‹ Complément de l'histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, ouvrage du cheikh Mohammed Abd'al-Djalil al-TenessyChapitre 72 sur 90 · COMPLÉMENT DE L*HI6T0IRB DES BENI-ZEIYAN · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT DE L*HI6T0IRB DES BENI-ZEIYAN

il devint surtout très habile dans la connaissance de la prosodie et de Part poétique. Il était contemporain et condisciple du fameux Ibn-Ghrâzy. Ils s'adressaient mutuellement des questions de droit rédigées en vers et ils y répondaient aussi en vers. Les biographes de notre cheikh font le plus grand éloge de ses mœurs et de sa religion ; ils louent surtout son désintéressement et son entier détachement des choses de ce monde. « Le monde, disent-ils, avait moins de valeur à ses yeux qu'une aile de moucheron, » L'austérité de sa vie était admirable : il ne se nourrissait que de pain d'orge. Ilcomposa en l'honneur de Mahomet plusieurs poèmes, un entre autres qui contient cent quatorze vers, autant qu'il y a do surates dans TAlkoran. On a de lui une foule d'autres compositions poétiques qu'il serait trop long de citer ; deux seulement méritent ici une mention particulière, savoir la mise en vers de la Petite Hakidah du docteur Al-Senoussy et un Tahhmis ou amplification d'un poème attribué au fameux marabout Âbou-Medien, et qui commence ainsi :

« Me voyant, hélas ! en fait do piété, réduit à une profonde misère et accablé sous le poids énorme de mes iniquités,

J'invoque Dieu humblement et avec le sentiment de mon indignité. Grande est la majesté de notre souverain Maître, car il est tout puissant.

C'est à votre clémence, Seigneur, qu'a recours votre pauvre serviteur ; c'est votre grâce qu'il implore contre la vengeance dont il est menacé. »

Après avoir achevé ses études à l'école du docteur Ben-Zégry, Ahmed Ibn-el-IIadjj obtint de son maître un diplôme de licence, dont l'auteur du Dostan nous a conservé le texte et qui est d'une élégance fort remarquable. Ben-el-Hadjj en avait fait la demande dans une requête non moins littéraire, écrite moitié en prose, moitié en vers, et qui, pour dire vrai, fait autant

BIOGRAPHIE DU DOCTE AHMED BEN-MOHAMMED. 44t

d'honneur au candidat qu'au professeur. Cette pièce curieuse porto la date du premier jour de rebie II de Tan 897 de rhégire(1491 de J.-C). Ahmed Ibn-el-Hadjj a laissé plusieurs ouvrages très estimés, entre autres : !• Un commentaire d'un poème qui est connu sous le titre delà Sebeniyah, et qui reconnaît pour auteur Ibn- Bâdis ; 2* un commentaire du Bordah du célèbre cheikh Al-Boussîry, resté inachevé. C'est une compilation du hafid Ibn-Marzouk, d'Al-Ocbâny, et de cidî Aly-[bn- Thâbit, à laquelle il a ajouté des remarques et des explications de son propre cru. Beaucoup de savants se formèrent à son école ; on cite parmi eux Al-hadjj Ibn- Saîd, fils de sa sœur, et cidi Mohammed Ibn-al-Bellal el-Medioûny, qui apprit sous sa direction les sept leçons de l'Alkoran, On compte encore au nombre de ses disciples cidi Abd'el-Rahman al-Yâakouby, le saint, le vertueux cheikh, le grand contemplatif , à qui il expliqua les mystères du Soufisme et le traité d'Ibn-Ata- Allah en entier. Le cheikh Ibn-el-Hadjj' était d'une admirable simplicité; Ton a remarqué qu'il n'a jamais voulu avoir de domestique et qu'il aimait à se servir lui-même. C'est lui, dit-on, qui soignait sa jument, qui lui jetait de la litière, qui lui donnait de l'orge et de la paille, et qui l'abreuvait. Quand il entreprenait quelque voyage et ({u'il menait sa monture, il avait soin de lui mettre une muselière pour l'empêcher de manger les blés qui étaient semés sur les bords du chemin.

Ses contemporains et ses amis avaient coutume de le désigner sous le sobriquet de Montagnard^ à caure du séjour qu'il faisait dans les montagnes des Beni-Ournid. Il avait l'habitude d'appuyer ses décisions juridiques sur des considérations et des arguments tirés des sciences intellectuelles et traditionnelles qu'il possédait au plus haut degré. A propos de son profond savoir en jurisprudence, on raconte le trait suivant : Son professeur bien connu, cidi Ahmed Ben Zégry, mufti deTlemcen

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et Tun des imans de cette capitale, avait reçu d'une ville lointaine une demande de consultation sur un cas dont on n'avait pu trouver la solution dans les livres, ni chez les jurisconsultes de l'endroit. Le professeur ayant copié la question qu'on lui avait envoyée, l'apporta dans l'une de ses conférences et la fit lire à ses élèves, en leur disant : examinez, étudiez attentivement cette question, et tâchez de la résoudre. Cela dit, il remit la copie à l'un d'eux, en lui recommandant de lui apporter par écrit la décision qui lui aurait paru la meilleure.

Le lendemain, celui-ci apporta sa réponse qu'il avait mise par écrit, et en fit la lecture devant le professeur et devant les élèves ; mais «lie ne fut' pas trouvée juste ni décisive. Le professeur se mit alors à faire une autre copie et la donna à un second étudiant, lequel, après avoir examiné la question, apporta, à son tour, sa réponse par écrit : la solution qu'il proposa, ne plut pas davantage au maître. Un troisième, un quatrième ne furent pas plus heureux; tous jusqu'au dernier furent consultés et misa Tépreuve : aucun ne trouva à la solution de la difficulté une réponse satisfaisante. Il faut dire que le cheikh cidi Ahmed Ibn-el-Hadjj était alors absent et n'était pas descendu do ses montagnes.

Quand il fut de retour, on lui communiqua aussi la question dont il s'agit ; il l'emporta chez lui pour l'étudier pendant la nuit. L'ayant donc examine avec soin, il mit par écrit la réponse qu'il crut pouvoir y faire, et le lendemain matin s'étant rendu à la conférence, il en donna lecture au professeur et à ses condisciples, qui, d'un commun accord, l'approuvèrent, la trouvant parfaitement juste et donnant la clef de la difficulté proposée. Après cela, le mufti se fit un devoir de répondre à ceux qui l'avaient consulté, et sa réponse fut conforme à celle qui lui avait ('té présentée par le cheikh Ahmed Ibn-el-IIadjj.

Ce savant décéda, comme il a été dit plus haut, vers

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