CHLORURE DE ZINC
De petites doses de Chlorure de Zinc portées dans l'estomac détermineraient une stimulation plus ou moins marquée de la muqueuse et une sensation analogue à celle de la faim. Des doses plus fortes occasionneraient de la gastralgie ; enfin une quantité excessivede Chlorure de Zinc agirait comme un poison corrosif, et donnerait lieu à la série des accidents locaux et autres qui caractérisent tous les empoisonnements de cette sorte : vomissements, sueur froide, algidité, dépression du pouls, suppression des urines, crampes, etc.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les caustiques sont congénères du Chlorure de Zinc pour sa principale propriété physiologique ; mais il n'en est point, à part le chlorure d'antimoine, dont on fasse son auxiliaire thérapeutique.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les corps gras gênent l'action du Chlorure de Zinc de même que celle de tous les poisons uniquement solubles dans l'eau; les mucilagineux et les narcotiques en atténuent les effets. Mais les antagonistes spéciaux du Chlorure de Zinc, sous le rapport chimique, sont les alcalis, leurs carbonates et les sels alcalins à acides très faibles. Aussi l'eau de savon estelle administrée avec avantage comme contre-poison du chlorure de zinc. On donnerait avec le même succès la lessive de cendres ou les cendres ellesmêmes dont la soude précipiterait l'oxyde de zinc en faisant du chlorure de sodium. Il n'y a rien à dire sur les antidotes dynamiques d'un agent dont l'action générale reste au moins douteuse.
Usages. — Modes d'administration et doses. — D'après ce que nous savons de l'inertie du zinc comme médicament antispasmodique, il n'y a rien à espérer du Chlorure de ce métal dans l'épilepsie ou la chorée, maladies contre lesquelles on l'a pourtant préconisé. Si le moyen n'était pas bon, en revanche il pouvait devenir très mauvais à raison de son action corrosive ; on a donc fait sagement d'y renoncer.
Le Chlorure de Zinc ne s'emploie maintenant que dans la thérapeutique chirurgicale. C'est peut-être le caustique le plus commode, en même temps que sûr, pour détruire les productions homœomorphes ou hétéromorphes • fongosités ou callosités des ulcères et des trajets fistuleux, productions épithéhales, sarcomateuses, mélaniques, végétations vasculaires ou cancéreuses. Dans ces derniers temps, on l'a plus particulièrement préconisé contre la fistule anale (S.mbal), l'adénite scrofuleuse et les syphilides tubercu o-ulcéreuses (Franchis), le cancer du col utérin (Lejeune) ies tumeurs Wromr'' '^ 'r "aso-pharyngiens (Raynal), les petits kystes :
hygroma, goitre kystique et surtout la grenouillette (Th. Anger et Le Dentu).
Tantôt on 1 emploie sous forme de pâte caustique, tantôt, sous forme de solution, en injection parenchymateuse
dmïri'nhï f! '"^"''''^ "■'"="0.. sur les éléments histolo-
f^r^ L ' ""'"'^'"^ il n'a pas non plus quand Tab-
e SmoïhVT™""! TJ"^' nnconvénient d'exposer, comme
ce mélalloide. ^ une vérilablc inloxication.
ggg CHROMATE (BI-) D'AMMONIAQUE.
En outre, le Chlorure de Zinc escharifle sur place et ne fuse pas au loin. De nlus l'eschare qu'il donne est d'une bonne consistance.
Une autre supériorité de ce caustique consiste dans la forme sous laquelle il est employé : celle d'une pâte solide plus ou moins molle et élastique pouvant s'adapter avec la plus grande facilité à toutes les surfaces qu'il s'aeit de détruire. La Pâte escharoliqne, ou, plus simplement, le Caustique de Canquoin est fait avec 1 partie de Chlorure de Zinc pour 2, 3 ou 4 parties de farine de froment, à laquelle on peut substituer (Sommé) le gluten, qui donne un produit très plastique, ou {Codex) l'oxyde de zinc (1 p.).
Le Chlorure de Zinc mêlé à parties égales avec la gutta-percha (Robiquet, Sommé) donne une substance ductile, susceptible de prendre toutes les formes en rapport avec les conditions particulières des productions pathologiques On en fait des cylindres du diamètre d'une plume d'oie, effllés à leurs extrémités. Grâce à ces différents modes de préparation le caustique au Chlorure de Zinc sert habituellement à détruire couche par couche les cavernes nu'on n'ose pas attaquer avec l'instrument tranchant, en permettant de ménageries gros vaisseaux, les troncs nerveux et tous les organes importants. 11 est aussi très commode pour agrandir les trajets fistuleux par lesquels on veut extraire un séquestre ou un corps étranger. On arrive même à détruire les tumeurs les plus volumineuses en les lardant de coups de bistouri et enfonçant aussitôt, dans chaque trajet parcouru par l'instrument tranchant une flèche caustique (Maisonneuve). Cette pratique est suivie ^^^^^ grand nombre de chirurgiens. En chirurgie encore le Chlorure de Zinc en f ution à 2 p. 1000, constitue un topique antiseptique -^P^^ taeeusement l'acide phénique (Kocher) pour le pansement des p aies.
llord conseille au!si le Chlorure de Zinc en injections dans a gonor rhée à la dose de 10 centigrammes pour 90 grammes d eau distiUée e
s 'efl ne conserve pas les instrumenls de dissecUon * es du moins un très bon moyen de conservation des sujets destmés aux études anatomiques.
CHROMATE (BI-) D'AMMONIAQUE, Bichromas ammonicus
mchroJte of A^nmonia. - AU. : Doppelt Chromsa^.es A.mo-
Bicl.ro,natc é^A.n.noniaque, 2(CrO..). A^H^O, se Présent. -us form^^^^^ .n.taux d'un rouge grenat, très solubles dans l'eau. " ^ "3 ;:Uo"uUeren mélecfne, et ses propretés ^r^^^r::J:2 Z celles du bichromate de potasse, que nous allons étudier, moins d'énergie vraisemblablement.
CHROMATE (bI-) DE POTASSE. 699
CHROMATE (BI-) DE POTASSE, Bichromas potassicus.
Angl.: Bichromate of Potash: — k\\. : Doppelt chromsdures Kali.
Le Bichromate de Potasse (âCrO^.KO) cristallisé est soluble dans 10 parties d'eau froide et dans une quantité moindre d'eau bouillante ; mais il ne se dissout pas dans l'alcool.
Action physiologique. — Ce sel, d'une saveur fraîche, amère et métallique, est, selon la dose, un simple irritant ou un caustique pour les parties sur lesquelles on l'applique. Il détermine chez les ouvriers qui le préparent une éruption papuleuse d'abord, puis bientôt pustuleuse, pouvant faire place à des ulcérations plus ou moins profondes et douloureuses qui s'emparent de la moindre solution de continuité accidentelle, à la peau ou sur les muqueuses. Un phénomène très commun chez ces ouvriers (Cl. Bernard, Hillairet, Lailler, Gubler), c'est la perforation de la cloison des fosses nasales dans sa partie cartilagineuse, lésion que j'ai également observée à l'état d'isolement chez un sujet qui n'avait jamais été exposé aux émanations de Bichromate potassique.
Porté dans l'estomac, ce sel cause aussi une irritation plus ou moins vive, accompagnée parfois de douleur épigastrique, de vomissements de mucus et de sang, et plus tard de difficulté de respirer, de symptômes cholériformes, suivis de la paralysie et de la mort. Des doses faibles ou modérées donnent lieu simplement à de la chaleur dans les premières voies sans aucun autre accident que des vomissements parfois. Au reste, les symptômes graves indiqués ici sont à peu près ceux de tous les empoisonnements par les caustiques quelconques, et s'expliquent aisément par les lésions des organes digestifs et les troubles fonctionnels locaux ou sympathiques qu'elles excitent. Ce n'est pas à dire, pour cela, que le Bichromate de Potasse n'exerce aucune action générale, consécutivement à sa pénétration dans le torrent circulatoire. Cumin lui reconnaît, à petites doses, une puissante action toxique, et suppose qu'il pourrait bien tuer en frappant de mort les globules sanguins ; mais aucun fait expérimental, aucune observation clinique ne vient encore fournir une base solide aux hypothèses des physiologistes. Vulpian se borne à dire que c'est un poison du système nerveux.
Synergiques. Succédanés. — L'acide chromique agit comme le Bichromate de Potasse, mais plus énergiquement. L'acide sulfurique est un caustique assez analogue à l'un et à l'autre et peut les remplacer tous deux En qualité de corps oxydant le Bichromate de Potasse ressemble au permanganate de la même base, aux chlorates alcalins, au persulfate de fer, etc.
Antagonistes. Contre-poisons. - Une mixture d'eau de chaux avec du lait ou de la solution de blanc d'œuf paraît être le meilleur moyen de neutraliser les effets toxiques du Bichromate de Potasse. Ses antagonistes sont les substances capables d'absorber l'oxygène, telles que les sulfites et hyposulfites alcalins ou terreux.
Usages. - Pendant quelque temps on n'osa se servir du Bichromate potassique que pour 1 usage externe. Ses propriétés escharotiques furent uti-
700 CICUTINE, CONICINE, CONINE.
lisées contre les élevures tuberculeuses de la peau, les verrues et autres excroissances. Ces applications, qui sont très douloureuses, ont réussi particulièrement (Puche) contrôles plaques muqueuses et les végétations syphilitiques ; contre les lésions ulcéreuses et fongueuses des gencives (Magilot).
On attribue au Bichromate de Potasse le pouvoir de favoriser la cicatrisation des ulcères et la guérison de la scrofule et du cancer de l'utérus.
Toujours est- il que c'est un antiseptique puissant (Jacobson , Lauj orrois), capable d'arrêter la putréfaction des matières organiques ou de l'empêcher. Mais en raison de ses propriétés toxiques, cette propriété du Bichromate sera plus recherchée par les anatomistes que par les chirurgiens.
Puche a donné ce médicament périlleux à l'intérieur, chez des sujets syphilitiques, dont l'état s'est d'abord aggravé. Et Vulpian n'hésite pas à le prescrire dans le iahes dorsalis, ainsi que contre les dyspepsies profondes simulant le cancer stomacal, aux doses de 3 à 10 centigrammes.
Modes d'administration et doses. — Pour l'usage interne, on doit prescrire le Bichromate de Potasse avec beaucoup de prudence. La dose en est fixée à 3, 5 et 10 centigr. par jour.
Pour l'usage externe, on emploie des solutions plus ou moins concentrées, suivant l'intensité des effets locaux qu'on veut obtenir. S'agit-il de produire rapidement une eschare, c'est à la solution saturée qu'il faut avoir recours {\ gramme pour 10 grammes d'eau). Une proportion beaucoup moindre (1 décigramme pour 10 grammes) suffi^rait pour agir comme irritant ou cathérétique contre les verrues et les ulcères fongueux çiloniques, et la solution au 100"= est un liquide conservateur parfaitement actif.
On prépare contre les verrues une pommade dans laquelle entrent 10 centigrammes seulement de Bichromate et 13 grammes d'axonge (Blachsko).
Les moxas formés de papier Joseph imprégné d'une solution concentrée de Bichromate de Potasse n'ont aucun avantage sur ceux qui doivent leur combustibilité au nitrate de potasse.
Le Bichromate de Potasse sert encore à préparer une liqueur d'épreuve dont les chimistes se servent pour reconnaître la présence de l'alcool et des substances ternaires, et dont Luton (de Reims) a fait la première application à l'analyse clinique des urines. Cette liqueur se compose de Bichromate de Potasse et d'acide sulfurique, et laisse déposer de l'acide chromique d'un beau rouge. Elle est de couleur jaune-topaze, et lorsqu'on l'ajoute à une solution bouillante contenant du sucre ou tout autre matière hydrocarbonée, elle devient d'un vert-émeraude, par suite de la réduction i\ l'état de sesquioxyde de chrome.
Cette réaction permet de constater l'alcool dans l'urine et les diverses sérosités chez les sujets atteints d'alcoolisme aigu (Gubler).
CICUTirVE, CONICIIVE, CONINE, Cicutina seu Cicutimnn. Angl. : Cicutina or Conia. — Ail. : Cicutin.
Sans la présence d'une molécule d'azote, la Cicutine (C'«H*^Az) serait un hydrogène carboné. Aussi se présente-l-elle sous forme d'un liquide alcalin
CICUTINE, CONlCINli, CÛNINE. 701
huileux, jaunâtre ou presque incolore (cicutine allemande), volatil, miscible avec l'alcool absolu, la benzine, le chloroforme et l'éther, et capable de dissoudre le soufre et le phosphore (Van Aukum). Les sels de Cicutine sont crlstallisables et déliquescents, non volatils, solubles dans l'alcool.
Cet alcaloïde, découvert par Geiger en 1831, s'extrait des semences de la Grande Ciguë {Conium maculalwn) et de quelques autres Ombellifères de la tribu de Cicutariées ; il présente quelques singularités relativement à sa manière de se comporter vis-à-vis des dissolvants ordinaires. Non seulement il est plus soluble dans l'eau à froid qu'à chaud, mais, une fois dissous dans quatre parties d'alcool, il supporte sans se précipiter l'addition de l'eau.
L'alcaloïde de la grande ciguë n'est pas un corps chimique toujours identique avec lui-même; on peut dire au contraire que les sortes commerciales sont aussi variées que les lieux de production et les procédés d'extraction. Que la Conicine soit, comme le veut Wertheim, de l'ammoniaque AzH3 dans laquelle 2 molécules d'hydrogène seraient remplacées par un radical diatomique, le Conilène C'^His, cela n'intéresse que la chimie ; mais ce qui nous importe davantage c'est la découverte de Von Planta et Kékulé : que la Conicine est un mélange de deux bases ternaires, la Couine CSfl'^Az et la Méthylconine mi^^ kz. Nous comprenons, en effet! que ce mélange ayant lieu en proportions diverses, les symptômes doivent varier de même, à la suite de l'intoxication par le principe actif de la ciguë. Ainsi s'expliquera tout à l'heure la diversité des résultats obtenus par les différents observateurs qui se sont occupés de la question. La présence de Tammoniaque, signalée dans certaines Conicines du commerce par Crum Brown et Th. Fraser, augmenterait encore la complexité des ehets physiologiques. On peut cependant obtenir une Cicutine parfaitement pure en régénérant cet alcaloïde de ses sels : bromhydrate (Mourrut) ou chlorhydrate. '
Action physiologique. - La Cicutine possède une odeur vireuse, forte et pénétrante, intermédiaire entre celle du tabac et de la souris, un goût âcre analogue à celui du tabac. ^
La Cicutine est douée d'une action topique violemment irritante constatée par tous les expérimentateurs et sur laquelle insistent parS^rement J. Harley et Martm-Damourette et Pelvet. Il en résulte de la dou er du spasme et de la fluxion sanguine ou même de l'inflammation, ait qu 'des altérations anatomiques variées. Des doses fortes appliquées sur un cor don nerveux en font pâlir les fibres, dont le contour s'pf^-.p i r dissout et s'échappe (Martin-Damo^rette et Ls a tératiZ
gues se produisent sans doute dans les fibres J 1p« .«h i ne.ve„. eo„ro™,,é™e„t a„x recherches a vut eT t
8'°'-'- ->S-ns seLlem
avers en avoir un
"""ce veis Jd périphérie se dissout bientôt en
CICUTINE, CONICINE, CONINE.
magma homogène. L'épilhélium subit immédiatement la môme transformation chez la grenouille et se résout en une matière amorphe, visqueuse. Les animaux inférieurs (paramécies, vorticelles, etc.), après une période d'excitation suivie de stupeur, subissent les altérations des éléments histologiques et laissent exsuder des gouttelettes huileuses dans une solution de Conicine au 150°.
Autour des plaies d'inoculation la Conicine provoque le gonflement des capillaires, le ralentissement et la stase du sang, puis la dissolution des hématies dont la liqueur brune-noirâtre colore d'une teinte ecchymotique le pourtour de la piqûre. Tous ces faits ont été révélés par Martin-Damourette Gt PgIvgI.
Quand la dose d'alcaloïde est légère, l'impression irritative produite d'abord ne larde pas à être remplacée par des phénomènes de colliquation musculaire et de stupéfaction locale.
Ingérée dans l'estomac, laCicutine y cause de la chaleur et des nausées, occasionne du malaise et de légers vertiges par action sympathique. A cela se bornent les effets topiques et réflexes. Quant aux symptômes généraux, leur étude clinique présente encore un grand nombre de lacunes que 1 observation des animaux est impuissante à combler.
L'action diffusée des doses faibles est obscure, fugace, et l'analyse déUcate des phénomènes du cicutisme léger n'a pas encore été faite avec tout le soin désirable sans compter que les produits étudiés n'ont pas toujours
été bien purs. , Les premiers indices du cicutisme perceptible chez nos malades, et dont l'étude a été bien faite par John Harley sur lui-même et sur quelques autres personnes, consistent dans une sensation de langueur, d amollissement, survenant une demi-heure ou trois quarts d'heure après I mgestion de la dose efficace et se transformant en alourdissement avec affaiblissemen considérable du pouvoir musculaire. On éprouve d'abord de 1 él^'S^ement pour tout exercice, puis de la difficulté à s'y livrer môme en faisant effort, enfin l'impossibilité de le faire. Après avoir été incertaine, la marche devient vacillante, les genoux fléchissent, les jambes semblent se dérot^er sous le poids du corps. En môme temps on ressent de la lourdeur dans te yeux, du trouble dans la vision qui est comme voilée et nuageuse surtout appliquée aux objets petits et rapprochés. Chaque mouvement des yeux pour s'attacher sur un objet nouveau augmente momentanément ce Iroume et devient l'occasion d'un étourdissement. Bientôt les pupilles se dilatent largement, les paupières tombent et les yeux se ferment malgré la vo onte du sujet. Et néanmoins, tandis que le reste du corps semble dispose au sommeil, l'esprit veille, travaille, conserve son calme et sa lucidité, ijprend toute son alacrité et toute son intensité d'action dès que 1^ torpeur motrice s'est dissipée, ce qui arrive une heure environ '-^P^^/^^./f^^^^^^^^^ l'action médicamenteuse. On observe '^^^ commencement de apparitmn dessymptômes une accélération du pouls qui est instantanée etque J. Har ey met justement sur le comptede l'émotion. A cette première période aucune
CICUTINE, CONICINE, CONINE. 703
altération de la sensibilité n'a été notée, ni par le savant physiologiste anglais, ni par d'autres observateurs ; j'ai pourtant lieu de croire que le tact est légèrement modifié dans le sens de l'analgésie.
Dans une deuxième phase, à laquelle les cliniciens pourraient à la rigueur assister s'ils administraient des doses fortes d'alcaloïde, il existe du vertige, de l'anxiété précordiale, des palpitations sans accélération du pouls, des mouvements respiratoires plus fréquents, de la pâleur périphérique, avec léger accroissement de tension vaculaire, et des pupilles contractées. La sensibilité paraît exaltée parce que les mouvements réflexes se produisent avec plus de vivacité qu'à l'état normal, mais il est probable qu'elle est diminuée. Les forces musculaires, auparavant languissantes, sont maintenant en résolution, et le sujet demeure dans une attitude abandonnée. Enfin la diurèse aqueuse est accrue et les mictions sont plus fréquentes.
A une période plus avancée de l'intoxication, ou bien d'emblée quand la dose du poison est excessive, il survient une véritable ataxie des fonctions médullaires : accroissement ejcagéré des actes réflexes, tremblement, brusques retraits des membres, contractions cloniques et toniques. Boutron- Charlard et 0. Henry ont observé d'horribles convulsions accompagnées de cris déchirants.
C'est là une phase de transition qui conduit à la période de collapsus caractérisée par une prostration croissante, avec troubles visuels, dilatation pupillaire, embarras de la langue, résolution des forces et plus tard parésie, puis paralysie véritable, débutant par les muscles volontaires et finissant par atteindre les fibres de la vie organique. La sensibilité elle-même diminue progressivement. Les animaux tombent ainsi dans une impotence motrice accompagnée de torpeur ; mais, ni chez eux ni chez l'homme, on n'observe pour ainsi dire aucun trouble cérébral ou psychique, et le délire paraît aussi étranger à la symptomatologie de la cicutine qu'à celle de la Nicotine. En revanche, le syndrôrae du cicutisme grave se complique de tous les accidents consécutifs à la suppression de l'innervation motrice dans les appareils circulatoire et respiratoire. La respiration se ralentit et s'embarrasse, les contractions cardiaques se précipitent à mesure qu'elles s'affaibHssent ; le pouls devient petit et presque -imperceptible, le visage d une pâleur cadavérique; les pupilles sont énormément dilatées Puis les vaisseaux perdent leur tonicité, les capillaires se laissent distendre par un sang mal oxygéné. Enfin la cyanose se prononce, l'animal se refroidit, tombe dans la stupeur comateuse, l'algidité, et meurt au milieu des symptômes de l'asphyxie ultime. Quand l'animal doit guérir, il repasse par ces trois périodes, mais en sens inverse, et se rétabUt rapidement
Cet ensemble phénoménal est sujet à varier selon l'espèce animale ou les dispositions individuelles, selon les doses et la constitution chimique de 1 alcaloïde. Ainsi un homme bien portant, vigoureux, richement innervé, résistera bien plus qu un sujet affaibli par les maladies, par les plaisirs de 1 amour ou toute autre circonstance. On prétend aussi que l'activité mus-
CICUTINE, CONICINE, CONINE.
culaire s'oppose aux effets toxiques de la Conicine, et qu'un enfant turbulent a plus de chances d'y échapper qu'un homme sédentaire et inactif. D'un autre côté, des doses quotidiennes considérables mais fractionnées sont relativement bien tolérées et ne produisent que les phénomènes de la première période, tandis qu'une quantité massive prise d'un coup détermine instantanément des symptômes de la plus haute gravité et même la mort subite.
Christison a pu tuer en quelques minutes, voire même en quelques secondes, des animaux (lapin, chat, chien) auxquels il instillait entre les paupières ou dans la gorge plusieurs gouttes de Conicine. Reste à savoir s'il employait un produit parfaitement pur ?
Mais les circonstances énumérées plus haut ne modifient guère que la marche ou l'inlensilé des accidents; tandis que la qualité de l'alcaloïde change en même temps l'aspect du cicutisme en accentuant certains traits et voilant ou effaçant les autres. Tantôt 6n voit prédominer les phénomènes convulsifs, ou d'ataxie spinale, sur les phénomènes paralytiques ; d'autres fois au contraire, et l'exemple de Socrate en est la preuve, la vie s'éteint sans lutte apparente, et le coUapsus musculaire survient ainsi que la stupeur sans avoir été précédé de ces grands désordres de la motricité. Ce dernier cas se présente avec la Conicine de Christison, le premier se produit avec la Conicine de Morson, dans laquelle, selon C. Brown et Fraser, l'analyse chimique démontre une forte proportion de Méthyl-comne. Or, les deux savants anglais remarquent justement que l'action de la Méthyl-conine se rapproche de la Conine de Morson en ce qu'elle se porte davantage sur la moelle épinière et moins sur les nerfs moteurs, et je pense avec eux que la prépondérance de cet alcaloïde dérivé détermine, en partie du nioms, les différences pharmacodynamiques qui séparent la Cicutme de Christison d'avec celle de Morson. Mais ces différences reconnaissent encore bien d'autres causes, puisque la Conicine de Morson ne se comporte pas exclusivement à la manière d'un mélange de Conine et Méthyl-comne En effet, cette dernière Conicine ne possède qu'une activité lethale bien inférieure à celle de la Méthyl-conine, laquelle est sensiblement égale à celle de la Conicine de Christison, et cette inégalité n'existerait pas si 1 action de la Conicine représentait simplement une résultante de deux forces sensiblement égales entre elles et agissant dans le même sens. L objection se nrésente également quand on considère la diversité d'allure des effets physiologiques dans la Conicine de Morson et la Méthyl-conine (Cr. Brown et Fraser) celle-ci produisant à dose faible la paralysie nerveuse et à dose forte la paralysie spinale, ce qui est l'inverse de l'autre. Il faut donc de toute nécessité admettre dans la Conicine de Morson une modirication moléculaire de la Conine ou encore un principe particulier qui pourrait bien, dans l'opinion de C. Brown et Fraser, n'être autre chose que de lammo-
"'D-autres Conicines lu-étendues pures renferment encore une substance résinoïde (Mourrut) dont les propriétés se rapprochent de celles du curare
CICUTINE, CONICINE, CONINE. 705
(Vulpian). D'où la nécessité de n'employer pour les expériences physiologiques et les prescriptions thérapeutiques que les sels de Cicutine.
La Cicutine a été retrouvée dans le sang. On dit (F. Prévost) qu'elle s'élimine par les urines en déterminant dans l'es reins un certain degré d'irritation sécrétoire, mais je pense qu'elle est entraînée par les voies respiratoires et à travers la peau, d'où s'échappent principalement les substances volatiles.
En effet, malgré les recherches les plus méthodiques et les plus minutieuses, J. Harley n'est point parvenu à démontrer la présence de la Conine dans le produit de la sécrétion rénale, ce qui le porte à croire que l'alcaloïde se détruit dans l'économie avant d'arriver aux émonctoires La facilité avec laquelle se transforme le principe actif des ciguës rend cette opinion plausible. D'ailleurs j'ai fait connaître des faits analogues à l'occasion de la buxine et de l'aconitine, qui, possédant les caractères chimiques des alcaloïdes types, se comportent pourtant dans l'organisme à la manière des glucosides.
Les lésions anatomiques trouvées sur le cadavre sont peu caractéristiques d après Tardieu et les médecins légistes, à l'exception peut-être de celles du sang qui est noirâtre et liquide, dans les vaisseaux aussi bien que dans le ventricule distendu. Des hypérémies passives, des taches ecchymotiques, parfois d aspect gangréneux sur la muqueuse stomacale : voilà à peu près out ce qu'on remarque dans les viscères chez les sujets qui ont succombé a 1 empoisonnement par le principe actif de la ciguë.
Essayons d'édifier sur cettejanatomie pathologique succincte et sur la sé- ^e îa Conic'ine. ''^'^"^''"'^^^ P^^^^^^' théorie pharmacodynamique
Les opinions sont nombreuses et disparates. Le D' Gasaubon, considé^ rant la Cicutine comme un poison des hématies, fait dériverions les troufa es organiques des altérations des globules qui accompagnent l'état noiâtre et déliquescent du sang. Cette vue se trouverait en quelque sorte
COnfirméft nar PS <^Kc,nn.,„i; .-«^z quelque SOriB
rréTtduTJdr'^^^^"^^"^ Marti:^amou3:t su 1 étatduûuidesanguin au voisinage des plaies d'inoculation de l'alcalo dP J ai moi-même assigné ce rôle à l'acide cyanhydrique N^nmoin^^^^^^^ reconnaîtra qu'il est difficile défaire pivoter auLr de r^t iT . corpuscules sanguins, tout le cortège des ;mniZ. . prédominent les phénomènes nerveufet rarmiïrf ^'^^f °ù malosesont les dernières à oar-iî ^ p!*/ ! ^« ^'^é"
idées actuellement r gl es et au ' T." '"""^^'•^^'^^^ -^^ne aux à toutes les époques de la science ' ' ^'^'^
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tantôt un stupéfiant soit d^ sen ibil té'sd/n '''''''
dernier rapnortl'éclerli^mor, ' mouvement. Sous ce
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o....„.u«, P-'e à la fois ,„„ i„.
CICUTINE, CONICINE, CONINE.
fluence sur le sentiment et sur le mouvement, mais sur celui-ci plus que snrl' iuLre En outre, malgré les apparences, son action est au fond touours stupéfiante; car l'excitabilité de Vanimal. au début du cicutisme foxique, ne prouve pas autre cHose que la facilité de mettre en jeu les conLctions autonomes et les actes réQexes, et celte irritabilité spmale. loin d'être la preuve d'un accroissement de puissance motrice comme dans le slrycbnisme, signifie tout au contraire, selon moi, que le centre spinal a perdu de sa faculté cohibitive et se décharge sous le momdre prétexte. Dans mon opinion, les convulsions parfois observées ressemblent à celles qui dépendent de l'épuisement sanguin.
D'ailleurs l'action narcotique de la Gonicine, admise par SchroU, butimann, etc., est directement démontrée par ses effets anodyns bien connus des anciens Ihérapeutistes, ainsi que des peuples du nord de 1 Europe, et constatée dans les belles expériences de Marlin-Damourette et Pelvet.
Ceux-là mêmes qui refusent à la Gonicine toute ^^^û^f.^^^f de sentiment reconnaissent que cet alcaloïde est parfois l'un des meil eurs sédatifs de la douleur. Cette efficacité est surtout ^«"^^^"f ^^^^^^^ des souffrances de la cinquième paire, et J. Harley proclame la Conin^ un remède souverain contre la dentition douloureuse enfants seulem n^ il pense que le résultat thérapeutique doit être mis sur le compte de la t calmante exercée sur l'appareil nervo-moteur. M-s le cas relal plus lom on John Hunier observa l'anesthésie générale -^^P.^f /^.^^e su interprétation et met hors de doute l'action stupéfiante de la Cicutme
'^oTaltTraction hypocinétique de cet alcaloïde, elle -t d^une évM^^^^^^^ nalnable et se manifeste successivement par la langueur, la paresieet entin [a naralv e^^^ envahissanttour à tour les appareilsdes mouvemen
voirtatrceux de ia vie végétative et jusqu'aux puissances respiratoires
::n ^:::nesau^it exister sur laréalité de ces ^^^-^^^ ne commence que quand il s'agit de déterminer le P^^^^ f^f^^^^^ moteur qui est spécialement et primitivement atteint. Or g^^ le sen ment de Reil partagé par George B. Wood, je P«"^^ q"^, f..^^ ses parties les plus élevées et notamment l^s circonvolut ons, échap^ presse complètement à l'influence du poison des Cjcutanées Peu ê re celte influence s'exerce-t- elle sur certains éléments de 1 isthme et des pédon eu es cérébraux qui sont des expansions de la moelle, ou es ^^^^^^^^^^^^ encéphaliques qui en sont des annexes, et spécialement sur les coips nés omme le'veut Harley; mais j'admets -ec Ghristison, — ^^^^ moelle épinière est plus frappée par la Gonicme que toute autre d>v
éteindre la force excito- motrice ou peut-être poui en iaciiuer y non pour en accroître l'intensité ou la quantité.
CICUTINE, CONICINE, CONÎNÈ. 1o*i
La paralysie spinale est rigoureusement démontrée par l'expérience suivante de C.Brown et Fraser. Aucun mouvement réflexe ne peut plus être obtenu dans une patte de grenouille soustraite à l'empoisonnement par la ligature de l'artère, bien que la fibre musculaire reste irritable et que le nerf sciatique galvanisé détermine des contractions dans le membre préservé. Mais on n'a jamais vu la moelle épinière épuisée avant que la neurilité ne fût complètement perdue dans les nerfs moteurs ; tout au contraire les nerfs exodiques ont déjà cessé de conduire le courant excitateur des mouvements lorsque le centre spinal conserve encore une partie de sa force et que la sensibilité subsiste à un certain degré. C'est ce qui ressort principalement de l'ensemble des expériences de G. Brown et Fraser comme de celles de Martin-Damourette et Pelvet. Aussi la plupart des auteurs font-ils du phénomène le plus apparent du cicutisme toxique une paralysie d'origine périphérique (J. Prévost), sauf à fixer en des points différents le siège de la lésion. On s'accorde cependant pour éliminer les gros cordons et restreindre l'altération soit aux filets terminaux (Martin-Damourette et Pelvet), soit même aux plaques terminales des nerfs moteurs (Lemattre) ou bien au médium unissant de ces plaques avec les fibres contractiles (Vulpian). Il ressort de cette concordance non pas que les troncs nerveux sont mdemnes de toute affection, mais simplement qu'ils résistent davantage comme fait habituellement la moelle elle-même.
Au résumé, la Gonicine estessentiellement un médicament hypocinétique ou un poison paralysant, dont l'action anesthésique est relativement sans importance et dont l'influence sur le cerveau est insignifiante. LeTeZl des doses thérapeutiques se font sentir sur l'appareil des mouvemen olontaires et plus particulièrement sur les muscles intrinsèques e extrin
s'.:ilL ïe^^rdire" '''^''t °" ^'i-POssibilité l l'adaptatn
visuelle, c est-à-dire une presbyopie temporaire. Les effets des doses toxiques sont en partie l'exagération des phénomènes précédent seuleme" la paralysie est souvent précédée d'ataxie, la résolution fait «1!^^ convulsions kypost^éniçue^ (Gubler), répuis;ment e 1 con ' d un'
excès d action. En outre la paralysie s'étend des muscles de a vt de " ehUon à ceux de la vie organique et compromet les fonctions les nll Th 1 sa es à l'existence savoir, la respiration et la circul ti e' œur reTant i uliimwn moriens (J . Préyosl) d'ofj l'nnnv/rv,;^ , ^i^ur restant
insisté dans mes Commenteras (1868 t onT ; ZIT ^"'^ P"""""' développées dans les travaux Lséilu^^^^^^^
physiologique du cicutisme aigu. " ^^"'^ mécanisme
On pourrait admettre un ac«fîsmeeons^/7;y/;r,>,««/,^n^^ •+ nique de doses quotidiennes capablercla IrH^^^ siologiques plus ou moins visibles
Il serait caractérisé par des nariiiroj^o ^ timent. secondement par ra'aph™ 1 ^^1'?"™' obtenue sur eux-mêmes'par ie, prS Ivi^fn " r ■ en tr„..me Ueu par des madi„e\l=: tS^; Vur^SL^^nT^^ L'
C1CUII^E, CONICINB, CONINE.
fois par raccroissemeiU <ie Vembonpoinl et parla .faorption des plasmas
"^^rnii^lerrapporte le cas d'un homme soumis pour des ulcères aulrai- , 1^, uaf la ciKul^ à la dose croissante de 1 it 2 onces et demie d'extra.t ir oir' âui pXnta de l'amblyopie, de l'aphonie, du relâchement des TsSs un! paralysie temporaire des extrémités inférieures une ou deu7rôi s a »erte <iu sitimml. etqui, plongé tous les soirs dans 'mtOMCaîrdcut que, n'en vit pas moins sa santé s'améliorer en même temps que ^Xait JaQiction locale. Avecles doses moindres mais pro^^^^^^^
moins des effets physiologiques et commuées pendant deux à six mois Zleya constaté inïariablementl'accroissement delanutritj^jn, ainsi dit. ,
que de la vigueur du corps, ce qu'il attribue avec vraisemblance à a ce satin de l'iiTitation centrale qui s'opposait à l'accomplissement régaliei
'"l^rnàmoutlteetPelvet trouvent dans les modifications du sang ensendréesTa" la Cicutine les conditions d'une action alléranle proprement « faisant sentir son in«uence sur la nutrition et a fcrmation. NOUS discuterons cette manière de voir à propos de 1 emploi de la ciguë dans les hétéroplasies. , , .. , , h.ii-rt„„p de
SUBSTANCES SYNERGIQUES, A.mumES. - Lss f f'-^f f''f°Xu8
l'aconit du tabac, de la lobélie, et surtout de la phellandr e, de la cigue vireuse et de la plupart des autres cicutariées, sont synergiques de celui deTa gr de c igu'è. Commela Cicutine, ces substances dim.nuen ou abo utsen? l'irritabilité musculaire, la conduction des nerfs moteurs et la force
trpTndra-taToidë: de l'opium, les hypnotiques, les na.cotU,ues et les rpéfiaul les anesthésiques enfin sont des a^iu-— ^vt 'é!é! de l'alcaloïde de la cigu6. La Conicme n est P'y^/ ^^^'X^ ^^^rt rine, mais elle ressemble surtout à la /.'^ lé^phériques des
Cahours)par son action paralysante sur les «'^'^^'f ! /^'^j^e „erveux nerfs moteurs, à l'exclusion des parties plus centrale» du sj stème
et des muscles eux-mêmes. i.„„.iû ra,-idp nrussiaue.
Comme poison du sang on a essayé de la .approche d 1 a de pi uss.q bien que le mode d'action de ce dernier me paraisse fort dilférenl. rapport, la Cicutine me paraît plus voisine del'ammoniaque.
Considérée à l'état de pureté, la Conine aurait PO»""al„g le a mé*5 conine, dont nous avons indiqué les propriétés eon™'^°-P;™ f pour s mblables la diméthyl-conine, qui produit , .
sans phénomènes spasmodiques, et l'élhyl-conme ams, quel » ''j^J conium, dont les actions sont ii la fois moins énergiques et plus passagères
'VtS^:J:^TXa.u„e croc, ferait exception parmi ceux des '^■s„„S;»CES Ltaocmstes, i»compati„..s. - AK-rinoiES, co.^Tl«-PO,so^s. -
CICUTINE, CONICINE, CONINE. 709
Les antagonistes directs, mais partiels, de la Cicutine sont l'œnanthe safranée, la picrotoxine et les poisons convulsivants des strycbnos, qui ne peuvent cependant en être considérés comme les antidotes dynamiques. L'alcool, le café et les stimulants diffusibles, aidés par les rubéfiants et les autres moyens d'excitation extérieure, rendraient plus de services dans un cas d'empoisonnement par la ciguë.
Les contre-poisons chimiques sont les astringents tanniques et l'iodure iodiiré de potassium, peut-fttre le chlore et le brome, en qualité de corps avides d'hydrogène. Recommandés aussi comme tels à une certaine époque, les acides ne peuvent que favoriser l'action de l'alcaloïde.
Usages. — En partant des données de la physiologie, nous trouvons à la Cicutine un assez grand nombre d'applications rationnelles par lesquelles nous allons commencer.
Son action hypociné tique, qui est la dominante, rend l'intervention de cet alcaloïde particulièrement opportune dans les affections spasmodiques et convulsives : ainsi, dans la contracture idiopathique, dite des nourrices, mais qu'on observe également chez les rhumatisants, dans le décours de la fièvre typhoïde et dans beaucoup d'autres états diathésiques; ou bien dans les contractures symptomatiques de lésions des cordons ou des centres nerveux et spécialement dans celles de caractère réflexe et d'origine périphérique qu'on voit survenir à l'occasion des inflammations ulcéreuses et autres occupant la peau, les muqueuses ou bien des tissus plus profondément situés. A cette dernière catégorie appartiennent le trismus provoqué par les ulcérations de la bouche, au voisinage delà dernière molaire, et la tension douloureuse de l'œil, l'un des éléments de la photophobie qui accompagne la kératite et les inflammations de l'appareil iridien. Harley raconte un cas de kératite interstitielle avec photophobie intense, où la ciguë fit merveille. Je la crois utile topiquement contre le myosis et la contraction de l'orbiculaire palpébral, dans les ophtalmies chroniques et autres, indépendamment de toute action supposée altérante. C'est encore en mettant les muscles périarticulaires dans le relâchement qu'elle aide, selon moi, à la curation des arthrites subaigues et choniques, et par extension je pense qu'elle ne serait pas sans avantages dans le rhumatisme articulaire aigu.
Elle a réussi également contrôle tétanos spontané et traumatique (OEsterlen, Fergusson, Stewart, Corry) ; à plus forte raison fait-elle céder les accidents tétaniformes engendrés par les poisons convulsivants : strychnine, brucine, picrotoxine, etc.; cependant si le strychnisme est très violent, les doses de Gonicine nécessaires pour calmer les contractions tétaniques sont si fortes qu'elles deviennent à leur tour dangereuses. Alors, les deux actions toxiques s'ajoutent, et Pereira a vu la mort s'accélérer par l'addition des effets de la Conine à ceux de la strychnine. Nous avions donc raison de mettre en doute la valeur antidotique réciproque de ces deux substances partiellement antagonistes.
On a traité par la Ciguë, avec plus ou moins de succès, la dysphagie spasmodique (Hufeland), les spasmes hystériques, la nymphomanie, le saty-
CICUTINE, CONICINE, CONINE.
riasis (Arétée) et le priapisme. Martin-Damourette et Pelvet la conseillent con re les pertes séminales et les spasmes locaux liés aux mflammations H« l'urèthie et de la vessie. Je l'ai employée avec avantage, associée au bromure de potassium, contre la spermatorrhée convulsive et les contrac. tiirps de l'appareil uro-génital.
Dans la dysenterie la Gonicine peut aussi combattre l'élément spasmodiaue de môme que dans les affections de l'appareil respiratoire sur lesnuelles nous reviendrons. Mais les convulsions cloniques obéissent encore à l'influence de cet alcaloïde qu'on a vu réussir contre l'hystérie, la chorée et môme (Sauvages) contre l'épilepsie. Pour ma part je recommande la combinaison de l'action hypocinétique de la Cicutine avec celle du bromure alcalin lorsque les accès de la maladie comitiale sont très violents et très répétés. John Harley à son tour, confirmant les observations de ses devanciers, se loue des effets de la ciguë non seulement dans les accidents tétaniformes, mais aussi dans le cas de crampes nocturnes, de convulsions infantiles, de laryngite striduleuse, et, dans les formes spasmodiques des affections des voies respiratoires, dans le délire-tremblant, la paralysie agi-
tanle, la chorée et l'épilepsie. „j- ^ ,
La coqueluche a été calmée par la cigu6 {Schlesinger, Butter, Odier) e
par la cLtine (Spengler) ou son bromhydrate («''yt'"'-, «nfaSx effë être attribué spécialement à l'actiou hypocinétique et peut-être aux effets esthésiques'de la Conicine. A ce double titre ^-^"^'^.ZJ'^Z vraisemblablement spéciale sur le nert pneumogastrique (Vulp an) et de r^coZe la Cicutine est efficace non seulement dans la toux quinteuse et Tes accès d'asthme pulmonaire, mais encore dans les diverses affections on e mêlent le spasme et la douleur : dans beaucoup de névralgies, dans le ic douToure^x, où il serait bon de l'associer à l'aconitine et même, ainsi - que nots l'avons dit tout à l'heure, dans un certain nombre de phlegma-
sies : arthrites, pleurésie pariétale, -''"/'/■^^''''«"^''«"^.tentir isolé- L'effet stupéfiant, ano,lyn de l'alcaloïde de la cigue se » "''y;»^* ment, d»ns les cas d'applications topiques sur la P"» " ""f^' plaies et des ulcères ou bien sur des muqueuses,
la substance active fût suffisamment diluée pour être dépouillée de toute
'Ta Cicutine peut devenir nn agent de la médication ''^r 'f^l^î IZi nant un calme profond dans tout le système moteur, mais e n est pomt nn' somnifère direct à la manière de l'opium. De plus, ' ™
danslafolie Etilneviendraàl'idée d'aucun praticien de rechercher ses ellets d u rt q s ou ténicides (à l'exemple de Maulucci); de ^f^'^^'^ dermatoses épiphytaires ou contre la gale en ™ S,
^ide,- de le prescrire comme antiseptique au début de la lièiie puerpera e autenrie h) ou bien pour calmer les palpitations cardiaques P»™!», Bet- Ifni) comme antipyrétique enfin (Wertheim)dans le typhus et la fièvre in-
''rùrd^ons maintenant nous arrêter un instant sur l'emploi de la
CICUTINE, CONICINE, CONINE. 711 Cicutine contre le cancer et les formations hétéromorphes, et tenier de porter sur cette importante question les lumières de la science actuelle.
Empiriquement, la cigut5 n'a guère été préconisée que comme spécifique du cancer ou bien de la scrofule et de la tuberculose : sous forme de topique, par Hippocrate, Avicenne, A. Paré, Ettmuller, Lémery., etc. ; à l'intérieur, par Renéaulme, puis par Storck et un grand nombre de praticiens plus modernes. Tout en acceptant les effets résolutifs et fondants des préparations cicutées, je demande la permission d'élever des doutes sur la justesse des vues qui ont dirigé les médecins dans l'interprétation des faits. En applications locales, la ciguë a été vantée dès les temps antiques contre les engorgements chroniques, contre les ulcères et les tumeurs de diverses natures. Les cas où elle semble avoir réussi sont innombrables et d'une infinie variété : affections de l'utérus (Hippocrate, Storck, CuUen, Blatin et Nivet, Devay, etc.); engorgement du testicule et de l'épididyme (Avicenne, Tournefort, Dehaen, S. Cooper, Pinilla) ; engorgement laiteux des mamelles (Sennert, d'Outrepont), de la prostate (Sœmmering) ; rhumatismes et arthrites chroniques (Storck, Quarin, Sarcone, Tournefort, Hufeland, Laboulbène, etc.) ; lésions scrofuleuses de la peau et des tissus superficiels, des gangUons lymphatiques, du système osseux (Storck, "Van Swieten, Quarin, Haller, Tissot, Alibert et un grand nombre d'autres praticiens) ; affections syphihtiques rebelles (Storck, Haller, Yiventi, Hunier, Souville, Larrieu, Biett, Cazenave, Murawieff, etc.); ulcères de mauvaise nature, cacoèthes (Pline, Locher, Bergius, Samuel Cooper, etc.) ; cancers, tumeurs squirrheuses et obstructions des viscères (Pline, Avicenne, Ambroise Paré, Renéaulme, Storck et une foule de médecins jusqu'à nos jours).
A la médication topique pourrait encore se rapporter l'emploi des fumigations de ciguë dans les maladies chroniques des voies respiratoires et la phtisie pulmonaire (Alibert).
L'usage interne de la ciguë et de son principe actif a été plus récemment introduit dans la thérapeutique. 11 date de Renéaulme, précurseur de Storck dans le traitement du cancer, et s'est étendu à la cure des autres affections diathésiques, la scrofule et la tuberculose (Storck, Scudamore, Biett, Macbride, Collin, Marteau de Granvilliers, Hufeland, Baudelocque. Trousseau etPidoux, Bazin, les auteurs cités plus haut, etc.).
Ainsi les témoignages abondent en faveur de l'efficacité de la Cicutine contre une foule de maladies rebelles aux médications ordinaires. En présence de ce concert presque unanime, dans lequel se. font remarquer les plus grands noms de la médecine, il m'est impossible de mettre en doute l'ensemble des résultats favorables portés à l'actif de l'alcaloïde; mais je pense qu'une large part doit être faite aux erreurs de diagnostic, aux coïncidences et aux succès apparents.
Beaucoup d'engorgements bénins ont été pris pour des tumeurs de mauvaise nature; beaucoup de réductions de volume, dans les véritables cancers, dépendaient soit du retrait vasculaire, soit de la résorption des exsudais inorganisés, ou bien encore de l'atrophie naturelle du tissu mor-
712 CICUTINE, CONIGINE, CONINE.
bide, sans impliquer en rien un commencement de guérison véritable,
locale et générale. j ,
Pour se rendre compte des bons effets des préparations cicutées dans la plupart des cas, il n'est pas nécessaire d'invoquer une action spécifique, irréductible aux propriétés communes et pour ainsi dire banales des agents thérapeutiques. Par exemple, on expliquera les résultats des topiques : 1° par les effets multiples de toute masse emplastique : la soustraction de la surface au contact de l'air, la rétention dans leurs canaux des produits de sécrétion de la peau, et cette sédationnée à la périphérie, sous un enduit imperméable, laquelle se propage de proche en proche par une sorte de polarisation des éléments histologiques (Gubler); 2° parles propriétés anesthésique ou analgésique et antispasmodique que la Conicine partage avec les autres narcotiques et hypocinétiques; 3° par les phénomènes mécaniques de contention et de compression légère exercées par Vemplâtre sur des tissus vasculaires, engorgés de' sang et d'exsudats. S'agit-il de la Gicutine administrée à l'intérieur, on invoquera souvent à juste titre ses propriétés calmantes pour la douleur et la contracture, deux compagnes habituelles du travail inflammatoire, dans le cours des formations néoplasiques. Cette explication s'adapte particulièrement aux arthrites chroniques dont la résolution s'opère aussi bien par l'immobilité dans un bandage'contentif que sous l'influence d'un cicutisme prolongé; mais elle convient également aux états inflammatoires d'une allure lente qui s observent dans le tissu cellulaire, le système lymphatique ou le système osseux et les viscères eux-mêmes, et qui entraînent à leur suite des engorgements simples ou bien des productions de mauvaise nature; car il est certain que la cessation de l'éréthisme nerveux sensitif et moteur est une condition éminemment favorable à la disparition des phénomènes d'irritation vasculaire et parenchymateuse qui sont l'essence même de la phlegmasie.
L'alcaloïde de la ciguë a-t-il encore un autre rôle plus spécial, smon spécifique? La chose est au moins bien douteuse. Malgré la tentative de Martin-Damouretle et Pelvet, de qui je me sépare à regret en cette circonstance, l'action altérante de la Gonicine ne me paraît pas suffisamment établie. Gar jusqu'à présent la preuve n'a pas été faite d'une de ces modifications intimes de la nutrition, qui assignerait à la Gicutine une place parmi les altérants, agents que je propose d'appeler mélatrophiques ou métamorphiques, parce que leur travail silencieux ne se révèle à la longue que par des changements dans la nutrition ou la formation organique.
Modes d'administration et doses. - Le discrédit qui frappe la ciguë a nour cause principale l'infldélité de ses préparations pharmaceutiques. Aucune ne donne des garanties suffisantes d'activité et de conservation : la teinture de fruits est déclarée inerte parHarley; celle de feuilles ne vaut pas mieux; le suc de plante fraîche est bon, mais «^^^^,^7^ .. s'en procurer; quant aux extraits de feuille, en partie dépouillés d alcaloïde, ils ne possèdent que des vertus assez faibles et en tout cas incer tames. Et, par malheur, les Gonicines du commerce sont si variables dans leur corn-