‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 81 sur 89 · L] LA · texte numérisé non relu

L] LA

si Elie viendra le délivrer. »

Ici, je ne puis plus méditer avec ordre. Je ne

puis que me plaindre, et pousser des cris. Il faut

ici des (Arènes et des lamentations ! Il faudrait le

prophète Jérémie! et il ne s’agit pas de lamenta-

tions inutiles, mais de lamentations qui servent, et

qui, s’il est possible, percent enfin de compassion le cœur du genre humain!

Ne dites pas : Tout cela est vieux; nous savons les détails, nous connaissons l’histoire de la passion de Jésus-Christ.

Non, vous ne savez pas ces détails, et d’ailleurs rien ici n’est vieux. Tout ceci, sachez-le, tout ceci

est récent, quotidien, actuel et visible aujourd’hui.

Fagellation, crucifiement, sévissent aujourd'hui même. |

D'abord les faits ne vieillissent pas, ils sont et ils seront. Éternellement il sera vrai que le Sauveur du genre humain a été crucifié. Tous les faits . vivent toujours au sein de l’univers. L’éther universel ne perd même pas la forme visible des choses. Tout subsiste. Ciel et terre sont encore

aujourd'hui couverts du sang de Jésus-Christ. Oui, tout cela, je vous le dis encore, est et vit

aujourd’hui, dans tous les sens du mot.

Comment cela? Le voici. C’est que le Seigneur

le déclare, — et sa parole est plus durable que le ciel et la terre, — il le déclare en ces adorables paroles : « JE VOUS LE DIS EN VÉRITÉ, TOUT CE QUE € VOUS FAITES AU MOINDRE DE MES FRÈRES, CEST À € MOI-MÊME QUE VOUS LE FAITES. » {/mnen dico vobis, quamdiu uni ex his fratribus meis fecistis, et mihi fecistis. Donc, toutes les fois qu’un homme est mis à mort, c’est le Christ qui est mis à mort. Si c’est un assassin que la loi frappe, cet assassin a tué deux hommes : l’autre et lui-même. Il cru-

cifie Jésus-Christ deux fois!

Mais que dire du sang innocent | Aujourd’hui, sous nos yeux, sur tous les points du globe, des milliers d’innocents sont mis à mort. C'est Jésus- Christ qui est tout autant de fois crucifié. Ce que vous faites au moindre de mes frères, c’est à moi-même que vous le faites : Æ7 mihi fecrstis ! C’est pour cela même qu'il a dit, en parlant de ses propres bourreaux : « Tout le sang innocent versé « depuis le commencement du monde retombe « sur vous. » C’est qu'en effet, tout ce sang est

le sien.

Juger, condamner, exécuter un innocent! peutêtre ne comprenez-vous pas le grand abime du sens de ces mots-là. Vous entendez dire tous les Jours que des hommes innocents ont été mis à mort, et vous n'êtes ni brisé, ni renversé par cette épouvantable annonce! Ami, si c'était vous! L’entendre dire des autres, c’est une affaire de tous les jours. Mais vous, vous-même, vous, pleinement innocent, être Jugé et condamné; puis marcher au supplice, surtout si c'était le supplice de la croix ou le supplice du feu! Or d’autres ontsouffert cela.

Oui, ils ont mis à mort des innocents, et parfois avec d’autant plus de fureur qu’ils sentaient l'innocence. Dieu a voulu que cet usage qu'ont pris les animaux humains de tuer leurs semblables, tombât sur lui, et sur les plus grands hommes sortis de l’animalité. « Quel est, « leur dit-il, le prophète que vous n'ayez pas « lapidé ? » Le plus grand, le plus beau des en-

fants des hommes, le seul absolument grand et beau , Jésus , a été mis à mort : prêtres, scribes et anciens du peuple, tous les pouvoirs humains, puis les soldats, et puis la masse du peuple rassemblé, criaient avec fureur : « À la croix! à la « croix | que son sang retombe sur nous et sur

« nos enfants! »

Hélas! oui. Quel est le prophète que nous n'ayons pas lapidé? Quel est le prophète dont le sang ne retombe sur toute la suite des générations? Et jamais, en aucun temps, en aucun lieu, les hommes ne l'ont compris, ne se sont frappé la poitrine à la vue du sang innocent qu'ils ont versé. Et c’est pourquoi ce sang retombe et demeure sur nous tous. Il n'ya pas de pénitence. Nous ne comprenons rien à la Passion du Christ,

et en toute occasion nous recommençons tout.

Voici l’une des’‘plaies de ma vie. Il s’agit de la ‘France, ma patrie bien-aimée. Jamais la France ne

s’est assez repentie des grands crimes perpétrés II. 20*

dans son sein. Grand Dieu! nous avons mis à mort Jeanne d’Arc, et nous l’avons brülée, car nous l'avons laissé brüler. Notre ange visible, l’envoyée de Dieu manifeste, la généreuse vierge inspirée, notre étoile pour tous les siècles de notre histoire, notre douce, triomphante et splendide protectrice, nous l'avons mise à mort! Où est l’éclatant repentir? Et pourquoi tout Français parvenu à l’âge d'homme ne jure-t-il pas d’expier pour sa part, par quelque acte de saint héroïsme, ce forfait incompréhensible? Mais :non, nous avons redoublé ce crime, après trois siècles de réflexion. Nous avons insulté la victime, nous lui avons craché à la figure, comme les valets de bourreau font au Christ. Et aujourd’hui les fils ou les amis de l’homme qui fit cette insulte à la France, exigent encore que je salue en prononçant le nom du misérable!.. Non! non! iln'ya

pas encore de pénitence pour le crucifiement du Christ.

AL Mais voici que tous nos vieillards ont vu,

après solennel jugement, tomber la tête du plus

juste des rois de France : le plus juste, ai-je dit, et

l'un des plus grands! Mais ni ses ennemis ni ses amis ne me permettent de lenommer grand. Pourquoi ? c’est qu'ils méprisent la justice vaincue ; la douceur, la bonté qu’on écrase ne les touchent point. Gloire à la force! gloire à ceux qui frappent et qui tuent, qui dominent et dévorent! Tel est encore l’état moral et intellectuel des hommes. En ce temps doncune grande fête a été donnée à la fureur et à la soif du sang. Tigres, chacals, panthères, ont reparu pour dévorer les hommes comme au cirque des empereurs, etils ont égorgé par milliers et milliers les. enfants de la France, après des jugements dérisoires comme celui de Caïphe. Et quand donc a-t-on fait pénitence de ces crucifiements du Christ?... Qui donc en parle avec assez d'horreur? et manque-t-il parmi nous de ténébreux sophistes et de cœurs venimeux pour crier : Gloire à ceux qui ont versé le sang! — Malheur! malheur à-nous! Tant que l’évidente lumière de justice, de justice absolue et universelle, n'aura pas ouvert nos esprits et pénétré nos cœurs, tout le sang innocent, qui est celui du Christ, retombe sur nous et sur nos enfants. Et nous continuons à nous rouler dans le sang et les larmes, hélas! et souvent dans la

fange !

Et le sang innocent continue à couler à flots par toute la terre, et même au milieu de l’Europe. Et nos consciences éteintes, et nos yeux effarés, tout troublés de ce sang qui découle sur nos têtes, contemplent ce spectacle sans voir. Mais moi, je ne cesserai de crier jusqu’à ma mort : Voyez! voyez! au cœur même de la chrétienté, aujourd'hui, au moment où j'écris, voyez couler le sang! Voici l'iniquité palpable et absolue : l’on continue à tenir sur la croix une nation, et chaque année des milliers d’innocents sont crucifiés et meurent pour la justice et la patrie. Et l’Europe abrutie se tait! Malheur! malheur! le sang du Christ retombe sur nous, et il retombera sur nos enfants, tant que nos têtes ne s’humilieront point, et que nos cœurs ne seront pas brisés de contrition, et nos esprits ouverts par l’éclatante et vengeresse lumière de la justice, par le retour du sens humain et du sens fraternel, par la transformation dans la justice et la raison, par le passage enfin des animaux humains à l’état d'hommes.

__ O Jésus! votre flagellation, votre crucifiement

seraient vraiment le salut du monde, si nous

savions les méditer. Encore une fois, vos paroles, 6 Seigneur, sont éternelles et absolues. Ce que l’on fait au dernier des hommes, c’est à vous qu'on le fait; toute blessure est la vôtre. Tout le sang qui coule est le vôtre. £t mihi fecisus! C’est à moi-même que vous faites tout cela.

Oui, le crucifiement serait vraiment le salut du monde si nous savions nous frapper la poitrine, si nous savions enfin ne plus verser le sang.

Mais non ! il y a aujourd’hui encore des hommes qui vendent le sang pour de l'argent. Depuis le brigand isolé qui tue pour dépouiller, jusqu’au César ou jusqu’au peuple, vainqueur d’un peuple, qui juge et qui frappe au hasard, pour multiplier la terreur et pour continuer la spoliation des vaincus, partout l’on verse, comme Judas, du sang pour de l'argent. Et, si ceux qui versent le sang sont les fils des bandits qui ont porté les premiers coups, ils osent dire à leurs propres pères, dont ils continuent les forfaits : Quid ad nos ? tu videris. Que nous importe ? c’est votre affaire; vous avez

eu vos raisons pour cela.

Il. 20"

Hélas! oui! bien souvent encore ils préfèrent Barabbas au Christ. Oui, j'ai senti dans les foules ameutées cette préférence. Aujourd’hui même, lorsque les justes, les justes manifestes, surtout s’ils sont chrétiens, et surtout s'ils sont catholiques, sont opprimés et mis à mort, le bruit qui s'élève alors de la foule est faible ou nul. Les orateurs des rues se taisent. Mais, s’il s’agit d’un assassin qui, en plein Jour, a tué vingt hommes dont un roi; s’il s’agit d’un des chevaliers du poignard, vomi par les secrètes cavernes, ils s’émeuvent et de

mandent sa grâce | XIE.

Qu'ont-ils à dire, les crucifiés ? Hélas! j'ai entendu parler ainsi de tous les peuples opprimés, sans exception : Irlande, Pologne, Italie, Grèce, sans excepter les nègres esclaves, et les Indiens soumis. Si vous saviez, disait cette femme, si vous saviez quels misérables sont ces esclaves et ces vaincus ! J'ai moi-même entendu ces paroles,

Qui donc écoute la cause et la défense des gar-

rottés | Jésus le sait et il se tait. Amené devant le représentant de la force, interrogé s’il est le Christ, le Roi des Juifs, il répond : « Vous l’avez dit; oui, je le suis. » Puis il se tait. On insiste, et à toutes les accusations il ne répond pas un seul mot. Pour celui qui est dans les fers la discussion est inutile. Et puis, Pilate est-il juge compétent? Lorsque la conscience est éteinte, à quoi bon discuter contre le fer qui frappe? Lorsque les scribes, les anciens et les 5rinces des prêtres ont corrompu et trompé le peuple, et que le peuple crie : À mort! à mort! c’est bien l’heure des ténèbres et de la puissance de l'enfer, et non plus lPheure de la parole et de la lumière !

XITT.

Mais, à mon Dieu! oui, voici bien l'enfer:

l'insulte au condamné, l’injure, les coups et les soufflets à l’homme qui va mourir. Le plus grand, le plus doux, le plus beau des hommes est livré à cette cohorte de grossiers soldats, qui d’abord le déchirent par l'horrible supplice de la flagellation, puis l’habillent en roi de théâtre, lui imposent la couronne d’épines, lui donnent le

sceptre de roseau, le tournent en dérision et le

frappent de ce sceptre. Puis, il faut bien le dire, car l'Évangile le dit, le couvrent de leurs crachats, expuunt in eunlO roi des hommes, 6 frère ainé de tous les hommes qui ont souffert ou qui souffrent en ce moment, vous avez voulu supporter ce jeu précisément et absolument infernal : la torture avant le supplice, l’insulte au condamné, la dérision à l’homme qui va mourir! Et, en portant cette orgie satanique, vous l'avez abolie aujourd’hui, enfin, dans la plus grande moitié des peuples qui-portent votre nom. Hélas! sur les trois quarts du globe règne encore le supplice, la volonté de torturer, l'enfer visible : le fouet pour les esclaves, le fouet souvent pour les soldats, le fouet, le knout ou le rotin dans toute l’Asie. Puis les massacres périodiques de chrétiens par la bête féroce turque; puis la torture sanglante, morale, matérielle, appliquée au milieu de l’Europe, depuis bientôt un demi-siècle, à une nation! Puis, les supplices exquis et recherchés dans la moitié du genre humain, et puis, dans” toute l’Afrique, les sacrifices humains. Dans toute l'Afrique encore, les hommes tués et chassés comme gibier, à époque fixe, chaque année, comme se fait parmi nous l’ouverture de la

chasse. Puis les grandes hécatombes, qui, à la

mort des rois sauvages, immolent des hommes, de par la loi civile et religieuse, non par centaines, mais par milliers. Puis les longues et indescrip-: tibles tortures que font souffrir les cannibales à l'ennemi vaincu. Et le genre humain tout.entier, le genre humain, encore bien rapproché dans sa grande masse de l'état de la brute, le genre humain stupide et insensible regarde tout cela sans rien sentir ni rien comprendre! Et les ainés, les fils de l'Évangile, n’ont pas encore osé jurer qu'avant un siècle ces orgies de l’enfer visible auront cessé sur toute la face du globe ! Nous lisons la Passion du Sauveur sans rien comprendre, et sans voir qu'on le crucifieaujourd’hui.«Si j'avais été là, disait ce roi barbare, avec mes Francs ! » Mais vous y êtes. Vous y êtes encore aujourd'hufï, avec vos Francs. Et que faites-vous ? Et que font-ils? C’est lui-même que l’on crucifie. Ne le comprendrez-vous donc pas? Ne voyez-vous donc pas que nous le laissons flageller, torturer, crucifier lui-même, aujourd'hui même, sur toute la face du monde, et vos cœurs, © mes frères, ne bondissent pas, comme le mien bondit, jusqu'à rompre! Mais, courage | avant ma mort J'espère bien avoir convaincu quelques généreux cœurs, qui, absolument in-

domptables et imperturbables, iront au but. Et

314 à = FLAGELLATION, CRUCIFIEMENT.

j'espère bien qu'après ma mort je leur parlerai

mieux que je ne le fais aujourd’hui.

Tout n'est pas dit. Il est en croix; pieds et mains brisés par les clous, déchiré par son propre poids. Une soif cruelle est l’effet du supplice. La vie veut remplacer le sang qui sort des veines et des artères coupées. Mais les hommes savent cela ! et leur génie a découvert l’art d'attraper le supplicié, et de le prendre par sa soif. Il dit : « J'ai soif. » Ils lui font boire le vin mélé de fiel ; cela maintient, et aiguise les tortures, et prolonge le supplice. Ah! oui! science et art des tortures, vous avez existé! vous existez encore dans la plus grande partie du genre humain. Et vous dites, Ô amis, que vous n'avez pas vu Satan, et

que l’enfer n’existe pas!

Ce n’est pas tout. Il est en croix, et alors viennent les sages, et les hommes prudents et savants, l’insulter sur sa croix. « Eh bien ! toi, qui détruis

+ le templeet le rétablis en trois Jours, sauve main-

tenant ta vie; si tu es fils de Dieu, descends, descends de là.» Et les anciens, les scribes, les princes des prêtres, tous viennent et lui apportent les mêmes outrages, dans les mêmes termes. Et les bandits crucifiés avec lui répétent ces mots : et la foule répercute ces mots : et la raison de tous est satisfaite. « S'il est le fils de Dieu, qu’il se déhi- « vre! » Voilà qui est lucide et décisif.

Tout n'est pas dit. Il est en croix. Là, il passe par la suprême épreuve du reniement universel, du mépris, de la haïne de tous. Essayez, si jamais vous l’osez, de résister à une foule qui a tort! osez dire un seul mot, en dehors de l'esprit du groupe où vous vivez | Vous ne l’osez. Voici Jésus chargé, et chargé pour des siècles de toute la haine du genre humain. Aujourd’hui encore, de formidables masses de haines pèsent sur lui. Je n'oublierai jamais le jour où, à travers ces haines et ces ténébres, moi, pauvre enfant perdu, j'ai pu retrouver mon Sauveur; le jour où j'ai compris que J'aurais à porter une partie du fardeau de haine et de mépris. C’est alors qu'il faut

du courage. Ch! que les premiers coups nous

percent l’âme douloureusement! Aujourd’hui, sans doute, l’insulte de ces pauvres aveugles ne suscite en moi, pour eux, qu une ardente prière. Mais sur la croix, dans l’affreuse torture corpo— relle, le reniement universel du genre humain se trouve lié à la suprême torture de la passion. Voici qu'il semble au Fils de Dieu que Dieu aussi est contre lui. Lui qui vient pour unir les hommes entre eux et avec Dieu, il traverse, pour ramener les plus perdus, l'épreuve de l’absolue séparation de l’homme d'avec les hommes et Dieu. Et c’est là, en effet, que le Fils de l’homme a supporté pour tous la peine du dam! «Mon Dieu! mon « Dieu! pourquoi m’avez-vous abandonné! »

C’est là l'instant ou, portant réellement le fardeau de toute iniquité, il triomphe du péché, de la mort et du mal, Il supporte et peut supporter, étant Dieu, quelque chose d’infini. Il produit, par son sacrifice, une radicale transformation des choses, un rapport et une nouvelle alliance de Dieu à l’homme, et de l'infini au fini! Courage | ames qui êtes en présence de la mort, vous supportez, mais avec lui, quelques degrés de cette épreuve! Passez par cet affreux néant pour sortir d'ici, et pour entrer dans l’infini“de

Dieu. Courage! âmes vigoureuses, que Dieu veut

tremper ici-bas comme de célestes instruments, vous devez passer tout vivants par de cruels degrés de cette épreuve. Mais Jésus la porte avec vous. Courage! c’est le moment où du sein de l'extrême souffrance vous allez poser votre esprit aux mains de Dieu. Jésus pousseun grand cri et dit : « Père, je remets mon esprit entre vos

« Mains. »

En cet instant s’est accompli l'acte, à la fois divin et humain, le plus puissant qui ait jamais fait frémir de terreur et transporté d’admiration le ciel, la terre, l'enfer, toute la nature et tous les êtres. Toute chose a été réunie! ce passage de l'homme-Dieu par la mort pour dompter la mort, a mis à la racine de tous les êtres le principe de la vié éternelle. Les hommes ont aperçu quelque chose de l'immense ébranlement et de la grande invasion de la vie. L’Évangile parle de ces ténèbres qui ont duré trois heures, du tremblement de terre et des rochers brisés, des tombes ouvertes, des morts ressuscités, prémices de la résurrection future, grands faits presque prématurés

du monde à venir, que la pensée de l’homme, sous

le soleil ordinaire de la vie et dans l’état borné de la raison présente, ne comprend point. Mais voici

ce qu'il est enfin temps de comprendre.

Le premier devoir du chrétien, le premier devoir de tout homme est de méditer la passion, et d'arrêter enfin ce crucifiement sacrilége que nous laissons durer depuis vingt siècles. Nous ne comprenons rien, si nous ne comprenons l’éternelle étendue et la sainte profondeur du mot vraiment divin : Ce que vous faites au dernier des hommes, c'est à moi-même que vous le faites! Æ4 mihr fecistis. Nous ne comprenons rien et nous restons dans l’animalité, tant que nous ne voyons pas ceci : le crime suprême, le mal suprême est de crucifier Dieu corporellement, en lui perçant le cœur pour en verser le sang. Et c'est là ce que fait, c’est là ce que laisse faire tout homme qui tue, ou qui laisse tuer. Nous ne comprenons rien, si nous ne voyons pas que le premier devoir des individus et des peuples sérait de se liguer pour abolir enfin et poursuivre par toute la terre ce crime premier, fondamental et précisément infer-

nal, qui est le meurtre, œuvre propre de celui-là

qui, dit Le Christ, « fut homicide dès le commen- « cement. » :

Nous sommes aveugles si nous ne voyons pas que c’est la le nécessaire avénement de la justice, et que les peuples européens seront bénis des plus divines bénédictions le jour où, négligeant tout but secondaire, ils iront droit au but divin, savoir : arrêter le crucifiement, le crucifiement de l’homme- Dieu dans chaque homme que l’on tue par le fer,

l’esclavage, l'ignorance ou la faim !

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