EN CO.NCORDANCE AVEC LA DERNIÈRE ÉDITION DU CODEX
Et son Supplément (1895)
par
Ernest LABBÉE
Ancien interne des hôpitaux, ex-clieC de clinique adjoint et lauréat de la Faculté de médecine, , Ancien président do la Société do thérapeutique
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La dernière édition du Codex remonte à l'année 1884 et le Supplément de ce livre officiel vient de paraître. Or cette période, 1884 à 1895, représente dix années d'un labeur considérable, pendant lesquelles les recherches multipliées des chimistes, des physiologistes et des thérapeutes nous ont valu la découverte de nombreux médicaments, dont plusieurs sont d'une réelle valeur et déjà consacrés par l'usage. Il manquait aux nouveaux remèdes la consécration officielle. Fallait-il donc pour la leur donner, remanier le Codex de 1884 et le g'rossir des acquisitions de la science récente? La Commission nommée (1) pour étudier cette question a pensé qu'un supplément suffirait, dans lequel elle inscrirait les agents médicamenteux vraiment utiles et, d'autre part, insérerait les quelques corrections qu'une expérience plus longue de dix ans avait rendues nécessaires — relatives aux médicaments classés.
Telle a été l'origine du Supplément du Codex et, parallèllement ou comme conséquence, de cette étude qui n'est elle-même qu'une suite aux Commentaires thérapeutiques du Codex.
J'ai plaisir h. dire que ce résumé bien succinct des recherches thérapeutiques élaborées pendant cette période décennale, m'a donné la grande satisfaction de constater et d'enregistrer de réels progrès dans l'art de guérir. Nous sommes, en effet, de plus en plus armés pour combattre les maladies et nos armes deviennent plus sûres, précises et bonnes. Il est manifeste aussi que la chimie nous les fournit ces armes perfectionnées on grand nombre chaque année, tandis que le vieil arsenal des simples est de moins en moins mis à contribution. Le temps pourrait bien n'être pas très éloigné où la parole de Syden-
Drés\din^''r^!i'.°'''"'Mt? "ï"'^' Brouardel, président; Planchon, vice-
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g PRÉFACE.
ham, « sans opium pas de médecine possible », aura cessé d'être juste, car nous possédons des soporifiques, des analgésiques qm ne le cèdent guère en puissance, en innocuité à cet héroïque méd.cament.
Mais si le temps change rapidement nos formules thérapeutiques, est-ce à dire qu'il supprimera cette matière médicale où les médecins ont trouvé leurs prescriptions depuis plus de vingt siècles? Les progrès actuels, j'oserai dire les progrès futurs n'iront pas jusque-la. Sans doute nous venons d'être éblouis par la merveilleuse découverte du vaccin antidiphtéritique, et la sérumthérapie nous promet encore d'autres prodiges dans cette recherche des spécifiques. Toutefms il y a d'autres maladies que celles à espèces microbiennes, et longtemps encore la thérapeutique devra manier les médicaments, tout en cherchant à les rendre plus parfaits, c'est-à-dire puissants contre la maladie, inoffensifs pour le malade.
J'applaudis donc aux efforts des médecins dont les travaux ont rendu nécessaire la publication du Supplément du Codex, pour le bien de l'humanité souffrante. .
Un corps savant auquel j'ai l'honneur d'appartenir, la Société de thérapeutique, a contribué pour une large part aux progrès accomphs depuis dix ans dans l'art de formuler. J'ai cité dans les pages qui suivent, les noms de presque tous ses membres, médecins ou pharmaciens, car mes distingués collègues ont largement participe au mouvement scientifique dont je vais résumer l'intéressante histoire.
L'un d'entre eux, hélas! disparu, le très éminent Dujardm-Beaumetz. a surtout pris à ces études nouvelles une part importante avec le talent et l'activité d'un Maître. Son œuvre thérapeutique remarquable à bien des titres, place son nom à côté de ceux des Trousseau,
des Pidoux, des Gubler.
Cette iustice rendue aux travaux français, je dois constater avee resret que nos thérapeutistes ont tait surtout et simplement œuvre de contrôle et de perfectionnement, le plus souvent. Nos nouveaux médicaments viennent pour la plupart de l'étranger, de telle façon qu au C de donner le mouvement nous l'avons suivi. Manquer.ons-nous iL d'esprit d-initiative ; la faculté de créer, de découvrir tera.t-elle d faut à nos savants? Je ne le crois pas. Aujourd'hu. les travaux o laux sortent des laboratoires, de ceux qui son. part.cul, rement b n outillés; or nos lal>oratoires français ne possèdent pas les res-
sources de ceux de l'Allemagne et d'autres pays encore ; de plus ils ont, je dirais volontiers, trop d'indépendance. Donc l'union, le consensus qui faciliteraient l'effort scientifique et le rendraient plus profitable, la concentration des forces pour atteindre un même but, l'union, la solidarité dans le travail, tous ces éléments de cohésion ont le plus souvent manqué ici dans les recherches thérapeutiques ; les chercheurs se sont trop isolés au lieu de s'unir entre eux.
Si la bactériologie marche si rapidement à Paris, si chaque jour, chaque heure marquent un progrès dans son histoire, le mérite en revient non seulement à l'initiative, au génie de notre grand Pasteur, mais aussi à cet admirable Institut qui porte son nom. Là travaillent dans un milieu des plus remarquables les Duclaux, les Roux, Ghamberland, Metchnikoff, Grancher, Strauss, Nocard, Chantemesse, etc., Maîtres tous unis dans l'effort commun pour développer ces sciences nouvelles : la microbiologie, la sérumthérapie.
En définitive je crois que l'avenir est aux associations de chercheurs vivant sous le même toit, dans la même atmosphère, formant une communauté scientifique fortement cimentée, s'avançant à la conquête du progrès comme une armée disciplinée et entraînée s'avance à l'ennemi : avec cohésion, ordre et tactique.
Mais ce n'est ni le lieu ni le moment de parler de réformes, je présente simplement une explication et j'indique un but à atteindre avec la route qui me semble la meilleure.
Peu importe la voie, ce que j'appelle de tous mes vœux, c'est la prépondérance française sur ce terrain de la thérapeutique parcouru brillamment souvent par les médecins de notre pays.
Cette digression m'a entraîné un peu loin de mon sujet, j'y reviens bien vite pour exposer les tendances actuelles des thérapeutes.
Ils ont surtout étudié et continuent de fixer leur attention sur quelques grands groupes de médicaments : les antithermiques, les analgésiques, les soporifiques, les cardiaques et les antiseptiques.
Les antithermiques ne me paraissent pas avoir donné les résultats chniques pratiques qu'on pouvait attendre de leur puissante action contre les températures fébriles. Ils sont ou dangereux ou insuffisants et ne raccourcissent pas d'un instant le cours cyclique des pyrexies. L eau froide demeure encore jusqu'à nouvel ordre, le meilleur et le plus moffensif des antithermiques, dans la majorité des cas.
Les analgésiques ont plus de valeur : bon nombre d'entre eux son
d'une utilité incontestable et resteront dans notre arsenal thérapeutique.
Également les soporifiques ont enrichi la matière médicale d'agents précieux et utiles pour combattre l'un des symptômes les plus pénibles dans les maladies, l'insomnie.
Nos nouveaux médicaments cardiaques sont à ce point puissants, qu'ils nous rendent la lutte plus facile dans les cardiopathies, aussi longtemps que la dégénérescence n'a pas profondément détruit le tissu du cœur.
Les antiseptiques n'ont pas beaucoup répondu aux espérances des médecins. Puissants, in vitro, contre les microbes pathogènes, ils ne parviennent guère à les atteindre dans l'organisme humain, et puis ils sont d'ordinaire impuissants contre les toxines.
De telle sorte que le médicament utile contre le microbe pathogène demeure toujours inconnu. Un pareil spécifique devra se trouver sans doute en dehors de la matière médicale. Espérons que la sérumthérapie est bien la voie nouvelle dans laquelle les chercheurs doivent résolument s'engager pour triompher des maladies microbiennes ou spécifiques. Déjà les affections diphtéritiques, le tétanos, la variole même, cèdent devant la bienfaisante injection, et il y a lieu de croire que, dans un temps qui n'est pas éloigné, des vaccins nouveaux viendront donner à nos méthodes curatives médicales, la puissance que l'antisepsie apporte chaque jour à la chirurgie. La thérapeutique inaugure, ce n'est pas douteux, une ère meilleure; elle devient réellement l'art de guérir, quoique très limité encore, j'en conviens, dans ses applications. Au lieu de borner invariablement ses efforts à la science des indications, c'est-à-dire d'opposer au symptôme morbide l'effet pharmacodynamique contraire, les contraria contrariis, elle tue le mal dans ses germes. Malheureusement le champ de la pathologie est illimité et, pour un ennemi qui désarme, d'autres ennemis, par troupes pressées, continuent la lutte. Aux médecins donc, aux thérapeutistes, en particulier, le devoir de poursuivre la défense par l'étude toujours active des médications et des médicaments.
EuNEST LaBHÉE.
Seplemlirc 189!).
THÉRAPEUTIQUES
DU
CODEX MEDICAMENTARIUS