ACTE QUATRIÈME
tète perdue!... Oui, vous êtes libre!... On vous attend!... Nous n’avons que dix minutes, mon ami... Oh ! partez ! partez !...
CUILLER Y
Vous ne m’avez pas compris, Blanche. Je vous aime à ne plus ppuvoir vivre loin de vous!... Si je pars, je reviendrai!... Vous voyez, je ne ferais que retarder ma mort!... Oh I écoutez-moi... Si je meurs aujourd’hui au contraire, je m’en irai content... j’aurai cru à votre amour... je vous aurai revue avaut ma dernière heure... j’aurai senti que vous ,< étiez bien à moi, tout à moi, et qu'entre votre âme et la mienne le bonheur n’avait pas laissé de place, même aux remords!... Mais si je vis... Oh! écoutez, écoutez-moi!... Mais je vivrai le cœur aigri, tourmenté, ulcéré, brûlé par la jalousie et la haine!... J’aurai assez vécu pour vous voir la femme d’un autre !...
BLANCHE
Je me retirerai dans un couvent!...
Pauvre candide jeune fille, qufne sait pas la violence de nos passions!... Mais je serais jaloux même de Dieu, moi!... Mais je me dirais que votre amour vous faisait horreur, et que vous vous êtes ensevelie vivante dans un cloître pour mettre cette tombe entre votre cœur et l’homme que vous méprisiez !...
BLANCHE, pcrd*i.t ta tète.
Ohl mon Dieu 1 mon Dieu !...
GUILLERY, avec amour.
Mais je meurs heureux!... mais je meurs radieux, comme l’ange déchu que vous auriez pu repousser dans les ténèbres, et que vous avez sauvé 1... mais je meurs en vous bénissant.... (Toaboot à ms pieds.) tenez, comme une sainte, mains jointes, à genoux, à vos pieds, l’Ame rayonnante et le cœur épanoui de joie U.
COMPÈRE GU1LLEHY
BLANCHE
Eh bien, partons ensemble; venez!...
GtJILLERY, sc levant.
Vous?...
BLANCHE
Oui, moi!... Eh! n'ai-jc pas fait déjà litière de mon nom, de ma dignité, de mon cœur!... Venez, venez!...
CUILLER Y, l'entraînant.
Ah !... c’est la vie!... (s'arrêtant.) Mais... non !...
BLANCHE, IprrJne.
Mon Dieu!... mais qu’est-ce donc encore?... Mais la mort est là... à deux pas... derrière nous!...
Vous ne résisteriez pas à nos fatigues !...
BLANCHE
Je suis forte !... •
Tu ne connais pas notre vie, chère enfant I... vie de périls, et d’audace... à travers les rochers... à travers les bois... à travers les landes, les ravins, les montagnes... attaquant, attaqués... l’épée au poing et le mousquet sur l’épaule !... Et tu subirais cette vie, toi!... Mais regarde tes pieds d’enfant!... Et je t’emmènerais dans nos repaires !... nous, bandits, et que l’on traque!., lions, et que l’on tue... Vrai Dieu! non, je t’aime trop pour cela!
BLANCHE
Quelle existence me laissez-vous?... La honte, l’opprobre, le déshonneur!... Mais, en sortant d’ici, on chuchottera sur mon passage... mais en rompant mon mariage, on me montrera au doigt... mais, en m’ensevelissant dans un couvent, on rira!... Oh! je sais tout cela!... je le savais!... mais j’ai tout accepté