour la préparation de divers composés hydrargyriques : précipité blanc, protoiodure de merciir6 etc.
Le Mercure soluble d'Hahnemann, naguère en usage dans la syphilis, est un sous-azotate mercureux additionné d'ammoniaque, formant un précipité gris noir. Sa composition très variable et l'absence de toute propriété spéciale justifie l'abandon dans lequel cette préparation est tombée.
AZOTATE (sows ) MERCUREUX, AZOTATE MERCUREUX RIDASIQUE, SOUS NITRATE DE PROTOXYDE DE MERCURE, TURBITH NITREUX,
Nitras bihydrargyrosus, subnilras Injdrargyrosus.
Le Turbith vitreux (2H20,AzO^HO) s'obtient par précipitation du se nrécédent dans l'eau bouillante, sous forme de poudre jaune verdâtre; il n'a aucun usage spécial en médecine. On ne le confondra pas avec le Tur-
AZOTATE DE PILOCARPINE, NITRATE DE PILOCARPINE. 555 bilh minéral, autre sel mercuriel, plus correctement appelé sous-deutosulfale de mercure (3HgO,503).
AZOTATE MERCURTQUE LIQUIDE, -NITRATE ACIDE DE DEU- TOXYDE DE MERCURE DISSOUS, NITRATE ACIDE DE MERCURE, Ni-
tras hydrargyricus acido nilrico solutus.
Angl. : Bibasic Nitrate of the oxyde of Mercury, Acid Nitrate of Mercury. — Ail. : Hydrarijyrvm oxydatum nitricum solutum.
Le Nitrate acide de Mercure (HgO,2AzO^,Aq), liquide incolore, possède un goût métallique et détermine une sensation de brûlure dans la bouche lorsqu'il se présente en proportions un peu plus fortes au contact de la muqueuse. A la lumière, il colore l'épiderme en rouge pourpre et communique une teinte rosée ou bien rouge-brunâtre aux substances protéiques qu'il précipite.
Action physiologique. — Son action corrosive dépasse celles du deutochlorure dans lequel il se convertirait, selon Mialhe, au contact des chlorures alcalins. Absorbé, il agit en qualité de composé mercuriel (voy. Mercure).
Pour les synergiques et les antagonistes, voyez Azotate mercureux.
Usages. — Modes d'administration et doses. — La solution de Nitrate acide de Mercure est employée très souvent pour cautériser les végétations syphilitiques, lesulcères demauvais caractère, les chancres serpigineux, les indurations de diverses natures, les cancers, les dartres, la teigne faveuse, les granulations et les ulcérations du col de l'utérus.
Une précaution importante, et que nous devons recommander, c'est de n'agir que sur une petite surface à la fois, afin d'éviter une trop vive douleur'et^ consécutivement des accidents toxiques (Breschet, etc.), dus ?i la pénétration d'une trop grande quantité de sel mercurique dans l'économie. Pour prévenir ce résultat, Mialhe conseille de laver la surface aussitôt après que l'action caustique est jugée suffisante; mais cette précaution serait vaine à cause de la proportion considérable du Nitrate de Mercure qui imprègne l'eschare. Celle-ci est grisâtre et ne tarde pas à s'entourer d'un cercle inllammatoire, éliminateur. Elle se convertit en une croûte jaunâtre et tombe au bout de quelques jours.
Deux gouttes de la solution de Nitrate acide, dans 120 grammes d'eau constituent un liquide d'injection utile, réitéré plusieurs fois par jour,' dans la blennorrhagie (Chardon fils).
Le Nitrate mercurique entre avec le protonitrate dans la pommade connue sous le nom à'Onguent citrin (angl. Golden eye ointment), et dont on fait usage contre la gale, la teigne et la blépharite ciliaire.
AZOTATE DE PILOCARPINE, NITRATE DE PILOCARPINE, Ni Iras pilocarpinus.
Angl. : Nitrate of pilocarpine. - Ail. : Pilocarpinwn nitricum.
L Azotate de Pdocarpme (™'«Az'0\AzOMiO), sel cristallisé en prismes