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abrégés, le monde n’eüt pas été sauvé, aucun homme n’eüt traversé cette crise; mais la divine puissance des élus les abrégera. ;
Et ce sont les élus surtout que le suprême effort. du mal voudra séduire en leur disant : Je suis le Christ. Je suis le Christ complet, l’incarnation définitive, à la fois ciel et terre, idée mathématique et palpable réalité, esprit et chair, esprit total, et chair totale. J'ai aboli la lutte antique des ténèbres et de la lumière par la conciliation suprême; et j'ai aboli le péché par son identification avec l’amour. |
Oui, ces choses, un jour peut-être, si le monde tourne mal, seront soutenues par la majorité des hommes présents sur terre, comme quelques misérables les soutiennent aujourd’hui. Et la cla: meur des multitudes, excitées par l’irrésistible pouvoir de mensonge organisant la presse universelle, rayonnant d'heure en heure, à partir d'un centre électrique, vers tous les points du globe; domptant, magnétisant, fascinant jusqu'au fond de l’âme, dans leurs résistances isolées, les plus fermes esprits; alors, dis-je, les élus seront presque séduits, et seront peut-être un instant tentés de croire que le Christ est là,
dans ce désert ou dans cette foule, ou bien dans
ce temple central de toute force : ecce in deserto, ecce in penetralibus.
Mais non. Le Christ n’est pas là. I n'ya là que l’Antechrist. Car voici ce que dit l’Évangile : :
Comme un immense éclair qui enveloppera le globe, le Christ réel, avec sa croix, dans sa gloire et dans sa majesté, cum virtute mulla, et mayeslate, étendra sur le monde sa main, sa force et sa parole, et toute créature, sous la voix manifeste de son Maitre et de son Sauveur, tombera prosternée dans l'enthousiasme ou dans l’effroi.
Mais que veut dire cette mystérieuse parole : « La où sera le corps, là les aigles s’assemble- « ront? »
Il s’agit du Christ qui parait. Ce corps est donc le corps du Christ. Est-ce que, quand le Christ paraitra, l'Eucharistie disparaitra ? Non, puisque l'Eucharistie est le Christ. L'Eucharistie, ce corps du Christ, répandu sur la nuit terrestre, comme les étoiles sur la nuit du ciel, comme germes de lumière matinale, comme points fixes au milieu de la mort qui passe, ce corps du Christ, partout où il sera, deviendra le centre des forces, centre de gloire et de lumière, ou les aigles s’as-
sembleront, anges ou élus.
Et toutes les autres forces fléchiront et s’éclipseront un instant. Les forces sidérales, lumière et attraction, seront troublées, movebuniur, et le soleil s’obscurcira, et les étoiles tomberont du ciel, ce qui veut dire, peut-être, que les centres créés et dispersés tomberont vers le centre absolu, et s’y adapteront pour la vie éternelle”.
Pour toute la création visible surviendra cette transformation, ce passage de l’état mobile, discursif, incomplet et mortel, à l’état plein, à l’état stable, à l'état de vie éternelle!
De même, dit notre grand théologien, que, par ressemblance et communication partielle au modèle éternel, les créatures ont été établies chacune dans leur nature, mais pour une vie mobile; de même il devait arriver que par l’union du Verbe aux créatures, union non plus partielle, mais personnelle, la création fût transformée pour la vie
éternelle et l’immuable perfection.
Les étoiles tomberont du ciel!
Alors, comme le dit l'Évangile, dans cette
1 Voyez la Connaissance de l’âme, au livre intitulé : Le lieu de l’immortalité.
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suprême consommation , « les vertus du ciel se- « ront ébranlées; » toutes les forces créées, physiques et spirituelles, seront éprouvées, et passeront, pour être transformées et glorifiées, par une sorte d’évanouissement, |
Comme les élus touchaient presque à la mort, la création visible va toucher à la destruction. Chaque centre propre perd son lieu ‘séparé, et les astres dispersés dans l’espace se recueillent, et se replient dé centre en centre. Les étoiles tombent ainsi du ciel. Est-ce à dire qu'il n’y aura plus pour toujours qu'une seule masse matérielle ? Cela ne s'ensuit pas. Il suffit de comprendre que LE Lieu doit être ramené à l’unité, ou du moins à l'entière et parfaite communication. La dispersion doit revenir à l'harmonie, l'analyse au recueillement ; c’est bien là la consommation. Comme le rêve la poésie, cet admirable guide de vérité, la dispersion des mondes ne subsistera pas, les plus belles fleurs de tous les mondes se réuniront dans un même jardin, quand le lieu de la vie mobile se sera transformé pour devenir le lieu de la vie stable. Et lorsque l'Évangile nous dit : Les élus seront rassemblés des quatre points de l’horizon, depuis l’un des sommets du ciel jusqu’à
l’autre sommet, il semble que le texte veut si-
gnifier la totalité de l’espace en désignant les quatre vents du ciel et les deux pôles de la sphère céleste (àr’ dxowv obpavüv eis dxpov adrov). Oui, les plus nobles développements de tant de belles créatures se réuniront dans un même paradis : car la cité céleste « est une cité dont « toutes les parties sont ramenées à l'unité. » Consommation des mondes, consommation des àames! Et dans cette consommation universelle éclatera la vertu et la majesté du Verbe incarné, fils de Dieu, fils de l’homme, qui, parvenu alors à l’éternelle transfiguration, sera tout ‘entier lumineux, non-seulement dans son âme humaine, intelligente et libre, et dans sa propre chair, mais encore dans ses membres, qui sont ses élus, et dans ses vêtements , comme le dit l'Évangile. Ses vétements seront le nouveau ciel et la nouvelle terre, qui sortiront, #n regeneratione, étincelants et accomplis, de la belle chrysalide qui est la création présente. I y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans laquelle la justice ré- | gnera. Et le Créateur incarné remuera, pour ce dernier triomphe, le ciel entier, et viendra, non | pas sur les petits nuages terrestres , mais sur | les grandes nébuleuses du ciel (ért rüv vepeküv roi
| oüpavoÿ).
Mon Dieu, j'ai longtemps lu ce texte avec désolation. Ne le comprenant pas, je n'y voyais que ruine, mort et néant! Et lorsque je venais à ces mots : « Quand les arbres poussent leurs « tendres rameaux, et commencent à montrer « leurs feuilles, vous savez que l’été approche. « Vous aussi, quand vous verrez ces signes, sachez « que l’été du monde va venir! » Ou encore :
« Sachez que votre délivrance approche. » (Luc. xx, 28.) Je ne comprenais pas cette poésie au milieu de la ruine du monde.
… Mais remarquons ceci : « Je vous le dis en vé- « rité, cette génération ne passera pas que toutes « ces choses ne s’accomplissent. » Qu'est-ce à dire, sinon que cette grande prophétie du Seigneur, sur la consommation des choses, est vraie dans tous les sens et pour toutes les consommations ? Et d’abord pour la consommation de l'univers entier, transformation universelle du ciel et de la terre, mort du monde et résurrection du monde. Mais elle est vraie aussi pour la consommation de la vie de chaque homme ; vraie pour la consommation de l’âme, prise à part; vraie pour la fin et la ruine de Jérusalem; vraie pour la consommation des grandes époques de l'humanité, et
même pour la consommation des grandes époques
de l’âme. Si le monde moral, sur cette terre, doit avoir un été, comme je ne cesse de l’espérer, cet été sera précédé d’une crise telle qu’on n'en vit jamais. On pourra croire, pendant quelques années, que la vérité, la justice, la paix, la liberté, vont être vaincues sur la terre, et que la fin du monde approche. Les uns diront, au sens philosophique et historique du mot : « C'est un monde qui finit! » et les autres croiront à la mort matérielle du monde. Aujourd'hui, en l’année où j'écris, nous avons plusieurs de ces signes, où presque tous voient des signes terribles. C’est ce que les hommes voient le mieux. Pour moi, Je crois apercevoir aussi les signes vivants, savoir : les rameaux d’arbre se gonflant de séve, et commençant à montrer leurs feuilles. Est-ce donc que l’été de l’histoire, par le saint Évangile, approche? Est-ce que, sortant de ce froid qui glace tout, et stérilise tout, qui comprime les poitrines, et tue les faibles et les malades, est-ce que nous ne sentirons pas bien- {ôt, et tout à coup peut-être, la douce chaleur envahir l'atmosphère , et dilater tout ce qui respire? Est-ce que la défiance et la haine ne vont pas fondre comme la glace? Est-ce que la belle
lumière triomphante ne va pas ramener les grands
jours, et les courtes nuits transparentes? Est-ce que les germes enfouis en tant d’âmes, dans vos àmes, Ô mes bien-aimés, ne vont pas pouvoir arriver à fleurir et à donner leurs fruits? Ce que nous serons, dit l'espérance des enfants de Dieu, ne paraît pas encore, mais attendez que vienne été : alors nos facultés entièrement dénouées, comme les rameaux et les bourgeons, nos facultés entièrement dénouées feront voir toutes leurs forces. Maintenant notre vie est invisible en Dieu : Vita nostra abscondita est cum Christo in Deo. La plupart des opérations de cette vie nouvelle sont cachées. La force de ce cœur nouveau ne parait pas encore. Mais quand le Christ, qui est
notre vie, va venir à paraitre, nous paraitrons
aussi; notre vie agira dans toute son étendue;
le Christ paraîtra en nous dans sa gloire.
Quelque chose de cet avenir ne sera-t-il pas accordé à l'Eglise de la terre, et aux nations chrétiennes ? Ÿ aura-t-il un été terrestre, une moisson, une saison des fruits? :
Quoiqu'il en soit, le fond absolu, éternel, de la grande loi, savoir : lutte et crise, épreuve et défaillance presque absolue de toute force créée prise en elle-même; et puis recueillement des êtres et
des forces en Dieu, dans le Verbe incarné; triom-
phe et gloire du Verbe dans la créature consommée et transfigurée : cette loi s’accomplira, d’une certaine manière, avant la fin de chaque génération particulière, avant la fin de la génération universelle qui est le genre humain. Et le Verbe éternel résume tout en disant : « Le ciel et la terre passeront, mais ma parole ne passera pas. » Le Verhe qui porte tout, qui forme et qui transforme, qui crée et régénère, qui élève la vie passagère et partielle à la vie stable et pleine, qui fait ainsi passer d’un état à un autre et le ciel et la terre,
lui ne passe point. Ilest stable, absolu, immuable, éternel.
IE
Veillez donc; car vous ne savez à quelle heure votre maître viendra.
Le Christ évidemment vient de parler comme Dieu, Dieu créateur, Dieu régénérateur du ciel et de la terre, Dieu dont la’ parole ne passe point, pendant que le ciel et la terre se transforment. Et ses paroles, mystérieuses comme la mort et redoutables comme l’écroulement des mondes, frap-
peraient de stupeur, peut-être de folie, l'esprit
de ses disciples, si notre frère, doux et humble
de cœur, homme doué de raison et d'humble sens commun, ne calmait tout en quelques mots qui arrêtent tout égarement.
Et d’abord, ne cherchez pas, dit-il à ses disciples, à prévoir ce jour et cette heure. Niles anges, ni le Fils de l’homme, ne la connaissent. Le Père seul la connaît. Cette heure dépend de la liberté des esprits, et de la liberté de Dieu. Dieu seul voit tout, et voit déjà le libre avenir. Les hommes seront surpris par la venue du Fils de l’homme, comme ils sont surpris par la mort. Veillez donc, car vous ne pouvez savoir l'heure où Dieu doit venir vous chercher. |
Soyez donc toujours préparés à la venue du Fils de l’homme. Serviteurs , soyez toujours prêts |
Et quelle est la préparation ?
S'agit-il de méditer la mort en gémissant, et de s'asseoir dans cette vallée de larmes en attendant la vie future ? |
Ce n’est pas là ce que dit le Maître. Qu'el est, dit-il, le bon et fidèle serviteur? Ou est la sagesse de la vie? La sagesse consiste à savoir, 6 mes disciples, que vous êtes établis par le Père pour donner à la famille humaine sa nourriture, et
pour la donner en son temps |
Oui, voilà l'œuvre et la mission des serviteurs de Dieu ! Et ces serviteurs-là deviendront fils de Dieu, et seront préposés un jour à l'héritage entier. Mais que deviendront ceux qui disent : « Dieu ne vient pas! Tout continue en ce bas monde comme avant l'Évangile : jouissons, dévorons les autres dans notre luxe et notre joie, et frappons ceux qui nous résistent ? »
Ceux-là seront surpris par la venue du Maitre ; ils seront mis à part; il y aura pour eux des pleurs et des grincements de dents.
Ainsi, mes bien-aimés, la vraie préparation à la fin du monde, fin par la mort pour chacun de nous, fin pour le monde entier en la. consommation dernière, c’est de ne pas oublier un seul jour que les ainés, les plus forts et les plus éclairés d’entre nous, sont constitués par Dieu même pour élever et pour nourrir le genre humain, mettre l’ordre au sein des nations, et disposer le
globe entier dans la justice !