OXYDE DE ZINC
zinc lui-môme ; quand , au contraire, les acides des premières voies sont subitement noyés, pour ainsi dire, au milieu d'une masse relativement énorme de la substance absorbante, la petite proportion de sels basiques qui a pu prendre naissance est comme non avenue. Yoilà un exemple bien inattendu d'un rapport inverse entre l'intensité de l'action physiologique d'une substance et la masse pondérale de cette substance. Il en existe d'autres qui nous sont offerts par l'oxyde d'antimoine, le protochlorure de mercure et d'autres combinaisons métalliques. Seulement, je ferai remarquer que ces diverses substances, à peu près inertes par elles-mêmes, ont besoin de subir une modification préalable pour se dissoudre et devenir actives, et qu'en réalité les effets sont toujours proportionnels à la quantité du princiqe actif auquel elles ont donné naissance.
Usages. — L'Oxyde de Zinc passe pour tonique, antispasmodique et sédatif. C'est une réputation en grande partie usurpée. Le seul effet manifeste de ce composé consiste à calmer les douleurs gastralgiques et les troubles digestifs liés à l'acescence gastrique. Quant à l'action dynamique générale, elle n'est rien moins que démontrée, et le thérapeutiste aurait tort de compter sur elle pour triompher de l'épilepsie, de la chorée ou d'autres névroses graves, à moins que, par extraordinaire, ces affections ne fussent excitées sympathiquement par les désordres des premières voies. Herpin assure cependant qu'il a obtenu d'importants résultats de ce médicament chez les jeunes épileptiques, faits confirmés par Graves; tandis queMoreau, Delasiauve, Charcot, ont absolument échoué en le prescrivant à des adultes affectés d'épilepsie.
En somme, et jusqu'àplus ample informé sur sa valeur dans cettenévrose, les indications rationnelles de l'Oxyde de Zinc sont celles du carbonate calcaire ou du sous nitrate-de bismuth; son rôle se réduit à servir d'absorbant chimique pour les acides du tube digestif, et à calmer la pyrosis. Consécutivement il devient un peu astringent, et produit sympathiquement une sédation de tout le système. En outre, l'Oxyde de Zinc hydraté, obtenu par précipitation, peut suppléer le peroxyde de fer comme contre-poison de l'arsenic et de certains sels minéraux.
A une époque où le sous-nitrate de bismuth devenu excessivement cher n'était plus accessible aux pauvres, j'ai eu l'idée de le remplacer par un mélange de poudre de craie et d'Oxyde de Zinc, lequel jouissait aussi bien que la préparation en vogue du pouvoir d'absorber les acides et l'hydrogène sulfuré, et présentait en outre l'avantage de ne pas colorer en noir les déjections intestinales, ce qui permettait de constater, le cas échéant, l'existence du méltcna. Cette poudre composée m'a donné tous les résultats attendus, et je crois qu'elle mérite d'Être employée dans la diarrhée séreuse ou bilieuse, à la condition d'être administrée à doses élevées, niellant à l'abri de l'inconvénient que j'ai signalé plus haut {Action physiologique), savoir : la formation d'un sel neutre éméto-cathartique. A mon exemple, plusieurs de mes confrères (Bonamy, J. Tison, Jacquier) l'ont administrée avec avantage à bien des malades déjà, jusque dans la diarrhée de Cochinchine, si
rebelle à toutes les médications; dans celle des enfants (David Brackenridge), etc. Et Henri Puyganlhier a consigné dans sa thèse d'importants résultats de cette méthode.
Les effets absorbants peuvent être utilisés également à l'extérieur, dans la leucorrhée ou la blennorrhagie, l'eczéma des régions génitales, l'intertrigo.
Modes d'administration et doses. — Comme absorbant externe, l'Oxyde de Zinc se prescrit à l'état pulvérulent pur ou mélangé à parties égales avec de l'amidon, ou bien tenu en suspension dans l'eau ou dans une solution mucilagineuse. Tantôt on saupoudre, tantôt on lotionne les surfaces affectées; on fait aussi des injections uréthrales et vaginales (Sommé).
Je fais également préparer une pommade avec: cérat sans eau, 20 à 25 grammes; Oxyde de Zinc, 5 ou 10 grammes, contre la blépharite, l'eczéma, le prurigo pudendi.
On employait autrefois la Pommade de Tuthie ou d'Oxyde de Zinc impur.
A l'intérieur, l'Oxyde de Zinc s'administre en poudre dans du painazyme^ ou en pilules, à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme par jour, en plusieurs prises comme antispasmodique. Contre la diarrhée je prescris généralement 4 à S grammes d'Oxyde de Zinc avec 0,50 de bicarbonate de sOude^ pour faciliter sa tolérance.
L'Oxyde de Zinc entre dans les Pilules de Méglin, avec les extraits de jusquiame et de valériane ": ââ 0,05 centigr.
OXYGÈNE, OxygeniUm.
Angl; : Oxygen. — Ail. : iSauerstoff.
Etat naturel. — V Oxygène se trouve en abondance dans les tfois règnes de la nature. Associé aux minéraux sous fortne de sels et d'oxydes, faisant partie intégrante de la plupart des principes organiques, il constitue plus du cmquième de notre atmosphère. Ses qualités comburantes lui assignent un rôle essentiel dans la vie des animaux, auxquels il donne la fa°ciilté de créer de la force et de la chaleur. Les végétaux, au contraire, véritables appareils de réduction, dégagent l'oxygMiè de ses Combinaisons, et en livrent incessamment de nouvelles provisions au règne animal qui les consomme (Dumas). Je rappelle que ce gaz est incolore, inodore d'une
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Action physiologique - En contact avec la muqueuse respiratoire ou
TJ"Z" r '^-'^^'^^^ '''' ''"^^^ ^"-î^^-^t de la sensibilU e s phénomènes qui se passent d.hs le réseau capillaire sanguin. Il en r sulte>une sensation de chaleur, de picotement, et un appel fluxionnaire plus ou moins marqué. Insufllé dans les séreuses, l'Oxygène es^ ranid ment absorbé sans produire aucune irritation locale, éjecté dans les veines avec précaution, il n'agit pas autrement que p.r ses effets méca
Là dissolution de l'Oxygène, faible dans le sérum, est effectuée princi- GuDUEn et Labuée .3» édition.
paiement par les globules rouges qui s'en emparent. Chose remarquable, les hématies absorbent et retiennent d'autant mieux le gaz Oxygène que la température est plus élevée, du moins dans l'échelle des températures tolérées par les animaux à son sang chaud.
Dissous et charrié dans le torrent circulatoire, l'Oxygène est l'agent principal des phénomènes chimiques, essence même de la respiration ou de l'hématose, qui s'accomplissent partout dans le sang et consistent en diQerents modes de combustion. Ces phénomènes, étroitement liés à la nutrition et à la décomposition organique, sont la condition prochaine et nécessaire de la vie.
Il est donc tout naturel que le gaz comburant, activant toutes les fonctions, procure, à l'état normal, un sentiment de bien-être, de chaleur générale, de force et d'alacrité qui, dans certains états d'éréthisme, se transforme en excitation maladive et pénible.
L'intensité d'action de l'Oxygène varie selon son degré de condensation et selon son état moléculaire.
Malheureusement les résultats ne sont pas toujours assez nets ni assez constants pour donner une certitude absolue, et il n'est pas toujours possible de s'en rendre un compte satisfaisant, parce que les circonstances des faits ne sont pas encore suffisamment connues, malgré les intéressantes expériences de Cl. Bernard, de Gréhant, et celles plus variées de Paul Bert.
Il importe, à mon avis, de distinguer la pression proprement dite subie par le gaz complexe, phénomène purement physique, d'avec la densité de chaque gaz dans le mélange, dont les effets sont physico-chimiques.
La différence des densités entre les gaz du sang et leurs homologues dans l'atmosphère est la condition de l'absorption ou de l'exhalation, le mouvement ayant lieu du plus dense au moins dense en vertu de la loi de diffusion promulguée par Dalton. Ainsi l'acide carbonique s'échappe du sang tant que la proportion contenue dans l'air atmosphérique est inférieure à celle qui est en circulation. Au contraire, l'équilibre entre la densité de l'acide carbonique de l'air et celle de ce même gaz dans le sang a pour conséquence nécessaire le statu quo. C'est ce que Cl. Bernard exprime en disant qu'un animal meurt après avoir produit dans son atmosphère confinée 26 à 28 pour lUO d'acide carbonique, dont la pression s oppose dès lors à l'issue de l'acide carbonique intérieur.
La pression mécanique joue également un rôle considérable dans les phénomènes de la respiration. Une pression excessive nuit à la circulation pulmonaire en comprimant les capillaires sanguins (Poiseuille, Gréhant). Elle entrave aussi les échanges gazeux entre les poumons et l'atmosphère. Ainsi, d'après Paul Bert et contrairement à l'observation de Cl. Bernard, les animaux périraient par manque d'Oxygène dans un espace confiné et sous une pression de 1 atmosphère et au dessous, tandis qu'à une pression de 2 atmosphères et au-dessus la mort serait due à l'excès d'acide carbonique Aux pressions intermédiaires les deux effets se trouveraient réunis.
OXYGÈNE. 83fî
P. Bert va plus loin et déclare que sous les énormes pressions de o, 6 à 9 atmosphères l'Oxygène devient, chez les animaux, un poison aussi violent que les gaz essentiellement toxiques. Les pressions faibles, à leur tour, quand elles se produisent brusquement, causent de graves désordres et même la mort des animaux; mais si elles s'établissent lentement, elles sont sans danger et favorisent simplement l'exhalation des gaz du sang. Ces résultats expérimentaux obtenus par P. Bert sont conflrmatifs des observations d'un médecin distingué qui a longtemps exercé sa profession au Mexique. Si le docteur Jourdanet a pu soutenir qu'une altitude de J 000 à 2000 mètres était, à certains égards, plus favorable que celle de 0 mètre et un peu au-dessus, c'est qu'il fait jouer un rôle à la diminution de pression dans l'exhalation de l'acide carbonique, dont la présence, dit-il, peut nuire aux effets bienfaisants de l'air respirable.
La raréfaction dans l'appareil de Jourdanet n'est donc qu'un moyen évacuant pour l'acide carbonique, et trouve son application momentanée, à la manière d'un purgatif, lorsqu'il existe un trop-plein de bile. Il en est tout autrement de l'air comprimé, qui augmente directement l'activité deVhématocausie (combustion respiratoire) et stimule d'emblée toutes les actions organiques qui en dépendent. L'expérimentation réglée de Tabarié, Pravaz, etc., les expériences accidentellement suivies par des médecins (FoUey, etc.) sur des hommes introduits dans des appareils submergés, s'accordent pour démontrer l'influence toniqtie de l'air comprimé, et notamment le ralentissement des rythmes respiratoire et circulatoire, ainsi que la diminution, chez les malades, du malaise lié à une hématose incomplète.
Des phénomènes analogues se remarquent chez des sujets qui quittent des altitudes plus ou moins élevées pour habiter au bord de la mer. Je ne doute pas qu'ils ne s'accusent davantage chez ceux qui descendent des montagnes du Liban, dans cette dépression terrestre, de 430 mètres plus basse que le niveau de l'Océan, au fond de laquelle se réunissent les eaux du lac Asphaltique et qui est appelée à devenir une station médicale.
La respiration de l'Oxygène pur cause une stimulation plus vive que celle de 1 air comprimé. On dit qu'elle détermine à la fois une accélération du pouls avec sensation de chaleur dans la poitrine, une légère moiteur ll~ f--^. à cet éga?d, quelques
Chez les hommes, la respiration de l'Oxygène, émané d'un réservoir en caoutchouc, ne donne heu qu'à des phénomènes physiologiques obscurs Contrairement à toute prévision, on n'observe ni stimulation notable
ri " r'''"" P°^"' ^« Pi«°^«--t dans e
arynx et l arbre bronch.que, point de toux, aucun accroissement de l'activué nerveuse m de calorilication. Tout se borne, le cas échéarU H modification favorable de certains symptômes liés au trou Les fVn tions respiratoire et circulatoire. Il en serait tout autrcuiont 1 L it
possible de faire respirer librement el à pleins poumons de grandes quantités à'oxrjgène courant, ainsi qu'il m'a été donné de le faire pendant l'année 1872, à l'hôpital Beaujon, grâce à la libéralité de la Société pour l'éclairage oxyhydrique par le procédé Tessié du Motay.
L'Oxygène était enfermé dans un gazomètre de grande dimension en communication avec la salle par un tuyau imperméable, terminé par un ajutage permettant de lâcher le gaz ou de le retenir au gré de l'expérimentateur. Au commencement, c'est-à-dire avec toute la pression, le courant était extrêmement fort et ne pouvait être toléré qu'à une certaine distance de l'embouchure; à mesure que le réservoir se vidait et que la pression diminuait, il perdait de sa violence, mais il restait toujours abondant et le sujet en était, pour ainsi dire, inondé. Des malades et des hommes bien portants furent soumis à l'action de cette atmosphère artificielle ; les expériences durèrent plusieurs jours et donnèrent quelques résultats remarquables, thérapeutiques et physiologiques. Je vais d'abord parler de
ceux-ci
'.Outre la sensation de fraîcheur, en rapport avec le contact d'un gaz dont l'expansion brusque abaisse notablement la température, on perçoit une impression olfactive difficile à définir, qu'on pourrait dire légèrement piquante et qui rappelle celle d'un air très pur en rase campagne Au bout de quelques instants, une minute environ, on éprouve un peu de vertige ou plutôt une sorte d'ivresse très fugace, disparaissant aussitôt qu on rentre dans l'atmosphère normale. En même temps, les mouvements respiratoires se ralentissent sensiblement, le pouls se réduit de quelques battements^e l'on ressent un bien-être marqué. De plus, et ceci est très intéressant ap ès avoir humé pendant quatre ou cinq minutes de larges doses d O^yg^ne pur on devient capable de suspendre sa respiration beaucoup V^^^^^^^^^J^^ qu'auparavant. L'expérience, répétée sur moi-même amsi " ^^^^^^ grand nombre de mes élèves, a toujours donné le ^^^^'^'f^'^^Z t différences individuelles plus ou moins prononcées. En f «^«^tan une de mi-minute comme le temps maximum pendant lequel la respiration p ut être suspendue dans l'air atmosphérique, on voyait la durée de la «"^P" s'accroître du quart, du tiers, de la moitié, f'^^t;'''^''^^^ que la respiration pouvait être suspendue pendant 40, 50 60, «t jusquâ 80 secondes avec moins d'effort et de fatigue qu'il n'en ^ait pour un durée moindre dans les conditions ordinaires. J'ai même cons até des êcaris it considérables encore. Chez un de mes élèves (Ajello), a respirât^ qui, dans l'air atmosphérique, pouvait être suspendue ^^^^^ '^^""^^^^ seulement, le fut une fois pendant 90 secondes après l >-P-;^^^ pur. Chez un autre (Powell), les mouvements resp.ratones «P>^è^ ^"^la Lion d'Oxygène, purent être arrêtés pendant HO secondes tandis qu a ' ravoir introduit de l air atmosphérique, ce jeune Anglais ne pouvait L<; rpsler plus de 45 secondes sans reprendre halei»e. ' e s f s importants nous enseignent plusieurs choses. En premier heu, le beso" de reTpirer se faisant nécessairement sentir dès que la provision de
gaz comburant est épuisée, il est évident qu'il entre plus d'Oxygène quand on respire ce gaz pur que lorsqu'on est plongé dans un mélange d'Oxygène et d'azote, ce qui prouve que l'absorption du gaz vital n'est pas limitée et que le poumon n'est pas le siège d'un échange entre des proportions déterminées et équivalentes d'acide carbonique et d'Oxygène. Mais, d'un autre côté, si l'Oxygène s'introduit en quantité variable suivant la composition de l'atmosphère naturelle ou artiflcielle et suivant l'ampleur de l'inspiration, il faut reconnaître qu'il y a des limites imposées à son action dans le sang, car s'il en était autrement et si toute la dose introduite entrait immédiatement en conflit avec les matériaux combustibles, si l'hématocausie était instantanée, la calorification s'élèverait sous l'influence des quantités exagérées d'Oxygène, mais le besoin de renouveler la provision serait tout aussi pressant qu'avec les doses moyennes.
En d'autres termes, le sang absorbe un volume de gaz en rapport avec sa capacité de dissolution et non pas avec les besoins de l'hématose. La dose d'Oxygène introduite par une inspiration varie, par conséquent, avec la richesse du mélange gazeux. Seulement, il n'y a d'employé pour la combustion hématosique, que la quantité qu'en peuvent recevoir les globules ou qui est nécessaire à l'accomplissement de la fonction respiratoire. L'excédent d'Oxygène circule librement et n'entre en combinaison qu'au fur et à mesure que les globules se débarrassent de l'acide carbonique primitivement formé.
Un corollaire découle de ces propositions : c'est que la proportion d'Oxygène employée à chaque moment est d'autant plus grande que le chifl're des globules sanguins est plus élevé, et qu'en conséquence, les sujets vigoureux, pléthoriques, épuisent plus vite leur réserve et doivent toutes choses égales, supporter moins longtemps que les anémiques la suspension des mouvements respiratoires.
Les états moléculaires introduisent des diversités plus grandes encore que ne font la pression ou la pureté du gaz. On en distingue deux : V Oxygène ordinaire et l'Oxygène allotropique, c'est-à-dire l'ozone. On peut cependant en admettre un troisième. Schœnbein a signalé une nouvelle forme d'azote à laquelle il a donné le nom d'Antozone, expression qui eût été mieux appliquée à ce que j'appelle VOxygène stagnant, qui est le degré inférieur, sous le rapport de la puissance comburante, et se renconire dans les espaces confinés et clos depuis longtemps, ayant, comme on dit, Vodeur de renfermé. Si l'électricité donne l'ozone, le mouvement conserve à l'Oxygène ordinaire ses qualités vives, d'où l'utilité hygiénique de l'air renouvelé et courant.
L'action de l'ozone ou Oxygène condensé, dont le symbole est 0^ d'après Brodie, et que je considère comme de VOxygène dynamisé, est incomparablement la plus énergique, soit sur les corps inertes, soit sur les êtres doués de vie. En proportion considérable dans l'atmosphère, l'ozone excite puissamment les voies respiratoires et la circulation, cause une impression vive sur la sensibilité de la muqueuse laryngo-bronchique et provoque la toux.
Mais revenons aux effets des inhalations d'Oxygène chez l'homme. Outre ce résnllat spécial que j'ai signalé, la diminution, sous l'effoi-Lde la volonté, du besoin de respirer, on constate encore de véritables propriétés exhilarantes pouvant aller jusqu'à une sorte d'ivresse; un sentiment de bien-être indéfinissable, parfois de la chaleur à l'hypogastre et dans les membres, de la céphalalgie, une douleur irradiant dans la direction des branches du trijumeau (Demarquay). Le pouls devient plus fréquent, plus fort, les yeux rougissent; on note de la moiteur à la surface du corps, le besoin impérieux d'activité musculaire, enfin l'appétit et la soif sont augmentés.
Et si nous résumons les faits relatifs aux modifications des fonctions, nous trouvons que l'Oxygène augmente le nombre des inspirations, proportionnellement (Aune) aux quantités inhalées, ainsi que l'ampleur des mouvements respiratoires (Albrecht), mais sans qu'on sache au juste si l'exhalation de l'acide carbonique est accrue.
La circulation est rendue plus active (Beddoes, Nysten), en général, mais parfois ralentie; c'est souvent une question de dose. L'hémoglobine passe de 0,97, chiffre normal, à 1,04, et le nombre des hématies devient plus considérable.
La température du corps est à peine modifiée (Lavaysse, Naoumoff et Beliaieff), de même que la nutrition, et l'urine (Ritler, Kollmann), renferme moins d'urée et d'acide urique. »
En définitive l'Oxygène agit sur l'organisme comme un stimulant, et c'est un médicament d'épargne et un hématinique (E. Labbée).
Chez les animaux soumis à la respiration de l'Oxygène pur dans un espace confiné, on voit la respiration et le pouls s'accélérer, puis les mouvevements respiratoires s'affaiblir; enfin, la sensibilité et le mouvement disparaître, et la mort survenir si l'expérience se prolonge. L'Oxygène est parfaitement innocent de ces accidents, qu'il faut attribuer à l'acide
carbonique exhalé.
A l'autopsie, on trouve les capillaires gorgés de sang, les parenchymes rouges, parfois ecchymotiques, et les muscles turgescents (Demarquay).
Applications thérapeutiques. — Le médecin doit considérer l'Oxygène comme élément de l'atmosphère et comme agent de la matière médicale.
L'atmosphère pure , renouvelée , avec une pression barométrique forte, celle du bord de la mer, en un mot, convient aux sujets faibles ou débihtés par les maladies, les excès de travail ou autres. Une température modérément élevée assure encore davantage les bons effets de l'Oxygène. L'atmosphère chargée d'ozone au voisinage d'une forêt après un violent orage, est plus vivifiante encore. En outre, ces conditions, sont particulièrement favorables aux malades atteints de catarrhe chronique et de torpeur des voies respiratoires.
En revanche,5elles sont antipathiques aux sujets affectés d'un éréthisme habituel des organes de la respiration ou d'une inflammation de cet appareil, ainsi qu'à la plupart des asthmatiques purs.
Les inhalations d'Oxygène soulagent les phtisiques et certains asthma-
tiques ; elles viennent en aide aux emphysémateux et doivent être essayées dans la plupart des dyspnées un peu violentes ou dans les états asphyxiques : l'asphyxie des nouveau-nés, celle qui résulte de la submersion, de la respiration de gaz, de vapeurs irrespirables ou toxiques : gaz d'éclairage, gaz des fosses d'aisances, acide cyanhydrique, oxyde de carbone, chloroforme ou autres anesthésiques, etc.
Dans beaucoup d'empoisonnements, quand la respiration se ralentit et qu'il existe une tendance à l'asphyxie, l'Oxygène est indiqué ; par exemple, dans l'intoxication par l'opium, la strychnine, le phosphore et (Labate) l'acide phénique.
De même, on soulagera la dyspnée cardiaque par l'Oxygène, tout aussi bien que celle qui a son origine dans une maladie des voies respiratoires.
Ce même gaz employé concurremment avec les préparations martiales peut guérir la chlorose, et, seul, modifier la diathèse scrofuleuse, le scorbut, le diabète. S'il ne guérit pas le choléra, il peut au moins soulager les malades lors de la période algide et les ranimer. Enfin, il a encore donné de bons résultats dans la septicémie puerpérale (Doreau) et devrait être plus étudié dans d'autres maladies infectieuses, en raison de sa puissance toxique contre bon nombre de micro-organismes, agents de contage. J'ajouterai qu'il combat efficacement le symptôme vomissement (Hayem), même les vomissements incoercibles de la grossesse (Pinard, Huchard, Peter), et s'administre contre la paralysie diphtéritique avec avantage (Prosper Foucher).
Mais la respiration du gaz Oxygène ne produirait tous ses effets utiles que si elle pouvait s'effectuer librement et, pour ainsi dire, à pleins poumons dans un courant généreux tel que celui dont nous disposions naguère à l'hôpital Beaujon. 11 serait donc à souhaiter que l'Oxygène pût être obtenu en abondance comme le gaz de l'éclairage et largement dispensé à domicile et dans les établissements hospitaliers. Déjà l'industrie (Brin frères) nous donne actuellement (1884) un produit parfaitement pur et dans des conditions de bon marché qui faciliteront singulièrement les essais cliniques, môme dans les hôpitaux.
L'Oxygène peut être utilisé par les chirurgiens, soit en inhalations, soit en applications topiques pour modifier les plaies atones (Demarquay). Le professeur Laugier enveloppait dans une atmosphère d'Oxygène les membres affectés de gangrène spontanée, pour arrêter les progrès du mal - d'autres médecins (Magnin, Doreau) ont signalé le succès de cette pratique dans la gangrène diabétique.
A une certaine époque, des chimistes, croyant pouvoir réduire toutes les actions médicamenteuses à des phénomènes d'oxydation, ont conseillé pour les cas les plus divers, des composés qu'ils croyaient susceptibles de fournu- de 1 Oxygène à 1 économie. Jusqu'à présent, en dehors des faits expérimentaux signalés par Cl. Bernard, relatifs à la réduction de composés oxygénés dans 1 organisme, aucune observation clinique n'est venue
justifier cette conception théorique. La question reste toujours à résoudre touchant sa valeur pratique.
Je dois dire maintenant quelques mots d'une préparation déjà connue depuis assez longtemps, mais surtout étudiée récemment, Veau oxygénée. Il ne s'agit pas du bioxyde d'hydrogène de Thénard, mais simplement d'une solution d'Oxygène dans l'eau sous pression, A la fin du siècle dernier Odier la vantait comme propre à relever l'appétit et les forces et lui attribuait des vertus toniques, antispasmodiques, diurétiques, ce qui est exact.
Mais c'est surtout en chirurgie que l'eau oxygénée a rendu et rendra d'utiles services en raison de son action puissamment antiseptique (P. Bert et Regnard). Elle facilite la guérison des plaies récentes ou atoniques et peut écarter dans une certaine mesure les complications des traumalismes. Péan et Baldy l'ont trouvée avantageuse encore dans l'ozène, l'ophtalmie purulente, la cystite purulente, les abcès profonds, et la préfèrent à l'alcool ou à l'acide phénique. On l'a essayée enfin comme parasiticide dans les teignes, le pityriasis et (Damaschino) le muguet; de plus, quelques médecins parlent avec éloges de son emploi externe dans l'angine diphtéritique.
Modes d'administration et doses. — L'Oxygène s'administre en nature, enfermé dans un cylindre en caoutchouc (de Galante), auquel est adapté un tube inuni d'un robinet par lequel se fait l'aspiration. De plus, dans l'appareil portatif de Limousin, d'un usage si commode, le gaz est lavé en traversant un ballon partiellement rempli d'eau et muni d'une double tubulure. Brin frères offrent aujourd'hui aux médecins des gazomètres portatifs renferment 70 litres d'Oxygène comprimé à trois atmosphères et d'autres récipients plus considérables.
On donne également, comme je viens de l'indiquer, l'Oxygène maintenu en dissolution dans l'eau par une pression forte comme celle à l'aide de laquelle on obtient l'eau de Seltz artificielle. Cette préparation, est connue en Angleterre sous le nom d'eau oxygénée {oxygenated Water). Elle est chargée d'un nombre variable de volumes d'Oxygène, suivant l'usage auquel on la destine : 6 à 12 pour les besoins de la chirurgie. On étend d'ailleurs cette eau, pour l'affaiblir quand on le juge à propos, et elle sert à faire des pansements, des lavages, des irrigations, des pulvérisations, etc. Aujourd'hui, les frères Brin mettent à la disposition des médecins des siphons d'eau oxygénée tout à fait comparables aux siphons ordinaires d'eau de Seltz. Cette sorte d'eau oxygénée n'a aucune saveurdésagréable ; elle est plutôt fade, aussi bien lui préfère-t-on le vin ou la limonade chargés d'Oxygène suivant le même procédé, mais d'une saveur beaucoup plus agréable.
PEPSINE, Pepsina seu Pepsinum.
Angl. : Pepsin. — AU. : VerdauungUofJ , Pepsin.
La Pepsine ou Chymosine (Deschamps), Gasiérase (Payen), est une sub-
stance quaternaire azotée, ayant pour formule approximative CH^Az^OS et se comportant à peu près à la manière des bases, puisqu'elle forme avec les acides acétique, chlorhydrique, etc., des composés bien défmis. Elle paraît également susceptible de se combiner avec les chlorures alcalins. Pure et parfaitement desséchée, elle se présente sous forme d'une poudre blanche, amorphe, soluble dans l'eau et pourvue d'une réaction alcaline, mais dépouillée de toute propriété catalytique spéciale. Impure et retenant des traces d'acide acétique et une notable proportion d'eau, c'est une matière jaunâtre, visqueuse, d'une odeur animale particulière. Amené à siccité dans cet état, elle prend l'apparence d'un vernis et se détache en écailles transparentes, comme de la gomme. On distingue, en somme, deux sortes de Pepsine : l'une dite médicinale, l'autre extractive. La première est un mélange d'amidon et de pepsine extractive; elle doit digérer en 6 heures i 0 grammes de fibrine de porc, après addition de 0^%60 d'acide chlorhydrique. Tandis que la Pepsine extractive détermine ce résultat à la dose de 0^^20 seulement {Codex). On pourrait toutefois préparer des Pepsines transformant 1 000 fois leur poids de fibrine en peptone et dissolvant 50 000 fois leur poids de fibrine en quelques heures (Petit).
Action pysiologique. — La Pepsine est l'agent essentiel de la digestion stomacale ; son action s'exerce sur les matières protéiques : caséum, albumine, fibrine, etc., qu'elle dissout ou désagrège de manière à les rendre dialysables et assimilables. Liquéfiées ainsi, ces matières albuminoïdes prennent le nom de peptones. La Pepsine, extraite de l'estomac des porcs ou delà caillette des ruminants, exerce dans un verre de montre cette action catalytique sur la chair des animaux et sur le blanc d'œuf coagulé ; seulement son pouvoir dissolvant est assez variable, comme je viens de le dire. L'action dissolvante de la Pepsine sur les matières albuminoïdes est singulièrement favorisée par la présence des acides libres, notamment de ceux qui, comme l'acide lactique ou l'acide chlorhydrique, font naturellement partie du suc gastrique des mammifères. A u contraire, la fermentation peptique est retardée ou empêchée par les divers agents qui s'opposent aux fermentations en général : tels sont le froid, une température supérieure à 75 degrés centigrades, l'alcool concentré, les sels solubles de fer, de plomb, de cuivre à hautes doses, le sublimé corrosif, le tannin, la créosote le brome, l'iode, le chloral, les acides phénique, salicylique, benzoïque (Petit) etc., auxquels il faut joindre, d'après mes expériences, le phosphure de zinc et les préparations phosphorées ; l'atropine et la morphine (Anrep)
Substances SYNERGIQUES, auxiliaires. - La Pepsine est le premier des agents catalytiques dont le médecin emprunte la puissance pour favoriser la digestion, c'est-à-dire la métamorphose des matières alimentaires, mais elle a des analogues, non seulement dans les diastases salivaire et pancréatique, mais encore dans un grand nombre de substances organiques qui mériteraient de fornier, parmi les médicaments eupeptiques, sous le nom de metazymes, une classe spéciale au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique. De ce nombre sont les liqueurs en voie de fermentation alcoo-
lique, acétique et lactique, et retenant leurs ferments spéciaux: ainsi le vin et le cidre nouveaux non soutirés, la choucroute et les soupes aigres des pays du Nord de l'Europe, les choux conûts dans de l'eau panée, aigrie, des contrées orientales, le sérum qui fermente, enfin les différentes sortes de bières. La rosée des Droséras est une Pepsine véritable (Darwin).
UExlrait de Malt, qui n'est autre qu'une bière concentrée, agit moins par ses qualités nutritives que par les ferments qu'il introduit dans l'économie.
Outre les spores du Torula Cerevisiœ, qui donnent lieu à la fermentation alcoolique, l'Extrait de Malt garde encore une proportion notable de diaslase capable de suppléer à l'insuffisance de laptyalme ou diastase salivaire. Les Extraits de Malt français ou étrangers, dont la Maltine-Gervais n'est qu'une variété, doivent se prendre à la dose d'un verre à bordeaux à la fin de chaque repas.
Certains aliments en voie de transformation, et dont les molécules sont pour ainsi dire ébranlées, comme le pain elle fromage, viennent eux-mêmes en aide aux facultés digestives languissantes. Mais la Pepsine trouve de véritables synergiques dans les acides acétique, citrique, et surtout dans les acides lactique et chlorhydrique, dont l'action dissolvante, par rapport à la fibrine, est des plus remarquables (Mialhe, Bouchardat, Thore, Adrian et Bricheteau).
L'Acide lactique, dont les propriétés eupeptiques ont été signalées par Magendie, a été recommandé à ce titre par Handfield Jones et d'autres médecins'; on en fait une limonade, des pastilles ; on le donne en potion. Cet acide joue également un rôle dans ses combinaisons avec le fer et la chaux, notamment dans les préparations de lacto-phosphate de chaux de
Dusart. . ,
V Acide chlorhydrique (voy. ce mot) est également usité en qualité d eu-
peptique. . , ^
Depuis quelque temps l'un des auxiliaires de la Pepsine, le Suc pana-eali-
que, tend à prendre en thérapeutique une importance considérable qui nous
oblige à en parler longuement.
La Pancréatine, suc pancréatique épaissi, est une poudre blanche, très
hygrométrique, soluble dans l'eau, qu'elle rend gluante, visqueuse, opa-
^^"lc suc pancréatique et la pancréatine contiennent nnemalière albuininoïde complexe, précipitable par l'alcool, et qui est la suAsianceac^ye (Cl. Bernard), à réaction alcaline (Magendie, Cl. Bernard), acide selon Th. Defresne, qui la considère comme formée par la combinaison de la matière albuminoïde avec de l'acide lactique. .
Les acides et les bases énergiques font perdre à la substance albuminoïde ses propriétés zymotiques (Defresne). Toutefois ce ferment ne jouit de la plénitude de son action que dans un milieu acide (Meisner, Defresne), autrement la fermentation putride s'établit bientôt.
Ainsi que l'a démontré Cl. Bernard, le suc pancréatique emulsionne les
corps gras. Defresne ajoute qu'il dédouble les graisses neutres en acide et en glycérine, fait constaté par Bouchardat et Sandras, Bidder et Schmitt, Frerichs, J. Béclard.
D'un autre côté, Bouchardat et Sandras ont établi la transformation de l'amidon en glycose par le suc pancréatique, ce qu'ont vu également Magendie, Rayer et Cl. Bernard, Lenz et Dunders. Enfin, Purkinje etPappenheim, Corvisart, Brinton, Meisner et Defresne ont insisté sur le pouvoir digestif du suc pancréatique à l'égard des matières albuminoïdes. Ce dernier expérimentateur déclare que 1 partie de pancréatine pure émulsionne dS parties de corps gras, change en glucose 8,89 d'amidon, digère 50 parties de librine, 20 parties de tissu musculaire et 33 parties d'albumine cuite.
Il semble même résulter de ses expériences que la dose de 1 gramme de pancréatine, ajoutée à un mélange des trois sortes de substances, digère de chacune d'elles presque la même quantité que si ce principe actif l'eût attaquée isolément. En effet, dans une telle condition, i gramme de pancréatine a pu digérer simultanément 3 grammes de tissu musculaire, 6 gr. 80 d'amidon, et émulsionner 10 grammes de corps gras. Defresne ajoute, mais ici nous faisons toutes réserves, que la présence de la Pepsine, sans empêcher les effets de la pancréatine, semble en diminuer notablement l'activité. Aussi conseille-t-il dans son premier travail monographique (1872) de n'administrer le ferment pancréatique que deux heures après le repas. Toutefois ses dragées actuelles peuvent être prises sans inconvénient à la fin même du repas.
Les propriétés multiples et énergiques de la pancréatine justifient les tentatives cliniques faites depuis quelques années en France par Chauvin et Morat, en Angleterre par Dobell, Langdon Down, Fuller et Letheby , pour la faire entrer dans la thérapeutique.
Cette substance, dont j'ai obtenu aussi de bons effets, est indiquée dans la dyspepsie atonique ainsi que dans les altérations du pancréas occasionnant une réduction considérable ou la suppression de la sécrétion de cette glande. Elle peut en outre rendre des services dans toutes les affections chroniques où la nutrition est languissante, et spécialement dans la phtisie pulmonaire, où elle rend possible l'administration et l'absorption de quantités considérables d'huile de foie de morue qui sans cela ne seraient pas tolérées. Defresne prépare dans ce but une É,nulsion d'huile de foie de morue. Ses pilules contiennent chacune 20 centigrammes de pancréaiine.
Papame est un autre succédané de la Pepsine qui a sa place naturelle près de la pancréatme. C'est le principe actif du Carica Papaya, dont le suc passe pour digérer les albuminoïdes. Désigné d'abord par Yinson et Moncorvo sous le nom de Cariane, ce ferment a été surtout bien étudié par Ad. • Wurtz et Bouchut qui l'appelèrent Papaïne. C'est une substance blanche,
!wn7 ' T. V 2 chloroforme, soluble dans la
glycérme et dans 1 eau. Elle renferme du carbone, de l'hydrogène, de l'azote
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et un peu de soufre, ce qui en fait une substance albuminoïde. Elle digère positivement les matières albuminoïdes, c'est-à-dire qu'elle les peptonise, mais avec une excessive lenteuretsous ce rapportelle est inférieure à la Pep ^ sine, voire même à la pancréatine. Ses usages principaux sont ceux de ces ferments digestifs. Il est permis de croire que son action dansles voies digestives se borne à dissoudre les albuminoïdes plutôt qu'à les peptoniser. Le mode d'emploi et les doses de la Papaïne ne diffèrent pas non plus de ceux de la Pepsine. On l'administre, en effet, en nature, acidifiée comme la Pepsine, en vin, élixh\ sirop, à la dose de 20 à 50 centigrammes par repas.
Substances antagonistes. — Les alcalins et les basiques, en d'autres termes les antacides, paralysent l'activité de la Pepsine lorsqu'ils sont en excès. Il en est de même des spiritueux et des astringents à hautes doses, ainsi que des sels métalliques capables de précipiter la Pepsine de ses dissolutions aqueuses.
Usages. — La Pepsine n'est, à proprement parler, ni un tonique, ni un reconstituant ; c'est un succédané du suc gastrique normal, pouvant tenir utilementla place de ce dernier quand la digestion stomacale est défectueuse ou absente. En qualité d'agent de la digestion, elle contribue indirectement à la réparation des organes et à la restauration des forces. Les indications de son emploi sontnettes et précises : souveraine dans la dyspepsie asthénique ou torpide avec insuffisance du suc gastrique, elle ne constitue qu'un adjuvant dans les dyspepsies acescentes et douloureuses, souvent compliquées à la vérité d'un certain degré d'apepsie, quand elles ne dépendent pas de ce dernier état morbide. En conséquence, on prescrira la Pepsine lorsqu'il y aura perte d'appétit, répugnance pour les aliments, digestion lente et laborieuse avec sensation de pesanteur à l'épigastre, distension et flatulence stomacale, diarrhée lientérique ou vomissements dans lesquels on reconnaît les aliments inaltérés.
Depuis que Lucien Corvisart l'a introduit dans la pratique médicale, ce médicament a rendu des services incontestables à un grand nombre de malades atteints de dyspepsie alonique(Rilliet, L. Fleury, Dechambre, Debout, Tosi, Strambio, Chambers, Trousseau et Pidoux, Bouchardat, Nonat, Bayard, Fonssagrives). J'ai moi-même eu bien souvent l'occasion d'en constater l'efficacité dans les cas d'insuffisance des glandes à Pepsine. Maintenant cette dyspepsie peut exister à l'état protopathique, comme dans l'apepsie des enfants, décrite par Ern. Barthez, et dans celle de certains sujets névropathiques, ou bien à titre d'accident secondaire dans le cours ou à la suite d'une autre affection. Elle se rencontre dans la convalescence des maladies aigu6s, telle que la fièvre typhoïde, où elle a été combattue efficacement par Longet, Rilliet, Godard, etc., ou comme conséquence de la gastrite; ou bien comme expression d'une névrose générale, des émotions tristes, de la chlorose et des anémies, à la suite de l'abus des plaisirs de la table et de ceux de l'amour, sous l'influence énervante de la chaleur ou dépressive du froid, dans " les dialhèses herpétique, rhumatismale et goutteuse, et dans quelques autres circonstances encore.
En facilitant la digestion, la Pepsine fait disparaître divers symptômes locaux plus ou moins étroitement enchaînés à la mauvaise élaboration des substances alimentaires dans l'estomac : par exemple, la gastralgie, quelquefois la pyrosis, la diarrhée et les vomissements, L. Gros se loue beaucoup de l'emploi de ce remède dans le traitement des vomissements opiniâtres de la grossesse. Et je l'ai trouvée, pour mon compte, toujours utile dans le traitement de la chlorose ou de l'anémie simple (E. Labbée).
Malgré les nombreux succès dont la Pepsine a été l'instrument entre les mains des praticiens les plus compétents et les plus autorisés, quelques médecins, s'appuyant sur des expériences de laboratoire, refusent de croire à l'efficacité de ce moyen thérapeutique. Mais l'observation clinique donne de toutes parts des résultats trop concordants poiif qu'il soit permis de les révoquer en doute; nous n'avons qu'à les accepter et à les interpréter. Or, il ne me semble pas que la Pepsine soit utile par le seul fait de la petite quantité de fibrine qu'elle dissout; elle le devient davantage, à mon avis, par l'activité qu'elle imprime à la muqueuse stomacale, dont elle est sans doute le meilleur stimulant.
Modes d'administration et doseS; — Par suite de la difficulté de s'en procurer des doses un peu considérables^ la Pepsine ne s'administre pas à l'état d'isolement; on la donne toujours, soit en dissolution dans l'eau, soit mélangée avec une poudre inerte. En outre elle est ordinairement additionnée d'acide lactique ou chlorhydrique, ou de quelque autre adjuvant.
La Poudre nutrimentive (L. Corvisart) se compose de : Pepsine neutre, ôO centigrammes ; acide lactique, 3 gouttes ; amidon, 50 centigrammes. C'est cette môme poudre qui, préparée industriellement, est connue sous le nom de Pepsine de Boudault. On peut en augmenter les vertus digestives en y ajoutant des proportions plus ou moins fortes d'acide lactique ou d'acide chlorhydrique, ce qui donne la Pepsine acidulée. Parfois enfin on associe la Pepsine amylacée à l'opium pour calmer la gastralgie concomitante de l'apepsie. La Poudre de Pepsine amylacée est fractionnée par doses d'environ 1 gramme, et l'on en prend un paquet au début ou dans le cours du repas, soit dans la première cuillerée de potage, soit dans du pain azyme.
La Liqueur de Pepsine, ou Liqmr pepticus (Morson), est une solution de ce pnncipe actif dans de l'eau salée. Squire recommande de la préparer avec 4 grammes de Pepsine dans 30 grammes de véhicule
h^ Strop de l^epsine (L. Corvisart) se compose de 6 grammes de Pepsine amylacée, neutre ou acide, dissous dans 20 grammes d'eau, et ajoutée à 70 grammes de sirop de cerises acidulés. La dose est d'une cuillerée à soupe, soit environ 1 gramme de Pepsine, pour les adultes, et d'une demicmllerée pour les enfants.
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visar et Boudault, 6 grammes; eau distillée, 24 grammes; vin blanc de
Lune, 54 grammes ; sucre blanc, 30 grammes ; elprit-de-^in ,in . 3 degrés, 12 grammes. Cette liqueur joint aux qualités spéciales de la Pepsine