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L'histoire de la construction des navires à Québec, peut se diviser en trois périodes. La première, de 1708 à 1787, est celle de son enfance ; on la voit faire ses premiers pas; sa démarche est mal assurée ; cependant, à mesure qu’elle approche de 1787, on la voit se raffermir sensiblement.
Sa deuxième période, celle de son éclat, peut s'étendre depuis 1787 jusqu’en 1867. Durant cette période, elle a subi des fluctuations nombreuses, mais en somme, elle a vu ses plus beaux jours.
Sa troisième période, ou celle de sa décadence, commence en 1867 ; elle n’est pas finie, et aujourd’hui encore, la construction des navires à Québec est dans un état critique. Depuis plusieurs mois cependant, on étudie beaucoup les moyens de la faire revivre, et l’on espère bien fort qu'elle ressuscitera, prospère et brillante comme avant, moyennant certaines conditions dont je parierai plus loin.
Les premiers colons français se mirent à construire des navires pour le service des communications intérieures et aussi pour traverser l'océan, Les navires qu'ils construisaient étaient d’un petit tonnage et ne dépassaient guère en dimensions les bateaux qui servent aujourd'hui au cabotage. Ils n'avaient, il faut le dire, comme modèles que les navires laissés par Jacques Cartier dans la rivière St. Charles, entre l'Hôpital de la Marine et la Pointe-aux-Lièvres; l’un deux, la Petite Hermine, ne jaugeait que 120 tonneaux.
Ce fut en l’année 1703 que fut inaugurée la construction des navires dans l'Amérique du Nord, et c’est Québec qui réclame l'honneur d’avoir donné le jour, sur les bords de la rivière St. Charles, à la première coque canadienne qui ait traversé l'Atlantique.
Jusqu'en 1715, l'histoire de la construction des navires
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à Québec est fort obscure; à n'existe pas de documents qui permettent d'en nouer le fil. Un manuscrit, rédigé par un M. Urquhart, et que M. N. Rosa, constructeur de navires, avait en sa possession, a été perdu dans l'incendie du 24 mai 1870. Il donnait l’histoire de la construction des navires à Québec jusqu'en 1818. Quoiqu'il en soit, il est connu qu’en 1715, on construisit plusieurs navires à Québec, et qu’en 1722, de l’Anse de l'Hôpital de la Marine, on mettait à l’eau six navires d’un tonnage considérable pour l’époque.
Dans la suite du temps, la France, ayant à lutter contre de fortes puissances maritimes, l'Angleterre entr'autres, voulut se faire forte sur mer comme elle l'était sur terre. Mourcpas, ministre de la marine sous Louis XV, s'occupa séricusement de la question. Il s’adressa au Canada, et pour donner une forte impulsion à l'industrie navale, offrit une prime de 500 francs pour chaque navire de deux cents tonneaux, construit à Québec, et vendu en France. Malheureusement, cette offre n'eut pas l'effet désiré. La construction navale resta en embryon jusque vers l'année 1787. La guerre de sept ans et les troubles occasionnés par la conquête peuvent certainement être mises au nombre des causes qui entravèrent ses premiers pas.
C'est en 1787, près de trente ans après la conquête du Canada par l'Angleterre, que l’industrie navale à Québec a vraiment pris son essor.
En 1788, dix-neuf navires sortirent des chan s de Québec; ils représentaient 1,452 tonneaux; mais l’année suivante, en 1789, le nombre des navires se trouva nus que triplé: cinquante-huit se firent enrégistrer à la . eicon de douane ; leur tonnage collectif s'élevait au cbiiis Ad 2,8C5 tonneaux.
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notable et dans le nombre et le tonnage des navires.
Voici la statistique # pour cette période :
Année, Nombre de navires, Tonnuge,
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En 1799, le: construction des navires s prit un grand
élan ; la moyenne des navires que l’on construisait
alors, ne dépassait pas cinquante tonneaux, parce que
l'on ne croyait pas qu'il fût possible de passer l'océan .
avec un navire jaugeant plus de deux cents tonneaux. Mais, en 1799, les constructeurs s'enhardirent. On mit sur chantier la quille d'un navire de 500 tonneaux ; c'était le premier navire qui eût des proportions aussi considérables. Cette année là, il y eut 82 navires de mis à l’eau ; ils représentaient collectivement 6,188 tonneaux, différence en plus de 5,050 tonneaux sur l’année précédente.
Depuis 1800 jusqu’en 1810, une décade, la statistique douanière nous donne les chiffres suivants :
Année. Nombre de navires. Tonnage.
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* Statistiques de M. Chrys. Langelier, Annuaire de l'industrie, 1873.— (C'est avec un plaisir sincère que je vois ici le nom de mon ami, M. Chrysostôme Langelier, le modeste et savant écrivain et statisticien.
F1 C. de P-R.)
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Année. Nombre de navires. Tonnage.
1804 DD. mu sad cet MO ê 1805 Theses. 0 M0 E 1806 AB on ds es 2,002 d 1807 MAS 5 6100 f 1808 D se ne 0 AU } + 1809 OT - sn. Hi | MAO th Con TAOUE che re 1 5,533 j é En 1811, la construction eut un regain de vie ; 64 navi- É 4 res dont le chiffre 13,691 marque le tonnage collectif, É sortirent des chantiers québecquois. L'année suivante, 1812, le nombre des navires tomba à 84 et le tonnage à 6,941 ; en 1818, autre diminution de moitié : nombre de navires construits, 18; tonnage, 3.815. L'industrie navale se maintint dans cette note jusqu’en 1823. Voir % les statistiques suivantes : | Année. Nombre de navires. Tonnage.
1814 DE. or. rex - MiOUU | 1815 99... we + … 8400 | 1816 de nn nn. VO 1817 AG Os we ve 8000 À 1818 DRE 0 we 0900 1819 D + JO 1820 LE us US 1821 QÙ ns ‘ue 9808 1822 0e js ses ve UND 1823 QE sen ve ve CU 0 10,498 En 1828, on construisit un gros navire, le Columbus,
jaugeant 8,690 tonneaux ; il fut mis à l’eau à l'Ile Ce navire périt en revenant d'Angleterre.
En 1824, on en construisit un autre, le Baron de Renfrew, jaugeant 5,888 tonneaux. H fut mis à l’eau à Québec. Sa hauteur, prise du couronnement de la quille, était de cinquante pieds; sa largeur de 80, sa longueur de 309 pieds anglais. Le Baron de Renfrew
d'Orléans.
fit naufrage à Gravelines.
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Voici les raisons pour lesquelles on leur avait donné ces dimensions : c'étaient des cargaisons flottantes de bois de construction, que l’on voulait faire entrer franco dans les ports anglais où les navires étaient admis en franchise, et le bois grevé d’un droit énorme d'importation. C'était de la contrebande fantaisiste.
En 1825, le nombre et le tonnage des navires canadiens atteignirent des chiffres sans précédents: nombre des navires, 83; tonnage, 24,592.
Ci-suivent les statistiques jusqu’en 1880:
Année. Nombre de navires. Tonnage.
CU NE Te 0 A ue OÙ cn dl TR ins oeil es soc O0
LOU nn ce 4 D non a. GI Parmi les navires qui furent construits à Québec en 1830, on en remarque un qui jaugeait 1,869 tonneaux. Insensiblement les proportions des navires augméñtaient. Reprenons nos statistiques :
Année. Nombre de navires. Tonnage.
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Année. Nombre de navires. Tonnage.
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En 1849, Québec avait vingt chantiers, Montréal autant, le district de Gaspé huit et Trois-Rivières quatre.
Au nombre des navires construits en 1862, ily en eut un de 1500 tonneaux.
En 1853, 89 navires sortirent des chantiers québecquois ; tonnage, 54,028; différence de 18,288 tonneaux avec la meilleure année jusque-là, 1847, qui eut à son crédit 74 navires et 85,740 tonneaux. Parmi ces navires, il-yen eut dont la jauge variait depuis 1000 à 1800 tonneaux; quelques-uns d’entre eux étaient de fins voiliers. On cite le Boomerang qui accomplit alors la traversée la plus rapide qui eut jamais été faite entre Québec et l'Australie, aller et retour. Le Shooting Star; de 1520 tonneaux, et l'Arthur the Great, de 1600 ton. neaux, construits par M. W. Lee, dans son chantier près la Pointe-aux-Lièvres, ont été longtemps au service de l'Angleterre en qualité de transports; l’un d’eux le Shooting Star à fait entre Plymouth et Malte la même prouesse que le Boomerang ‘entre Québec et l'Australie. Bon nombre de ces navires se vendirent £13 105. le tonneau et rapportèrent des bénéfices énormes aux constructeurs. Aujourd'hui, les navires construits au Canada se vendent £10 10s. le tonneau. *
L'industrie navale était entrée dans sa période d'éclat et de prospérité; ce fut l’âge d'or pour elle et les
# $42 = 210 pesetas.—El, C. de P-R.
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ouvriers canadiens. L'activité régnait partout dans les chantiers, nuit et jour; cette activité se communiquait à l'atelier, au magasin où tout prospérait/par suite de l’aisance dans laquelle vivaient les ouvriers. Le charpentier canadien est, règle générale, très-habile, trèslaborieux et très-âpre à la besogne. Aussi ses bras étaient toujours occupés. La vie était à bon marché et la circulation du numéraire était considérable. On voyait à peine de pauvres gens: les ouvriers allaient au chantier, vêtus d’habits dont aujourd’hui ils feraient leurs beaux dimanches.
Cet état de choses dura jusqu’en 1867 ; avec le début de la Confédération en 1867 coïncide la grande décadence de la construction des navires à Québec. La crise commença à se faire sentir en 1857; le tonnage des navires canadiens sur les bords de la rivière St. Charles tomba de 88,644 tonneaux en 1857 à 20,518 tonneaux en 1858, et à 14,468 en 1859.
Quelques statistiques depuis 1854 jusqu'en 1868 serviront de renseignements sur la situation.
Année. Nombre de navires. Tonnage.
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En 1868, la France accorda l'entrée en franchise des navires canadiens à la condition d’une réduction de droits sur les vins français. C’est sous le consulat de M. Gauldrée-Boileau que cette convention eut lieu. Le droit imposé sur les navires canadiens en France était
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nominal, 2 francs, je crois Au Bour DE DEUX ANS, SANS MÊME EN PRÉVENIR LE GOUVERNEMENT FRAN- GAIS, LE CANADA RETIRA A LA FRANCE LA FAVEUR QU’IL LUI AVAIT ACCORDÉE. Le procédé était, on en conviendra, pour le moins cavalier ; le gouvernement français, mécontent de la conduite du Canada à son égard, imposa des droits d'entrée considérables sur les navires Canadiens, quarante francs par tonneau, comme aujourd’hui, si mes renseignements sont exacts. Lorsque la convention fut établie, l'industrie navale, au Canada, comme la bougie avant de s'éteindre, eut trois ans durant des lueurs brillantes; elle se ranima au point de faire croire qu'elle avait vu ses plus mauvais jours. Les constructeurs se reprirent à espérer ‘et confèrent leurs capitaux dans de nouvelles entreprises.
Durant l’année de la convention franco-canadienne, 88 navires furent mis à l’eau ; la somme de leur tonnage était de 54,735 tonneaux.
L'année 1864 vit l'apogée de la construction navale à Québec ; 105 navires descendirent de leurs lits dans la Rivière St. Charles et le fleuve St. Laurent et augmentèrent le tonnage canadien du chiffre de 59,838,
L'année 1865 s’ouvrit sous des auspices aussi fayorables et au bont des douze mois on avait enregistré à la douane 118 navires et 45,701 tonneaux.
En 1866, diminution du nombre et du tonnage des navires, mais pas sufisante pour inspirer des inquiétudes : on construisit 103 navires ; tonnage, 86,764.
Avec 1867, arrive une chute considérable dans la quantité et le tonnage des navires construits à Québec. On lit dans les statistiques douanières : 45 navires et 20,015 tonneaux, c’est-à-dire 58 navires et 16,748 tonneaux de moins qu'en 1866. La convention entre la France et le Canada, parmi autres choses, peut expliquer la recrudescence de vitalité de la construction des na-
D AR Be du Re ne
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vires pendant les dix années qui ont précédé la Confé-
dération.
Les principales causes de la décadence de l'industrie navale au Canada et surtout à Québec sont donc à peu près les suivantes : 1° la suppression par le gouvernement français de toutes les facilités accordées au Canada pour l'entrée de ses navires en France ; 2° la concurrence extraordinaire faite par les navires dits du genre composite, c'est-à-dire moitié bois, moitié fer; les navires composite devinrent immédiatement /a mode, et sont aujourd'hui encore recherchés de préférence aux navires de bois ; * on est parvenu à les construire au même prix que les navires de bois au Canada, à raison de £10 10s. le tonneau. L’Angleterre qui formait le principal marché des constructeurs de navires québecquois, n’achète plus d'aucun d'eux ou ne leur envoie que de rares commandes ; elle donne la préférence aux navires de fer. M. P. Baldwin, constructeur de navires à Québec, en voyant la tournure que prenaient les affaires, tenta un jour de construire des navires composite ; la tentative aurait probablement réussi sans un malheur qui vint fondre sur lui; le 24 mai 1870, un incendie presqu'aussi désastreux que celui du 14 octobre 1866, dévasta une grande partie du faubourg St. Roch et réduisit en cendres les deux magnifiques navires que M. Baldwin avait construits d’après le nouveau système.
Si j'ajoute aux causes que j'ai déjà énumérées, la crise commerciale qui sévit partout, on pourra s'expliquer pourquoi l’industrie navale, jadis si florissante à Québec, est tombée, et pourquoi il lui est difficile de se remettre sur son séanti.
Il reste encore quelques constructeurs de navires à Québec, qui continuent, bon gré mal gré, à exploiter leur industrie. Ce sont M. P. V. Valin, MP. l'Hon.
* Avec très-peu de raison, à mon avis.—El. GC. de P-R.
E. Gingras, C. L. M. P. Baldwin, MM. Oliver, Cantin et Rosa, à Québec, et MM. Marquis, Charland, Dunn et . Samson, à Lévis.
Les statistiques de la construction des navires que J'ai sous la main, vont jusqu’en 1872. Je termine la série,
Année, Nombre de navires, Tonnage.
TE ct cn ee ee, 28,254 OU a DOTE ns a “de ve. 10,001 UE oo 11,165 DORE que = de vu TOP, 6 . 12,481
L'industrie navale peut certainement reprendre sa
vigueur d'autrefois. Dans la situation présente, il lui est radicalement impossible de continuer; le marché de l'Angleterre virtuellement n’en est plus un pour le Canada ; celui de la France lui est interdit par des
impôts immenses. Il faut donc au Canada prendre les mesures nécessaires pour se ménager l'accès libre et facile des marchés étrangers. Il lui faut accorder des facilités qui, au fond ne lui coûteraient guère, et lui rapporteraient un grand bénéfice. Il lui faut non-seulement aller au-devant de la France, mais aussi entrer en négociations avec l'Espagne et d'autres pays Ilyaun commissaire distingué canadien que se dirige vers l’Espagne et la France, Sir A. T. Galt. Que ce commissaire pousse jusqu’à Madrid ou ailleurs, qu'il travaille à obtenir pour l'industrie navale canadienne ou toute autre industrie des avantages réels, et qu'il offre en retour, au nom du Canada, des compensations convenables.
Il est à souhaiter que le Canada réussisse à regagner les avantages qui faisaient autrefois la prospérité d’une industrie vitale. Le commerce local et une foule de métiers en retireraient grands bénéfices. Depuis 1872, la construction des navires à Québec est on ne peut
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plus languissante. C’est à peine si depuis cette époque, huit ou dix navires en moyenne par année sont sortis des chantiers québecquois.
Il yaun mouvement d'inauguré pour relever l'industrie navale canadienne. S'il est possible qu'il soit couronné de succès, il le sera.
J'ai déjà eu l'honneur d'envoyer à mon gouvernement soixante échantillons des bois des forêts canadiennes dont la liste suit. En cette circonstance, je dois mentionner, comme j'ai fait alors avec une vive reconnaissance, les noms de l’assistant-commissaire M. Taché, de M. Paré, et des autres employés du département des terres de la couronne à Québec.
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