EXPORTATIONS DE LA NOUVELLE-GRENADE
La valeur annuelle des exportations de la Nouvelle-Grenade, basée sur la moyenne des dernières années, dont nous publierons le relevé dans un ouvrage spécial , présente le résultat suivant :
Monnaies d’or et d'argent* et or en poudre, pour une valeur de* . fr.
Les cotons* pour une valeur de . »
Les cuirs, » . . »
Les mules, les chevaux, le tabac, le sucre, le bois de
teinture, le cacao, etc., pour une valeur de . »
Or en poudre qui sort frauduleusement du pays, pour une valeur de . »
Total des exportations. . . fr. 15,000,000
On voit, d’après ce qui précède, que l’or et J’argent monnayés et l’or en poudre tiennent le premier rang parmi les produits que le pays donne en échange pour les marchandises qui lui sont apportées du dehors.
C’est à peu près dans les mêmes proportions, que les divers pays qui contribuent aux importations à la Nouvelle-Grenade, prennent part aux exportations de ce pays.
Les exportations de la Nouvelle-Grenade par les ports de l’Océan pacifique, s’élèvent annuellement environ à une valeur de. ... fr. 1,500,000
Depuis l’établissement de la navigation à vapeur sur l’Océan pacifique, tous les ports de la côte occidentale de l’Amérique du sud ont gagné plus d’importance, et celui de Panama est destiné à reprendre ses anciens avantages, comme point de jonction des deux océans et la voie la plus courte pour les voyageurs et les marchandises qui se rendent de l’une dans l’autre des deux mers.
Le passage actuel par l’Isthme est peu propre au transport des marchandises, et seulement celles dites légères pourront dès à présent venir par cette voie, mais un grand changement se prépare dans cette partie de l’Amérique : depuis que les États-Unis sont en possession d’une partie de la Californie, un nouveau service à vapeur a déjà été organisé par eux pour lier le commerce de l’Orégon, de la Californie et de tous les points de la côte avec celui de Panama. La présence permanente des Américains du nord sur les lieux provoquera immanquablement et avant peu l’ouverture d’un canal ou d’un chemin de fer à travers l’Isthme.
En attendant qu’une nouvelle voie soit ouverte pour se rendre de l’un dans l’autre océan,. nous croyons que quelques indications sur le passage actuel ne seront pas sans utilité.
A l’endroit où dans la mer des Antilles débouche la rivière dite le Chagrès, se trouvent une barre et une passe étroites qui ne permettent l’entrée qu’à des navires d’un faible tonnage et d’un tirant d’eau de 10 à 12 pieds au plus. Quant aux bâtiments un peu forts, ils sont obligés de rester en rade à un mille
IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS
ou deux de l’embouchure de la rivière, et le mouillage y est fort mauvais surtout dans les mois où soufflent les vents du nord.
Le village de Chagrès se trouve si près des bords de la rivière de ce nom que lorsque les eaux grossissent, elles baignent le pied d’une partie de ses maisons ou plutôt de ses huttes, car toutes les habitations sont en bambous et couvertes de feuilles de palmier. La population ne se compose que de nègres ou de mulâtres. Une chaleur forte et pénible, se combinant avec l’humidité, rend naturellement cet endroit malsain. Cependant, on en a beaucoup exagéré l’insalubrité : il suffit aux Européens nouvellement débarqués, pour se soustraire aux maladies, d’éviter tout excès et de ne s’exposer ni à la pluie ni aux rayons du soleil. La saison pluvieuse dure de 7 à 8 mois, en commençant en avril et en finissant en novembre ou décembre ; dans les autres mois de l’année, il n’y a à craindre que les inconvénients de la chaleur pour ceux qui la supportent difficilement; du reste, le thermomètre de Réaumur ne s’élève guère au-delà de 25 à 26 degrés.
La distance à parcourir pour se rendre de Chagrès à Panama est de vingt et une à vingt-deux lieues, dont quatorze à quinze par eau jusqu’au village de Crucès, et sept par terre depuis ce dernier point jusqu’à Panama.
Le Chagrès a peu de largeur; mais sa pente douce et son cours paisible offrent une navigation commode ; pendant trois à quatre lieues, ses eaux ne sont pas potables, attendu que celles de la mer viennent s’y mêler. On n’a, pour remonter la rivière, que des petits canots effilés faits d’un seul tronc d’arbre et que l’on appelle dans le pays cayucos; ils sont conduits à rames par des hommes ; le milieu en est recouvert avec des branches de palmier disposées en cintre : c’est sous cette couverture, dont la hauteur ne dépasse que ce qu’il faut absolument pour pouvoir se tenir assis, que le voyageur se met à l’abri du soleil et de la pluie; l’espace est tellement réduit qu’il y a à peine place pour deux personnes et de légers bagages. Les canots qui ne transportent que des voyageurs emploient ordinairement un jour et demi à deux jours pour se rendre jusqu’à Crucès. Quant aux canots qui remontent avec des marchandises, comme ils sont plus grands et plus pesants, il est rare qu’ils mettent moins de quatre à cinq jours pour arriver au même point. Ces derniers portent quarante à soixante charges, c’est-à-dire quatre-vingts à cent ballots, les ballots étant, l’un dans l’autre, de la grosseur d’une malle ordinaire et pesant chacun de cinquante à soixante kilogrammes.
A partir de Crucès, où, comme nous l’avons dit plus haut, on quitte la rivière, le voyage se continue parterre à dos de mules. Il existait autrefois jusqu’à Panama un chemin pavé qu’avaient fait construire les Espagnols; mais ce chemin n’ayant pas été entretenu, on n’en voit de traces, dans certains endroits, qu’à une accumulation de grosses pierres déplacées, au milieu desquelles cavalier et monture risquent de tomber et de s’estropier à chaque instant; dans les lieux bas, qui, dans les temps de pluie, se convertissent en marais, on court de plus le risque de rester embourbé et même de se noyer. Le prix du transport des marchandises est, par charge, de Chagrès à Crucès, sur les embarcations, de deux et demie à trois piastres, et, de Crucès à Panama, à dos de mules, de trois piastres; donc en tout, cinq et demie à six piastres.
PAR LES TORTS SITUÉS DANS L’OCÉAN PACIFIQUE