‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 260 sur 384 · CHLORHYDRATE DE MORPHINE, HYDROCHLORATE DE MORPHINE · texte numérisé non relu

CHLORHYDRATE DE MORPHINE, HYDROCHLORATE DE MORPHINE

Chlorhydras morphicus.

Angl. : Hydrochlorale or Muriate ofmorphin. - AU. : Chlorwassersloffsawes Morphium, Morphiumhydrochloricum.

Le Chlorhydrate de morphme, C3mi9Az06,HCl; 6 aq., cristallisé en aiguUles plumeuses, est incolore, inodore, amer, soluble dans l'alcool, amsi que dans 16 à 20 parties d'eau froide et dans une partie d'eau bouillante. 11 renferme 75,90 p. 100 de morphine et 14,38 d'eau. Ses propriétés physiologiques, non plus que ses synergiques, auxiliaires ou anlagonistes, ne diffèrent aucunement de ce qui appartient à la Morphme elle-même C'est d'aiUeurs parmi les combinaisons de cette base, celle qui est le plus souvent usitée dans les nombreuses circonstances ou se rencontre l'opportunité des préparations d'opium. ,

MODES D'ADMINISTRATION ET DOSES. - Le Chlorhydrate de Morphine se donne àl'intérieur à la dose de 1 à 2 ou 3 et jusqu'à 5 centigrammes dans la journée, par fractions, avec les réserves qui seront indiquées à 1 occasion de l'alcaloïde, en ce qui concerne les enfants et les sujets prédisposés aux hypérémies des centres nerveux et aux affections comateuses.

On administre le Chlorhydrate de Morphine par l'estomac et le rectum ; on le fait absorber par la surface d'un vésicatoire, ou bien on 1 introduit dans le tissu cellulaire à l'aide d'injections hypodermiques.

Dans le premier cas, le sel de Morphine se prend en pilules de 5 à 10 niu- Ugrammes, associé à une quantité suffisante de mucilage et de poudre inerte • en sirop, en pastilles, ou bien en solution dans un véhicule aqueux, soit en lavement, soit en potion, h la dose d'un ou plusieurs centigramnies. La Potion de Sandras contre la migraine renferme 10 centigrammes d Hj drochlorate de Morphine dans 25 grammes d'eau sucrée, et se prend par

%^lr7a'méthode endermique, le Chlorhydrate de Morphine s'emploie, en noudre à la dose de 1 à 3 centigrammes à la fois. Mais on fera sagement de n'en jamais mettre plus de 1 centigramme sur un vésicatou-e de^tmé à 1 .b^orpt on, de peur de voir survenir des symptômes toxiques chez des su-

CHLORHYDRATE DE QUININE BASIQUE. 639 jets prédisposés. J'ai assisté à un empoisonnement très gi-ave, avec vomissements, pâlem- mortelle, pupilles ponctiformes, résolution musculaire, délire, puis somnolence comateuse, produit par la répétition de trois doses de 1 centigramme à douze ou quatorze heures d'intervalle chez une femme forte et bien constituée, qui était atteinte d'une névralgie du rameau circonflexe iliaque.

La méthode hypodermique exige au contraire qu'il soit dissous, et l'on se sert habituellement de la solution aqueuse au centième. Plus concentrée, cette solution s'altère assez vite dans les flacons, laissant déposer autour du bouchon son principe salin. Je me sers constamment avec avantage depuis bien longtemps de la formule suivanle : eau distillée de lauriercerise, 50 grammes; Hydrochlorate de morphine, 30 centigrammes; sulfate neutre d'atropine, 25 milligrammes que j'enferme dans un flacon bouché avec un bouchon de caoutchouc. Une seringue de Pravaz, contient quand elle est remplie de cette solution : 1 centigramme de Chlorhydrate de Morphine et un demi-milligramme de sulfate d'atropine, qui facilite singulièrement la tolérance de la Morphine (E. Labbée). C'est là la dose normale pour la plupart des adultes ; mais l'on devra toujours tenir compte de l'impressionnabilité des sujets vis à vis des préparations opiacées.

A l'extérieur, on fait usage de la pommade avec : Chlorhydrate de Morphine, 1 décigrarame; axonge balsamique, 6 grammes, en onctions sur les régions douloureuses, mais sans grand profit.

CHLORHYDRATE DE PILOCARPmE, Chlorhydras pilocarpinus . Angl. : Muriale or Hydrochlorate of Pilocarpin. — AU. : Pilocarpinum. muriaticum.

Le Chlorhijdrale de Pilocarpine, C^^Hi^Az^O^^HCI, cristallise en longues aiguilles. Ilesttrès soluble dans l'eau, voire même déliquescent, et renferme 8o,07 de Pilocarpine.

Ses propriétés sont exactement celles de la Pilocarpine (Voy. ce mot) ; mais sa plus grande solubilité dans l'eau le fait substituer parfois dans les formules à cet alcaloïde quand il s'agit, par exemple, d'une solution pour injection hypodermique, ou si l'on veut obtenir de rapides effets difl"usés. Je le crois même préférable à l'azotate de Pilocarpine (Voy. ce mot), car il est plus riche en alcaloïde, si l'on recherche une action puissante. Il a été préconisé pour les besoins de l'ophtalmologie par G.-V. Béranger, dans le traitement des glaucomes, de l'iritis, des opacités de la cornée et comme myotique.

CHLORHYDRATE DE QUININE BASIQUE, Chlorhydras quinicm.

Angl. : Hydrochlorate of quinia. — Ali, : Chinium murialicum.

Le Chlorhydrate basique de quinine, C'"'H24Az20\HCl; 4 aq., est cristallisé en aiguilles fines, soyeuses, efflorescent à une température un peu plus élevée que la température ordinaire, soluble dans 25 parties d'eau à -}- 13«, dans 5 parties d'eau bouillante, dans 3 parties d'alcool ù 90» et 10 de chloroforme. 11 renferme 81,71 de quinine, et 9,08 d'eau.

6i0 CllLOIlOFORME OFFICINAL, CHLOROFORME FUR.

Ce sel a toutes les propriétés delà quinine et il l'emporte sur les sulfates et brombydrates de cette base, correspondants, par une solubilité dans l'eau beaucoup plus grande et une richesse supérieure en alcaloïde. Jousset (de Bellesme) a injecté avec succès la solution de Chlorhydrate de quinine dans la trachée pour combattre la fièvre pernicieuse. C'est là, entre parenthèse suivant lui, une méthode recommandable et propre à rendre des services considérables quand les autres voies d'absorption médicamenteuse sont fermées, comme dans tous les états de coUapsiis.

CHLOROFORME, ÉTIIER MÉTHYLCHLORHYDRIQUE RICIILORÉ , CHLORURE DE MÉTHYLE RICIILORÉ, FORMÈNE ÏRICHLORÉ, Chloroforinum. Les deux variétés suivantes sont citées par le Codex.

CÏILOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. — Angl. : Chloroform, Chloroformyl. — AU. : Myrmylchlor.

Le Chloroforme, éther bichlorique de Soubeiran ou Trichloride de formyle, G^HGP, possède une odeur suave ou fragrante de pomme, avec un goût éthéré, chaud et piquant, puis frais et sucré. Sa densité à+ lo" est de 1,500. 11 communique à ce menstrue son odeur et sa saveur, sans y être beaucoup soluble, puisque l'eau n'en prend guère qu'un sur 111 de son poids; mais l'alcool, dans lequel il se dissout facilement, ainsi que dans l'éther, favorise beaucoup sa dissolution aqueuse. Le Chloroforme est bien soluble dans le bisulfure de carbone et l'essence de térébenthine. Il dissout le soufre, le phosphore et l'iode, les corps gras et résineux, et généralement les matières fortement carburées. C'est le meilleur dissolvant delà cholestérine et des calculs biliaires (Gobley), ainsi que du caoutchouc, qu'il abandonne par évaporation, en lui laissant toutes ses qualités. Expose à l'air et à la lumière, le Chloroforme donne naissance à du chlore, à de l'acide chlorhydrique et à d'autres produits dont le principal est l'acide formique (Gaillard). Les produits' de la décomposition à lair et à la lumière seraient, d'après Bartsch, Schacht, Mairch : du chlore, de l'acide chlorhydrique, de l'alcool, du chlorure d'éthylène et surtout du gaz phosgène ou du gaz (éther) chloroxycarbonique (Personne), ensemble beaucoup plus toxique que le Chloroforme lui-même. Ce ne sont pas les seuls corps qui puissent l'altérer, il renferme souvent différentes huiles produites pendant safabrication à l'aide de l'alcool, et des substances empyreumatiques, quand on se sert pour l'obtenir d'esprit pyroxylique ou éther pyroligneux. Cette dernière sorte doit être rejetée de l'usage médical.

Action physiologique. — L'action topique du Chloroforme est en grande partie fort différente de ses effets généraux. Appliqué sous forme liquide sur l'un des deux téguments, môme sur la peau revêtue de son épiderrae, ce composé détermine rapidement unesensation de chaleur ou de cuisson bientôt intolérable, accompagnée d'une vive rougeur, d'une fluxion inflammatoire laquelle, si l'application dure au delà d'une ou deux minutes, donne lieu à une vésication et môme à une escharification plus ou moins profonde.

Quand la quantité de Chloroforme est minime, ou que sa puissance caustique est mitigée par son mélange avec de l'eau, il se borne à produire la rubéfaction avec une vive sensation de chaleur; puis, si le contact se prolonge dans des conditions d'atténuation, il en résulte un certain degré d'engourdissement de la sensibilité locale et d'apaisement de la douleur pathologique. La vapeur de Chloroforme détermine également un peu d'anesthésie locale sur la partie du corps qui y est plongée (Simpson, Nunneley).

Néanmoins, en raison de sa volatilité moindre, le Chloroforme ne pourrait pas, comme l'éther, amener l'anesthésie locale par le moyen de la réfrigération, quand bien même cet etfet ne serait pas contrarié par l'irritation très intense que ne manquerait pas d'exciter le contact prolongé d'un liquide éminemment caustique. Mais, fait surprenant et quel'autorité seule de Brown-Séquard peut faire admettre, il suffit de projeter sur la peau d'un animal quelques gouttes de Chloroforme pour déterminer l'anesthésie chirurgicale complète. Il y aurait alors arrêt des échanges, syncope organique. Injecté sous la peau il est bien toléi é par le tissu cellulaire quand l'injection est profonde; autrement il détermine un abcès ou une eschare. Rarement l'anesthésie générale résulte d'une pareille opération, à moins de doses élevées (plus de 10 grammes chez l'homme) ; mais la douleur locale est calmée. Outre les effets locaux, immédiats et consécutifs, signalés tout à l'heure, le Chloroforme ingéré dans l'estomac donne lieu à des phénomènes sympathiques d'excitation généralisée semblables à ceux de l'éther et de l'alcool, c'est-à-dire qu'il ranime instantanément la circulation et les

Jorces.

Parvenu dans le sang, après absorption par la muqueuse digestive, il produit d'abord des phénomènes de stimulation et d'ébriété comparables à ceux delà première période de l'alcoolisme ou de l'éthérisme; ensuite des effets stupéfiants analogues à ceux de l'éthérisme avancé et dont nous allons retrouver l'ensemble décrit à l'occasion des inhalations de Chloroforme. On cite, par exemple (Jackson, de Sheflield), le cas d'un homme qui, ayant avalé environ 125 grammes de Chloroforme, put encore parcourir une distance considérable, après quoi il tomba dans le coma, avec les pupilles dilatées, la respiration slertoreuse, la peau froide, le pouls imperceptible et des convulsions générales; ce qui ne l'empêcha pas d'être revenu à la santé cmq jours après. C'est par miracle, car une dosemoitié moindre peut tuer en quelques heures. On a pu voir dans un cas une contracture (Reuss) des mâchoires telle que toute ingestion de médicaments antidotiques étaitdevenue impossible par la bouche.

Aspiré par les voies aériennes, le Chloroforme provoque d'abord un peu de révolte dans les organes qu'il touche et qu'il irrite momentanément,

oT'h r r impression désagréable, et qui

ca ise de 1 agita ion chez les animaux, est bien tolérée par-lhomme encore

m r picotement et le spasme se dissipent plu,

ration Tr',/"'°'1 ^^''^'"'^ ^«C0"<1<^ t'-oi^i'n^e 4i-

lat.on, la tolérance locale est établie. Ensuite une sensation de chaleur et GuBt.BR et LaBbéè, 3c ddition.

6i2 CHLOHOFÔRME OFFICINAL, CHLOUOFORME PUU.

de Stimulation irradie de la poitrine vers les extrémités, bientôt suivie de bou dénuements et de sifllements d'oreilles, de frémissemen s vibratoires etTenTourdissement dans tout le corps, avec exhilaration, délire bruyant TtLliculatoire, perle du mouvement et du sentiment amsi que de la conscience le tout aboutissant à un sopor plus ou moins profond, exempt ou adté de rêves et pouvant se transformer en coma. La respiration et la circulation d'abord accélérées, se ralentissent à mesure que l'anesthésie se prononce. Le pouls, ralenti, s'affaiblit aussi progressivement ; puis i devient irrégulier dans son rytbme et son intensité. Les sens, d après Alkinson s'oblitèrent successivement dans l'ordre suivant: le goût, loUaciion, le toucher, la vue et l'ouïe. Il est manifeste que, pendant une grande partie de l'éthérisation, ce dernier sens, loin d'être émoussé, est exalté au contraire • car si quelques notes d'une phrase musicale arrivent à 1 oreille du sujet, celui ci la complète en la sifflant ou la chantant d'une manière agréable et sans en fausser le ton ni la cadence.

Au résumé, nous trouvons dans le chloroformisme la succession des mêmes phases que dans l'éthérisme proprement dit (Voy. Ether , seulellZ en raison de sa violence plus grande, le Chloroforme amène p us Sment des phénomènes toxiques, si bien que la période de stimulation

p qu' et même celle d'excitation générale ou d'ébriété, ne sont que tr ugitive ou passent inaperçues. On arrive d'emblée, pour ainsi dire, à la période de stupeur, malheureusement parfois à celle de collapsus organi-

IX r luitl^almes de Chloroforme (quelquefois deu. grammes seulement) et deux 'minutes d'inhalation suffisent parfois pour amener 1 anes-

'''^'?on« à pénétrer le mode d'action du Chloroforme sur le sang et 4:t:m^::Lf arrive pre^^

tique (Cl Bernard), accroissement de la proportion d acide ca bon.que ex halé par la respiration; mais bientôt on observe ^'^^^f ' ^^^^^P' " ultime de la combustion des matières ternaires ne se montre P ^ ^ '^^ de vestige dans les gaz expirés. En même temps la température ab s , moins à la vérité que dans l'éthérisme, ce qui tient sans doute à la p ècipi Xn de la marcle des accidents engendrés par le ^^1°-

équemment à la courte durée des conditions d'anoxémie; e ; P : ainsi que le reste du tégument externe; la ^^^f^l^^ll^^^^^^^ tissent une sueur froide couvre tout le corps. La plupai t de ces symp

em^^^^^^^^^^^^ rattacher à la gêne de l'hématose. Une meilleure P--- ^é ïvlL du san- qui lorsque l'abord de l'air atmosphérique a été empêche,

sVn àt e et^ihTI-gé de'gouttelettes huileuses, co.-- dans asphyx^^^

fa^trcto—sAorsque {'acide carbonique vient à manquer par

suite, soit de son élimination totale, soit de son défaut de production. Ainsi le Chloroforme chasse d'abord l'acide carbonique en dissolution dans le sang, puis dans de certaines conditions, il s'oppose à sa formation ultérieure en empêchant la combustion respiratoire, non pas précisément parce qu'il est brûlé à l'exclusion de tout autre corps combustible, mais parce qu'il met obstacle au conflit de l'oxygène avec les globules sanguins.

Ces phénomènes résultant d'une action directe du Chloroforme sur le sang, identique avec celle de l'éther (Voy. ce mot), expliquent quelques-uns des symptômes observés chez les patients, notamment les mouvements péristaltiques des intestins, les évacuations alvines et surtout les troubles de la calorification ; ils ne sont pas étrangers non plus à l'obtusion de la sensibilité ni à l'engourdissement de la motricité, car l'asphyxie donne lieu à de tels désordres. Néanmoins, comme l'anoxémie est sans importance dans le chloroformisme, quand l'opération de l'anesthésie est bien conduite, on doit attribuer à une lésion primitive du système nerveux la plus grande importance dans la genèse des symptômes de l'intoxication chloroformique. Cette lésion est probablement semblable à celle dont Good et Pappenhein ont décrit les phases les plus avancées chez les sujets anesthésiés par l'éther (Voy ce mot).

De toutes les théories émises pour expliquer l'anesthésie chloroformique, il n'en est donc qu'une seule vraiment plausible : c'est celle de l'imprégnation des éléments histologiques du système nerveux, avec modifications fonctionnelles consécutives. Les effets caustiques sur les voies respiratoires (Faure) ne sont qu'un accident, et l'expansion des vapeurs de Chloroforme ou d'élber dans le cerveau (Coze) est une cause purement imaginaire. Quant à l'asphyxie (Amussat et autres), c'est une complication facile à éviter, et les entraves appor*lées à l'hématose par la présence du Chloroforme dans le sang n'atteignent jamais un degré assez élevé pour donner lieu à des troubles profonds des fonctions nerveuses. Tout au plus le Chloroforme, en se dissolvant dans les globules pour lesquels il offre une grande affinité, pourrait-il, après avoir expulsé l'acide carbonique s'od poser ensuite, partiellement du moins, à la pénétration de l'oxygène' et diminuer dans une mesure restreinte, la combustion respiratoire; mais la possibilité de prolonger presque indéfiniment le chloroformisme moyen sans gêner notablement la respiration, démontre que l'échange gazeux' rendu sans doute plus difficile, n'est assurément pas empêché Et cet^; absence de tout symptôme asphyxique démontre péremptoirement que les globules sanguins ne subissent, à la suite des inhalations de Chloroforme aucune des altérations structurales, signalées à l'occasion de l'éther comm^ cons quences de l'ac ion chimique des deux grands anesthésiques directement mélangés avec le sang. ^ uiiecie-

De même que l'éther et plus que lui, le Chloroforme est suivant l'ex-

rq^el^ue^i ' " r ^^^^ "'^"^ qui ôte douLur

buée à llsnh^^^^^^^^ 1 " ''''' terminaison funeste doit être attri-

buée à 1 asphyxie, presque toujours au contraire elle s'explique par l'aclion

excessive de l'anesthésique sur le système nerveux, d'où résulte, avec une •illération moléculaire de structure, la suspension brusque et mstantanée des grandes fonctions indispensables à la vie. Cette sidération, comme ie l'ai dit ailleurs, est une sorte de syncope aggravée par la lésion nerveuse nré'ilable et par la continuité d'action de la substance toxique.

Cependant B. Richardson, à qui l'histoire des anesthésiques est redevable d'un si grand nombre de faits intéressants et de vues ingénieuses, a cherché à pénétrer plus profondément dans le mécanisme intime de la sidération chloroformique et s'est arrêté à une série d'explications que nous allons rappeler • 1" apnée syncopale par surexcitation de la muqueuse respiratoire, spasme, ischémie pulmonaire, anoxémie, et suspension des mouvements du cœur due à la stimulation du pneumo gastrique; 2" syncope epileptiforme suite de spasme artériel généralisé par galvanisation du sympathique d'ischémie cérébrale, avec ce que j'appelle anervie cardiaque et arrêt fonctionnelle tout accompagné de mouvements convulsifs, à mon avis asthéniques ; 3° paralysie du cœur en rapport avec la pénétration de doses massives de Chloroforme ; A" choc {en anglais shock) ou violent ébranlement occasionné par la douleur perçue dans toute ou presque toute son m-

Gette dernière circonstance, à laquelle les chirurgiens anglais attachent généralement une importance considérable, n'est pas le résultat d une action positive du Chloroforme, mais simplement la conséquence de son défaut d'action . Elle avait d'ailleurs été expressément signalée par Dupuytren lorsqu'il imputait la mort dans les grands traumatismes à un excès de douleur et, comme on pourrait dire, à une sorte de saignée nerveuse, épm-

''yulpian simplifie cette question toujours controversée et n'admet guère que deux causes de mort pendant l'anesthésie chloroformique : la syncope respiratoire et la syncope cardiaque. Quant à l'asphyxie P^^P^^^Jf "^j^^;* f n'y a pas lieu d'y songer dans les conditions où se pratique la chlorofo misation, en laissant un libre accès à l'air atmosphérique. Au contraire, 1 asphyxie mécanique est très possible et se réalise quelquefois, seulement parce que la langue tend à être déglutie, mais peut-être aussi (B^ckersteth et Yivian Poore) parce que l'épiglotte refoulée vers la paroi postérieure ûu pharynx vient boucher hermétiquement l'entrée des voies respiratoires.

Quelquefois la mort survient seulement vingt-quatre heures après la chloroformisation ; dans ce cas elle doit, je pense, être attribuée aux progrès de la lésion observée dans la substance des centres nerveux. Quanû la mort arrive, on trouve les cavités droites du cœur et les grosses veines aistendues par du sang noir liquide, avec des caillots mous de ^ême couleur , mais les cavités gauches sont presque vides et la plupart des o'-ga^^s son exempts de congestion sanguine. Le foie seul est P^^fo^^^^^ff 1^' ^ î s'accorde avec les résultats des expériences récentes exécutées sur les am maux vivants pendant la stupeur chloroformique. Un médecin américain ZZl pratiqué préalablement la trépanation du crâne, a vu les méninges

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR- 645 pâles et le cerveau alfaissé. Mais c'est à tort qu'on en veut conclure à l'existence de l'anémie cérébrale pendant le sommeil véritable, alors que tout concourt à démontrer dans ce cas la réalité de l'hypérémie encéphalique. En définitive il n'y a aucune altération anatomo-pathologique bien caractéristique dans l'empoisonnement par le Chloroforme. On peut dire que tantôt on trouve les lésions de l'asphyxie : hypérémies, noyaux apoplectiques; tantôt celles de la syncope: organes exsangues et système vasculaire gorgé de sang. Mais tous les tissus sont imprégnés de l'odeur du poison.

Le Chloroforme se retrouve, dis-je, dans le sang et dans tons les organes; mais il existe en plus forte proportion dans le foie, et surtout dans la matière cérébrale. Il passe aussi dans les sécrétions, principalement dans celles qui entraînent les produits volatils. Le lait en contient manifestement et agit à ce titre sur le nourrisson. L'urine en entraîne aussi une quantité suffisante pour offrir la réaction caractéristique du glucose avec la liqueur cupro-potassique, et verdir la liqueur de Luton (bichromate de potasse et acide sulfurique), de telle sorte qu'on a pu croire un moment à l'existence d'une glycosurie chloroformique. Cette cause d'erreur a été signalée d'abord par Leconte, puis par E. Marchai et confirmée par Baudrimont qui ajoute que la réaction sur la liqueur de Frommherz est due au formiate alcalin naissant, provenant de la décomposition du chloroforme.

Les substances synergiques et auxiliaires, les substances antagonistes et INCOMPATIBLES, les ANTIDOTES et Ics coNTRE-poisoNs du Chloroforme sont les mêmes que pour l'éther, auquel nous renvoyons. J'ajouterai seulement ici que la glace et les mélanges réfrigérants sont aussi des synergiques du Chloroforme au point de vue de la production de l'anesthésie (James Arnott, Velpeau, Adolphe Richard, etc.) ; qu'il en est de même des courants électriques agissant sur les nerfs eisodiques en sens inverse (Gubler) de leur conduction normale, et que l'opium a été conseillé pour maintenir longtemps sans danger la stupeur due à la chloroformisation. En outre, l'action irritante du Chloroforme a des analogues dans celles de la moutarde et des autres rubéfiants.

Mais si l'opium est congénère de l'éther et du Chloroforme parce qu'il ajoute son action hypnotique à leurs effets stupéfiants, il peut également en devenir à quelques égards un utile antagoniste, en ce sens qu'il s'oppose efficacement à la production d'une excessive anémie cérébrale et par conséquent aux accidents funestes qui dépendent de cette ischémie. En d'autres termes : l'opium, en maintenant le développement des capillaires sanguins dans la substance cérébrale elles méninges, place artificiellement l'encéphale des adultes dans les conditions anatomiques qui assurent, selon moi, aux jeunes enfants une très grande résistance, sinon une immunité absolue vis-à-vis des anesthésiques les plus puissants.

D'autre part, l'ammoniaque, qui offre en qualité de stimulant diffusible une certaine analogie avec l'éther et même avec le Chloroforme, ingérés dans les voies digestives, peut cependant servir (Gubler) ;\ combattre les anesthésies toxiques, en favorisant l'élimination du Chloroforme ou de l'é-

ther. comme nous supposons que cela se passe quand l'alcali volatil dissipe

l'ivresse alcoolique. , ^. i •

Les anesthésiques proprement dits peuvent être répartis en plusieurs sections d'après leur composition chimique; je cite les plus étudiés, mais leur nombre est considérable et pourrait être ici beaucoup augmenté : 10 carbures d'hydrogène : amylène, hydrures des radicaux organiques fméthyle, éthyle, propyle, butyle, amyle, caproïle); a» chlorures de carbone ■ tétrachlorure de carbone, et dérivé complexe proposé par Dumont- Ballier et B Hardy 2 (CGlijC^HeO ; 3» carbures d'hydrogène chlorés : chloroforme chlorure d'éthyle, bichlorure de méthylène, et surtout le bichlorure d'éthv'dène; 4° carbures d'hydrogène oxygénés: éther sulfurique ou éthyhque éther triéthylique, éther méthylique; 5" carbure d'hydrogène brome ou bromure d'éthyle ; G» composés divers : sulfure de carbone, protoxyde d'azote, nitrite d'amyle, acide carbonique, chloral, croton-chloral etc. Voici quelques renseignements sur les principaux de ces succédanés du

^^L'AmSe (Balard), C^OH^o , est donc un carbure d'hydrogène à niolécule lourde, obtenu de l'alcool amylique, et dont le poids spécifique est cependant faible. Il est liquide, incolore, bout à 39° seulement, et son odeur rappelant celle du naphte, est beaucoup moins piquante que celle du chloroforme, ce qui en rend l'administration plus innocente pour les voies respiratoires et facile chez les enfants et les sujets pusillanimes.

Là est son principal mérite, ainsi que le motif de la préférence que lui a cordait Giraldès à l'exemple de Snow. Mais l'anesthésie produi e par 1 Arn^^ lène est très courte (1 ou 2 minutes environ), el quoiqu e le soit suivie mo us souvent d'ace dents comateux, elle entraîne plus d'anoxémie que ri drchloroforme, en raison de la nécessité <^^;^^^ d'Amylène presque exemptes d'air atmosphérique. De plus 1 ^aleme chargée det'Ipeurs d'Amylène est inflammable, ce ^^^^.^f^'^^^^^^^^^^^ l'administration de l'Amylène a été plusieurs fois funeste aux sujets anes ihésiés • aussi bien est-il aujourd'hui inusité.

'' l'hÎÔbu.. . Amvle, G^H^^H, extrait de l'huile de pétrole ou prép-^ ficiellemeut, bout à 30 degrés. 11 n'exerce aucune "Z;^;;; ^

peau ni même sur les muqueuses, ce qui le rend é"^-^"^^." , PT^^'^^'i^', pratique de l'anesthésie locale. Richardson l'associe dans ce bu à 4 par^^. d'Éther sulfurique sous le nom d'Ether

d'en faire avec la cétine une mixture calmante, anodyne, contre les bru

'"En7nhaU.~Hydrure d'Amyle n'occasionne qu'une douce chaleur dans la poitrine et produit en une ou deux minutes 1 insensibilité comp lèt vaut la perte de l'intelligence, et sans résolution --ulaire m m fluence sur le pouls. L'inhalation n'est suivie ni de nausée, ni de mal de tête SeuTemenî l'anesthésie est très fugace et ne peut servir qu àpratiquer f TTnL faciles dont la durée n'excède pas deux ou trois minutes. Jromt'ai^on d^^^ ou hydr.re d'amyle chloré ^o,..

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 647 de propriétés semblables et a été utilisé par Matthews dans plus de cent cas d'extractions de dents.

L'ÉTHER MÉTHYUOUE, CH^O, cst uu gaz tfès soluble dans 1 eau (37 vol.) et encore plus dans l'alcool ou l'éther (100 vol.). C'est d'après Richardson le plus prompt de tous les anesthésiques puisqu'il amène l'insensibilité chirurgicale en moins d'une minute. L'intelligence est assez bien conservée et le système musculaire peu atteint. Malheureusement l'anesthésie par l'éther méthylique est fugace et bonne seulement pour les petites opérations, mais elle offre sur celle du protoxyde d'azote l'avantage d'être obtenue sans asphyxie.

Le Croton-Chloral, obtenu par 0. Liebreich en faisant passer un courant de chlore dans l'allylène, aurait, d'après Julius Althaus, l'étrange propriété de rendre la tête seule insensible, en bornant d'abord ses effets à la S" paire. Plus tard il agit sur la moelle et peut produire la mort au moyen de la paralysie du bulbe. Son action est donc analogue à celle du chloral (Voy. ce mot) qu'il égale en pouvoir pharmacodynamique. Le Croton- Chloral paraît convenir principalement au traitement du tic douloureux et des névralgies faciales.

Le BiCHLORiTRE DE MÉTHYLÈNE (Rcguault), C^H^Gl^, provient de l'action du chlore sur l'éther méthylique. C'est un liquide plus volatil que le chloroforme, brûlant avec flamme vive et dont la vapeur très dense se répand au loin vers le sol, ce qui en rend le maniement très dangereux. Introduit dans la pratique par Simpson, préconisé par Richardson, cet anesthésique jouit de quelque faveur en Angleterre.

Il ne provoque pas la toux, mais seulement un peu de lacrymation (Rossi). Dans la même période, on observe plus d'excitation qu'avec le chloroforme et parfois une violente agitation (Tourdes et Hepp, Rossi); mais l'anesthésie est aussi absolue. Seulement elle est moins brusque, plus courte, et d'ailleurs elle exige une plus grande quantité d'agent (:: 6:4 d'après Richardson). D'après le même observateur, le Bichlorure de Méthylène altère moins l'irritabilité musculaire qu'aucun autre anesthésique, bien que Tourdes et Hepp signalent des tremblements et des secousses musculaires convulsives durant l'anesthésie méthylène. La respiration et le pouls sont accélérés, les battements du cœur quelquefois tumultueux. La mort peut arriver par arrêt du cœur et de la respiration, par syncope et asphyxie. Cette terminaison a été malheureusement observée plusieurs fois chez l'homme (1 sur 7000, d'après Andrews, de Chicago). Dansles conditions normales le réveil est rapide, ordinairement plus exempt de malaise qu'après le chloroforme. Toutefois il survient quelquefois des vomissements (Richardson, Rossi). En outre, l'observateur itahen signale un fait des plus rares, c'est que sur 108 sujets opérés à la Clinique chirurgicale de Padoue, '20 furent réfractaires à l'action du Bichlorure de Méthylène, même après 40' ou 50' d'inhalation.

Tous les expérimentateurs constatent que l'élimination de Cm^œ est très rapide.

Au résumé nous dirons, conformément à la généralité des faits et particulièrement aux conclusions de Rigaud et Sarazin (Millet), que le Bichlorure de Méthylène peut convenir pour les anesthésies qui ne doivent être ni trop prolongées ni trop profondes, et que sa puissance, bien inférieure à celle du chloroforme, met pourtant la vie en péril. On comprend mal dès lors pourquoi on ne lui préférerait pas toujours le Chloroforme.

Le Protoxyde d'Azote (Priestley), AzO ou Az^O^, Gaz hilarant (H. Davy), est souvent altéré par la présence de l'azote, du bioxyde d'azote et de l'acide hyponitrique, ce qui le rend dangereux (Hermann). Pur, il est inodore, insipide ou peu s'en faut, soluble dans son volume d'eau à la pression ordinaire et donnant une solution de saveur sucrée.

Limousin remarque que AzO perd facilement son oxygène au contact du phosphore froid, et qu'il suroxyde les protosels de fer, et affirme qu'il permet la germination des graines, rend rutilant le sang noir déflbriné et entretient plusieurs heures la respiration des animaux. Mais de récentes expériences de Jolyet, confirmée? par celles de Blanche, Hermann, Jeannel et Magitot, démontrent que le Protoxyde d'Azote pur ne peut entretenir la combustion, ni dans les graines ni chez les animaux, et qu'il ne permet la vie des mammifères qu'à la condition d'être mêlé à 20 p. 100 d'oxygène, et que dès lors il est incapable de produire l'anesthésie.

Inhalé absolument pur et exempt de tout mélange d'air atmosphérique, le Protoxyde d'Azote ne produit aucun effet irritant topique. La respiration est facile, l'action anesthésique presque instantanée ; cinq à dix inspirations suffisent. Voici les symptômes observés (Jeannel, Combler, etc.) : lourdeur de tête, fatigue musculaire, engourdissement général; puis troubles de la vue, sautillement des objets, gaze vibrante (Jeannel), sensibilité émoussée; bientôt engourdissement de tout le corps, accroissement des troubles visuels, apparition de ceux de l'ouïe, obtusion de la sensibilité tactile ; cependant le sujet reste encore maître de sa pensée et de ses mouvements, il assiste à l'expérience ou la dirige lui-même; mais il survient du vague dans les idées, de l'exaltation, l'insensibilité augmente ; enfin la conscience s'éteint, les mouvements volontaires se suppriment, l'insensibilité pour la douleur est devenue complète et le sujet est plongé dans un sommeil profond qui n'est pas toujours exempt de rêves. Alors existe une temte cyanique de la peau avec coloration violette des lèvres, des conjonctives et de toutes les muqueuses accessibles à la vue, comme dans l'asphyxie la plus profonde. Une fois l'appareil retiré et la respiration de l'air atmosphérique rendue possible, le retour ou la recouvrance s'effectue très rapidement. Au bout d'une demi-minute on observe le réveil de l'intelligence, le rétablissement de l'ouïe et de la vue, la restauration de la sensibilité tactile avec peu ou point de malaise consécutif.

On le voit, le Protoxyde d'Azote mérite assez peu l'épithète à'hUnrant, surtout eu égard aux spectateurs témoins des phénomènes asphyxiques qu'il détermine avec tant de violence. Laborde a vu un sujet verser des torrents de larmes sous l'influence de AzO. Un autre devint furieux et faillit com-

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 6i9 mettre un meurtre. Un étudiant en médecine voulut se précipiter par la fenêtre. Beaucoup plus rarement on assiste à de l'ivresse gaie.

Le Protoxyde d'Azote diffère considérablement des autres aneslhésiques. Il n'est nullement irritant, stupéfie d'abord les nerfs du sentiment, puis les centres nerveux au moyen de l'asphyxie plus encore que par des effets narcotiques directs ; son action est fugace ; enfin il jouit d'une innocuité relative. Effectivement, malgré la fréquence de son emploi par les dentistes, on ne cite que quelques cas de mort par le Protoxyde d'Azote, tandis que Cotton, dentiste américain, a pu produire à lui seul 27,000 attestations de succès.

Par l'instantanéité et la sûreté de ses effets ce gaz convient aux petites opérations; mais il ne convient guère qu'à cela, attendu les dangers qui résulteraient de la prolongation de l'état asphyxique. Il offre encore un autre inconvénient grave, c'est d'exiger l'emploi d'un appareil non portatif. Malgré cela, Marion Sims a fait servir le Protoxyde d'Azote dans les grandes opérations, et, en Angleterre, on l'emploie volontiers comme anesthésique pendant l'opération de la taille, ou dans d'autres opérations d'assez longue durée, associé alors à l'éther (Clover).

Toutefois Paul Bert a démontré en 1878 que l'anesthésie protoazotique peut être entretenue d'une façon indéfinie en quelque sorte et sans danger, à la condition de faire respirer un mélange de Protoxyde d'Azote et d'air sous une pression de deux atmosphèTes. Dans ces conditions le sujet ne court aucun risque d'asphyxie, et seules les propriétés anesthésiques du gaz hilarant se manifestent. Ce mode d'anesthésie, très sûr et efficace comme le démontrent un certain nombre de tentatives favorables chez l'homme, exige l'emploi d'un appareil spécial et d'une cloche où s'enferment le malade, le chirurgien et ses aides, aussi bien est-il à peu près impraticable ailleurs que dans les grands centres.

En définitive, le Chloroforme demeure toujours l'agent par excellence de l'anesthésie chirurgicale. On a cité toutefois comme devant se placer à ses côtés :

Le Bichlorure d'Éthydène {C^-W^C\^). Étudié par Snow en 1838, ce liquide qui bout à 53" possède des propriétés anesthésiques tout à fait comparables à celles du Chloroforme. D'après les recherches très remarquables d'une Commission nommée par V Association britannique à l'effet d'établir la valeur comparative de l'éther, du Chloroforme et du Chlorure d'Éthydène, il résulte : 1» que ce dernier détermine l'anesthésie plus rapidement que le Chloroforme, mais à des doses plus élevées ; 2» qu'il trouble moins profondément la respiration et le pouls, et abaisse d'une façon plus régulière et moins brutale la pression sanguine. C'est, en résumé, un anesthésique beaucoup plus molïemif [safer) que le Chloroforme, mais d'une innocuité un peu moindre que l'Ether, sur lequel il l'emporte d'ailleurs en rapidité et sûreté d'action. La clinique devra conOrmer ces appréciations sorties du laboratoire.

UsAGi^s. - Modes d'administration et doses. - A l'extérieur, le Cl.loro-

forme est un agent de la médication révulsive, plus rarement un moyen , de sédation directe, de stupéfaction ou d'aneslhésie locale. On ne l'emploie nas assez à mon avis, pour rubéfier la peau et calmer des douleurs locales dans les cas de dermalgie, do névralgie inlercostale, de pleurodynie, de Doinls latéraux en rapport avecla pleurite ou la pleuro-pneiimonie, de douleurs rhumatismales ou à frig or e{kvSin, Briquet, Gastier, Higginson), de torticolis, lumbago, sciatique, coliques de plomb, coliques utérines, tétanos, chorée (Nélaton,Moreau de Tours, Legroux, Aubrun, Cerise), et dans quelques autres circonstances analogues, par exemple dans les douleurs névralgiques excitéesparles ophtalmies rhumatismales et scrofuleuses (Uytterhoe^ ven Bouisson) et dans les affections cutanées prurigineuses (Devergie).

n'agit alors successivement comme révulsif d'abord, et ensuite comme anesthnique local, pourvu toutefois qu'il soit en dernier lieu suffisamment atténué pour ne plus irriter la peau, et que le contact avec la surface rougie soit convenablement prolongé. Si l'on recherche uniquement les effets anesthésiques locaux, il faut employer le Chloroforme dans un état de dissolution et d'atténuation, ou mieux encore sous forme de vapeurs. Un médecin irlandais, le docteur Hardy, a imaginé un instrument spécial destiné à projeter les vapeurs du Chloroforme sur les parties malades ; mais quelque soin au'on prenne, l'action irritante de cet agent ne peut être complètement évitée • c'est oour cela que l'éther est préférable. Aran avait fixé son choix surl'étherchlorhydrique chloré, le moins irritant des anesthésiques, et dont 15 à 20 gouttes suffisent, versés sur un linge sec et emprisonnées sous une toile cirée, pour amener en quelques minutes l'insensibihté de la ré-

^'Ti'intérieur et sous forme liquide, le Chloroforme est administré, soit par la bouche, soit par le rectum, en qualité A'anodyn, àe stupéfiant, d antispasmodique, de stimulant diffunble, à^rnébriant et même à anesthes^que^

Introduit dans l'estomac, le Chloroforme y cause premièrement une vive chaleur et une fluxion sanguine, à la faveur de laquelle, aussi bien que par son action anesthésique, il calme les gastralgies crampoïdes accompagnées ou non de distension gazeuse. Par cette même irritation gastrique, il détourne les raptus congestifs qui se font du côté de la tête et peu serui à conjurer les attaques d'apoplexie. Son influence irradie de là sur le re te du tube digestif en même temps que sur les organes annexes, et donne heu i la sédation des douleurs entéralgiques ainsi que des coliques l^épatiques, essentielles ou symptomatiques de calculs biliaires

roforme produit par sympathie une excitation généralisée de^ant laquelle s'effacent l'abandon des forces, la langueur circulatoire, la tendance syncopale et la réfrigération. A ce titre, il convient dans le stade de fnsson d im accès de fièvre maligne ; mais ce n'est pas un antipériodique dans le sens où l'entendent Delioux, Giraudet etDallon. Ces effets stimulants s accusent davantage dès que le Chloroforme a pénétré en petite quantité dans la circulation! et rébriété chloroformique n'est pas inutile pour calmer momenSment les agités ou furieux (Faleret, Rech; Ca.enave (de Pau),

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 651 Mac-Gavin), ni pour combattre chez les hypochondriaques la morosité et la mélancolie qui accompagnent les névroses viscérales, spécialement quand elles ont leur siège dans l'abdomen.

En vertu de sa double action stimulante et anesthésique, le Chloroforme est un régulateur et un sédatif efficace dans beaucoup d'affections spasmodiques(Natalis Guillot), telles que l'hystérie, la chorée et même l'éclampsie (Brown-Séquard) et l'épilepsie.

Administré par la voie rectale, le Chloroforme produit des phénomènes analogues, à cette différence près que le retentissement par action réflexe sur toute l'économie est moins intense et que la propagation des effets excitants, puis sédatifs, se fait de préférence dans la zone hypogastrique, notamment sur les organes génitaux profonds.

Cependant l'absorption effectuée par la muqueuse intestinale porte le Chloroforme dans toute la masse sanguine, et permet la réalisation de ses effets généi'aux. Si la dose est suffisante, l'anesthésie chirurgicale peut être obtenue par ce moyen, expérimenté surtout parPirogoff, Simonin et Marc Dupuy. Par la voiehypodermique, j'ai ditqu'il devenait un analgésique local d'une puissance comparable (Ern. Besnier) à celle des injections de morphine, et qu'en outre il pouvait déterminer, assez difficilement d'ailleurs, l'anesthésie générale et le sommeil. Ces deux modes d'administration n'ont aucune valeur au point de vue de l'anesthésie chirurgicale, et mieux vaut recourir, pour la déterminer, aux inhalations, dont il me reste à parler.

Le chloroforme était naguère l'agent anesthésique à peu près universellement usité à l'exclusion de l'éther, et l'on pouvait compter les chirurgiens qui étaient restés fidèles à ce dernier agent. Les motifs de cette préférence sont les suivants : 1'= Le Chloroforme est plus agréable à la généralité des sujets jS^il agit puissamment, rapidement et à petites doses ; 3" en conséquence, la période d'excitation se trouve presque complètement supprimée, et avec elle la lutte toujours pénible entre le patient et les aides ; 4" certains inconvénients dépendant delà présence d'une dose considérable de poison dans l'économie se trouvent singulièrement atténués ; 5° enfin la chloroformisation n'exige aucun appareil spécial et se pratique avec une extrême facilité, puisqu'il suffit déplacer quelques instants à une petite distance des narines, une simple compresse arrosée du liquide anesthésiant.

Mais en présence de ce fait que le Chloroforme pur, même administré par des mains habiles, peut donner la mort (Robert, Denonvilliers et la Société de chirurgie), ou ne saurait prendre trop de précautions pour se mettre, autant que possible, à l'abri des accidents terribles auxquels expose l'emploi de ce moyen héroïque. Avant de tracer les recommandations auxquelles il faut avoir égard, commençons par vider une question préjudicielle, celle des indications et contre-indications de l'anesthésie par le Chloroforme.

Les inhalations de Chloroforme sont particulièrement utiles dans deux circonstances : lorsqu'il s'agit de stupéfier directement les voies aériennes, et quand on a besoin de toute l'intensité des efi-ets généraux de notre pria-

cipal anesthésique, soit pour obtenir la résolution musculaire, soit pour . anéantir une douleur existante, ou bien pour prévenir une douleur future, spontanée ou provoquée.

L'action anesthésique ou antispasmodique directe sur l'appareil respiratoire est recherchée dans les cas de névrose douloureuse et spasmodique des organes qui entrent dans la composition de cet appareil, par exemple dans le spasme glottique, dans certaines dyspnées cardiaques douloureuses, sans excepter l'angine de poitrine (Wergely); dans la toux violente et quinteuse de la coqueluche (Willie et Fourniol) et de certaines bronchites, dans celle de l'hystérie, dans le hoquet nerveux (Am. Latour), la laryngite striduleuse (Image), dans la dyspnée de la tuberculose, de diverses affections chroniques, de l'asthme (Leriche,Laloy, Ghandler, Beardsall), et même dans celle de quelques affections phlegmasiques aiguës, laquelle n'est pas toujours proportionnée à l'obstacle mécanique apporté par la lésion anatomique. A ce titre (Trousseau et Pidoux), le Chloroforme peut rendre quelques services dans la bronchite aiguë, la pleurésie et même la pneumonie (Buchereret Baumgartner, Warrenlrap, Clément Smoler, Skoda, Aran, Valentini, etc.), sans qu'il y ait lieu d'invoquer une action résolutive sur le travail inflammatoire. Il a cependant une action sédative sur la circulation pulmonaire car on l'a vu arrêter l'hémoptysie (Cook-Weir). Je rapprocherai de ces faits ceux de photophobie traitée avec succès par les inhalations de Chloroforme (Makensie, Arnott, Snow). Par un mécanisme encore difficile à expliquer la narcose ckloroformique, faussement appelée sommeil, ferait cesser, selon Oscar Landry, des paralysies analogues à celles des hysleriques, mais auxquelles il réserve la dénomination de sympathiques

Comme hypocinétiqm général, le Chloroforme trouve son emploi dans les convulsions toniques : contracture essentielle, tétanos traumatique et spontané (Pertusio, Petit, Hopgood, Mignot etLedru, Forgetet Hergott de Strasbourg, Barth, Huguier, Asbury, Baker, Cury, etc.), «^P^^^^^^^.f P^!^^ strychnine ou ses analogues (Maumon, W. Travers G. Harley, Folker, Gobrecht, Brown Sims, etc.); ou cloniques: chorée (Fuster, Marsh, Géry) et mouvements choréiformes,hystérieethystéro-éclampsie(Piorry),eclampsie

(Richet, Gros, Simpson, Kiwisch, Scanzoni, Leudet, Braun), épilepsie (Kronser, Riedl, Lemaîlre, Recb), hydrophobie, convulsions infantiles (Marro le), ainsi que dans les cas de réductions de hernies étranglées ou de luxation des membres (Parkmann, Larrey, Robert, Velpeau, Bouchacourt), pour assurer le relâchement musculaire indispensable à la réussite de 1 opération^ En qualité de slupé fiant ou à' anesthésique général, le Chloroforme est inhalé dans les circonstances suivantes : premièrement, lorsqu'il existe une atlection douloureuse ou convulsive dans une région éloignée de la surHice muflueuse des voies aériennes ou n'ayant pas avec elles de connexions étroites : ainsi dans l'angine de poitrine (Aubrun, Carrière), dans les coliques sa turnine'fRouvier), hépatique et néphrétique (Bouisson), nerveuse (Ameu.lle), utérine et dans la dysménorrhée douloureuse (H. Bennett), dans la gastralgie (Du m éril), dans la névralgie trifaciale (Honoré), et dans une foule de

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 6S3 névralgies ayant les sièges les plus variés (J. Roux, Malle, Sibson, Semple, Broxbolm, Barrier, etc.), états morbides auxquels il en faudrait joindre quelques autres tels que : la méningite cérébro-spinale (Besseron), le delirium ^rewens (Bocamy, Long), le délire nerveux traumatique (Bouisson), le délire aigu des pblegmasies et des fièvres, la cystalgie et les épreintes vésicales provoquées par des pblegmasies et des calculs, le ténesme rectal dans la dysenterie et les inflammations diverses ou les dégénérescences de la fin du gros intestin, la proctalgie qui accompagne la fissure à l'anus, etc. Notons en passant que, sans avoir les qualités d'un véritable bypnotique, le Chloroforme peut être employé comme tel, parce qu'il stupéfie les centres nerveux, enlève la conscience et supprime momentanément les relations avecle monde extérieur. Uytterhoeven s'en sert pour combattre l'insomnie des vieillards.

En second lieu, les aspirations de vapeur de Chloroforme servent à faciliter un acte naturel, mais pénible, celui de la parturition, ou bien des opérations chirurgicales longues et graves, douloureuses ou difficiles à exécuter sans l'immobilité presque complète du patient. De ce nombre sont les amputations, les désarticulations et résections, les extirpations de tumeurs, les cautérisations étendues, les ruptures d'ankyloses, les opérations de taille (Morgan, Quthrie, Roux, P. Guersant), la dilatation forcée du sphincter anal, la hernie étranglée (Mayor, Morgan, Wright, Guyton).

Malgré les bons résultats obtenus par Leroy (d'ÉtioUes) et Amussat, l'utilité de l'anesthésie chloroformique a été mise en doute dans les cas d'opération de lithotritie, parce que les chirurgiens se préoccupaient beaucoup de la crainte de pincer la muqueuse vésicale sans en être avertis par la souffrance du sujet. Mais on hésite beaucoup moins aujourd'hui à recourir à cette méthode réellement inoffensive.

11 n'en est plus de même pour les opérations qui se pratiquent sur l'arrière-gorge, telles que les arrachements ou excisions de polypes naso-pharyngiens, les résections d'amygdales, les scarifications de la glotte, la slaphylorrapbie, les résections de la mâchoire supérieure, etc., car si le malade ne sent pas la présence du sang dans le fond du gosier et qu'il ne fasse aucun effort d'expuition, il peut en résulter des phénomènes d'asphyxie (Velpeau). Cependant Gerdy, Amussat et Sédillot ont pu extraire des polypes et pratiquer diverses opérations au voisinage de la glotte, sans qu'il en soit résulté d'inconvénient. Rose, de Zurich, conseille alors de pratiquer la chloroformisation la tête pendante.

Enfin, malgré leur apparente opportunité dans les opérations délicates qm se pratiquent sur les yeux, et qui exigent à la fois une grande habileté manuelle de la part du chirurgien et un grand calme de la part du malade les mhalations anesthésiques n'ont pas donné les résultats avantageux qu'on croyait pouvoir en attendre, parce que plusieurs de ces opérations ne peuvent être accomplies qu'avec le concours de la volonté du sujet, ou parce que 1 agitation de la période d'ébriété en compromet la réussite.

La question est également indécise en ce qui concerne l'appUcation des

654 CHl.OKOFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR.

inhalations anesthésiques à l'art des accouchements Pour certains pratiden e Chloroforme est un adjuvant obligé de tout accouchement, quelnue simple qu'il puisse être ; d'autres au contraire le proscrivent formellemen de la pratique obstétricale, alléguant que, pour se conformer aux naroles de la Genèse, la femme doit enfanter dans la douleur, que les dou- Lrs de la parturition sont salutaires en ce qu'elles attachent davantage la mère à sa progéniture, que d'ailleurs leur suppression s'accompagne aussi de celle des contractions de la paroi abdominale et même de la cessation des efforts expulsifs de la matrice, et qu'enfin l'empoisonnement par le Chloroforme expose à divers accidents, tels que les mouvements désordonnés, les hémorrhagies après la délivrance par inertie de la matrice, la rupture du périnée, la folie, l'éclampsie et la mort, sans parler d mfluences fâcheuses sur le fœtus : ictère, état asphyxique.

Les objections morales ne sont pas sérieuses et ne méritent aucune réfutation : quant aux autres, elles s'évanouissent pour la plupar devant 'expérience. Les faits semblent démontrer que l'emploi du CMoroforme i.e lavorise ni les hémorrhagies, ni la rupture du périnée, m ^^ ^^^^^^ de la folie puerpérale, ni celui des attaques éclamptiques, et jusqu ci aucun ca de mort n'es venu attrister l'histoire de l'anesthésie obstétricale. D'un aut e cMé, les assertions relatives à l'engourdissement habituel du Ltus à n éta asphyxique et à la fréquence accrue des morts-n s depuis t rôdnction de la 'chloroformisation, paraissent également cont.ou Reconnaissons tou tefois que plusieurs de ces accusations ne sont pas abso fumenrdénuées de fondement : l'action du Chloroforme poussée jusqu au onapl entraîne réellement l'inertie utérine et préchspose con^e^^^^^^^^ r^ent à certaines formes d'hémorrhagie passive ; elle affaiblit de même la rntract~ muscles abdominaux sans ^'^^0^^ en— ^ rf., n,.i«««nces auxiliaires de la respiration Longet). Tiop longlemps ma i t ue Ta ch o of^^isation laisse aussi quelquefois la femme dans un é at peu satisfaisant : affaiblissement de la volonté rdées confuse ete Il est reconnu en outre que les battements du coeur "^^'l^^TZlZu dant la première période de l'anesthésie '^^^^ns ,e sa" g de

Simpson, Fredet), et l'on a pu retrouver du CW» ofoune dam ^ sa^>g l'en ant lorsque sa mère en avait respiré la vapeur (Huler, Z^^ o''2„ » léserait donc pas chimérique dans les craintes émises par b^»";^ de mé decins- seulement les accidents prévus ne se réahsera.ent pas da^^ .m meTse majorité des cas, parce que la chlorotormisation n est pas habituel

,rauçlî:r".bste„ir de ''^P'oi des inhalations de Ch.or<.orme a^^m,

,es accouchements simples et réguhers, P/" ;';Xime, redoute étant à la fois primipare, nerveuse, impressionnable et pusiuanira ,

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 685 misme léger dans la parturition, puisque sur les 942 cas d'accouchements où notre distingué confrère a mis en usage les anesthésiques (éther ou Chloroforme), il n'a eu à déplorer aucun accident mortel imputable à ces deux agents. Nous pouvons même dire en général que l'habile accoucheur a été remarquablement heureux dans sa clientèle, attendu qu'il n'a perdu que 13 femmes sur un total de 1,500 accouchées, et que sur ces treize sujets sept seulement avaient pris du Chloroforme sans en avoir éprouvé aucun des inconvénients spéciaux. En définitive, l'anesthésie modérée n'a point empêché l'invasion des maladies puerpérales ou intercurrentes et n'en a pas conjuré les dangers ; mais toutes les fois que l'accouchement a été exempt de compUcations accidentelles, les femmes n'ont eu qu'à se louer des anesthésiques, dont l'emploi est toujours innocent, pourvu qu'il soit convenablement réglé.

Le docteur Campbell ne recherchant naturellement que la somnolence et la demi-insensibilité, n'administrait que de petites quantités d'aneslhésique à la fois, et d'une manière intermittente quand le calme anesthésique devait se prolonger. C'est ainsi qu'il a pu, sans le plus léger dommage, tenir un grand nombre de femmes sous l'influence du Chloroforme nonseulement pendant 10, 20, 30 ou 40 minutes, mais même pendant 1 heure, 1 heure et demie, 2 heures, et parfois jusqu'à 4, 5, 6 heures et au delà. A la vérité, pendant ce temps-là l'anesthésie n'était pas constamment maintenue à ce degré moyen, nécessaire pour atténuer considérablement les souffrances du travail de la parturition ; il y avait des moments de relâche pendant la rémission des douleurs de contraction, et le Chloroforme était repris chaque fois qu'il y avait un retour de contractions douloureuses. Mais le docteur Campbell n'administrait pas les anesthésiques à toutes les femmes en couches ni à toutes les périodes de la parturition : il s'en abstenait généralement dans la première période du travail, hormis les cas où les femmes sont pour ainsi dire affolées par une succession de contractions violentes, excessivement pénibles, méritant à mon avis la dénomination de Cmésia/^'ie utérine, et les réservait pour le moment où, la dilatation du col étant achevée, l'expulsion du fœtus s'effectue au milieu de souffrances ordinairement très vives, sinon intolérables ; il a même soin de n'y recourir •que tardivement pour peu que le travail doive se prolonger par le seul fait d'un obstacle mécanique pouvant exiger finalement l'emploi de la main ou de l'instrument. Du reste, l'habile accoucheur a recommandé {Journal de thérapeutique) les précautions les plus minutieuses afin d'éviter sûrement l'excitation exagérée, les vomissements et l'état syncopal, à savoir : usage d'une simple compresse, peu de Chloroforme à la fois, avec mélange d'air, suspension des inhalations quand les douleurs sont absentes, et arrêt dès que surviennent les bruissements d'oreilles qui accompagnent la demiinsemibililé (1877).

L'éloquence des chiffres produits par Campbell parviendra sans doute à triompher des répugnances de la plupart des praticiens, et les engagera à accorder de petites doses de Chloroforme, aux femmes timorées, dans les

CULOHOFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR.

accouchemenls ordinaires. Depuis longtemps d'ailleurs nos accoucheurs ' n'hésitent plus à faire intervenir l'agent anesthésique quand il existe une rachialgie excessive, des vomissements incoercibles, des coliques, des crampes violentes ou des douleurs intolérables se répandant dens les membres inférieurs, ou bien encore lorsque les contractions sont douloureuses et irrégulières, que le col utérin demeure rigide et que le travail n'avance pas. Le Chloroforme ne doit être administré qu'à la période d'expulsion, soit quand la dilatation du col se complète (Blot, Campbell, Bailly, Dutertre), soit lorsque le fœtus commence sa migration à travers le canal uléro-vulvaire. Dans les opérations obstétricales, l'emploi des inhalations de Chloroforme ne compte guère que des partisans (Simpson, Stolz, Velpeau, P. Dubois, Depaul, Chailly-Honoré, Piotheroe- Smith, Pajot, Hergott, Frédet, etc.).

Les contre-indications à l'emploi de l'anesthésie chirurgicale se tirent premièrement de l'état du sujet, de son tempérament, de sa constitution et de ses dispositions maladives actuelles; en second lieu, du siègeetde la nature du mal ainsi que du caractère des opérations à pratiquer. Sur le premier chapitre, la science ne possède encore que des données assez vagues : ce qu'on sait bien, c'est qu'aucune condition d'âge, de sexe ou de tempérament n'exclut cet emploi (Denonvilliers) ; mais on ignore jusqu'à quel pomt certains états physiologiques favorisent ou contrarient les effets des inhalations de Chloroforme. Pour moi, j'ai lieu de croire que la chloroformisation est retardée ou atténuée dans ses conséquences par les états hygiques ou morbides qni se traduisent par l'hypersthénie et par l'éréthisme vasculaire sanguin ; qu'elle est facilitée et aggravée au contraire par les conditions inverses : la débilité, l'hypoglobulie et l'ischémie des centres nerveux Les sujets robustes, pléthoriques, les enfants, dont la substance cer brale est trè vasculaire, doivent résister davantage à l'intoxication chloroformique. Le îaTt est qu'à part une ou deux exceptions citées par Bouvier, on n a pas eu à dép rer de résultats funestes dans le premier âge, ce qui justifie la propos ion de P. Guersant : que si le Chloroforme pouvait ^re repoussé e la chirurgie des adultes, il faudrait le conserver pour celle des enfants. Et Albert BeiÏeron n'hésite pas à dire qu'on peut faire inhaler le C^loro orme à enfant dès le premier jour de sa naissance. L'innocuité de 1 anesthés e chez les femmes en couches, alors même qu'elle n'est pas pratiquée avec oute la prudente réserve que recommandent les maîtres, «expliquer^ encore, selon Campbell, par une circonstance du même genre : l.^JT ^^mie cérébrale entretenue par les efforts d'expulsion et par 1 excitation qui accompagne le travail de parturition. En revanche, le Chloroforme frappe V vement parfois brutalement, les sujets affectés d'anémie ei éancrv.e, lùrtout lorsqu'ils sont debout ou assis, c'est-à-dire dans une attitude favorable à l'olighémie cérébrale, et conséquemment à la syncope.

Ouan aux lésions organiques et aux désordres fonctionnels U n en est nn^in oeti dont l'influence soit réellement redoutable. Nous re-

? nns encor^ ici les diverses conditions morbides qui prédisposent aux ;ropes de cV 0 sont certaines névroses proto- ou deutéropathi-

ques, et, par-dessus tout, les affections cardiaques avec insuflisance aortique ou mitrale, asystolie, faiblesse et intermittence du pouls. Les maladies pulmonaires n'entraînent pas, à beaucoup près, les mêmes inconvénients, si ce n'est chez les phtisiques avec cavernes (Halbout), et l'encéphalite ou la simple congestion cérébrale ne sauraient constituer à mes yeux des contre-indications de l'anesthésie par le Chloroforme. Il n'est guère que la commotion cérébrale avec stupeur, les étranglements herniaires avec lepéritonisme et sa prostration caractéristique, ou les grands traumatismes ayant donné lieu à une perte excessive de force nerveuse, qui rendent véritablement périlleuse l'anesthésie chloroformique.

^ Les motifs d'abstention tirés de la nature des opérations se rattachent, d'après Bouisson (de Montpellier), à cinq catégories de faits pouvanJ, se réduire à quatre. L'emploi du Chloroforme doit être évité : 1» dans les opérations très courtes, bien que douloureuses, telles que l'avulsion d'une dent, une ouverture d'abcès, une cautérisation superficielle, etc. ; 2° dans celles qui exigent la coopération active du malade, comme lorsqu'il s'agit d'extraire ou d'abaisser une cataracte, de faire une pupille artificielle, d'exciser des hémorrhoïdes internes ; 3° dans les opérations oti la sensibilité sert de guide au chirurgien, par exemple dans certains cas de lithotritie ; 4" enfin dans celles où la douleur est le but, comme dans l'application du moxa. Sans être absolues, ces contre-indications sont puissantes et généralement respectées.

Après avoirparlé des raisons qui militent pour et contre l'emploi du Chloroforme dans chaque cas particulier, le praticien, s'il se décide pour l'affirmative, doit prendre des mesures à l'eff-et d'assurer l'efficacité et l'inno^ cuité de l'agent anesthésique.

La température de la pièce doit être, en moyenne, de IS" à 18" G Le sujet doit être à jeun, car la réplétion de l'estomac est l'occasion d'accidents par^ fois funestes. 11 doit être couché autant que possible horizontalement, afin d éviter la syncope si fatale dans la position assise.

La pureté du Chloroforme est une condition désirable, parce qu'elle s'allie à une odeur agréable, exempte d'âcreté, et qu^elle met à l'abri de tous 1 ! accidents autres que ceux qui sont inhérents à l'anesthésie elle-même On cite trois cas de mort dus à l'emploi d'un Chloroforme impur, don deux à Berlin et un dans l'armée anglaise, en Grimée ; par conséquent les chirur giens ne sauraient trop ,e tenir en garde contre lap.-ésence du ga phosgèn^ et es autres composés qui peuvent altérer le Cbloroforme. cLi d'Édim bourg passe aux yeux de quelques praticiens pour être d'une qualité sud^ rieure et d'une innocuité exceptionnelle ^

Le procédé qu'il faut préférer pour' l'administration du Chloroforme e t du, qa, répond le mieux à cette double nécessité : d'une part de endre la manœuvre plus fac le ainsi nue la snrv«iiionn« . ^ ' l'introduction de i'air atmosphérique en lm tem^^ "Tl^ ''^"""^ médicamenteuses et de permelt ë rJd.nH T^n' ^««^«Pe»'-^

Au début de la pratique dTl th rif io --^^^siques.

et UbI. .30 édition ' '''^''^'^•°"' chirurgiens soumettaient

„8 CULOBOFOBME OFHCINAI,, CI.LOBOrORME PU».

., . f„i„r«onérés à des inAafalionsrfessii!, auxquelles on a préalablemen ''=7^/" ^ ^ je^ chl.urgiens conservent plusieurs modes

TZ^ t'Jislt d' inant des résultat' différents pour le degré comme de '^Worolorm.sat.on « contentent de dimmuer lasen-

pour la marche de 1 anesinesie. la suppriment {Moroformi-

%m jre'^^ ils'TouLent „s,u\ la résolution mus-

"r°^"m'tm-obt» r ce d verses m'odillcations des phénomènes anesculaire. Et, poui ODieim oc ménagement, faisant

thésiques, ils Pr^^^^^"^^^'^;^" ^"LTarrdose de vapeur stupéfiante, dans le premier cas inhaler d emblée ^« f^^^f^ ^^u Jm'nt. Les inhala- .dministrant ^^^^^^^^^^^^^ insuffisantes

tions brusques sont dangereuses , leb /.e . ^ ^^jg ,.a.

pour produire les grands effets des anesthesiques^ ce qu a y P Lnnel ce senties rnkalaUons ^^^^^^^^a:Jes et modérées, dantes, et ensuite soutenues par 1« f/^^^^ ^e professeur Gosselin

Telle est la méthode généralemen "f^^^^/jj^^^t 6 inspirations d'air et recommande P-ticulièrement la tact„ ^

^h^ff^pendant toute la durée rane.hés. ou ^ peu p s. ^ on a imaginé ^i^érents appar . Is plus^o^^^ ^^^^PJ^

à la bouche et aux "^"^^^'^^^^^^"Xa/e soient d'ailleurs leurs mérites, ces instruments sans e-^ep ion et q^^^^J^^^^^^ maniement difû-

ont au moins l'inconvénient d être ^a^^^^ ,,,, une éponge

cile. L'appareil le plus simple et jneUle ^^^^^ concave, ou mieux encore ^^ns une compre J^^^^^^ ^^^^ sition, contenantounondelacharp e^^^^ .^^ ^.^^^ , ,

et jusqu'à 3 ou 5 grammes du l>q'^^;î«/'^^^^^^^^^^^^^^ des narines. En opé- 5 centimètres de distance de la ^-^^«/^^f;. ^'^^^^^^^ ^.jet ne renfermerant de la sorte l'atmosphère Sc elle r^ pirée p ^^^g^^ésique. rait jamais, selon Lister, plus de 4 et «iem ^.^^^^ Chloro-

L'idée de faire inhaler aux P^/^^.^^^^^^J^^;' ^^it des médecins, et beauforme devait nécessairement s imposer a J expériences

coup d'essais dans ce sens avaient été fa^s «^"^ P^^^^^^^ ^^„,,,i,es. H existe, de P. Bert sur les animaux encouragèrent de nouve ^^^^^^^^

suivant Bert, une z.n. maniaM. (-^«''^^^y^X ut és dans laquelle on sique et la dose mortelle) grâce à ces mélanges titré. ^^.^^^

Zceuvre sans danger pour la vie ^^^^^^^^^^^^ pour (P. Baudelocque), par exemple, de ^ malheureusement 100 grammes d'air pur. ^-^^^^^'i:^^'''^^^^^ méthode, employée

en face de complications d appareils, de «o^te que i ^^^^^^^ déjà avec profit chez l'homme dans quelques cas, a peu tout, d'être adoptée. anoareils de Demarquay et Legroux

Sr m:;S: usitésp'our pratiquer les inhalations.

Avant de commencer la chloroformisation, on doit s'efforcer de tranquilliser le malade et de lui montrer à respirer naturellement et largement. Cela fait, on tient l'éponge ou le linge chargé de Chloroforme à quelque distance des voies d'introduction de l'air, pour laisser au sujet le temps de s'habituer à l'impression du Chloroforme. Si la respiration devient précipitée, on éloigne le Chloroforme jusqu'à ce qu'elle se soit régularisée; puis, la tolérance étant établie, on rapproche davantage la compresse afin de faire inspirer des doses progressives de vapeurs stupéfiantes. L'anesthésie survient ordinairement par le seul fait de la continuité des inhalations, sans qu'il soit besoin de forcer les doses ; si elle se fait attendre, on arrose de nouveau la compresse, et d'autant plus abondamment que les phénomènes d'excitation sont plus prononcés. Quand l'ivresse bruyante et la défense se prolongent, il faut maintenir le sujet et l'abattre par de grandes doses de l'agent knesthésique (Sédillot). Il faut au contraire s'arrêter un moment s'il survient des désordres circulatoires et respiratoires, du spasme, de la dyspnée, de la turgescence de la face, pour reprendre ensuite lorsque le calme est rétabli (Denonvilliers, Sédillot). Dès que le malade est endormi et que les membres soulevés retombent inertes par leur propre poids, dès que le réflexe palpébral a disparu (P. Berger), que les pupilles sont contractées, l'anesthésie est complète et le chirurgien peut commencer l'opération. Je dis que l'anesthésie doit être complète. Mais ici les avis sont partagés, et tandis que certains chirurgiens redoutent d'aller aussi loin, d'autres affirment que le danger réside dans l'anesthésie incomplète, qui expose davantage à la syncope. La question reste encore discutée.'

La compresse est maintenue loin des narines tant qu'il ne se manifeste aucun signede retour à la sensibilité et à la motricité volontaire, mais on la rapproche aussitôt qu'un mouvement de la bouche et des paupières indique la cessation prochaine des effets anesthésiques. Quelques inspirations suffisent à replonger le patient dans la torpeur, où il peut être maintenu pendant une heure, à la condition de lui restituer de temps à autre quelques bouffées de vapeur de Chloroforme.

En France, si le chirurgien ne préside pas lui-même à la chloroformiaTtenti'f Hn^nT"'-^" ^ expérimenté, prudent et

V on, ""''"^'^ '^^""^^^ ^'^^^^ P°"l^ d'en suivre les

outre I ntr rr'^''''' ï cœur viennent-ils à faiblir et à se ralentir outie me.u e, la face vient-elle à pâlir et à s'altérer, vite il faut suspen-

out tm n 'r ' ""^ L« danger e sur-

tout imminent lorsque le pouls se montre intermittent et irréguUer (Robert

^XUZ'^^t^^^^^ T'""' ''''''''' ^^«^ anesthésiques, et

te tZT. t ""^r'T"' ^^"'^ '''''' légères, te les

mi s m nu ' f spasmodiques locaux ou généraux, les vo-

son e d?' 1 ' r ''''''''' P'-°l°"gé; les autres g;aves, ce

contraire, 1 aûaibl.ssement rapide do l'innervation puhnonaire et car-

660 CllLOROFORMlî OFFICINAL, CHLOROFORME PUR.

diaaue avec t-alentissement des deux fonctions respiratoire et circulatoire, diaque ivL , , du pouls (Robert Dyce ; rarement 1 asphyxie

souven "sync pe ou lacération. Or l'asphyxie proprement dite rriva^n de ga. respirable n'est pas possible en procédant de la 'nlié ndiquée cf-dessus' Quant à la syncope ou à la sidération, on la révien le plas souvent, mais non toujours, à l'aide des précautions r commandées par Denonvilliers, Sédillot, etc. Quelques sujets présentent effecUvement à cet égard une véritable susceptibilité, encore mexphcable. Mois le cœur est f'appé d'inertie dès la première inspiration deChlorofoTme chez des hommes jeunes, vigoureux, appelés à subir une opération Se et rapide. Hâtons-nous d'ajouter toutefois que la syncope a suivi plus ordinairement une chloroformisation prolongée chez des s,,e s debi es e anémiques. Dans ces dernières conditions, elle s'es montrée trop .ouven irrémédiable et conséquemment mortelle. Tantôt es syncopes sont mc'est-à-dire qu'elles ont lieu pendant les inhalations tantôt elles nttl^les (Denonvilliers) et -tiennent après la ch o.^^^^^^^^^ lorsaue de grandes quantités de vapeurs anesthésiques ont été absorbées d où le précepte de ne quitter son malade qu'après l'avoir vu parfaitement

''îiotque malgré les précautions prises pour la conjurer, la syncope Lorsque, nidigi f combattre par l'ensemble des quatre

"^'"''":„i:an""I e; L Hsa„t e retour eA^ stase du sang dans les moyens suivants. * >™ rétablissant et activant la respiration-,

r:::^ r^^àZ. , ^- en éditant ia contraetii.té d„

=rc': "rsu-e^e teùe ^^-^r::^^^^^::^^^

en imitant les mouvements respiratoires par P'^<='''°" """""n tandis Le^oupées de relâchements alternatifs, '^^ " êr enttr

2rirpto?siti:e=

ûe 1 dii pui. A„ inniJrp de cuir ou d éloiie,

sonneuve) avec la main seule ou armée d ^^"f factions ou encore d'une serviette trempée dans ' ^'^'["^'^^J^^,,^, ces différudes avec une brosse ou autrement, P^. [J^^^^f ,i„,er la cir-

. ,.ons(inl en même temps pour ellet détourne ue i«

rents ,. ^JJ malgré riusufflation continuée avec

oulation "f;„ \:;;rpks cesser l'inertie absolue des fonctions

rp:rSluU.:iat:"rilfaudr:it recourir Mes mo,ens plus énergi,ues

et insuffler de l'oxygène pur si l'on en avait sous la main, appliquer le marteau de Mayor, cautériser au fer rouge les espaces intercostaux inférieurs (Faure), faire agir au niveau du diaphragme le courant d'une bonne machine électrique. De cette manière on réussit quelquefois à rappeler les malades à la vie ; mais tous les efforts demeurent inutiles quand il existe une véritable sidération avec altération moléculaire grave de la substance nerveuse.

Si les expérimentateurs sont unanimes à reconnaître la puissance salutaire de l'électricité sur les sujets en proie aux plus graves accidents de l'anesthésie comateuse, ils sont loin de s'accorder sur le choix du mode d'emploi de ce moyen héroïque. Duchenne (de Boulogne) veut qu'on provoque les actions réflexes de la moelle à l'aide de l'excitation cutanée de la région précordiale par les courants de la machine d'induction, c'est-à-dire par la faradisation , tandis que Legros et Onimus, redoutant les courants induits qu'ils accusent de pouvoir devenir funestes en amenant l'arrêt du cœur, conseillent exclusivement la pile de Remak dont le succès n'est assuré qu'à la condition d'agir sans interruption. De son côté Liégeois reconnaît les dangers des courants induits forts, et admet l'utilité des courants continus ; seulement il accorde la préférence aux courants d'induction faibles, dont les effets très satisfaisants sont plus facilement à la portée du praticien. On s'accorde généralement à reconnaître avec Duchenne que l'électrisation est plus efficace lorsqu'elle est portée sur le phrénique, seulement l'application des courants sur la région cervicale n'est pas exempte de danger, et notre savant compatriote a vu la syncope suivre la faradisation du pneumo-gastrique. James Hardie pense qu'il est possible d'éviter ce nerf en plaçant les pôles de l'appareil, l'un à droite, l'autre à gauche, le long du bord postérieur du sterno-mastoïdien, et en pressant fortement comme s'il s'agissait de vouloir passer sous le muscle.

En désespoir de cause il serait permis d'imiter l'audace de Steiner (de Vienne) en pratiquant l'électro-puncture du cœur.

Contre la syncope respiratoire, le moyen le plus héroïque est encore la respiration artificielle, à la condition de l'employer avec la plus grande persévérance.

Pas plus que Richardson, nous n'accordons la moindre confiance aux antagonistes du Chloroforme et des anesthésiques pour tirer les patients de l'état comateux et syncopal dont la terminaison funeste est trop rapide pour permettre la réalisation des effets anlidotiques, si l'on en pouvait espérer d'efficaces. On assure cependant que le nitrite d'amyle, qui jouit de la propriété remarquable de déterminer en un instant l'hypérémie du cerveau et de toute la tête d'une façon générale, ce nitrite rendrait de bons services dans la syncope chloroformique (Burral, Hinton, Bader) en rétabhssant amsi le fonctionnement des centres nerveux anémiés (Arloing) par le chloroforme. Le nitrite d'amyle agirait donc à la façon de l'inversion.

Outre les accidents immédiats dont il vient d'être parlé, le Chloroforme

n.nt laisser à sa suite une séquelle à'accidants consécutifs sur lesquels • ?MtPntion se porte davantage depuis quelque temps. Par exemple, on voit 1! .sîstPr certains troubles fonctionnels : engourdissement de la sensibilité, Spsse musculaire, troubles dyspnéiques et cardiaques, désordres intel- M iPls La syncope elle-même peuttarder de quelques minutes ou même, In dire de certains observateurs, ne se produire que quelques heures et, bL plus, quelques jours après l'opération. Ce qui semblerait justifier r dée de rattacher cet accident à la pratique de l'anesthésie, c'est précisément l'existence des symptômes vagues énumérés ci-dessus, lesquels semblent indiquer la persistance d'un état moléculaire spécial du système nerveux qui rend imminente la cessation des fonctions circulatoire et res-

AnrèTVanesthésie chirurgicale on observe assez souvent l'asthénopie musculaire par insuffisance des droits internes (Von Gràfe) Une fois Dum- Teicher a rencontré le spasme de la glotte avec aphasie et aphonie. Mais e accidents principaux, à part les troubles nerveux : céphalalgie nausées, vomTssements délire, se passent du côté de l'appareil respiratoire. Plus toTaut e le professeur Richet a mis ces faits en relief dans ses le- '"s dfcS^ Thèses Rochet et De la Roche au Lion). Des observations nub iées nous pouvons conclure que les lésions thoraciques sont tantôt L con quence de l'irritation topique, s'élevant progressivemen jusqu au desré delà phlogose intense, et tantôt le résultat de la paralysie locale des Smi^ s périphériques des nerfs pneumo-gaslriques plutôt que ce ui de pur or due buLire ou bien de l'altération du sang. Par l'un ou 1 autre de leur o"g;"^ ^"^^^ ^3^^ mécanismes réunis, se produisent des en-

ire les deux principaux anesthésiques et par conséquent de faire un choix

faire courir le danger d'un incendie. nins Avec î'éther, l'excitation est plus vive et plus prolongée, 1 f "^t^ p^"^ f ».hlP T 'Inesthésie plus lente à obtenir, est plus prompte à se dis-

' p" Oueiaue s^^^^^^^^ montrent réfractaires (Broca, communication P^ So s massives sont nécessaires, un appareil plus ou moins com- \ Pst ind spensable, et les traînées de vapeur inflammable rendent

^^n fsP me opé "lk)n d urg^^ pratiquée à la lumière des boug.es.

pén leuse ^^' ^^^^^^^^^ J.^e au Chloroforme par l'immense majoril Dès lors 1; P;éjé ^^^^ lll^^^ „^,t,relle. Cependant, l'École do Lyon est

r/or s: n.^?: '^-^her, et dep^s quelques années une sorte de

CHLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 663 croisade est prêchée contre son heureux rival dont la supériorité n'avait jamais, jusque-là, été sérieusement contestée. Les motifs de cette levée de boucliers se tirent du nombre toujours croissant des cas de mort dans la pratique de l'aneslhésie par le Chloroforme, comparé à la proportion relativement minime des accidents funestes occasionnés par l'élher. Telle était déjà la raison décisive invoquée par les chirurgiens de Lyon et accueillie par l'un des plus éminents chirurgiens de la capitale, le professeur Gosselin. La liste des adhérents de l'éther, c'est-à-dire des adversaires du Chloroforme, s'est grossie dans ces derniers temps d'une longue suite de noms autorisés de l'Angleterre et des États-Unis ; des expériences individuelles ou collectives ont été entreprises, des travaux statistiques ont été exécutés dans le but d'établir la valeur relative des deux anesthésiques, et presque tous les résultats obtenus semblent parler en faveur de l'élher (Morgan, Bigelow, Curtis, Comité de Londres, Comité de Dublin, Th. Green, etc.). J. Morgan (de Dublin) donne le résumé statistique suivant :

Morts par l'Éther 4 sur 92,815 inhalations. = 1 sur 23,20i

Morts par le Chloroforme 53 sur ]5?,260 — = 1 sur 2,8-: 3

Morts par mélange d'hther et Chloroforme. . . 2 sur 11,171 — = 1 sur 5,588

Morts par Bichlorure de méthylène 2 sur 10,000 ~ = 1 sur 5,000

Ainsi la léthalité du Chloroforme, supérieure à celle des autres anesthésiques, serait huit fois plus grande que celle de l'éther. A quelques nuances près les autres chirurgiens qui sont entrés en lice le chargent au môme degré et s'accordent pour exonérer l'éther ; tellement que, d'après Schiff, le chirurgien peut être déclaré responsable d'une mort par l'éther. L'impartialité m'oblige à faire sur ce point de formelles réserves, et, puisque l'on fait parler les chiffres, il me sera bien permis d'en aligner et d'en totaliser de plus gros pour en tirer des conséquences opposées. Voici ceux que j'ai réunis et dont la plupart m'ont été communiqués par mon ami Giraldès :

1° Richardson (1" relevé) 17,000 chloroformisatlons 1 mort

— (2» relevé) 7,500 — 6 morts = 1 sur 1,250

— (3« relevé) 7,900 — 3 — = 1 sur 2,633

— (4» relevé) 2,762 — 1 —

2" Joseph Barnes (États-Unis).... 80,000 — 7 — = l sur 11 428

3° Syme (Édimbourg) 5,000 —

Elner (Strasbourg) 16,000 — »

Total 136,162 anesthésies par le

chloroforme.... 18 morts = 1 sur 7,453

Au résumé, le Chloroforme serait trois fois moins nocif que ne le montrent les chiffres des défenseurs de l'éther, et l'expérience lui serait bien plus favorable encore si l'on tenait compte des résultats obtenus dans les armées alliées en Crimée et dans l'armée française en Ilalie. Malheureusement je n'ai pas les chiffres officiels sous les yeux ; tout ce que je puis dire c'est que l'armée anglaise n'a perdu qu'un seul homme par un Chloroforme reconnu altéré et que, d'après le rapportdc Scrive, il n'y a pas eu un seul cas

fatal dans notre armée d'Italie. Si l'on admet un minimum de trente mille chloroformisations dans le cours de chaque campagne, on ne trouvera plus que 1 cas de mort sur environ 15,000 opérations.

Comment expliquer un écart si considérable entre notre statistique et celle de Morgan ? Je n'en puis trouver la raison que dans des circonstances absolument étrangères au médicament lui- môme. Mais si je remarque que dans les mêmes établissements, selon Richardson, la mortalité par le Chloroforme, qui n'était jusqu'en 1864 que de 1 sur 17,000, s'est élevée depuis lors jusqu'à la proportion de 1 mort sur 1250, c'est-à-dire au delà du décuple, je ne puis me défendre d'invoquer ou la série malheureuse sans portée ou plutôt un défaut de précautions. Ce sont là, au résumé, de graves questions que la statistique est impuissante à résoudre, et sur lesquelles s'exercera longtemps encore la controverse.

Quoi qu'il en soit, la différence de léthalité entre le Chloroforme et l'Ether est loin d'être aussi grande qu'on se plaît à la montrer. Le tableau nécrologique noirci outre mesure quand il s'ugit du premier, est trop légèrement teinté' quand on parle du second. Aux quatre cas funestes avoués par la statistique moderne il convient d'ajouter, dans le compte de l'éther, 7 cas de mort relevés par la Société de Médecine de Lyon (Gayet), 1 cas de Jobert (de Lamballe), 1 de Nunn, plusieurs autres mentionnés dans les publications périodiques récentes, et enfin 40 cas réunis dans un rapport du Comité de la Société médicale de Boston. Or, si la proportion donnée par Morgan n'était pas inférieure à la vérité, ces 60 à 70 cas de mort supposeraient le chiffre énorme d'environ 1,500,000 éthérisalions, lequel n a certainement pas été atteint ni même approché, puisque l'éther était Généralement négligé aussi bien au delà de la Manche ou de 1 Atlantique. ° Notre conclusion est celle-ci : le Chloroforme n'est pas aussi meurtrier qu'on le dit et l'éther n'est pas aussi innocent qu'on le fait Tous les deux sont en effet des agents puissants et par cela seul redoutables ; mais il est réel néanmoins que l'éther a une zone maniable plus large que celle du Chloroforme, si l'on s'en réfère aux physiologistes vivisecteurs lesquels se servent aujourd'hui plus particulièrement de l'éther et laissent de côte le Chloroforme comme trop dangereux pour les animaux. Mais ce qui est incontestable, c'est que l'emploi du vieil anesLhésique embarrasse 1 opération tandis que l'usage du Chloroforme allège singulièrement le chirurgien et abrège l'épreuve du patient. C'est assez sans doute pour que le Chloroforme continue à fixer la faveur du public médical, en Europe au moins, car les Américains se servent de plus en plus de l'éther à cause de son innocuité relative, admise par eux presque sans conteste.

Maintenant on peut se demander si les mélanges titrés de Chloroforme et d'air donneront plus de sécurité à ce procédé d'anesthésie. Un certain nombre de chirurgiens ont déjà répondu par la négative et peut-être ont- Us raison, si l'on songe que le Chloroforme ne tue pas le plus souvent par ses propriétés toxiques, mais dans bien des cas par contre-coup d une action réflexe.

D'antre part Vanesthésie mixte Aoni nous allons indiquer les variantes, deviendra-t-elle cette méthode d'insensibilisation tant cherchée, inoffensive autant que puissante ? C'est peu probable ; toutefois il ne serait pas impossible qu'elle fût relativement plus sûre que la chloroformisation ordinaire.

L'un des procédés de cette anesthésie a été imaginé par Cl. Bernard. Il consiste à faire précéder l'inhalation du Chloroforme d'un injeclion de morphine. Ainsi l'insensibilité est plus rapidement obtenue et avec moins de dépense de médicament; bien souvent même on évite la période d'excitation et l'anesthésie peut être entretenue plusieurs heures sans danger. Telles sont au moins les conclusions de plusieurs thèses ou mémoires sur ce sujet (Verriet-Litardière, Brinon, Poncet, Pietri, Rigaud et Sarrazin, Guibert, Bossis, Kœnig et Hueter, Mollow, etc.), publiés récemment. Toutefois, Demarquay recommandait autrefois la plus grande prudence dans l'emploi combiné de la morphine et du Chloroforme, arguant de ce que la morphine abaisse la température et que la susceptibilité individuelle peut occasionner des mécomptes, et il n'avait pas tort.

De son côté, Sansom, Koch ont proposé de faire respirer un mélange de vapeurs d'alcool et de Chloroforme. Kidd, Sansom, Jones administrent d'abord du Chloroforme et prolongent et complètent l'anesthésie avec l'éther. On a aussi conseillé un mélange d'éther et de Chloroforme, la mixture de Vienne renferme six du premier et deux du second, mais Snow et Spencer-Wells font remarquer justement que l'éther, qui est plus irritant, est inhalé d'abord, c'est-à-dire quand la sensibilité est encore entière ou peu modifiée ; tandis qu'à la fin, lorsque l'anesthésique doit être ménagé le patient ne respire plus que du Chloroforme. D'ailleurs, cette mixture ne met pas à l'abri du danger puisque le D' Crockett a observé un cas funeste. On ne peut pas se fier davantage au mélange d'éther et de bichlorure de méthylène préconisé par Richardson. Hartwig, Fornet (de Brest), Gardarianu ont encore proposé d'administrer d'abord l'hydrate de chloral et ensuite le Chloroforme. Une expérience plus longue est nécessaire pour classer ces diverses méthodes.

Les dangers inhérents à la chloroformisation générale ont dirigé les recherches vers les procédés à l'aide desquels on peut obtenir Vanesthésie lo^ cale. Abolir la sensibilité dans la partie qui souffre ou qui doit être le siè-e d'une opération douloureuse, sans affecter d'ailleurs le système tout entie^'r serait eti effet la réalisation de l'idéal rêvé par les hommes de l'art Or l'expérience démontre que ce résultat peut être obtenu, mais non sans de grandes difficultés. L'un des principaux obstacles vient de la couche protectrice épiderm.que qui s'oppose au contact direct de la vapeur stupéfiante avec a surface sentante et vasculaire. Un autre écueil consiste dans action parfois violemment irritante et môme caustique de ces vapeurs, et surtout des liquides qui leur donnent naissance. Le moins brûlant de tous ^s anesthésiques serait, d'après Aran, l'éther chlorhydrique chloré. Par malheur 1 irritation topique est généralement proportionnelle à la puis-

sance anestbésique ; c'est ainsi que le Chloroforme, beaucoup plus héroïque nue l'éther est en môme temps plus redoutable pour son action topique. Toutefois l'éther produit aisément l'anesthésie locale, mais par un autre nrocédé • celui de la réfrigération pouvant aller jusqu'à la congélation (Guérard Broca, Follin et Leconle, Morel-Lavallée, Richet, etc.). Ce but Lut être atteint, soit en versant l'éther sur la peau et le laissant s'évaporer à l'air libre, soit en le projetant sur la région et activant la volatilisation à l'aide d'un appareil ventilateur spécial (Guérard). Le chloroforme est utilisé de même à l'aide de l'appareil de Hardy (de Dublin) ou de celui de Richardson qui ressemble au pulvérisateur de Sales-Girons, et qui est généralement préféré; seulement, en raison de sa plus grande fixité, il faut compter plus sur son pouvoir anesthésique direct que sur son action réfrigérante. , p ., Les effets anesthésiques sont autrement rapides et mtenses quand on fait agir topiqueraent une vapeur stupéfiante sur une plaie récente ou ancienne, ou bien sur une région cutanée dépouillée d'épiderme (J. Roux, Simonnin, Richet). Quoi qu'il en soit, l'anesthésie chirurgicale peut être produi e localement par l'application directe des vapeurs de chloroforme ou d éther sur la région, et des opérations d'une certaine gravité ont été pratiquées de L sorte Lus' que le patient en ressentît aucune ^-leur^ Cependant en raison de la difficulté d'exécution, l'exemple donné par ^^f P^J' propager beaucoup. Où les applications topiques de vapeur de Chloroforme rnnent aisément'de bons résultats, c'est lorsqu'il ^ ag.t anes thés^^^^^^^^^ muaueuses telles que celles du vagin et du col de 1 utérus des surfaces « ques à la suite de blessures ou d'amputations, des p aies simples ou " aise nature, comme celles qui --^^^^ ^ ^'f "^^^Jat Ces applications rendent ainsi tolérables les d;"!^"^^ ^^^7^^^^ ^^^^rùs et compagnent les tumeurs de mauvaise nature dans ^^J^"' J^^^^^^^^ ailleurs ; elles calment également les douleurs dysménorrhéiques et viraient à prévenir le tétanos traumatique. ^^^.pnc • Vélec- L'anesthésie locale peut être obtenue par trois ordr s de moj^ns 1 é ec tricité, le froid, les stupéfiants. La réfrigération se P^^Uque avec de glac pilée ou des mélanges frigorifiques : glace et ^'.^'^.^''''!'\fZ^^^ Le de potassium fvelpeau), ou bien à l'aide de liquides «"^^"^^TaTe a^^ tils, tels'que l'éther sulfurique, la rhigolène (Bigelow) ou son méknge ave rétker (Richardson), l'hydrure d'amyle, le bromure f/^^yj J/^^^^^^^^^^^^ tage sur les précédents de n'être pas inflammable, etc. «^^P^^^^^^^^^^ la sensibilité est produite soit par des narcotiques appliqués à la surface du PS Lme dans la méthode chinoise, ou bien introduits par mjecUon hvDodermique, comme dans l'anesthésie mixte; soit pai des anes Ïhésique^prop ement dits, dont voici quelques-uns des P^^.^nVnh o ' ÎTi nfnrmP chloral chlorure d'éthylidène ou éther chlorhydnque chloié, . 1 âhe camph^ et autres huiles légères provenant du

de coures opérations. C'est de l'éther et du Chloroforme qu on se seit le

plus habituellement, mais l'éthei- vaut mieux que son congénère parce qu'il est à la fois moins irritant et plus volatil.

Les règles à suivre pour l'anesthésie locale sont les suivantes : employer de l'éther pur, anhydre; modérer d'abord l'activité du pulvérisateur de Richardson, afin d'éviter la corrugation superficielle de la peau, non pas précisément parce que, la conductibilité physique pour la chaleur étant amoindrie, la réfrigération serait dès lors moins rapide, mais plutôt, selon moi, parce que l'anesthésique gazéifié ne pourrait plus se diffuser dans les conduits sudorifères dont les orifices seraient oblitérés.

La théorie de l'anesthésie a frigore n'a pas encore été donnée, et je ne puis me flatter de pouvoir l'établir à présent d'une manière satisfaisante. Néanmoins, une expérience répétée à l'hôpital maintes fois sur les nombreux saturnins qui le fréquentent, permet de comprendre le mécanisme de l'insensibilisation par les moyens frigorifiques. Elle consiste à restituer la sensibilité pour la douleur à la face dorsale de l'un des avantbras, celui qui est reconnu le plus profondément analgésique, au moyen de frictions sèches, d'applications de rubéfiants, et généralement par un procédé quelconque propre à irriter le réseau vasculaire, à exalter la calorification et les actes chimiques et organiques de l'hématose. On conçoit donc que le froid qui resserre les capillaires, entrave les phénomènes respiratoires et abaisse la température dans toute l'épaisseur des téguments, et au delà, doit produire des effets inverses sur la sensibilité, amener l'analgésie et plus tard l'anesthésie véritable. Les astringents les plus énergiques, tels que l'acide phénique (Bill, Squibb, A. H. Smith), agissent, à mon avis, dans le même sens, quand ils ne mortifient pas le tissu, comme fait le mélange à parties égales d'acide acétique cristallisable et de chloroforme usité par Fournier et qui est réellement caustique (Ernest Labbée).

Les indications de l'anesthésie locale se présentent dans les opérations de courte durée et qui portent sur des régions superficielles ou facilement accessibles (ouverture d'abcès, arrachement d'un ongle, avulsion d'une dent, etc.), et dans les cas d'affections douloureuses, névralgiques, qui occupent ces mêmes régions. Gailleton et Horand en ont fait une ingénieuse application à l'épilation si douloureuse et pourtant si nécessaire dans plusieurs maladies parasitaires du cuir chevelu. Magitot rejette l'emploi du Chloroforme pulvérisé dans les afiections delà cavité buccale, à cause de la brûlure légère de la muqueuse et de la suffocation qui en résultent.

L'indication de l'anesthésie locale dans les grandes opérations se présenterait surtout à propos de la hernie étranglée et dans les cas où l'anesthésie générale est plus particulièrement dangereuse. On s'en est servi ponr opérer le phimosis et la fissure à l'anus (Betbèze et. Bourdillat), pour pratiquer une amputation de jambe (Bouisson). une opération césarienne (Green- WeHs) (Dolbeau) et même l'ovariotomie (Spencer

On a plus souvent l'occasion d'utiliser les propriétés anesthésiques locales du Chloroforme, concurremmentavec son action rubéfiante, contre les nom-

breuses affections mentionnées précédemment à propos de l'usage externe. Dans ces derniers cas, voici comment il convient d'employer le médicament.

Pour obtenir la sinapisation avec le Chloroforme, le procédé que je préfère, parce qu'il est le plus commode, consiste à appliquer sur le point affecté une compresse épaisse, préalablement imbibée d'eau à la température de l'appartement ou un peu au-dessus en hiver, puis exprimée afin qu'elle ne dégoutte pas, et arrosée de Chloroforme. Pour retenir la vapeur du Chloroforme, on peut superposer à la compresse une serviette, une flanelle ou du taffetas ciré. On obtient ainsi un effet sédatif marqué et l'on combine la sinapisation avec l'anesthésie locale.

Les Uniments qui ont pour base le Chloroforme agissent dans ce double sens. Le véhicule et les proportions varient. Généralement on recommande \ dixième de Chloroforme pour 9 dixièmes d'huile d'amandes douces (Codex) ou de glycérine. Il est bon d'élever la proportion du principe actif si l'on tient à rubéfier la peau; je prescris alors un Uniment au chloroforme ainsi composé :huile d'amandes doucesou glycérine, 30 grammes; Chloroforme, 5 à 10 grammes. On a même conseillé contre la chorée des frictions sur la colonne vertébrale avec un mélange à parties égales du véhicule et du principe actif (Borand). Trousseau et Pidoux emploient un Uniment chloroformique au vingtième ou au dixième en injections, à l'aide d'une petite seringue de cristal, jusque sur le col utérin, contre les violentes douleurs dysménorrhéiques. Us portent dans le même but au fond du vagin une capsule gélatineuse chargée d'un mélange de 2 gouttes de Chloroforme avec IS gouttes d'huile, et qu'ils retiennent en place à l'aide d'un tampon d'ouate ou de charpie muni d'un fil propre à l'attirer plus tard au dehors.

La pommade au Chloroforme : Chloroforme, 20 grammes; cire blanche, 10 grammes ; axonge, 90 grammes, peut servir aux mêmes usages. On l'emploie spécialement contre le prurit dartreux (Cazenave); mais elle serait efficace pour détruire les acares de la gale, et même les pediculi pubis qui sont tués par les lotions au Chloroforme pur (Hamel).

Le Chloroforme gélatinisé (Ruspini), c'est-à-dire mêlé avec l'albumme de l'œuf et formant une masse gélatineuse, est substitué par Massart aux autres préparations pour l'usage externe.

En outre, le Chloroforme est associé à des préparations diverses sous le titre de mixtures ou d'embrocations anesthésiques. Vembrocation composée de 10 gouttes de Chloroforme dans 20 grammes d'alcool est assez fortement irritante; une flanelle qui en est imbibée fait éprouver à la peau une sensation de chaleur et de brûlure comparable à celle qui résulte du procédé de rubéfaction décrit précédemment. La Mixture contre la fissure à l'anus (Chapelle, Trousseau) renferme ordinairement 2 parties de Chloroforme pour 1 partie d'alcool. On en porte quelques gouttes sur la fissure à l'aide d'un pinceau à lavis.

A l'état de pureté, le Chloroforme sert à imbiber une boulette d'ouate qu'on place à l'entrée du conduit auditif pour calmer les névralgies dentaires (Simon de Ronchamp), ou bien des éponges qu'on laisse à demeure

CnLOROFORME OFFICINAL, CHLOROFORME PUR. 669

dans les plaies, de manièi-e à frapper d'insensibilité les surfaces traumaliques et à prévenir les complications nerveuses (J. Roux).

L'injection hypodermique de Chloroforme (Roberts Bartholow, Ern. Besnier, Lemaître) dont les deux indications capitales sont la sciatique invétérée et le tic douloureux, est généralement de 1 à 2 grammes introduits profondément dans le tissu cellulaire pour éviter l'eschare ou l'abcès.

Les préparations pour l'usage interne sont également nombreuses et variées. Le Chloroformé se prend : 1° en solution aqueuse, à la dose de SO centigrammes pour 1000 grammes, pouvant être portée à 2 grammes dans 300 grammes d'eau, à la condition d'y ajouter 10 grammes d'alcool pour favoriser la dissolution ; 2° en sirop selon des formules diverses. Celui de Dorvault ne contient que 75 centigrammes de Chloroforme par 30 grammes; celui de Yée moins encore : 1 gramme pour 100 grammes d'un sirop dans lequel entrent de l'huile d'amandes douces et de la gomme pulvérisée. Je prescris habituellement un sirop de Chloroforme ainsi formulé : Chloroforme, 2 grammes; sirop de gomme épaissi par de la gomme adragante, 30 grammes. A prendre par cuillerées à café contre la gastralgie, la gastroentéralgie, les coliques sèches et les coliques hépatiques.

La Potion chloroformée (Aran) n'en diffère que par l'addition de 100 grammes d'eau.

On prépare aussi des mixtures avec : Chloroforme, alcool et sirop de sucre. Bouchut a adopté la proportion de 1 partie du premier pour 8 parties du second, et dit ce mélange utile contre les calculs biliaires.

Nous pensons avec Lasègue et J. Regnauld que Veau chloroformée, c'està-dire saturée de chloroforme (0E',90 pour 100 grammes d'eau), estlaprépa= ration la plus commode pour tous les usages internes de ce médicament. Elle estd'une conservation parfaite, très stable et se tolère à merveille quand on a soin de la diluer. Elle peut servir à la fois de véhicule pour divers agents calmants ou autres et de médicament sédatif de la douleur prise en nature. De Beurmann l'a prescrite avec avantage, en effet, contre la gastralgie, les vomissements nerveux, ou bien comme véhicule du bromure de potassium, du chloral, du salicylate de soude, de la gomme gutte (Lasègue), etc. ^

Enfin, le Chloroforme s'administre en lavement à la dose de 50 centigrammes (Bouchut) avec 4 grammes d'alcool et 40 grammes d'eau de guimauve, ou bien à celle de 1 gramme (Aran) avec un jaune d'œuf et 8 grammes de gomme adragante dans 125 grammes d'eau

Le Chloroforme alcoolisé, formé d'après Breton de : Chloroforme pur, 1 p. alcoo rectifié, 19 p., s'appelle aussi à tort « éther chlorique. » Il mérité aussi la dénomination de Chloroforme dulcifié, plus usitée en France, et se rapproche de la hqueur d'Hoffmann par l'analogie de composition et d'ap-

n !p rV^T"'"'''''- ^ P°"^ °bjet d'atténuer les effets lopi^

que du Chloroforme et d'en faciliter l'administration h l'intérieur, parce qu 11 lui communique sa solubilité dans l'eau et les véhicules aqueux. On 1 administre par cuillerées à café.

CHLORURE DE BARYUM.

CHLOROFORME RECTIFIÉ DU COMMERCE. — Cette variété de Chloroforme impure, ne pourrait être usitée en médecine que pour l'usage externe.' Elle n'a'qu'un emploi pharmaceutique et sert à préparer le Chloroforme officinal.

CIILOROIODURE DE MERCURE. — Chloroiodurelum hydrargyricum. Angl. : lodochloride ofmercury.

Le Chloroiodw e de mercure ou, encore, lodure de chlorure mercureux, Sel de Bouligny, s'obtient en lamelles incolores d'une composition mal définie. Ses applications sont exclusivement externes : contre l'acné, principalement l'acné rosée (Devergie). La pommade de Rochard, quelquefois prescrite, renferme Ok%7S de ce sel pour 60 grammes d'axonge.

CHLORURE D'AMMONIUM. — Voy. Chlorhydrate d'ammoniaque.

CHLORURE (PROTO-) D'ANTIMOINE, REURRE D'ANTIMOINE, Chloru-

retum stibicum. .

Angl. : TercfdorideofAntimony, OU or Butter of Antimony, - AU. : LMo-

Le Prôtochlorure d'Antimoine (SbCF), solide à la température ordinaire, est difficile à conserver sous cette forme, tant il est avide d'eau. En absorbant lentement l'humidité de l'air, il se liquéfie, et la solution conserve sa transparence ; mais vient-on ajouter de l'eau au Protochlorure d Antimoine le trichlorureest décomposé, il se forme del'oxychlorure d antimoine (SbCl, 5Sb03), ou poudre d'Algaroth, qui blanchit la liqueur et se précipite.

Action physiologique et usages. - Le Beurre d'Antimome est un des p us puissants caustiques qui soient à la disposition des médecms. Il a de plus Ta antage, inappréciable en certains cas, de pénétrer avec une grande faciité dans il profondeur des solutions de continuité. Aussi en recommandet-onTastement l'emploi contre la pustule maligne, les morsures des serpen venimeux et plus spécialement contre celles des chiens enragés 1 agit surtout, dit-on, par l'acide chlorhydrique.qui entre ^^ns sa composition

Pour cautéri;er des plaies envenimées, on charge de Protochlorure d An^ timoine liquide un cure-dent, un pinceau de charpie ou de blaireau à 1 aide duquel on dépose la liqueur corrosive sur la région affectée. Dès qu une eschare blanche se fait remarquer, on pratique des lavages avec du lait et de l'eau pour entraîner l'excédent du caustique. , ,

Les contre-poisons chimiques du Chlorure d'Antimoine sont d abord ceux des acides minéraux, puis le tannin et les ^"^stances qui en renferme^^^^^ lesquelles substances ont pour but de neutraliser les effets de 1 oxychlorure

^X^'^o^'ed'Algaroih, autrefois usitée comme émétique, ne sert plus qu'à préparer le tartre stibié.

CHLORURE DE BARYUM, Chlorurclum baryticuvu Angl. : Clilonde of Barium, - AU. : Chlurbaryum,

CHLORURE DE CALCIUM CRISTALLISÉ. 671 Le Chlorure de Baryum (BaGl), cristallisé en prismes rhomboïdaux, se dissout dans 2 parties 1/2 d'eau froide. C'est encore un fruit sec de la thérapeutique. Est-ce injuste? Il serait imprudent de l'affirmer. Doué d'une saveur âcre et piquante, ce sel, à doses faibles, donne lieu à des douleurs d'estomac, des nausées et des vomissements; à de la diarrhée et, sympathiquement, à du malaise et de la faiblesse, un ralentissement du pouls considérable (Lisfranc), des sueurs abondantes, de la diurèse. En masse considérable, il peut devenir l'un des plus énergiques poisons corrosifs (Brodie, Orfila) et cardiaques (Blake). On lui attribue en outre des effets stupéfiants ou excitants sur le système nerveux, d'où résulte la parésie ou la paralysie musculaire, alternant avec des convulsions ; l'excitation des fibres lisses de l'intestin et de la vessie (Mickwitz). Quoi qu'il en soit, son action physiologique n'aurait pas permis de deviner les propriétés stimulantes et antistrumeuses qui lui ont été attribuées peut-être trop facilement par des observateurs recommandables.

Il a joui d'une certaine vogue dans le traitement des maladies scrofuleuses et spécialement des tumeurs blanches. On le donnait, pour commencer, à la dose de 30 centigrammes par jour en solution dans 123 grammes d'eau distillée, àprendre par cuillerées toutes les heures, dans les intervalles des repas. On arrivait graduellement à doubler la dose, et l'on a pu (Lisfranc) donner jusqu'à deux grammes de ce sel en vingt-quatre heures sans aucun accident. Les succès obtenus ainsi sont d'autant plus étonnants, que les sujets étaient soumis au régime des légumes et de l'eau pure, à l'exclusion du vin et de la viande.

Dans les ophtalmies scrofuleuses, il n'a pas moins d'énergie (Lisfranc, Siebel) pris à l'intérieur à la dose de 0,50 à 1 gramme, ou bien instillé en collyre au quarantième. Bien d'autres affections de nature strumeuse ont encore été traitées parle Chlorure de Baryum, dont on a voulu faire le spécifique de la scrofule. Enfin Brown-Séquard l'a prescrit encore contrela paralysie agitan te.

CHLORURE DE CALCIUM CRISTALLISÉ, Chloruretum calcicum. Angl. : Muriate of Lime. — AU. : C hlorcalcium.

Le Chlorure de Calcium (GaCl) se rencontre dans les matériaux salpêtrés et dans quelques sources minérales salines. Très avide d'eau il tombe rapidement en déliquium. Il se dissout dans le quart de son poids d'eau, avec abaissement de température.

Ses propriétés physiologiques sont très voisines de celles du chlorure de baryum ; c est aussi, à doses élevées, un poison du cœur et du système nerveux dont il détruit ou paralyse les fonctions

On a prétendu qu'il exerçait une action stimulante sur toute l'économie et particulièrement sur les glandes lymphatiques. C'est un fondant et un an -^crofuleux maintenant inusité. Son action purgative à haute dose est

tZT TCl'^r. "'i"''^^'' P'^- ^^"^""^ antiscrofuleux, on le prescrit à la dose de 0-,50 à l-,50 et plus, dissous dans un véhicule abondant pour éviter ses propriétés quelque peu irritantes.

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