‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 75 sur 89 · Pierre commença à protester, et à jurer · texte numérisé non relu

Pierre commença à protester, et à jurer

«qu’il ne connaissait pas cet homme. Alors le coq « chanta. » nn

73. « Et Pierre se ressouvint de ce que Jésus « avait dit : Avant le chant du coq, tu me renon- « ceras trois fois. Il sortit, et se mit à pleurer amè-

« rement. »

Vous savez que la Pâque doit se faire dans deux jours, et que le Fils de Phomme sera livré pour être crucifié.

Et maintenant voici la fin. Fin veut dire terme et but. La fin, c’est la consommation.

L'enseignement est consommé (cum CORSUIN- # massel Jesus sermones hos omnes) : voici le moment de l’action.

L'action suprême, c'est le passage de la lutte

à la gloire et du temps à l'éternité. C’est là le passage de la terre d'Égypte à la terre promise, c'est la paque (Phase, Passage); c'est le passage, par le sacrifice, à la vie éternelle. Le sacrifice est le moment même, l’opération même du passage.

« « Vous le savez, voici la pâque : le Fils de « l’homme sera livré et crucifié! »

Mais pourquoi le passage est-il douloureux et sanglant?

Parce qu'il y a de la haïne, parce qu'il y a d’immondes ténèbres.

Voyez ces malheureux qui tiennent conseil :

Caïphe, les princes des prêtres, et les anciens. Oh! comme ils délibèrent avec prudence sur le temps opportun où il convient d’écraser Dieu, et d’exterminer la lumière!

Haine et ténèbres, ténèbres d'esprit et de cœur, séparation et oppression , homicide, larmes, sang, destruction de l’œuvre de Dieu! On tue, oui l’on tue ! Et certes ce n’est pas le juste qui tue, c'est le juste qui est tué. C’est la lumière qu souffre; c’est l'amour qui est mis à mort. Mais, par cette mort, l’amour s'efforce de tout relever,

et de sauver même les bourreaux.

Prenez et mangez : ceci est mon corps:

Mais, grace à Dieu, le Fils ainé, le premier né de la race nouvelle, survenant au milieu de ces morts qui haïssent et qui tuent, n'est pas seul dans l’amour, et une partie du genre humain déjà comprend et aime, et glorifie le sacrifice.

La femme a compris la première, car le cœur comprend tout, dès le premier instant, et l'esprit voit longtemps après. La femme a compris la première, et son àme s'est donnée. Elle verse sur la tête du Christ des flots de riches parfums, et brise le vase précieux qui a contenu le parfum. Glorieux luxe de l'enthousiasme, en présence du divin héroisme qui va donner sa vie, qui va briser aussi le vase, pour répandre sur toute la terre les parfums de la vie nouvelle!

En vérité, dit le Seigneur, partout où sera porté l'Évangile, c’est-à-dire dans le monde entier, cette action de la femme sera glorieuse, car son cœur à tout pressenti ; son cœur à connu le mystère, inconnu des anciens et des sages. Elle soutient et ensevelit, dans le parfum de son amour et de son enthousiasme, le Fils de

l’homme qui va mourir.

Pendant ce temps, l’un des disciples vend son maitre pour de l'argent. L'amour vient de sacrifier un trésor pour embaumer pendant une heure l'air que respire le maître de l’amour. Mais la hideuse férocité du cœur éteint, trahit et vend l’'Homme-Dieu pour trente deniers! Eh quoi! l’idole, l’idole d'argent, brisée ou adorée, ici même, et en ce solennel passage, a son grand rôle! Oui, l'âme est soumise ou non à la terre, attachée ou non au métal, base de la croûte du globe. Et, selon qu’elle est déliée ou liée sur cette croûte, elle monte ou ne monte pas vers Dieu. Le parfum du sacrifice monte. Rien ne monte qu'étant sacrifice.

Voici le soir. Il est à table avec ses disciples, pour la cène pascale. Ils prennent ensemble la nourriture de l’homme.

Et voici le fond des mystères et des sacrements catholiques, ce fond sacré que les premiers chrétiens conservaient sous la discipline du secret, et qu'ils ne révélaient qu'après de longues préparations.

Jésus et ses disciples prennent ensemble cette nourriture qui, depuis l’origine du monde, entretient la vie de chaque jour, développe la vie de

nos corps pour un temps, et la conduit jusqu’à

la mort. Or, écoutez! Voici la nourriture nouvelle, celle qui fait traverser la mort, qui fait les immortels, qui fait les dieux; celle qui crée le règne nouveau, qui donne un nouveau cœur, un nouveau sang, et qui fait ruisseler dans l’âme la vie du ciel et les parfums du ciel, les sentiments et les splendeurs du ciel.

Ta nourriture, c'est moi, dit l’amour à l’objet aimé. Ta nourriture, c’estmoi. Prenez, mes bienaimés, prenez, mangez : Car ceci est mon Corps.

Prenez, mes bien-aimés, buvez tous de ce calice béni. Buvez, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, que je verse sur la multitude des êtres intelligents et libres, et qui doit laver leurs péchés.

Oui, Dieu, c’est bien vous qui parlez; vous Dieu même, et nul autre, qui parlez ainsi!

Et ce matin, moi qui écris ces lignes, j'ai prononcé les mêmes paroles, et j'ai mangé ce pain, et j'ai bu ce calice, et c'est pourquoi, en méditant ces choses, je sens que je puis mourir d’enthousiasme. Plaise à Dieu qu'il en soit ainsi!

Et ce fruit de la vigne, consacré et transsubstancié, devenu le sang du Seigneur, sera le vin nouveau ,; le sang divin , que boiront ensemble

les hommes dans le royaume de Dieu.

Je suis moi-même ta nourriture, dit l'amour!

Mais Dieu seul peut le dire vraiment. Et l'Homme- Dieu le dit et l’opère. Il l'opère par le sacrifice. Il brise le vase et répand le parfum. Et, pour mieux dire, il est ce grain de blé qui restait seul s’il ne mourait, mais qui, mis en terre pour mourir, meurt en effet et porte beaucoup de fruits. Il se multiplie par la mort, il devient multitude, afin de se donner entier à chaque être dans la multitude.

Et après avoir chanté l'hymne, chant du passage de la servitude à la gloire, des ténèbres terrestres aux splendeurs de l'éternité, ils sortent et

vont à la montagne des Oliviers.

IT

œ a Il commence à être saisi de tristesse et d’angoisse,

Oui, l’hymne, les parfums, le glorieux enthousiasme, quand les hommes sont ensemble au banquet sacré, et qu’ils prévoient, dans la lumière et dans l’amour, les fruits du sacrifice, et goutent déjà, dans l’élan de leur cœur, les prémices de ces fruits. | à

Mais l'heure même où commence en effet, à la racine de lame, l'opération du sacrificateur,

l'heure de la mort, de la mort sentie et goùtée, ah !

voilà l'heure épouvantable que Dieu seul peut nous apprendre à traverser.

Dans l'heure lumineuse qui précède, le Sauveur voit sa résurrection et il l'annonce : « Quand « je serai ressuscité, je vous précéderai! » S'il prévoit et annonce la dispersion des siens, la fuite des apôtres et des disciples, ceux-ci disent tous : « Fallüt-il mourir avec vous, je ne vous renon- « cerai pas. » Et Pierre s’écrie : «Quand bien même « tous les autres vous abandonneraient, moi du. « moins je serai près de vous! »

Mais survient l'heure des grandes terreurs senties dans l’âme, heure plus affreuse que l'instant même du sacrifice.

Jésus laisse en bas ses disciples, prend avec lui les trois plus forts, entre au jardin des Oliviers.

Le Fils de l’homme « commence à être saisi de « tristesse et d'angoisse. »

« Mon àme est triste jusqu'à la mort! »

« Soutenez-moi, et veillez avec moi. »

Puis il s’avance tout seul vers le fond des angoisses, se prosterne, et-la face contre terre il dit : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloi- « gne de moi : cependant qu'il soit fait non comme « je veux, mais comme vous le voulez. »

Ainsi prie, au fond des douleurs, l’'Homme-Dieu

tout seul. En ce fond de douleurs, les hommes dorment. 11 y a un point et un moment où Dieu même, je croisyendort l'homme, qui ne pourrait supporter cet excès.

Dieu pourtant vous exhorte à veiller dans l’'angoisse , le plus longtemps qu'il se pourra; puis, si nous fléchissons trop tôt dans le sommeil, il nous reprend avec bonté : « Quoi! vous n’avez pu « veiller avec moi pendant une heure! »

Veiller avec Dieu seul, dans les ténèbres et dans l'angoisse, oh! quel divin creuset pour tremper l'âme!

Veillez donc et priez, pour ne pas succomber. L'esprit est prompt, la chair est faible. Votre esprit était prompt, dans son élan et son idéal, mais votre vie réelle et incarnée est bien infirme. Affermissez-la par l'effort.

Et il s'éloigne une seconde fois, et prie encore : « Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je «le boive, que votre volonté soit faite, et non la « mienne. » ù |

Jl revient vers les trois disciples, et les retrouve dormant, tant le poids du sommeil les accable.

Il ne les reprend plus, et les laisse au sommeil.

Il paraît que l’homme n'est capable que de la

première veille dans la douleur, et en face de la

mort. Il y a une seconde et une troisième veille, un second, un troisième abime de désespoir, ou l’Homme-Dieu peut seul pénétrer.

Il y va seul, et au fond du dernier abime, et au milieu de la sueur de sang, par un suprême effort de divin héroïsme, il répète pour la troisième fois sa prière : « Mon Père, si ce calice ne peut « passer, que votre volonté soit faite. »

Et ceci fut l’acte absolu d’obéissance au Père, qui mérita de rassembler en Dieu, de recueillir dans l'amour éternel et dans l’unité de la vie, toute dispersion des créatures, toute dispersion

des âmes, des esprits libres, et des:mondes. :

Quiconque prendra lépée périra par l'épée.

Ainsi, recueillir en Dieu, dans l'amour, les esprits et les volontés, c’est la fin de l’œuvre de Dieu, et du sacrifice de l’'Homme-Dieu. 3

Mais voyez.

Voici les méchants qui surviennent. Les méchants! Quel mot! C'est-à-dire les cœurs éteints et monstrueusement retournés dans l’égoisme, et dont l'effort et le travail est d’écraser l’homme et

Dieu même, et de tout disperser, tout ce qui veut

s'unir en Dieu. Écraser avant tout l’'Homme-Dieu, pour disperser toute l’assemblée de Dieu ; frapper le pasteur, pour disperser tout le troupeau; frapper, trahir, frapper du fer et mentir de l'esprit : voilà leur œuvre. :

Oui, les anciens du peuple, et beaucoup d’autres, croient encore trop souvent, et croiront longtemps, que la force est dans le fer ou dans le bàton, et dans le nombre des hommes armés (urba mulla cum gladits et fustibus).

Pour eux la force, après l’épée, c’est le mensonge, la ruse, la trahison. Et ils envoient ce malheureux donner son baiser de Judas!

Le baiser de Judas! La haine prenant la forme de l’amour! L'enfer et sa fureur donnant des baisers pour détruire: N'ai-je point vu cela? Je sais une àme ou du moins un esprit, fou de haine et de rage, qui ne parle qu'amour ; et il y a, dans les entrailles de l’humanité déchue, une secte satanique , ivre de la haine la plus immense qui fut jamais, et qui ne parle que d'aimer et de béatifier tout homme sur terre. Ette qui est épouvantable, c'est que J'ai vu des hommes vivants qui attendent avec impatience l'heure de verser des flots de sang, et qui croient que chaque explosion de cette rage

est un baiser qu'ils donnent au genre humain. Je

les ai vus. Ils croient cela. O baisers de Judas! O esprit d’homicide, signe marqué sur le front de Cain! L’homicide, Ô mes bien-aimés, voilà le signe auquel vous connaitrez Satan !

Mais voici maintenant les défenseurs de la justice, les soldats du royaume éternel, les apôtres du ciel, qui tirent l'épée. Pierre a tiré l'épée, etila frappé l’un de ceux qui ont mis la main sur Jésus.

Jésus lui dit : « Remettez votre épée dans le « fourreau, car quiconque prend l’épée périra par « l'épée. »

Ici Jésus crée la forme nouvelle de la guerre qui doit conquérir à Dieu tout le globe : « Heureux « les doux parce qu'ils posséderont la terre. »

La forme nôuvelle de la guerre est celle-ci : Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem, sed contra spiritualia nequitiæ in cœleslibus. La guerre des siècles à venir ne doit plus être corps à corps, et pour verser du sang, mais d'esprit à esprit, esprits célestes contre esprits pervers |

La force nouvelle, c'est celle que Jésus-Christ introduit dans le monde, au moment même où la violence saisit ses membres et va verser son sang.

Voici cette force et ces armées nouvelles :

« Croyez-vous que je ne puis pas prier mon Père,

«et que mon Père ne peut pas m'envoyer des «légions d’anges? »

Prière et légions d’anges, voilà la force.

Oui, prière, la première des forces, celle qui opère en Dieu par voie de toute-puissance d’emprunt. Prière, c’est-à-dire effort d'âme, opérant et voulant avec Lieu et en Dieu : prière, c’est-à-dire vibrations célestes des cœurs et des esprits, vibrations comparables à celles de la lumière, à celles de l'électricité, à celles de l'attraction, lesquelles ne transportent pas seulement les montagnes, mais soulèvent les mondes, et les lancent dans l’espace. Telle est l’action des forces physiques invisibles. Mais les imperceptibles forces des esprits soulèvent le genre humain, lilluminent et le transfigurent, l’unissent, le rassemblent en Dieu : elles détruisent les ténébres morales, l'erreur, la haine, la perversité ; elles ravissent, régénèrent, transfigurent : elles créent le ciel, la lumière et l'amour, et la vie éternelle.

Mais quand donc verra-t-on leurs effets sur cette terre et dans l'histoire du genre humain ?

L'établissement: du christianisme est l’un dé ces effets, et cet effet est beaucoup plus grand qu’on ne sut jamais le comprendre et qu'on n’a pu le

dire ! Un second triomphe aura lieu, bientôt j’es-

père, quand beaucoup d’âmes, priant absolument à l'unisson, mettront en ordre les légions invisibles, et à force de croire, de voir et de vouloir ensemble, soulèveront, à partir de l’âme de V'Église, dans tout le genre humain vivant sur terre, des mouvements d'ensemble que l’histoire n'a pas encore vus. C’est ainsi qu’elles feront mouvoir « des légions d’anges. » :

Et déja des nations ont essayé, ou essayent aujourd’'hui, sous nos yeux, cette manière nouvelle de combattre et de dompter la violence de l’épée. Elles ont essayé ; pas assez, mais elles ont essayé un peu! Qu’elles soient bénies, ces glorieuses filles du monde nouveau! Aucun de leurs efforts ne peut être perdu. Pas une prière partie du moindre de ces cœurs, pas un cheveu tombé de la, tête du moindre de ces hommes, ne restera sans récompense et sans effet. Dieu soit loué! Il en est ainsi. |

Mais, je vous prie, tout usage de l’épée serait-il aboli et maudit par le Christ? Non, puisqu'il y a, et tant qu'il y aura des assassins et des voleurs. Le sabre et le bäton pour les voleurs et pour les assassins : {anquam ad latronem cum gladiis et Justibus. Ceci est de droit naturel, et de devoir

universel. Les rois portent le glaive, dit saint

Paul, pour protéger, pour défendre l’homme qui travaille, sa femme et son enfant, contre les bêtes féroces. Or, tant qu’il y aura des animaux de proie, le sabre et le bâton seront inévitablement levés. Mais que reproche le Christ à ces hommes qui viennent le saisir? c’est d'appliquer l'épée, comme on eût fait pour un voleur, à celui qui enseigne et parle dans le temple.

Et, au moment où la violence saisit le Christ comme un bandit, les hommes, ces esclaves de la peur, qui venaient de crier : Nous mourrons, s’il le faut, avec vous : tous ceux-là perdent, à la vue de l'épée, l'usage de la raison et de la liberté, et ils fuient. Tous les disciples prennent la fuite, discipuli omnes fugerunt. Noïlà l'heure de la dispersion, désperst sunt omnes in propria : symbole terrible de ce qui arrive en tout temps, en tous lieux, à l’homme qui est frappé. A l'instant même où il reçoit le coup, tout disparait autour

de lui. Il demeure seul parce qu'il est frappé. Voici Jésus devant les princes des prêtres, les

scribes et les anciens du peuple. Tous les pou-

voirs : princes des prêtres, pouvoir religieux ;

scribes, pouvoir de la parole et de la pensée; anciens du peuple, pouvoir politique.

Et la sentence précède le jugement. C'est à …

mort qu’il est condamné. C'est là le principe et. le fait. Le jugement survient, pour apporter, s'il s'en rencontre, quelque point d'appui, vrai ou faux, à sa condamnation, déjà pôrtée. C’est l'usage ordinaire que fait, du jugement et de la raison, l’homme non soumis à Dieu. Il veut d’abord, et il décide; puis il cherche à laver de raison ce. qu'il a décidé.

Les faux témoins surviennent, mais leurs mensonges se trouvent insuffisants. :

Le grand prêtre se décide alors à poser la question, non pas comme question, mais comme piége. Êtes-vous le Christ ? « Je t’adjure, par le « Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le « Fils du Dieu vivant. »

« Vous l'avez dit, » répond Jésus! Vous l’avez dit. Vous avez porté témoignage. Vous savez que le Christ doit venir; vous l’attendez. C'est beaucoup ; car vous avez la base du jugement. Mais pourquoi est-ce à moi que vous dites : Es-tu le Christ? Pourquoi ne le demandez-vous pas à Hérode, à Pilate, à vous-même, à quelqu'un des

anciens, ou des scribes, ou des prétres? Pour-

quoi ne dites-vous donc à aucun autre : Es-tu le Christ? Pourquoi est-ce à moi seul? Vous êtes - donc prés de la vérité, et votre bouche l’énonce : Vous l'avez dit. |

Vous l'avez dit, et, qui plus est (r\v, mo), vous le verrez, Oui, « vous verrez le Fils de « l’homme assis dans la force et la vertu de Dieu, « et venant sur les nuées du ciel ; » oui, visible comme roi, dans l’immensité de toute la création, dans tous les centres de lumière et de force.

Or voici qu'il se trouve d’étranges lecteurs de l'Évangile qui s’écrient : Il n’a pas dit : Je suis le Christ, le Fils de Dieu.

Nous venons cependant de l'entendre, et tous ceux qui étaient présents l'ont entendu; tous, princes des prêtres, juges, auditoire, et valets de bourreau. |

Le prince des prêtres, saisi d'horreur en présence de cet homme qui se dit Christ et fils de Dieu, déchire ses vêtements, en s’écriant : I n’est plus besoin de témoins; vous avez entendu le blasphème.

Et tous disent : Oui, il est digne de mort.

Et quant aux valets des bourreaux, ils l'ont si bien compris qu'ils lui disent : Christ, à Christ, prophétise donc, et dis qui t'a frappe.

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* Comprenons donc ce qu'ont compris les valets du bourreau. Il a bien dit qu'il était le Christ, puisqu'on le soufflette sous vos yeux, et qu'on le” met à mort pour l'avoir dit. Saint Marc, d’ailleurs, rapporte la réponse en ces termes : « Jésus:

« lui répondit : Je le suis. » (Marc, XIV, 62.)

Le voilà donc frappé, frappé et conspué, et n’oserais-Je donc pas écrire ce qu'ils ont fait et ce que l'Évangile nous dit : ils lui crachent à la face, le soufflettent et le chargent de coups!

Quand l’emportement de la haine charge comme un orage la masse d’une assemblée, et que l’étincelle de colère, et les sinistres grondements commencent, l'homme isolé, séparé de cette masse par la conscience, est écrasé. Pierre est vaincu et anéanti de terreur : tout à l'heure il frappait de l'épée sur une troupe qui pouvait l’écraser, et maintenant, devant l'assemblée, il renie, et s’écrie par trois fois : «Non, je ne connais pas cet homme, » et il le déclare par serment.

Résister à une masse humaine, quand cette

masse est lancée dans son émotion, est impossible

à l’individu. L'individu fait partie de la masse ; c'est un atome qui doit suivre le tout.

Oui, mais le Christ résiste seul à la masse des iniquités, des emportements, des fureurs de tout le genre humain; seul, il soulève le tout; seul, parce qu’il est Dieu, il peut porter le genre humain, changer le cours des siècles, et relever jusqu'à la lumière des sociétés chrétiennes le monde entier qui descendait; seul, vainqueur de la mort et maître de la peur, seul, dit saint Paul, il vient pour délivrer ses frères, que la peur de la mort maintenait sous le joug pendant leur vie entière. Oh! divine force et divin courage de l’être intelligent et libre qui lutte seul contre tous, seul, parce qu'il porte en lui celui qui dit : « Ayez confance, j'ai vaincu le monde.» Courage, mes bienaimés, car nous ne sommes pas seuls ; ayons confiance, nous sommes plusieurs, et il est avec nous . courage, il a vaincu le monde. Hâtons-nous de vouloir et de croire, et de vaincre ce siècle, et de le faire entrer dans ce progrès de paix, de justice et de liberté que nos pères, depuis bientôt cent ans, voient de leurs yeux, mais ou ils ne peuvent pas entrer, parce qu'ils ont été incrédules, et n'ont pas cru en Jésus-Christ: comme les Juifs in-

crédules voyaient la terre promise, mais n’y pou-

vaient entrer. Tous durent mourir en la regardant. Faut-il donc que tous les hommes de cette génération qu'a frappés et stérilisés l’esprit de négation, de violence, d’anarchie et de tyrannie,

soient morts Jusqu'au dernier, pour que l’Europe

parvienne à entrer dans un siècle nouveau, et

dans une phase nouvelle de l’êre nouvelle ?

Oh! nos pères! nos pauvres pères, qui ont renié Jésus-Christ! Combien l'ont renié par influence, parce que la masse criait : Écrasez-le ! Eh bien! il n’est pas nécessaire qu'ils meurent tous. Il suffit qu'ils pleurent ! Pierre se ressouvint de Jésus, un instant après son blasphème, et, s’éloignant de la foule, il pleura. Pleurez, vieillards, et vous aussi, Jeunes gens, pleurez, et vos pleurs vous transformeront et sauveront ce siècle.

Mais, à Père de nos âmes! dans cette douloureuse crise du monde que nous traversons aujourd’hui, laquelle au fond est un nouveau procès de votre Christ, daignez ouvrir nos yeux. Qui connaitra tous les secrets, toutes les iniquités, perversités, illusions et ténébres de ce procès! Qui donc au fond veut votre mort, et qui ne la veut pas ? Qui travaille pour vous, et qui travaille contre vous ? Qui vous renie criminellement, sa-

taniquement ? Qui vous reanie par influence et.

peur ? Et qui est-ce qui crie, et frappe, et crache à la figure de l'accusé, sans rien savoir ni rien comprendre ?

C'est un tumulte immense, autrement grand que le tumulte renfermé dans le conseil des Juifs et sur la place de Jérusalem! Aujourd’hui le tumulte est dans le monde entier ; le procès remplit tout. Voici les scribes, avec leurs écrits, qui veulent le bannir de l'esprit ; et les anciens du peuple, qui veulent sa mort dans le monde politique et social. Mais moi, prêtre de Jésus-Christ, est-ce que je le défends pleinement? Est-ee que je ne le trahis en rien ? Je vois clairement le crime des autres. Mais c’est le mien qu'il m'importe de voir! moi et mes frères, ses défenseurs, nous qui disions : «Nous mourrons avec vous ; » nous qui parfois nous munissons d’épées, et qui allons jusqu’à frapper ceux qui viennent contre lui; nous, dis-je, n'avons-nous jamais déclaré, en aucune circonstance ceci : « Je ne connais pas cet hommelà ?» Que dis-je, dans cet affreux tumulte, ne l’avons-nous jamais frappé sans le vouloir, ni le savoir ?

Prenons garde ! Le Christ est à la fois toujours ancien et toujours nouveau. Jésus-Christ vient

toujours : Christus ventrt semper. vient aujour-

d’hui même comme vin nouveau. Eh bien! je déclare avoir vu des hommes qui mourraient pour le Christ, et qui de fait, j'espère, mourront en lui, je les ai vus, pendant qu'ils tiennent en main le calice du vin conservé, je les ai vus méprisant ou foulant aux pieds le vin nouveau qui coule aujourd’hui même de la vigne de Dieu.

Mais quel est donc le vin nouveau qui coule aujourd'hui de la vigne? Ce vin, c’est l'esprit même de Jésus-Christ, roi des siècles, qui vitau fond des siècles comme conducteur et inspirateur de chaque siècle, qui est vraiment le Christ venu et toujours attendu. Malgré tous les mensonges que lui font dire les faux témoins, c’est lui-même : il est actuellement vivant. Le vin nouveau, c’est la réelle inspiration des vrais progrès, je dis des vrais progrès, que Dieu demande, progrès de justice, de lumière, de liberté morale, .et de frater- . nité chrétienne.

Les faux témoins des deux côtés soutiennent ceci :ila dit : «Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois Jours. » Mais ceux de droite s'adressent à ceux qui, avec raison, ne veulent pas qu’on détruise le temple de Dieu, et ils disent : « Voyez, c’est le destructeur de tout bien et l’en-

nemi de Dieu, le destructeur des sociétés.» Les faux *

témoins de gauche s'adressent à ceux qui veulent qu'on détruise le temple de Dieu, et l'édifice entier des sociétés humaines, et disent : « Celui-ci est pour nous, il faut détruire tout l’édifice et le rebâtir en trois jours : ainsi l’Église, qui ne veut pas cela, est l’ennemie du genre humain. »

Prenons garde! ne repoussons rien de ce qui vient de lui. Et s'il se trouvait, parmi nous, un groupe d’esprits qui, écrasés et anéantis par la peur du tumulte présent, se décidaient absolument à repousser l'inspiration fondamentale et divine de ce siècle, ces défenseurs aveugles et terrifiés repousseraient leur maître en croyant le servir, et deviendraient le grand obstacle à son

triomphe.

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