LA SENTINELLE
On ne passe pas !
Moi!
GUILLLERY, voulant» passer.
LA SENTINELLE, menaçant.
Mort de ma vie? je n’ai que ma consigne; on ne passe pas!
GUILLERY, s’arrêtant.
C’csl bien, tu fais ion devoir, tu es un brave soldat.
(Il va plus loin.)
LA DEUXIÈME SENTINELLE, lui barrant lu passage.
On ne passe pas!
GUILLERY, revenant, à part.
La consigne est rigoureusement observée! Le temps presse! L’autre peut se réveiller!
ANGELETTE, & part.
Oh ! il est perdu !
GUILLERY, à un solJat.
Mon Cheval! (Lo soldat tort et revient avec le cheval, qu'il tient par la bride. — Guillery, tapant du p ed en marchant.) Le maudit froid!... (A part, en rrgjrdai.t lu cheval eu dessou-,) Une bête de race! On doit pouvoir avec elle bondir et disparaître comme un éclair! Que résoudre?... Eh! vive Dieu! c’est clair : m’élancer sur ce cheval, tomber au milieu d’eux comme la foudre, tuer les uns, terrifier les autres, et disparaître, ou mourir tête haute et debout sur mes étriers! Allons!
(Le jour parait.)
LE LIEUTENANT, arrivant.
Capitaine, voici le courrier qui apporte la réponse du lieutenant du roi.
Lisez pour moi, lieutenant.
LE LIEUTENANT, lisant.
«Le comte de Mornav, lieutenant du roi en Bretagne, au » comte de Jussac; salut!.,. Le roi saura vos hauts faits d’ar- » mes... Donnez ordre qu’on ditige le prisonnier sur la foi te- » resse royale. Son supplice doit être un exemple et une jus- » ticc... Quant à vous, comte, nous avons à^pus instruire des » marches et contre-marches des Guillery et à vous soumettre » un nouveau plan de campagne. Venez vite; vous rejoindrez » vos troupes à la forteresse. Signé : Mornay. »
(Pendant cette lecture, Guillery est mnnié à cheval, toujours enveloppé de son manteau.)