Or ceux qui avaient mangé étaient au
« nombre de quatre mille hommes, sans compter « les enfants et les femmes. »
39. « Et congédiant la foule, il monta dans une « barque, et vint sur les confins de Magedan, »
: Pourquoi donc violez-vous le commandement de Dieu par votre tradition?
Nous voici revenus à la lutte du Sauveur contre son grand ennemi, l'esprit pharisaique.
Les Pharisiens lui disent : « Pourquoi vos dis- « ciples violent-ils la tradition des anciens ? » Jésus-Christ leur répond : « Et vous, pourquoi donc « violez-vous le commandement de Dieu par « votre tradition? »
Qui ne comprend que ces reproches de, Jésus-
Christ aux Pharisiens sont des leçons pour ses disciples ?
Jésus n’a certes pas employé le tiers de ses discours à écraser le passé qui mourait, mais à éclairer l'avenir. C’est pour éclairer l'avenir de l'Église et de l’humanité, qu’il décrit avec tant de force et
maudit avec une si terrible indignation l’esprit
pharisaique, dont il avertit ses disciples de se garder.
« Faites attention, leur dit-il un jour (Matth., «xvi, 6) et gardez-vous du lévain des pharisiens «et des sadducéens. »
Un autre évangéliste, saint Luc, fait bien comprendre l'importance et le sens de la leçon par ces paroles : « AvanT Tour, gardez-vous du levain « des Pharisiens, qui est l'hypocrisie *. »
« Avant tout! » dit le maitre. C’est donc bien là le mal dont le Christ a le plus d'horreur : « l'hypocrisie. »
Mais qu'est-ce que l'hypocrisie? S'agit-il du grossier sacrilége des vendeurs de religion, s’il en existe, qui mentent pour de l'argent ou pour des honneurs , comme beaucoup de lettrés, sans nul souci du vrai, du faux, du juste ou de l’injuste, vendent directement leur parole pour un prix convenu ? Non certes, ce n'est pas là ce dont les apôtres avaient besoin d’être préservés. Il s’agit d’un mal plus subtil, et qui menace incessamment toute âme, et dont il faut se préserver toujours et avant tout. C’est cette perpétuelle tendance de tout esprit à diminuer en lui la vérité, — dimi-
‘ Luc, 11, À. Iloërov npocéyere Éaurois dmo ris Couns Toy
Paproulov, ris ÉdTiv ÜToxpiots.
nul suntveritates a filiès hominum, — et à passer toujours de l'esprit à la lettre, de la vérité vivante, qui est Dieu, à la vérité morte, quin'est qu'idole, pensée humaine, et tradition humaine. On finit par tourner contre Dieu, par l'oubli de l'esprit, la lettre même de la parole de Dieu. Sou- . vent le commentaire supprime le texte, et quelquefois même le retourne, comme les sophistes suppriment l'évidence rationnelléé et quelquefois même la retournent. g |
« Vous rendez vain par votre tradition le com- « mandement de Dieu... Vous transgressez le « commandement de Dieu par votre tradition : » cela est vrai dans l’ordre de raison, comme dans l'ordre de foi. Jésus s'adresse aux hypocrites de la raison, comme aux hypocrites de la foi, lorsqu'il s’écrie : « Hypocrites, Isaie a bien « prophétisé de vous lorsqu'il a dit : Ce peuple « m’honore des lèvres, mais son cœur est bien loin « de moi, » Ainsi font les hommes qui, agitant les lèvres ou remuant la plume, et prétendant répandre et honorer-la vérité, laquelle est Dieu , ne parlent pas à partir d'un cœur où est Dieu. Le texte de leurs discours füt-il la vérité, ç’est en vain qu'ils l’annoncent : ce ne sont que des mots,
des masques de la vérité. Cette manière de semer
si
ne peut produire la moisson de lumière. « Toute « plante que mon Père céleste n’a point plantée « sera déracinée. » Laissez ces faux semeurs : laissez ces guides aveugles ; ces guides-là ne peuvent conduire les hommes; ils les mènent aux abimes, où ils tombent tous ensemble, car ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles. Ils parlent sans avoir vu, et ils ne sauraient rien montrer aux autres.
La vérité est une plante vivante que le Père céleste a plantée, et que rien ne doit séparer de sa racine, qui est le Père. L’apôtre véritable est celui qui répand la vérité, non à partir de lui, mais à partir de Dieu, et d’un cœur où est Dieu. |
L'hypocrisie commence au moment où l’apôtre ne répand plus l’eau vive, mais l’eau vieillie, non plus la manne du jour, mais la manne de la veille, non la parole qui descend du ciel aujourd’hui, mais celle qui vient de l’homme et a vieilli dans l'homme. 11 propose le même texte peut-être, mais non le texte qui est vivifié chaque jour par « cet esprit de nouveauté » qui est l'esprit de Dieu.
Mais il ne s’agit pas seulement de l’apôtre, il s’agit de tout homme et de tout disciple. On entre dans l’hypocrisie dès que l’âme laisse dormir en
elle les dons de Dieu, dès que l’eau n’est plus
de 10 L'HYPOCRISIE.
vive, et commence à couver les mille germes de la vie inférieure; dès que, laissant agir la force d'inertie qui nous éloigne incessamment de Dieu, le cœur oublie de se ramener, par effort d'amour libre, à chaque instant vers Dieu.
Oh! qu'il connaissait bien le fond de la vie religieuse, et qu'il a bien décrit le contraire de l'hypocrisie, l’humble prêtre qui écrivait, il y a centans, ces pages d’une étrange profondeur sur ce qu’il nomme : « La révélation du moment présent », où il montre qu'il ne faut agir et parler qu’en Dieu et à partir de Dieu, de Dieu toujours présent en tout devoir, en toute souffrance , en tout moment.
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« O vous, dit-il, qui avez soif, sachez que vous « n'avez pas à chercher loin la source des eaux « vives ; elle jaillit près de vous, dans le moment « présent ; hâtez-vous d’y puiser. Pourquoi, ayant « la source, vous fatigueriez-vous à courir aux « ruisseaux ? Il n'y a que la source qui puisse dé-
« saltérer. Si vous voulez penser, écrire et vivre
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comme les prophètes, les apôtres, les saints, « abandonnez-vous comme eux à l'inspiration « divine.
« O amour inconnu! il semble que vos mer-
veilles soient finies, et qu'il n’y ait plus qu’à
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copier vos anciens ouvrages, à citer vos discours
passés! Et l’on ne voit pas que votre action inépuisable est une source infinie de nouvelles pensées, de nouveaux courages, de nouvelles actions, de nouveaux patriarches, de nouveaux prophètes, de nouveaux apôtres, de nouveaux saints qui n’ont pas besoin de copier la vie ni les écrits les uns des autres, maïs de vivre dans une perpétuelle union à vos secrètes opérations. Sans cesse nous entendons dire : les premiers siècles, les temps des saints! — Quelle façon de parler !.…. Tous les temps ne sont-ils pas la succession des effets de l'opération divine, qui
s'écoule sur tous les instants, les remplit et les
sanctifie tous? Y a-t-il jamais eu une ancienne
manière de s’abandonner à cette opération qui ne soit pas de saison? Les saints des premiers temps ont-ils eu d'autre secret que celui de devenir, de moment en moment, ce que cette action divine en voulait faire? Et cette action cessera-t-elle de répandre jusqu’à la fin du monde sa gloire sur les âmes qui se donneront à elle sans réserve ?
« Oui, amour adorable, éternel, éternellement fécond, et toujours merveilleux ! Action de mon
Dieu, vous êtes mon livre, ma doctrine, ma
« science; en vous sont mes pensées, mes paroles,
« mes actions, mes souffrances et ma force, Ce « n’est pas en consultant vos autres ouvrages « que je deviendrai ce que vous voulez faire de « moi ; c'est en vous recevant en toute chose par « cette unique voie royale, voie ancienne, voie « de mes pères; je penserai, je serai éclairé, je « parlerai comme eux : c’est en cela que je veux « les imiter tous, tous les citer, tous les copier ‘.»
Oui, voilà comment doit comprendre la vie celui qui récite chaque jour la prière permanente de l'Église : Emitte Spiritum tuum et creabuntur, et
renovabis faciern terræ.
, Femme, votre foi est grande.
Au moment où Jésus annonce la fin du sacerdoce ancien, qu’il remplace par le sacerdoce éternel, il veut aussi préparer ses disciples à ce qu'il doit leur apprendre bientôt, savoir, que leur mission s'étend à tous les peuples de la terre.
« Allez et enseignez toutes les nations 2... Allez
1 Extrait d’un livre trop peu connu, intitulé l’4bandon à la divine Providence, de J.-P. Caussade, jésuite. 2 Matth., XX VITE, 19.
« dans#l univers entier, et annoncez l'Évangile à « toute créature ?. »
Déjà, louant la foi du centurion romain, par ces paroles :«Je n’ai pas trouvé tant de foi dans Israël,» il avait ajouté : « Je vous le dis, beaucoup vien- « dront d'Orient et d'Occident, et seront assis « avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume « des cieux ?. »
Il sort aujourd’hui de Judée, et se rend au pays de Tyr et de Sidon! Et là une femme chananéenne, race maudite aux yeux des Hébreux, lui demande de guérir sa fille. Jésus provoque la foi de cette femme, et fiait par lui dire : « Femme, « votre foi est grande, qu'il vous soit fait selon « votre volonté. »
Voilà le salut par la foi et par la liberté, et non par la naissance dans la race d'Israël.
Mais pourquoi le Seigneur dit-il : « Je ne suis « envoyé qu'aux brebis perdues de la race d’Is- « raël? » D'abord parce qu’en effet lui-même, dans sa vie extérieure et visible, a borné sa mission à la race d'Israël. C'est le fait historique. Puis aussi, selon moi, parce qu'il transfigure ces mots en les disant et leur donne leur grand sens. La maison
Marc, x VI, (5.
? Matth., vit, 11.
d'Israël signifie la maison de Dieu : c'est l’univers entier, et l'humanité tout entière. Il le montre ‘aussitôt en accordant à la Chananéenne le miracle qu’elle lui demande. Mais que signifie cette parole? « Il n’est pas juste de prendre le « pain des enfants pour le donner aux animaux. » Elle signifie que l’homme animal est celui qui n’a pas la foi; mais que celui qui a la foi, Juif ou Chananéen, est un enfant de Dieu. Et la preuve qu'en apporte aussitôt l'Évangile, c’est que Jésus donne à cette femme, qui a la foi, le pain qu’il ne devrait pas lui donner, si elle n’était fille de Dieu
par la foi.
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J’ai pitié de la foule.
Et Jésus recommence à dire : « J'ai pitié de la « foule. » C’est là la vie entière du Christ, l’incessante émotion de son cœur et le ressort continu de ses œuvres. Et il guérit tous les malades et multiplie de nouveau les pains. Amis, si vous ne vivez pas incessamment dans cette amoureuse et active compassion pour l'immense foule humaine qui souffre et qui a faim, vous n'êtes pas dans le cœur
de Jésus. Et le Seigneur, en inspirant au cœur des
siens cette miséricorde amoureuse et infatigable, a guéri, a nourri déja, dans le cours des siècles, mille et mille fois plus de pauvres et de malades que ne l’ont fait ses mains visibles. Mais la puissance de guérison du mal et de multiplication de la vie, même pour les corps, éclatera surtout dans la prochaine époque de retour des peuples à
l'Évangile.
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