‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 299 sur 384 · PÉTROLE D'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

PÉTROLE D'AMÉRIQUE

h'Huile de Pétrole lampante, appelée aussi huile minérale, huile pétrosolaire, pétrole raffiné, Pétrole, a non seulement une importance considérable au point de vue industriel et domestique, comme liquide d'éclairage et de chauffage, mais encore elle peut rendre des services en médecine.

C'est un liquide incolore ou légèrement ambré, bleu par reflexion, d'une odeur assez forte, insoluble dans l'eau et non miscible à l'alcool absolu. Sa toxicité est réelle sans être violente. Valenti y Vivo rapporte le cas d'un ouvrier qui, ayant avalé par mégarde une très forte dose de Pétrole, perdit bientôt connaissance et tomba dans un coUapsus assez profond. La face était vultueuse, les yeux étaient injectés de sang, les pupilles dilatées, les narines pleines de mucosités spumeuses, tandis que la bouche, dont la muqueuse avait pâli beaucoup, se remplissait d'une salive épaisse, filante. La respiration s'était affaiblie et le pouls ralenti. L'inhalation d'ammoniaque et l'usage de l'eau albumineuse firent disparaître ces accidents complètement. 200 grammes de Pétrole ingérés dans les mêmes conditions ont à peine incommodé un autre ouvrier, qui eut simplement des nausées et un peu de diarrhée.

De son côté-Poincarré signale l'accélération de la respiration, le ralentissement des battements du cœur, la tendance au sommeil et l'inappétence chez les animaux soumis à l'action du Pétrole.

L'Essence de Pétrole et l'huile lampante sont surtout dangereuses par les brûlures qu'elles occasionnent, le plus souvent profondes et douloureuses.

Le Pétrole brut passe depuis longtemps pour anticatarrhal, antispasmodique, stimulant, ce qui se comprend sans peine si l'on songe qu'il renferme un grand nombre d'hydrocarbures anesthésiques et d'autres volatils, propres à modifier surtout les voies bronchio-pulmonaires lors de leur éhmmation. On a remarqué depuis longtemps également que les ouvriers des usmes de Pétrole en Pensylvanie deviennent rarement phtisiques et cette observation a été confirmée à Paris même (R. Blache)

C'est pourquoi l'on prescrit aujourd'hui assez volontiers le Pétrole, sous' e nom d Hmle de Gab^an (Gabian, près de Béziers, où se trouve une sourde de Pétrole), aux sujets atteints d'affection catarrhale des bronches et aut phtisiques. Galassi le préconise encore en inhalations, surtout contre la coquduche. Enfin on l'a donné comme anthelminthiqùe, mêml contre le

On l'administre en capsules de 0^',25 à 0«^30, jusqu'à 6 et 8 grammes par jour, avant les repas. Les inhalations me paraissent plus avantaruses en raison des propriétés légèrement irritantes du Pétrole^our l'estoma

les builes mes eùolatiles ' "f"™"' ^"'f-'™ i" carbone,

Son indifférence chimique que rappelle son nom, la rendrait propre à

Cjubler et Ladbee, 3' édition.

confectionner des onguents et des pommades inaltérables, ou bien à envelopper des crayons caustiques.

La Péirolétne, nommée aussi Cosmoline, Graisse minérale, Pétréoline, Piméléine, et plus habituellement Vaseline, est un mélange d'huiles lourdes et de paraffine de Pétrole plus ou moins purifiées {Codex). C'est une substance ayant la consistance de miel épais, blanche ou blonde, très onctueuse au toucher, plus ou moins fluorescente, sans odeur ni saveur, fondant à 40°, insoluble dans l'eau et la glycérine, facilement soluble dans l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, les huiles fixes et volatiles. Elle ne subit aucune altération au contact des acides et des alcalis, tout aussi bien que la paraffine.

Cette grande indifférence chimique de la Vaseline, son onctuosité tout à fait remarquable, en font un excipient obligé à la place du saindoux, pour les agents médicamenteux prescrits en pommade, les mercuriaux plus particulièrement. Elle est encore préférable à l'axonge parce qu'elle ne rancit pas , mais comme elle retient mal les essences, aussi bien en parfumerie lui associe-t-on celte graisse pour la confection des pommades destinées à la toilette.

Les gynécologues se servent aujourd'hui beaucoup de la Vaseline phéniquée ou à l'acide borique (0,50 à 4 0/0) pour pratiquer le toucher vaginal, oindre le spéculum, forceps, etc. Tandis que les ophtalmologistes en font l'excipient ordinaire des pommades ophtalmiques. Enfin les chirurgiens s'en servent comme corps isolant dans les pansements parla méthode de Lister, et pour lubréfler leurs instruments.

On peut l'associer à l'axonge, à la paraffine, à la gomme adragante, etc., dans la confection des onguents ou (Langlebert) des injections uréthrales.

PHÉNATE DE SOUDE. — Voy. Phénol sodé.

PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE, ACIDE CARBOLIQUE, Acidumphenicum. Angl. : Carbolic acid. — AU. : Phenylsdure.

V Acide Phénique, Ci^H^O^, est aussi nommé alcool phénylique ou hydrate de phényle. C'est un des nombreux produits de la distillation du goudron de bouille. Il existe dans la créosote, le castoréum, et même en petite quantité dans les urines de l'homme et des grands mammifères ruminants (Staîdeler), dans celle du lapin, mais non dans celle du chien (Bulinginsky). .

Obtenu à l'état de pureté par Calvert et débarrassé de toute combmaison sulfurée ainsi que d*s alcools xyHque et crésylique, l'Acide carbolique se présente en aiguilles rhomboïdales, blanches, solubles en toutes proportions dans l'alcool, l'éther, les essences, l'acide acétique, la glycérine, moins solubles dans l'eau, qui n'en prend guère que 16, 6 p. 100. Ses cristaux fondent à la chaleur du corps humain (38 à 40°), se volatilisent aisément à la température ordinaire et s'allèrent à la lumière. L'Acide Phénique dissout l'iode (Lefort), coagule énergiquement l'albumine et la géla-

PHÉNOL, ACIDE PllÉNIQUK, ACIDIi; CARBOLIQUE. 8Si

tine (Liebig), ce qui l'a fait adopter par Méhu comme un réactif de ces substances préférable à l'acide nitrique lui-même. Traité par ce dernier acide, il donne l'acide picrique ou tri-nitrophénique. Avec l'acide sulfurique on obtient l'acide sulfo-phénique, dont les combinaisons avec les bases agissent puissamment à la manière des phénates alcalins et de l'Acide Phénique libre.

Action physiologique. — Elle se fait sentir sur tous les êtres vivants, mais particulièrement sur les espèces inférieures des deux règnes : microphytes et microzoaires. Sur ces derniers organismes on n'a guère eu à constater que des effets toxiques entrevus par Runge, mais bien étudiés seulement par Lemaire. Mis en contact avec les mucédinées, par exemple, l'acide phénique en arrête le développement; il frappe leurs spores de stérilité et agit de même à l'égard des semences de phanérogames. De très petites proportions, des solutions au 100° ou môme au 200" tuent les infusoires : vibrions, monades, paramécies, kolpodes, rotifères, etc.; même des annelés, articulés, mollusques et certains vertébrés. Ernest Labbée a tué des grenouilles avec 4 milligrammes d'acide phénique cristallisé. 3 grammes donnent la mort à un chien, tandis qu'un homme, chose presque incroyable, a pu en ingérer jusqu'à 16 grammes sans succomber.

L'Acide Carbolique se comporte avec les globules sanguins, et probablement avec les leucocytes ou les autres éléments figurés de nos humeurs, à peu près comme avec les organites animaux et végétaux. Le contour des hématies s'accuse davantage, leur noyau devient plus apparent et plus foncé ; ils se rétractent, deviennent granuleux et moins réfringents (E. Labbée). D'ailleurs le sang pris en masse est rapidement coagulé, devient rouge-brique, puis brun-noir. Voici maintenant les effets observés sur l'homme et les animaux vertébrés.

Appliqué sur la peau et les muqueuses, l'Acide Phénique, en solution faible, en fait pâlir la surface et cause une astriction plus ou moins forte Avec un plus haut degré de concentration, il produit la corrugation des tissus avec une cuisson notable. Les cristaux fondus ou dissous dans de très petites proportions d'eau déterminent une véritable cautérisation superficielle. L épiderme et le corps muqueux blanchissent immédiatement, s opacifient, le derme se resserre et fait éprouver une sensation pénible de constriction avec une douleur cuisante. II survient de l'analgésie Plus tard un travail mflammatoire se développe, l'épiderme se détache et laisseà nu la peau rouge, irritée, fournissant un suintementséreux, ou bien chargée d une pe ite eschare qui laisse après son élimination une perte de substance à laquelle succède une cicatrice gaufrée

Ces effets irritants ou caustiques sont plus prompts et plus intenses sur les muqueuses, etnousles retrouvons du côté du tube digestif lorsque l'Acide Phénique est ingéré dans les premières voies. A dose Lble, il ag oml astringent et tonique; à dose plus élevée il devient irritant en nuanlUé massiveil se comporte à la manière des poisons corrosifs ^ Lorsqu'on avale une gorgée de solution au ^000^ on ressent une saveur

852 PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUK, A.C1DE CAKBOLIQUE.

spéciale assez fraîche, avec afllux de salive, puis une légère chaleur le long de l'œsophage et dans l'estomac. Si l'on en prend davantage, il en résulte du malaise, "de l'épigastralgie, des nausées, mais point de vomissements. La digestion, parfois activée, est rarement troublée parles petites doses ; il y a des renvois de gaz d'une odeur sui generis et les selles conservent leur fétidité spéciale. Au contraire les doses massives arrêtent le travail digestif et irritent violemment l'estomac qui ne peut s'en débarrasser ni spontanément ni par des émétiques, le vomissement ne pouvant être obtenu. Dans un seul cas (Lightfoot) où l'estomac n'avait pas été directement atteint, l'Acide Phénique ayant été employé en frictions, il y eut des vomissements opiniâtres. Les effets généralisés ou diffusés varient selon les doses et les voies d'introduction, et c'est sans doute pour n'avoir pas suflisamment tenu compte de la diversité des conditions d'expérience que les auteurs ont émis là-dessus des opinions contradictoires. Il importe surtout de bien séparer les résultats des inhalations d'avec ceux qui suivent les autres modes d'introduction du médicament.

Soumis à l'action des vapeurs d'Acide Phénique dans un espace confiné, les animaux éprouveraient l'ensemble des troubles fonctionnels qui caractérisent les anesthésiques proprement dits, les essences et les émanations odoriférantes des fleurs, savoir : des phénomènes d'excitation manifestés par de l'agitation, de l'ivresse, puis des phénomènes de collapsus consistant en stupeur, analgésie, anesthésie, résolution musculaire, paralysie cardiaque et suppression des fonctions du grand sympathique.

De tels effets seraient difficilement déterminés par d'autres procédés d intoxication à cause de l'élimination continue de la substance active au fur et à mesure de son passage dans la circulation, élimination qui en empêche l'accumulation dans le sang et ne permet pas la présence d une dose suffisante à un moment donné. Néanmoins, les symptômes mentionnés tout à l'heure ont été vus à la suite de l'ingestion d'Acide Phénique dans les premières voies, et principalement après les inoculations ou les injections hypodermiques, plus favorables à l'absorption de la substance toxique. On a signalé chez les enfants (Lemaire) comme chez l adulte, une excitation, une sorte d'ivresse, de l'hyperesthésie, des convulsions cloniques, des spasmes diaphragmatiques; des étourdissements, de la cêpnalée, de la perte de connaissance, de l'analgésie et de l'anesthésie, de la paialysie (Lemaire, Sutton, Danion et Feltz), des troubles cardio-pulraonaires (Ghevassus, Inglessi) consistant en respiration bruyante, dyspnéique, irrégulière, pouls petit, filiforme, très fréquent ; et puis encore la néphrite et la mélanurie; enfin, dans quelques empoisonnements, des phénomènes comateux suivis de la mort. i, r • i

La circulation est peu influencée, chez l'homme comme chez 1 animal, par des doses moyennes, thérapeutiques (Markey, E. Labbée), tandis que les doses massives, toxiques, après avoir stimulé la contractilité du cœur et ralenti ses battements, dont l'énergie devient extrême (L. Labbée), déterminent la faiblesse, l'irrégularité, l'intermittence de ses con-

PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE, ACIDE CARBOLIQUE. 8f)3 tractions (Harrison et Sutton) ou son arrêt subit en diastole (Lemaire, E. Labbée).

Les mouvements respiratoires sont rendus plus fréquents par les doses moyennes, comme pour accélérer l'élimination du principe actif dont l'odeur se retrouve dans les gaz expirés. Avec les doses toxiques, la respiration, commeje viens de le dire, se montre irrégulière, saccadée, laborieuse, anxieuse, enfin stertoreuse aux approches delà mort.

La température ne se modifie pas sensiblement sous l'influence de doses thérapeutiques; mais des quantités nocives provoquent des frissons avec refroidissement périphérique (Lightfoot) et chez les lapins, un abaissement thermométrique variant de quelques dixièmes à 4 degrés. Chez l'homme on ne saurait nier l'action antithermique du Phénol, mais les résultats en sont particulièrement remarquables dans les pyrexies, alors que la température est très au-dessus de la normale, car l'abaissement peut être de 3 à 4 degrés (Maurice Reynaud, Desplats, Menville, Morra et Ghirardi, etc.).

Le mécanisme de production de tous ces phénomènes est éminemment complexe et encore imparfaitement élucidé. Toutefois, les expériences variées et bien conduites de mon disciple et ami le Ernest Labbée, nous dévoilent en partie le mode opératoire de l'Acide Phénique et confirment les vues de Lemaire et de Neumann, qui le considéraient comme un poison du système nerveux. L'acide phénique porte principalement son action sur le cervelet et sur le bulbe, mais il agit aussi sur le grand sympathique. C'est un poison convulsivant, énergique, bien qu'inférieur à la strychnine, dont il diffère en outre sous le rapport symptomatique parce qu'il donne lieu à des convulsions éclamptiques plutôt que tétaniques.

Mais tous les effets généralisés de l'Acide Phénique ne sauraient être mis rationnellement sur le compte de son action directe sur les centres nerveux; beaucoup d'entre eux se produisent par la voie détournée des sympathies ou des actions réflexes, à l'occasion des désordres anatomiques effectués par les doses massives introduites dans le canal digestif. Dans ce cas l'absorption est presque nulle et l'Acide Phénique agit en qualité de poison corrosif.

L'Acide Carbolique s'exhale en grande partie par les voies respiratoires. La proportion dans l'air expiré est parfois si considérable qu'en faisant passer celui-ci dans une solution albumineuse, on en détermine la coagulation (Lemaire). Les glandes sudoripares sont également une voie d'élimination pour l'Acide Phénique, comme semble le démontrer l'état tuberculeux avec formation de bulles pemphigoïdes et désquaraation consécutive, de la peau des grenouilles soumises aux injections hypodermiques d'acide phénique par E. Labbée. Enfin 55 p. 100 (Auerbach) de la quantité ingérée traversent les reins.

On pouvait croire naguère que cet acide ne passait pas par les reins, du moms sans avoir subi des modifications chimiques qui le rendent méconnaissable, car Ilepp (de Strasbourg) l'avait vainement cherché dans l'urine

834 PHÉNOL, ACIDE PIIÉNIQUE, ACIDE CARBOLIQUE.

Mais Waldenstrom et A. Almen ainsi que notre compatriote L. Patrouillard ont été plus heureux. Ils ont pu retirer de l'urine de plusieurs sujets empoisonnés, une quantité notable d'Acide Phénique d'apparence huileuse, ayant sa fragrance ordinaire et reconnaissable à toutes ses réactions, c'està-dire colorable en violet par le perchlorure de fer, en bleu au contact de l'ammoniaque et des hypochlorites alcalins, et donnant par l'acide nitrique fumant de l'acide picrique teignant la soie en jaune. Il n'en est pas moins vrai cependant qu'une partie de l'A. Phénique introduit dans l'économie se décompose pour former de l'Acide phénylsulfurique (Hoppe-Seyler et Buliginsky, Baumann) ou des éthers conjugués du Phénol, de l'hydroquinone, etc. (Binnendijk), qu'on retrouve dans l'urine. D'après Baumann et Preuss, il faudrait rapporter à l'hydroquinone la coloration brune de l'urine après l'usage du Phénol.

D'ailleurs, la présence de l'Acide Phénique ou de ses dérivés d'oxydation dans l'urine serait parfois accusée par la coloration brune très foncée ou presque noire (Haaxman) de ce liquide excrémentitiel, coloration disparaissant par l'ébuUition avec un alcali et n'ayant aucun rapport avec la matière colorante du sang, puisque l'albumine était complètement absente.

Cette mélanurie est surtout marquée quand le Phénol est absorbé par la peau, et n'a qu'une importance secondaire en clinique. Elle n'indique nullement la saturation de l'organisme par le médicament, ainsi qu'on l'a cru.

Les empoisonnements par l'Acide Phénique se sont beaucoup multipliés depuis quelque temps. De petites doses ont été quelquefois funestes. Chez les enfants, 12 centigr. à l'intérieur; chez les femmes, 2 décigr.; chez les hommes 3 à 4 grammes, ont suffi pour déterminer la mort. L'empoisonnement s'est effectué de bien des manières, volontairement ou plus souvent par suite d'une méprise ou de l'action excessive des doses administrées en vue de guérir, soit par la bouche, soit par le rectum ou en applications topiques sur une plaie ou bien sur une région étendue de la périphérie cutanée. Du reste, de tels accidents sont très rares en France, où l'on n'administre l'Acide Phénique qu'avec une grande réserve.

Toutefois la généralisation de la méthode listérienne dans les services de chirurgie a multiplié les cas d'intoxication. Ceux-ci sont à la vérité rarement mortels, mais ils ne laissent pas que d'être souvent inquiétants. Tantôt ils sont aigus et caractérisés par les accidents signalés plus haut; tantôt ils ont une marche chronique ou mieux moins rapide. On observe alors de l'inappétence, de l'apathie, un aspect misérable (Bardeleben), des vomissements, du mal de tête, une augmentation des sulfophénates dans l'unne et une diminution des sulfates (Sonnenburg).

Les lésions anatomiques observées à la suite des empoisonnements sont les suivantes : muqueuses buccale, pharyngienne, œsophagienne blanches et corrodées; altérations analogues dans la portion sous-diaphragmalique du tube digestif jusqu'au jéjunum ; congestion sanguine des reins, des poumons de l'encéphale et de ses enveloppes ; sinus gorgés de sang noir, pois-

PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE, ACIDK CARBOLIQUE. 83o seux, très altéré, suivant Ferrand et Binnendijk; odeur d'Acide Phénique exhalée par tous les viscères, cerveau, l'oie, raie et poumons.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les synergiques de l'Acide Phénique sont les aromates elles astringents doués d'une grande puissance ou pouvant même devenir escharotiques. Ses succédanés sont l'acide sulfophénique et les sulfo-carbolates alcalins ou terreux, l'acide crésylique, la créosote, la pyrothonide ; les goudrons et spécialement le goudron de houille ou coaltar. Ses analogues comme parasiticides et antizymotiques sont le camphre, les tanniques, le borax et le silicate de soude (Dumas), les sels de quinine (Pasteur), mais surtout les essences et les alcooliques, dont les principaux sont avec l'alcool lui-même, l'essence d'Eucalyptus globulus, plus énergique même que le Phénol contre les bactéries; l'acide thymique, l'A. salicylique, l'A. picrique, l'A. benzoïque et la résorcine. Un mot, en passant, sur ce dernier agent nouvellement introduit dans notre matière médicale.

La Résorcine (angl. et ail. : Resorcin) est un Phénol diatomique, de la série aromatique C^H^O^, découvert en 1860 par Hlassivelh et Barth, de Vienne.

On peut l'extraire de quelques gommes résines : galbanum, asa-fœlida, gomme ammoniaque, etc., ou la préparer chimiquement. Elle est en cristaux blancs, à odeur phénique insignifiante, saveur sucrée, très soluble dans l'eau (95 p. 100), et soluble dans l'éther, l'alcool, la glycérine, la vaseline, etc.

L'industrie la fait servir à la fabrication de belles matières tinctoriales, et les médecins, lui reconnaissant toutes les propriétés du Phénol, légèrement atténuées cependant, laconsidèrentcommeun succédané précieux dece médicament et l'emploient avec plus de sécurité dans toutes ses applications ordinaires, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Sa facile solubilité dans l'eau, son odeur très peu marquée, sa toxicité réellement assez faible, la feront sans doute préférer à l'Acide Phénique, plus difficile à manier, dans ses applications internes. Son mode d'administration, ses doses sont les mêmes que ceux de ce médicament. Sous le nom de Phénolrésoi'cine, F. Reverdin a proposé pour les usages chirurgicaux de l'A. Phénique, le mélange de 67 de Phénol, 33 de Résorcine, 10 d'eau.

Substances incompatibles et antagonistes. — Antidotes, contre-poisons. — L'incompatibilité la plus évidente est celle qui existe entre l'Acide Phénique et l'acide azotique, puisqu'il en peut résulter non seulement de l'acide picrique, mais un mélange explosible. Calvert défend aussi d'employer les huiles siccatives comme véhicule, à cause de leur avidité pour l'oxygène qui les rend siccatives et favoriserait peut-être l'oxydation du Phénol lui-môme. D'ailleurs, malgré lè conseil de Calvert, les huiles en général ne peuvent contrarier en rien les elfets nuisibles de l'Acide Phénique, attendu qu'elles en sont l'un des meilleurs dissolvants et neutralisent dans une certaine mesure son action irritante sur les tissus. Le lait, recommandé par Ch. Robert, aurait, au contraire, l'avantage de laver les surfaces et de fournir une matière albuminoïde coagulable par l'agent toxique.

Si l'éther, l'alcool, la glycérine passent pour affaiblir l'action de l'Acide Phénique, c'est sans doute parce qu'ils servent à le diluer. L'huile de ricin, proposée en Angleterre, n'agirait qu'en qualité de purgatif. Quant au saccharate de chaux préconisé par Kunde, Husemann, etc., nous ne voyons pas bien quel pourrait être son rôle, et l'expérience n'en a pas été faite. En définitive, nous sommes assez pauvres en contre-poisons physico-chimiques, et dans un cas d'empoisonnement la meilleure ressource, en attendant le vomitif, serait encore le lait et l'eau albumineuse. Car je ne crois pas beaucoup à l'intervention utile des sulfates alcalins, déclarés cependant fort efficaces par Baumann, d'après certaines considérations chimiques, et par David Cerna, d'après des données expérimentales. Les antidotes dynamiques sont plus faciles à préciser, mais sont loin de se montrer efficaces, parce que les accidents généraux sont dominés par les désordres analomiques du côté du tube digestif. Cependant on peut employer avec avantage les opiacés et les narcotiques pour combattre la douleur et les troubles dont les viscères abdominaux sont le siège, et ces mêmes substances combinées avec les liqueurs spiritueuses ou les vins généreux serviraient comme stimulants diffusibles à réveiller les forces et à provoquer une réaction salutaire.

Si l'on était tenté d'opposer les anesthésiques aux désordres engendrés par le Phénol, nous renverrions aux expériences de E. Labbée, d'où il ressort que si une grenouille chloroformée n'a pas de convulsions, à la suite de l'injection phénique, elle n'en meurt que plus sûrement avec des doses de l'un et de l'autre agent qui, prises isolément, n'eussent pas été fatales.

En résumé, après l'évacuation du poison, les stimulants, y compris l'injection d'éther, les révulsifs cutanés, la respiration artificielle, les inhalations d'oxygène, seraient les moyens à mettre en œuvre dans l'empoisonnement par le Phénol.

Usages. — A peine introduit dans la matière médicale, le Phénol jouissait déjà d'une vogue extraordinaire. Il compte encore des prôneurs enthousiastes, qui pourraient en compromettre le succès auprès des hommes sérieux, s'il n'était facile de s'assurer que, sans être une panacée, l'Acide Phénique possède cependant un certain nombre de vertus thérapeutiques fort estimables. Ces vertus, il les doit en grande partie, selon nous, à l'extrême énergie de son pouvoir astringent. A ce titre, il peut être employé à tous les usages auxquels servent le tannin et les tanniques, l'alun, le perchlorure de fer : pour resserrer les tissus mous et blafards, tonifier la peau et les muqueuses, modérer les flux, arrêter les hémorrhagies, réprimer les végétations exubérantes. II est môme quelque peu anesthésique local à la surface du tégument externe.

L'Acide Phénique solide ou en solution saturée, peut même servir à faire périr et à déterminer la chute ou l'élimination de productions verruqueuses, papillaires, épithéliales, de ntevus, de cancroïdes. Toutefois, il ne faut pas oublier que ceux-ci ont mérité le nom de noli me langere et que l'action irritante de l'Acide Phénique pourrait être aussi nuisible dans ce cas que son

action caustique serait illusoire contre des masses cancéreuses proprement dites.

L'usage des solutions phéniquées légères contre les stomatites, les conjonctivites, l'otite externe, l'ozène, le catarrhe des voies uro-génitales, les brûlures, les ulcères sanieux, est donc parfaitement rationnel. Il est également légitime d'employer les solutions fortes, caustiques, sur les chancres, les ulcères de mauvaise nature, la pourriture d'hôpital; de les introduire dans les cavités remplies de produits ichoreux, fétides.

On peut encore remplacer avantageusement l'essence de girofle ou la créosote par l'Acide Phénique pour cautériserle nerf dentaire, au fond d'une dent cariée, et supprimer la douleur névralgique. Mais nous ne croyons pas qu'il ait une importance réelle pour la cautérisation des piqûres d'abeilles ou de guêpes, ni surtout pour celles des serpents venimeux et, loin de partager à cet égard la confiance de M'Goy ou de Hood, nous craignons que l'action styptique et coagulante du Phénol ne soit un obstacle à sa pénétration dans les plaies étroites et profondes faites par ces animaux dangereux.

Les qualités astringentes de l'Acide Phénique lui assignent aussi une place éminente parmi les antiputrides, à côté et même au-dessus du tannin et des autres substances analogues. Nul doute ne peut s'élever sur son pouvoir de préserver la viande de la putréfaction et par conséquent de conserver les cadavres et pièces anatomiques; ni sur sa faculté d'arrêter une fermentation putride déjà commencée.

Ce n'est pourtant pas un véritable désinfectant, car il ne détruit pas les produits de la décomposition organique, ni ne supprime la fétidité. Il masque simplement l'odeur putride par son odeur propre, qui est loin d'être agréable.

Mais l'Acide Phénique ne parvient à suspendre la fermentation putride qu'au moyen de doses massives et probablement à la faveur de l'action coagulante qu'il exerce sur les matières albuminoïdes et particulièrement sur celles des organites jouant le rôle de ferments. En effet, il ne faut pas moins d'une solution au ou au ^ pour tuer les microscopiques auxquels on attribue les métamorphoses chimiques qui caractérisent les fermentations. Encore est-il que l'Acide Phénique est sans action sur les infusoires du sang (Danion), de même que les bactéries et les vibrions résistent à la créosote dans laquelle leurs germes peuvent se développer (Estor et Béchamp). De plus, on sait par les expériences de Lemaire, que les fermentations peptique, sinapisique, amygdalique, ne sont nullement entravées par le Phénol dissous ; il faut, en effet, pour agir sur leurs ferments, l'employer en nature ou en solutions concentrées. J'ai donc lieu de penser que cette substance n'mfluence les phénomènes de la fermentation ni par une simple action de présence ni par des effets pharmacodynamiques sur les organismes inférieurs, mais plutôt par son pouvoir chimique. Elle n'agit ni par catalyse ni par mtoxication, mais par une sorte de tannage et d'eschariflcation ou, si 1 on veut, de momification des tissus ou des êtres microscopiques

Dès lors on conçoit aisément l'efficacité de l'Acide Phénique, en solution

8oR PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE, ACIDE CARBOLIQUE.

moyenne ou forte, pour tuer sur place les parasites des deux règnes, désinfecter ou mieux désinfester les plaies et même des meubles ou des parties restreintes d'habitations ; mais on a peine à comprendre l'utilité de quelques gouttes d'un liquide phéniqué ou de vapeur de Phénol répandue dans l'atmosphère pour assainir de grands espaces, tels que des ateliers, des casernes, des salles d'hôpital ou des amphithéâtres de dissection.

Une pareille pratique est absolument illusoire et ne saurait conduire à aucun résultat, même alors qu'on se servirait de solutions concentrées. A plus forte raison ces fumigations phéniquées n'ont-elles aucune chance de succès contre les maladies infectieuses, et n'empêchent nullement leur propagation. Je ne saurais trop répéter que les expériences de laboratoire ont démontré rigoureusement la faible puissance du Phénol contre les microorganismes. C'est à peine si les solutions à ^ empêchent la reproduction des bactéries et si les solutions à ^ s'opposent à leur développement. Tandis que le bichlorure de mercure, l'A. thymique, l'A. benzoïque, etc., ont sous tous ces rapports une puissance incomparablement supérieure.

Pour les mêmes motifs et pour d'autres raisons encore nous mettons en doute la plupart des résultats annoncés dans le traitement des maladies générales par l'usage interne de l'Acide Phénique. Les espérances conçues par les praticiens ne seraient légitimes que si l'Acide Phénique était un poison dynamique des miasmes, ferments ou virus, à l'exclusion des organites normaux chez les animaux supérieurs. Dans le cas contraire, et l'action chimique exigeant des doses massives, il est permis de prévoir, comme nous l'avons dit ailleurs (traitement du choléra), que le sujet serait frappé aussi rudement que le parasite et que les globules sanguins périraient en même temps que les microzymas ou les bactéries. Un calcul bien simple nous permettra de fixer les idées sur ce point capital.

Nous avons vu que la proportion de ^ était nécessaire pour communiquer à une solution phéniquée une puissance nocive évidente sur les microzoaires et les microphytes ; c'est donc au moins la même quantité relative du principe actif qu'il faudrait introduire dans l'économie pour y tuer les germes infectieux. Comme la masse totale du sang peut être évaluée en moyenne à 5 ou 6 kilog., ce serait la quantité énorme de 30 grammes d'Acide Phénique qui devrait se trouver, à un moment donné, en circulation dans le sang d'un adulte pour être efficace. Or, cette effroyable masse est sept ou huit fois supérieure aux doses toxiques mortelles. La conclusion est facile à tirer, nous n'y insisterons pas. Mais, si je refuse à l'Acide Phénique le pouvoir d'anéantir dans le sang le miasme palustre, les poisons morbides de la fièvre typhoïde, du typhus, de la fièvre puerpérale et des infections purulente et putride, ceux de la variole et des autres fièvres éruptives, de la diphtérie, du charbon, de la morve et du farcin, de la syphilis et de la rage, je suis loin de contester à cet agent toute utilité dans les graves affections contre lesquelles on l'a préconisé.

S'il était vrai, comme l'affirme Béchamp, que l'Acide Phénique à doses non coagulantes est incapable d'entraver aucune fermentation commencée, mais

qu'il s'oppose alors efficacement à l'apparition des ferments organisés dans les mélanges les plus fermentescibles, il faudrait, de toute évidence, reconnaître à ce composé chimique des vertus prophylactiques à l'égard des maladies à ferments. Mais il s'en faut que cette démonstration ait été faite.

Nous dirons avec plus de confiance que l'Acide Phénique peut atteindre et détruire les causes infectieuses, comme les parasites, soit à la surface du corps, soit dans les premières voies. Par exemple, on l'appliquera avec succès sur le chancre, sur la pustule maligne (Estradère, de Luchon), sur l'accident initial de l'angine couenneuse contractée par contagion véritable. On en retirera également quelques avantages contre le choléra ou la fièvre typhoïde en neutralisant les miasmes dans les déjections et dans les matières encore contenues dans le tube digestif; mais, dans la fièvre typhoïde, il a été préconisé surtout comme antithermique, avec un succès réellement encourageant si l'on s'en réfère aux observations de H. Desplats (de Lille), Ramonet, Van Oye, Royer, Barbier, Déclat, etc., etc. On l'administre surtout en lavement, aux doses de 0,50 à 1 gram., répétées 4 à 5 fois par jour (Desplats). Dans ces conditions il augmenterait la proportion des guérisons et abrégerait la durée de la maladie; mais resterait toujours inférieur à la méthode de Brand (Frantz Glénard, Raymond). Vulpian lui préfère le phénate de soude et Déclat l'associe au phénate d'ammoniaque. Également le Phénol a donné de bons résultats contre la variole (Chauffard, Audhouy, E. Besnier et Goindet), mais seulement en faisant avorter les pustules (Lemaire, Horatio Yates) ou bien en neutralisant le pus virulent et les émanations odorantes, ce qui diminue ou supprime la fièvre putride secondaire; contre les autres fièvres éruptives en détruisant la virulence des squames ou en modifiant l'angine scarlatineuse (A. Keith). J'ajouterai à cette momenclature la fièvre intermittente, traitée par les injections hypodermiques d'Acide Phénique (Dorlat, Barberis, etc.) ou son administration interne (Stern); l'érysipèle, contre lequel Hiiter, de Greifswald, a préconisé les injections sous-cutanées de Phénol, propres suivant lui à opposer une barrière au mal, ce que confirment les observations d'Aufrecht (de Magdebourg) de Boeckel ; les affections diphtéritiques : croup et angine couenneuse, traitées avec des succès divers par les cautérisations phéniquées (Garnett, Taube), et l'Acide Phénique à l'intérieur, au demeurant méthode peu sûre; le rhumatisme articulaire (Kunze), le diabète (Ebstein J. Millier, H. Fischer, etc.), '

Dans le traitement des dermatoses l'Acide Phénique a été souvent préconisé, principalement dans les affections prurigineuses (Lailler, H. Rigaut) : lichen, eczéma, prurigo [injection sous-cutanée (Fleischmann) dans cette dernière afieclion] ; puis contre le psoriasis (Berdgen) et les maladies parasitaires : gale, sycosis; voire môme contre les furoncles, l'anthrax, l'acné (Peter Eade).

On a encore conseillé ce médicament comme anlhelminthique, utile même contre le taînia (AUison, Maxwell) et les ascarides vermiculaires (J.-S. Pearse).

L'Acide Phénique a été recommandé dans la coqueluche par Thorner, Ortille (Inhalations phéniquées) ; dans les affections catarrhales des voies respiratoires (Moritz), dans la pneumonie môme (Greenway), et dans l'asthme ; mais nous pensons qu'il a des indications plus précises dans la bronchite fétide, et surtout dans la bronchorrhée et le catarrhe purulent des bronches, dans les cas de relâchement atonique ou subinflammatoire des tissus de l'appareil respiratoire ou d'hémoptysie en rapport avec des ulcérations, des fluxions sanguines ou avec la diathèse hémorrhagique; dans la phtisie pulmonaire (Robert Munro, Hamilton, Anderson Finlay, Moritz, Tommasi, etc., etc.). Comme astringent et parasiticide le Phénol serait utile dans les dyspepsies atoniques et acescentes ainsi que dans les vomissements opiniâtres si souvent compliqués de sarcines (Roberts, N. Jones, E. Garraway, E. Labbée).

Enfin ce dernier observateur a pensé que l'action sédative de l'Acide Phénique pourrait être utilisée contre l'éréthisme vasculaire et l'exaltation calorifique de la fièvre, et ses prévisions ont été amplement justifiées par les faits cliniques.

Les applications externes du Phénol, sont, outre celles que j'ai eu déjà l'occasion d'énumérer, les suivantes : Il a été proposé pour insensibiliser la peau par Bergonzini, sans grands avantages à mes yeux; comme agent de révulsion ou de vésication (Henderson); pour faire avorter les bubons (Moorse Taylor), les abcès chauds ouïes phegmons (en bains locaux, d'après Verneuil, en injections sous-cutanées, suivant la pratique deHueter); pour guérir l'hydrocèle (J. Lévis), les kystes tendineux ou ganglions (Strohmayer) ; calmer (injection hypodermique) une névralgie rebelle (Merten), le rhumatisme musculaire (Goldbaum) et détruire les héraorrhoïdes (Anarino, Cottuvali). Cette dernière application est surtout usitée en Amérique, où les observations d'Edmond Andrews ont eu un certain retentissement. Dans presque tous ces cas on procède par injection hypodermique d'une solution phéniquée plus ou moins concentrée suivant le but que l'on se propose.

En gynécologie, les solutions phéniquées servent de liquide à la fois astringent et désinfectant, cathérétique même, contre la métrite ou dans le traitement des suites de couches (Abbeg, Schiilein, etc.).

Je ne m'étendrai pas ici bien longuement sur les applications de l'Acide Phénique aux pansements chirurgicaux. J'ai dit ailleurs {Archives de médecine, 1872) que ses solutions n'ofl'raient sur les autres antiseptiques usités aucun avantage spécial, me fondant sur les premières observations anglaises et sur les miennes propres faites pendant la guerre francoallemande. Mais depuislors la méthode s'est singulièrement modifiée, etaux simples pansements par l'eau phéniquée s'est substitué le «ys/ème de Lister, décrit déjà en 1867, dans lequel l'Acide Phénique joue sans doute un rôle fort important, mais qui en réalité est complexe et ne doit peut-être pas toute sa valeur, très grande, tout le monde le reconnaît aujourd'hui, à cet antiseptique.

Je ne puis ici entrer dans l'étude de celte méthode qui a fait faire à la

PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE, ACIDE CARBOLIQUE. 861 chirurgie un immense progrès ; elle est décrite maintenant partout, je me contente d'indiquer qu'elle empêche la putridité des plaies, diminue ou écarte la suppuration, facilite la réunion par première intention ou la cicatrisation ordinaire, et restreint beaucoup les complications des traumatismes : infection purulente, inflammations, septicémie, érysipèle, etc.

Aussi bien la mortalité après les grandes opérations telles que l'ovariotomie, les amputations, résections, ablations de tumeurs, etc., celte mortalité a diminué dans des proprotions inouïes, et l'au-dace chirurgicale est devenue presque excessive. De telle sorte que malgré sa complexité, malgré la dépense de temps qu'elle exige, la méthode listérienne est actuellement universellement adoptée.

Modes d'emploi. — L'Acide Phénique est administré quelquefois en inhalations par les voies respiratoires. Tantôt on se contente de respirer les vapeurs qui se dégagent d'un simple flacon, tantôt on multiplie les surfaces d'évaporation à l'aide d'un émana ie«?' semblable aux goudronnières, ou bien on aspire l'air chargé de vapeurs phéniques qui se dégagent d'un appareil à double tubulure. On pourrait dans le même but se servir d'un appareil perfectionné proposé par le docteur Chéron, pour les inhalations d'essences oxygénées. Tanret prépare des trochisques phéniques, analogues aux clous fumants et qu'on brûle comme eux, d'un emploi très commode pour toutes les fumigations phéniquées, et que j'ai vu réussir particulièrement dans la coqueluche. Plus ordinairement l'Acide Garbolique est usité en potion et surtout sous forme de lotions ou ^'irrigations, quelquefois de pommade ou àe savon. Selon le but qu'on se propose, on emploie des solutions plus ou moins concentrées. La proportion varie de 1 à 50 parties pour 1000 p^ d'eau alcoolisée au 1/10.

En France on se sert plus habituellement des titres faibles, savoir, des solutions au 1/1000 ou au 1/5000. En Angleterre, au contraire, les doses sont généralement forcées et la solution d'Acide Phénique à 2 p. 100 est comrau-^ nément employée pour l'usage externe, comme astringent et antiputride ou comme léger irritant et modificateur des surfaces affectées de lésions chroniques. La méthode de Lister emploie des solutions aqueuses au 20^ au 40« et au 300% ou des huiles phéniquées, moins irritantes. Une solution dans l'huile d'olive à 1 0/0 a été proposée contre la gale par Frissard, bien inutilement, ce me semble.

Nous recommandons formellement les solutions faibles. Même en chirurgie on n'a besoin que par exception des solutions fortes, dont il faut user avec modération. Pour l'emploi médical, la prudence est encore plus obligatoire.

En lavement on ne doit pas administrer plus de BO centigr. de Phénol dans 150 à 200 grammes de véhicule, puisque 9 décigr. ont produit un empoisonnement chez un enfant de dix ans.

A l'intérieur, la dose maxima de 16 grammes ne doit jamais être prescrite; les doses de 1 à 4 grammes généralement conseillées sont parfois exagéréeset doiventôtreréduites à 0«',50 ou 1 gramme. Encore vaut-il mieux

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