‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 290 sur 384 · SODIUM CRISTALLISÉ · texte numérisé non relu

SODIUM CRISTALLISÉ

MORPHINE, Morpkina.

Angl. : Morphia. — AU. : Morphium.

La Morphine (G^iRi^AzOe.aHO ou bien Ci^Hi^AzO^) est le principal alcaloïde de l'opium (voy. ce mot). Elle cristallise en prismes rhomboïdes, d'une saveur araère, d'une réaction franchement alcaline, solubles dans les huiles fixes et volatiles, dans l'alcool (1 partie dans 40 parties d'alcool froid, et dans 30 parties d'alcool bouillant), insolubles dans l'éther, presque insolubles dans l'eau froide et même dans l'eau bouillante (1 p. 500). Cette base se combine avec les acides sulfurique, broinhydrique, chlorhydrique et acétique, pour former des sels parfaitement définis et généralement plus solubles qu'elle-même dans les circonstances ordinaires. Elle est lévogyre.

Action physiologique. - Les effets de la Morphine ne diffèrent pas de ceux de ses combinaisons avec les acides, mais ils ne sont pas identiques avec ceux de l'opium en nature. La diversité d'action des diiïérents principes qui entrent dans la composition du suc de pavot ne permettait guère de croire que leur ensemble pût donner une résultante exactement égale à la valeur de l'un quelconque d'entre eux; effectivement, une observation clinique attentive fait discerner quelques traits distinctifs entre la Morphine et la matière complexe dont elle reproduit pourtant les prmcipaies propriétés. On a même lieu d'être surpris de cette similitude quand on songe à l'antagonisme d'un si grand' nombre de principes immédiats; maislétonnement cesse dès qu'on se rend un compte exact de leurs proportions et de leurs puissances relatives. Les alcaloïdes narcotiques l'emportent de beaucoup, à tous égards, sur les alcaloïdes convulsivants ou réputés toxiques En négligeant la codéine dont il n'y a que 5 décimilligrammes, et la narcéine, qui n'est représentée que par 4 centimiUigrammes seulement, on voit que la Morphine, qui est un agent héroïque, varie de 10 à 22 centigrammes et se montre par conséquent de dix à vingt fois plus massive que la thébaïne, poison convulsivant par excellence dont la proportion varie de 1 à 1 1/2 centigramme, et que la narcotine ou la papavérine dont la quantité est plus minime encore. Dès lors il est évident que la résullante pharmacodynamique doit se rapprocher beaucoup de la direction de la Morphine. Localement la Morphine, ou plutôt une combinaison saline de cet alca-

loïde, appliquée sur une muqueuse ou sur la peau dénudée d'épiderme, agit à la manière d'un irritant. Sur un vésicatoire volant, elle produit de prime abord une sensation de pincement ou de piqûre très pénible, mais qui se calme bientôt pour faire place à un engourdissement de la sensibilité.

Introduite dans l'estomac, la Morphine se dissout dans les acides normaux ou accidentels sans produire sur la muqueuse gastrique, plus indifférente que les autres aux agents extérieurs, les effets irritants notés ci-dessus. Parvenue dans la circulation, elle accélère et amollit le pouls, cause une sensation de plénitude et de distension dans la tête, de la somnolence ou du sommeil, quelquefois auparavant du mal de tête et des troubles de la vision. Ce sommeil artificiel est identique avec le sommeil naturel dans ses conditions anatomiques : repos des cellules cérébrales et hypérémie statique, aussi bien que dans son expression phénoménale : rougeur du visage, injection oculaire, rétrécissement de la pupille, dilatation des vaisseaux capillaires en général, diminution de tension artérielle. La conformité symptomatique est telle que mon disciple et ami le docteur A. Bordier, ayant eu la bonne fortune de pouvoir appliquer le sphygmographe sur un sujet profondément endormi, a obtenu un tracé parfaitement semblable à ceux que lui avaient fournis les malades plongés dans le narcotisme thébaïque. Pendant la veille, la sensibilité est engourdie; la bouche est sèche ou pâteuse; il existe du malaise gastrique, des nausées et même des vomissements, de l'oligurie et plus rarement de la difficulté dans l'émission des urines, de la constipation, de la perte d'appétit et de la faiblesse musculaire. En même temps que les urines sont rares, la sudation est exagérée, mais on n'a guère l'occasion de signaler à la suite de l'action de la Morphine, la démangeaison à la peau, et surtout l'éruption sudorale qui se montrent assez souvent dans le cours de la médication par l'opium à hautes doses. Quand lors d'une injection sous-cut;inée la Morphine a pénétré dans une veine, brusquement les patients éprouvent un violent éblouissement, une coloration rouge de la face, des battements artériels insupportables, des fourmillements dans les membres, de l'accélération du pouls, des sueurs profuses, et quelques-uns tombent dans un collapsus inquiétant. Heureusement ces accidents disparaissent très rapidement sans laisser de traces.

Les doses élevées donnent en outre des bourdonnements d'oreilles, de l'obscurcissement de la vue avec rétrécissement pupillaire, des mouvements convulsifs des membres paraissant s'augmenter par le décubitus horizontal. Et quand la dose est véritablement toxique, le visage devient d'une pâleur cadavéreuse, tandis que les désordres du système nerveux prennent la forme apoplectique, avec faiblesse extrême et résolution des membres, ralentissement des mouvements du cœur, rendus souvent irréguliers et faibles; refroidissement périphérique, pupilles pimctiformes, rarement dilatées, perte du sentiment, coma, respiration stertoreuse etparlois convulsions, peut-être par trouble de l'hématose et défaut d'excrétion de l'acide carbonique, précédant la mort.

g^g MORPHINE.

Chez les animaux les symptômes du morphinisme sont les mêmes, avec celte nuance que les doses nécessaires pour les produire sont de beaucoup plus élevées ; c'est ainsi que les oiseaux supportent bien une quantité de Morphine capable de tuer un homme. D'une façon générale les animaux sont d'autant plus sensibles à la Morphine que leur cerveau est plus développé, et pareil fait se vérifierait pour les races humaines (Buchheim). De plus cet alcaloïde peut déterminer chez la grenouille des convulsions tétaniques.

Ces nombreux symptômes du morphinisme aigu, sur lesquels on trouvera plus de détails encore à l'occasion de l'opium (V. p. 263), peuvent se rattacher à un petit nombre de propriétés pharmacodynamiques et de conditions organiques ; leur diversité résultant de la spécialité fonctionnelle des différents organes ou appareils, et leur multiplicité étant en rapport avec la diffusion de l'impression toxique ainsi qu'avec la série des effets dérivés par voie de réflexion, de sympathie, ou de toute autre manière.

Au fond la Morphine ne possède que deux propriétés, jusqu'ici irréductibles : 1° une action irritante topique, de nature chimique, exigeant l'intervention d'une quantité pondérale assez considérable, mais dont l'importance est minime ; 2° une action stupéfiante ou narcotique, diffusée après absorption et circulation, laquelle est presque tout.

V irritation topique produit des effets variables selon le lieu d'apphcation. A la surface du derme : douleur et fluxion; à la traversée des glandes cutanées : éry thème ou phlogose; au contact des centres nerveux : convulsions

ou délire. , . .

La narcose a des manifestations bien autrement multipliées et diverses. Ce sont non seulement des troubles de sensibilité et de motilité, mais encore des altérations humorales et nutritives. Seulement, tous ces phénomènes ne sont pas produits du même coup ; il faut en distinguer plusieurs générations successives ; et, dans cette maladie artificielle, on doit établir des périodes aussi bien que dans les affections spontanées. D'abord la Morphine atteint et frappe de stupeur les différentes divisions du système nerveux, mais non toutes à la fois, ni avec une égale intensité. Le trisplanchnique subit le premier l'induence de l'alcaloïde du pavot; puis la narcose envahit les centres nerveux encéphaliques: enfin les nerfs de sentiment, ceux de mouvement et la moelle sont afi-ectés à leur tour, bien qu'assez légèrement. L'action pharmacodynamique, modérée aussi du côté du grand sympathique, semble s'épuiser presque tout entière sur les hémisphères cérébraux. Asthénie vaso-motrice, sommeil et torpeur des centres nerveux intra crâniens, anesthésie légère du tactet dessens spéciaux, parésiedu mouvement: tels sont les effets directs de la Morphine.

Ces modifications primordiales du système nerveux amènent à leur suite d'autres phénomènes qui sont les effets indirects de l'alcaloïde. Amsi 1 asthénie du vaso-moteur se traduit par l'éréthisme du réseau capillaire saniiuin don t l'érection de l'iris avec resserrement de la pupille n est qn un cas particulier. Cette fluxion ouhypérémie active s'accompagne naturellement

d'une exaltation calorifique, ainsi que d'un accroissement des actes physiologiques liés à l'bématose, et par conséquent des forces agissantes. Le travail cérébral s'en trouve activé ; le pouvoir musculaire est augmenté ; et comme la dilatation des vaisseaux capillaires entraîne une diminution de tension artérielle, le cœur précipite ses mouvements, la respiration s'accélère, et la diaphorèse s'accuse. Il survient, en un mot, une excitation fébrile qui est la caractéristique du premier degré du morphinisme, et qui a nécessairement pour conséquence une dénutrition plus active.

A une période plus avancée la narcose cérébrale et la stupeur plus ou moins marquée du reste du système nerveux donnent lieu à quelques phénomènes particuliers. Si la somnolence émousse les sensations, l'anesthésie, de son côté, prédispose au sommeil. Elle oblitère en même temps les fonctions digestives, cause de l'inappétence, diminue les sécrétions gastro-intestinales et produit la constipation, que vient encore augmenter la paresse de latunique contractile. L'insensibilité des glandes rénales combinée avec leur congestion sanguine produit encore un autre phénomène morbide d'une importance majeure, c'est la diminution de la sécrétion urinaire et par suite la rétention partielle des déchets organiques que les reins doivent éliminer.

Cette oligurie, ou cette anurie a des conséquences d'autant plus fâcheuses que l'asthénie vaso-motrice et l'excitation connexe déterminent une usure plus rapide et uné dénutrition exagérée : double circonstance favorable à l'accumulation dans le sang d'une quantité excessive de produits de désassimilation, etàl'apparition de symptômes rappelant ceux delacholémie ou de l'urémie et reconnaissant un mécanisme analogue. L'anorexie devient plus complète, la nutrition languit, caria proportion de l'urée baisse dans l'urine, la chaleur du corps est moindre, et le niveau des forces s'abaisse à mesure que la réparation est plus défectueuse. Ces troubles profonds de la nutrition sont particulièrementremarquables dans le morphinism.e chronique, dont je dois dire ici un mot.

C'est aujourd'hui malheureusement une maladie assez communément observée par suite de l'abus véritablement effrayant des injections hypodermiques de Morphine. La morphinomanie, tel est le nom adopté maintenant pour désigner cette passion effrénée pour la Morphine qui tourmente certains sujets, produit à la longue les accidents suivants : insomnie accroissement de l'excitabilité réflexe, sensibilité générale exaltée, névralgies diverses, spasmes musculaires fréquents, dyspnée, palpitations, dysurie, rarement de l'albuminurie; sécheresse de bouche, dilatation pupillaire coloration rouge foncée de la face, hébétude, perte de l'appétit; alternatives de constipation et de diarrhée, amaigrissement considérable ; troubles delà menstruation chez les femmes, impuissance chez l'homme, facibté très grande à faire du pus, aflaiblissement intellectuel, perte du sens moral : déchéance physique et morale en un mot

Et vient-on dans un but curatif, à supprimer l'usage du poison, aussitôt les accidents les plus émouvants se montrent : frissons, dépression excès- GuDLER et Ladbék, 3° édition. jj2

818 MOUPIUNE.

sive, diarrhée, vomissements incessants, alimentation impossible, phénomènes congestifs du côté de la tête, accès de désespoir épouvantables, sensibilité exagérée, insomnie constante, mouvements convulsifs, contractures des membres, vertiges, palpitations, tremblement violent, hallucinations, état syncopal : il semble que les malheureux vont succomber. Heureusement ces phénomènes s'amendent peu à peu et tout rentre dans l'ordre au bout de quelques jours : le sujet est guéri.

En résumé, la Morphine est un poison qui affecte vivement les centres nerveux, le cerveau surtout, puis la moelle elle-même, exaltant leurs fonctions d'abord, pour ensuite les déprimer d'une façon toute caractéristique et aboutir (Witrowski) à la paralysie du centre respiratoire, d'où la mort. Et elle ralentit la nutrition, peut-être en vertu d'une action stupéfiante sur les organes digestifs, s'opposant à la bonne élaboration des aliments et à l'absorption des matières digérées et assimilables. Par quel mécanisme s'exerce l'action déprimante de cet agent sur l'économie? c'est ce que nous ignorons.

Le tableau qui précède s'adapte également bien à l'histoire pharmacodynamique du suc propre du pavot et à celle de son principal alcaloïde. Voici les seules différences à noter. Avec la Morphine la période d'excitation est moins prolongée et moins caractérisée qu'avec l'opium ; les phénomènes hypercinétiques font défaut, et le sommeil, plus prompt à paraître, est aussi plus calme et plus profond. Gela s'explique en partie par l'absence des poisons directement convulsivants,en partie parce que la Morphine semble produire à un moindre degré que l'opium les phénomènes congestifs. En revanche, d'après quelques observateurs, elle déterminerait plus que lui les effets paralysants du côté delà vessie. Elle cause moins d'excitation périphérique et moins de sueur, sans doute parce que la proportion éhmmée par la peau est inférieure à la somme des principes actifs d'une dose équivalente

d'opium. ,

Substances synergiques, auxiliaires. - La Morphine ne reconnaît de véritables synergiques que parmi les autres principes immédiats du pavot, de ce nombre sont spécialement la narcéine et la codéine. Toutefois, le chloral en est très voisin et le bromure de potassium s'en rapproche à quelques égards. Ses auxiliaires sont les stimulants diffusibles, particuhèrement les alcooliques, les principaux antispasmodiques, la chaleur, et, comme stupéfiants de la sensibilité, les alcaloïdes des Solanées et des Renonculacées, les anesthésiques en général et spécialement le chlorofornie.

L'idée d'associer la Morphine et le chloroforme, en vue d'obtenir plus Vite et de prolonger davantage l'anesthésie chirurgicale, appartient à notre illustre physiologiste Cl. Bernard, qui l'a d'abord réalisée sur les

animaux. j i •

Si en eOet, l'on injecte à un animal une dose narcotique de Morphine, sans' aller jusqu'à l'hypnotisme, et qu'on lui fasse ensuite inhaler du chloroforme, ia période d'excitation est supprimée et l'anesthésie, plus rapidement obtenue avec des doses de chloroforme plus faibles qu à 1 ordinaire,

présente une durée beaucoup plus longue (Cl. Bernard). Les mêmes faits se produisent chez l'homme (Niissbaum, Rigaull et Sarazin, Guibert, de Saint- Brieuc, L. Labbéet B. Goujon, Brinon, Bossis, etc.).

L'explication est facile à donner. Sans être un véritable aneslhésique, la Morphine a cependant le pouvoir d'émousser la sensibilité en stupéfiant à la fois les nerfs du sentiment et les centres nerveux auxquels aboutissent les impressions ; par conséquent, la moitié de la besogne est faite quand intervient le chloroforme, ce qui dispense de l'employer à si haute dose et en accélère les effets (Voy. ce mot).

En permettant de réduire beaucoup la masse du chloroforme inhalé, cette méthode mixte diminuerait dans une forte proportion les inconvénients ou les dangers attachés à l'emploi de l'anesthésie chirurgicale.

J'ai souvent mis à profit ce concours synergique, en associant le chloroforme au sirop de Morphine, pour triompher de certaines affections médicales cruellement douloureuses, telles que la colique de plomb et la colique hépatique.

Dans la pratique de l'anesthésie chirurgicale, L. Labbé etE. Goujon laissent un quart d'heure d'intervalle entre l'injection hypodermique de 2 centigrammes de chlorhydrate de Morphine et l'administration du chloroforme. C'est un délai suffisant pour que le narcotisme thébaïque ait commencé à se produire ; mais ces expérimentateurs pensent qu'il serait sans inconvé* nient d'élever la dose et d'attendre vingt minutes.

Une autre association très heureuse est celle de la Morphine et de la quinine dans le traitement des fièvres intermittentes. Levis et Skillern ont vu alors les accès plus sûrement coupés, la guérison plus rapidement obtenue, la qumme agir à dose moitié moindre et sans déterminer de troubles gastriques ou d'ivresse spéciale.

Substances AxNtagonistes incompatibles. — Antidotes et contre-poisons — Les antagonistes de la Morphine sont les acides, les astringents le café a digitale, et les autres toniques du système vaso-moteur, auxquels se rattachent e froid, le sulfate de quinine et le bromure de potassium, les convulsivants (strychnine, etc.).

Le tannin et les astringents tanniques agissent comme contre-poisons chimiques delà Morphine. poisons

nine^•GnhW^ «^If^te de qui-

mne (Gubler), en sont les principaux antidotes dynamiques. Seulement

CZZ:: inoffensivrSe

nt^:^ r;;:::r^^^ - .emploi— i^:

liaue le tét;,nn« rin-.r.. r ' contractures, le tremblement alcoo-

Sum • fl r n V ''^P^^« c« j'ai dit à propos de

aT r^es ^vm^^^^^^^ indiiféremment dans tous les

ces symptômes se présentent, fin eflet, les phénomènes : douleur,

^•20 MOUPllINE.

spasme, insomnie, etc., reconnaissent pour conditions prochaines, tantôt la congestion, l'excitation, Thypersthénie ; tantôt, au contraire, l'anémie, la torpeur, l'hyposthénie.

Or la Morphine et l'opium conviennent spécialement aux accidents de cette dernière sorte. Aussi échouent-ils souvent contre la céphalalgie congestive, les névralgies symptomaliques de névrite, à moins que la dose ingérée ne soit assez forte pour amener le narcotisme profond. Ils réussissent au contraire le plus ordinairement dans la céphalée des sujets épuisés pardes pertes sanguines ou les névralgies des anémiques et dansles cas analogues.

Les indications thérapeutiques de la Morphine lui étant presque toutes communes avec l'opium (Voy. ce mot), ce serait faire double emploi que de les énumérer ici; nous allons seulement faire connaître les applications spéciales de l'alcaloïde.

Ces applications se sont singulièrement multipliées depuis l'introduction de la méthode hypodermique, à laquelle la Morphine se prête admirablement en raison de sa puissance sous une petite masse, de sa solubiUlé lorsqu'elle est unie à un acide, et de son innocuité pour le tissu cellulaire quand elle est diluée.

Les injections sous-cutânées de Morphine offrent les avantages reconnus à cette voie d'introduction des principes actifs : l'effet est obtenu sans perte; l'action s'exerce plus spécialement sur la région affectée, épargnant dans une certaine mesure le reste de l'organisme ; la dose efficace est moins élevée, les voies digestives sont respectées et le consentement du sujet n'est pas indispensable. Aussi les occasions sont-elles fréquentes d'employer la Morphine par ce procédé. E. Vibert a montré dans une remarquable étude (voy. J. de thérapeutique, (1875-76), tout le parti qu'on peut en tirer dans la pratique médicale et quelles ressources inespérées elle fournit souvent dans les cas morbides les plus graves. C'est une arme admirable qui bien maniée permet au médecin d'obtenir les plus étonnants succès thérapeutiques. Vibert indique comme critérium de son efficacité calmante l'atrésie pupillaire avec immobilité de l'iris. On doit pousser les doses jusqu'à cette limite pour être bien assuré que l'injection est réellement efficace.

La Morphine a été injectée comme anest/iéxique local, au voisinage d'une partie sur laquelle on se proposait de pratiquer une petite opération, telle que l'incision d'un trajet fistuleux ou l'âpplication de la pâte de Vienne et la thoracentèse (Vibert). On l'a portée (Mils) dans le tissu cellulaire de l'abdomen pour apaiser de vives douleurs dues à une tumeur fibreuse de l'utérus, qui avaient résisté à la Morphine et à l'opium ingérés dans l'estomac, et la réussite a été complète. De même l'injection de 1 centigramme d'un sel de Morphine, sur la ligne blanche entre l'ombilic elle pubis, suffit pour amener le relâchement de la matrice et faciliter la version fœtale (Braun, Melvin-Rohrer). Elle rend môme l'accouchement normal moins pénible en diminuant la violence des tranchées (Ernoul), et elle a pu conjurer un avortement imminent. En tout cas elle n'atteint pas la rétractilité

Utérine et n'affecte nullement la contractilité des muscles abdominaux (Pinard).

Je pense aussi que les injections de Morphine dans la région épigastrique, ou bien dans un point rapproché de l'utérus, auraient plus facilement raison des vomissements incoercibles de la grossesse que le médicament administré par la bouche, ou sous forme de suppositoire, comme le veut le D' Greenhalg de Saint-Bartholomew's hospital. Le symptôme vomissement peut être encore combattu dans d'autres cas avec avantage, même dans le mal de mer (Velasco, Philippe Vincent, Theresopolis). Il en serait de même dans une foule de circonstances oîi l'affection est localisée dans un lieu accessible aux injections sous-cutanées, interstitielles ou parenchymateuses. Ainsi les névralgies superficielles: sus-orbitaire, sous-occipitale, ou passablement profonde : sciatique, etc., cèdent plus promptement à l'action de voisinage d'une injection hypodermique qu'à l'action diffusée de la substance anodyne.

H. Bourdon s'est assuré qu'en huit ou dix minutes une crise violente de colique de plomb est calmée par l'injection de 3 à 4 centigrammes de Morphine. Le D'' Bouloumié fait disparaître les érections douloureuses de la blennorrhagieet diminue l'intensité delaphlegmasie en injectant 15 gouttes d'une solution de Morphine au ^f^, au niveau de la quatrième vertèbre lombaire, et cette pratique est aussi conseillée par Scarenzio (injection au périnée).

Enfin, dans une petite lésion qui cause de grands ennuis et que les praticiens ontle tort de dédaigner, je veux parler du coup-de-fouet et du tourde-reins, Edw. AUing a obtenu des résultats très satisfaisants à l'aide de l/2centigr. ou 1 centigramme de Morphine en injection sous-cutanée au niveau du point douloureux. En quelques jours la guérison était obtenue. Je préconiserais très volontiers ce moyen de traitement de la rupture ou de ce que j'appelle le diastasis musculaire si je n'en possédais un meilleur : l'électrisation localisée, avec l'appareil d'induction. Dans l'espace des dix dernières années j'ai pu faire recueillir par mes élèves, à l'hôpital Beaujon, un grand nombre d'observations, dont la teneur est à peu près uniforme, démontrant que la douleur cède à une seule ou à deux électrisations de huit à dix minutes de durée.

Demarquay a proposé les injections intrà-musculaires de chlorhydrate de Morphine dans le traitement du tétanos. Après avoir reçu le narcotique, les muscles convulsés ne tardent pas à se relâcher, et la douleur elle-même se dissipe en quelques minutes. Ce résultat est important quand il s'agit du trismus ou de la contracture des puissances dévolues à la respiration, puisque la cessation de la contracture permet dans le premier cas l'alimentation et dans le second le rétablissement de l'hématose. De simples injections hypodermiques ont procuré la guérison dans un cas de tétanos subaigu (Aron). Un succès naturellement plus rapide a été obtenu dans un cas de strychnisme par Pusey. Un enfant tétanisé par une dose d'environ 48 centigrammes de strychnine fut instantanément soulagé par i centi-

gramme de Morphine en injection hypodermique et guérit, après la Iroisième, en moins de deux heures.

Lévy (de Venise) a mis fm à un accès d'asthme par une injection de 1 centigramme de Morphine. C'est, en effet, une ressource précieuse qu'on serait aujourd'hui coupable de négliger en présence d'un accès d'asthme un peu violent. Les résultats de Vibert, Ad. Dumas, G. Oliver, etc., sont à cet égard tout à fait concluants.

Disons-le tout de suite, l'injection hypodermique de Morphine réussit à merveille dans un grand nombre de cas de dyspnée, quelle que soit l'origine de ce trouble respiratoire : maladies des voies bronchio-pulmonaires, du poumon ou du cœur. Contre la dyspnée cardiaque elle a parfois des effets héroïques, comme l'ont vu Vibert, Alex. Renault, Huchard, Gubler. Les mouvements respiratçires perdent de leur fréquence, deviennent plus amples, le soulagement est presque immédiat. La Morphine est en définitive un puissant eupnéique (Gubler, Huchard) toutes les fois que la dyspnée s'accompagne d'anémie cérébrale (Huchard). Elle constitue une grande ressource dans l'asystolie cardiaque, que j'appelle- carc?top%îe, agissant alors comme corroborant, sédatif, sommifère facilitant la réparation des forces nerveuses physiques (Gubler), et aussi contre les accidents des cardiopathies, surtout ceux de l'insuffisance aortique. De même elle soulage la dyspnée des phtisiques et jusqu'aux troubles respiratoires de l'urémie (Cuffer). Elle convient moins (Filehne) dans les cas d'affection du larynx gênant la respiration.

Une encéphalopathie saturnine a guéri (Ed. Labarraque, Laboulbène) à la suite de A centigrammes de chlorhydrate de Morphine injectés en cinq heures. L'éclampsie albuminurique, de la maladie de Bright ou bien d'origine puerpérale, a été traitée de la même manière avec succès par Brown-Séquard, Hecht (de Strasbourg), Henri Henrot, Hermann, Scanzoni, Stoltz, Laveran. Il est clair que dans ces graves circonstances la Morphine n'est qu'un palliatif, mais en supprimant ou atténuant l'accès convulsif qui peut causer la mort, elle donne le temps à l'art d'intervenir ou à la nature de faire les frais de la guérison.

Dans les maladies mentales les injections hypodermiques de Morphine sont appelées à rendre des services importants, à la condition d'en faire un emploi judicieux. Les indications principales doivent se déduire des circonstances suivantes : surexcitation, agitation, violences; complications de convulsions, de névralgie, d'anémie. Les meilleurs résultats seront obtenus dans les formes aiguës, la manie furieuse, le délire aigu, loquace ou agité ; ou bien encore dans certains états chroniques où se rencontre un élément morbide justiciable de la Morphine : ainsi dans les excitations prolongées avec privation de sommeil, dans la manie hypochondriaque ou hystérique excitée par l'exaltation de la sensibilité, l'hyperesthésie médullaire; dans les folies symptomatiques de névralgies, ou entretenues par un état de profonde anémie.

Entre les mains d'Aug. Voisin, de Hergt, Roller, Breward Neal, Diarmid,

" MORPIIIME.

Metzle, etc., les injections de Morphine sont devenues de plus une méthode curative pour certaines formes de la folie. D'après Voisin, qui s'est fait le promoteur de ce mode de traitement en France, la Morphine bien employée en injection hypodermique guérit le plus souvent la lypémanie, fait céder la mélancolie, la stupeur, l'extase, chasse les idées mystiques, calme l'agitation maniaque, l'anxiété mélancolique et les névralgies si fréquentes chez les aliénés. La folie à double forme serait aussi améliorée ou guérie par ce traitement. Mais seule la folie névropathique est justiciable de la Morphine et il faudrait se garder de la prescrire quand l'aliénation est symptomatique d'une lésion des centres, de paralysie générale, d'athérome, et toutes les fois que l'hypérémie cérébrale complique la psychopathie. Le plus ordinairement, suivant Voisin, le médicament est parfaitement toléré par les patients, à des doses qui paraissent excessives : l^^SO en vingt-quatre heures I Les doses moyennes sont de 8 à 10 centigrammes par jour.

Dans le délire simple des pyrexies la Morphine est également souvent très utile ; elle réussit (Edw. Nicholson), mais moins bien suivant nous, dans le delirium tremens et toutes les fois, en somme, que le trouble cérébral se complique d'hypérémie.

Une autre application importante des injections de Morphine est celle qui a été proposée tout d'abord par Doman, d'Essex, je veux parler de leur emploi pour faciliter la réduction des hernies étranglées. Si le procédé n'est pas infaillible, il a certainement l'avantage d'être inoETensif, et bon nombre de praticiens lui doivent d'heureux résultats (Philippe, de Saint- Mandé, Boussenot, Alois Szatyory, Vibert, etc.).

En outre Weir a donné avec succès la Morphine associée à l'aconit dans la fièvre urèthrale. J'ai vu pour mon compte l'injection de Morphine arrêter net cet accident, et je tiens de P. Guyon (communication orale) que cette pratique est des meilleures (E. Labbée).

Enfin ce médicament a encore été administré pour calmer la toux violente et spasmodique, réprimer une hémoptysie, arrêter une diarrhée rebelle (Deblangey, Legagneur), relever les forces dans l'anémie aiguë (Vibert), combattre les hypercrinies, et jusque dans la péritonite pour enrayer les vomissements, calmer la douleur et immobiliser l'intestin. Je reconnais que cette dernière application est rationnelle et souvent heureuse (E. Labbée).

Modes d'administration et doses. — La Morphine s'administre à des doses variables de 5 milligrammes à 1 ou 2 centigrammes et jusqu'à 5 centigrammes et plus, suivant l'accoutumance, dans la journée. On doit prescrire des doses faibles chez tous les sujets prédisposés aux hypérémies viscérales, et particulièrement à celles des centres nerveux : ainsi chez les enfants, les femmes et les vieillards exposés aux congestions cérébrales.

A l'état salin, la Morphine s'aduiinistre, soit par l'estomac, soit par les voies endermique et hypodermique. Les doses introduites par la peau ou le tissu cellulaire sous-cutané doivent être un peu moins fortes que celles

824 NOIR ANIMAL PllLVÉRlSK.

qu'on administre par les voies digeslives, parce que, dans ce dernier cas, une fraction du principe actif s'altère au contact des agents de la digestion ou des matières alimentaires, et se trouve ainsi perdue pour l'action thérapeutique.

Mais la Morphine, en raison de sa faible solubilité, lorsqu'elle n'est pas combinée avec les acides, n'est jamais employée à l'état libre; c'est sous forme de sels qu'on en fait usage (voy. GHLonuYDRATE, Bromuydbate, Sulfate DE Morphine).

C'est alors qu'on l'associe à l'atropine avec le plus grand avantage, surtout pour la pratique des injections hypodermiques; ce sera dans les proportions suivantes : pour 1 centigramme de Morphine, de 2 à o décimilligrammes d'atropine.

NARCÉINE, Narceina.

Angl. : Narceine. — AU. : Narcein.

La Narcéine, C^^H^^AzOï^, est un autre principe de l'opium (voy. p. 267), cristallisé en aiguilles prismatiques, extrêmement peu soluble dans l'eau (1285), peu soluble dans l'alcool (945) à froid, insoluble dans l'éther. Ses sels sont décomposables par l'eau.

Ses propriétés sont à peu près celles de la morphine, avec moins d'intensité sans doute, car elle paraît mieux tolérée par l'organisme humain. Il est bien difficile d'ailleurs de compter sur l'action d'un médicament aussi peu soluble, qui n'agit réellement qu'à dose forte : 20 centigrammes. Si j'ajoute que la Narcéine est d'un prix élevé, on comprendra pourquoi elle figure si rarement dans nos formules, bien qu'elle soit certainement pourvue de vertus hypnotiques, analgésiques (Béhier) et anexosmotiques (Rabuteau). Je ne lui trouverais pour mon compte qu'une seule indication spéciale : ce serait le succédané désigné de la morphine, chez les sujets, enfants ou autres, qui supportent mal cet alcaloïde, si déjà nous n'avions la codéine.

On administre surtout le chlorhydrate de Narcéine, en potion, pilules, ou injection sous-cutanée, à la dose de 5 à 20 centigram mes et plus.

NITRATE ACIDE DE MERCURE. — Voy. AzoTATE mercurique liquipe.

NITRATES. — Voy. Azotates.

NITRE. — Voy. Azotate de potasse.

NITRITE D'AMYLE. — Voy. Éther amylnitreux.

NOIR ANIMAL PULVÉRISÉ. — Voy. Charbon animal ordinaire.

os CALCINÉS.

OR, Aîirvm.

Angl. et ail. : Gold.

Le roi des métaux se trouve à l'état de pureté ou d'alliage dans les roches primitives et dans un grand nombre de dépôts d'alluvion, dont les plus riches sont situés en Australie et en Californie. L'ancien continent est peu favorisé sous ce rapport, et les paillettes que roulent l'Ariège, le Gardon ou le Pactole sont bien mesquines en comparaison des pépites australiennes ou américaines.

Action physiologique et usages. — L'Or métallique, inattaquable par les acides de l'économie aussi bien, peut-être, que par les chlorures alcalins, est nécessairement inerte. Toutefois Chrestien et Niel affirment que la poudre rf'0?'très fine se comporte dans l'organisme comme les préparations solubles, et provoque les sécrétions de la peau, des reins et des glandes salivaires, ce qui l'a fait employer à la dose de 4 à 20 centigrammes par jour en plusieurs doses, contre la scrofule et la syphilis constitutionnelle, chez les enfants et les sujets nerveux et délicats dont les entrailles sont susceptibles.

On administre celte poudre par la méthode endermique (Niel), en se servant d'une pommade préparée avec l'Or divisé par le mercure : 4 grammes pour 30 grammes d'axonge, ou plus habituellement en friction sous la langue et sur les gencives (Chrestien).

L'Or laminé est employé en pharmacie pour couvrir les pilules que, cependant, on argenté plus souvent qu'on ne les dore. Les dentistes s'en servent pour combler les vides creusés dans les dents par la carie.

Le Peroxyde d'Or (AuO^) se donne à l'intérieur dans les mêmes cas que la poudre d'Or métallique, à la dose de 5 milligrammes à 5 centigrammes, en pilules. Il en est de même de l'iodure et du cyanure d'Or. Le pourpre de Cassiiis est tombé en désuétude, et le Fulminate d'Or, ou aurate d'ammoniaque, expose à trop de dangers pour n'être pas abandonné. (Voy. Trichlorure d'Or et Chlorure d'Or et de Sodium).

ORPIMENT. — Voy. Sulfure iaune d'Arsenic.

OS CALCINÉS, Ossa us ta alba.

Angl. : Bone ash or Bone earth. — Ail. : Gehrannte Knochen.

La Terre d'Os est constituée en majeure partie (80 à 85 pour 100) par du phosphate tribasique de chaux, auquel il faut joindre une proportion assez considérable de carbonate calcaire, un peu de sulfate de chaux formé pendant la calcinalion, et, d'après Thomson, de la magnésie et du chlorure de sodium.

Les Os calcinés servent à obtenir le Phosphate de Chaux (Voy. ce mot).

Page 1