ARTS CÉRAMIQUES PENDANT LE MOYEN AGE
I<a Céramique était peu eu honneur au moyen âge et il ne ]>aralt pas qu'il ait été fait beaucoup de tentatives pour en élever les produits à la hauteur de l’art, pour sortir de la fabrication la plus commune. On avait même perdu les procédés employés par les Grecs, les Étrusques et les Romains, pour décorer les poteries. C'était en orfèvrerie qu'on s'efforçait de fabriquer les aiguières, les plats, la vaisselle; en
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employant ainsi îles matériaux précieux pour rehausser le travail de f artiste. Nous n’avons pas d'exemple saillant de celle fabrication à rapporter ici, ni à en faire valoir de caractères importants au point de vue de l'art. Ce n’est guère qu'à l’état de carreaux décorés, et pour lutter avec la mosaïque byzantine, qu’il reste des reuvres assez remarquables. On connaît des laves peintes qui remontent au xir siècle
Carreaux emuillea.
Nous donnons ici un modèle de ce genre île travail, composé d'après l’étude des
carreaux de l'époque par M. l'agio, architecte anglais, justement célèbre par ses études sur le moyen âge.
C’est vers la fin de cette période que la faïence commença à paraître (nous verrous que sa fabrication existait depuis longtemps chez les Arabes); mais comme c'est a la renaissance que cette fabrication jeta tout son éclat, nous allons en traiter sous cette division.
Citons toutefois ici les grès-cérames de Flandre, de Hollande et d’Allemagne, qui eurent, de bonne heure, un cachet artistique assez remarquable, mais qui n'arrivèrent que plus tard à la perfection qui les rendit célèbres au xvu* siècle. Nous en donnons pour exemple une étude faite d’après leurs formes traditionnelles, Grs*flnmnnd P»'’ l’habile M. Ziégler.
ART INLU'STRIKL
STYLE RENAISSANCE
Vew h* l'oiniiieiici'iiu'iil 1I11 xv>- siècle, on vil apparaître une poterie toute différente de ee qui avait été fait jusque-là , et à laquelle on donna le nom de ■ Majolira, ■ qui dérive, suivant Scaligcr, de ■ Majorira, • Mayorqiie, transformé par coquetterie de langage. les procédés de sa fabrication, inconnus aux époques antérieures, ont pu parvenir par cette voie de l'Espagne, ou les Arabes les avaient apportés, comme nous le dirons bientôt. Cette faïence tirait surtout son éclat d'un émail blanc opaque dont elle était recouverte et qui cachait la couleur plus ou moins sale de la pâte. Lucca délia Robbia, sculpteur de Florence, s'illustra surtout dans ce genre de production, donna de la solidité à ses ligures et à ses bas-reliefs d’argile en les cuisant, puis les recouvrit de colorations brillantes qu'il sut varier et qui comprenaient surtout le jaune, le bleu et le vert.
Cette nouvelle et splendide statuaire, relevée par des émaux de diverses couleurs, fut très-admirée et sembla devoir donner naissance à une nouvelle branche de l'art. Nous donnons une idée de ce genre de travail par un dessin qui représente une pièce de l'œuvre de Lucca délia ltobbia, un sujet de piété composé par cet artiste, et rendu inattaquable (H brillant par la cuisson et l'émaillage. Si l'avenir n’a pas réalisé les espérances qu’on avait pu concevoir, s'il n'est pas resté de ces tentatives un procédé propre à rivaliser avec la statuaire, à produire un moulage coloré qui soit devenu un genre adopté par l'art, il n'en est pas moins vrai qu’eu rendant certaines poteries des objets d'art, ce progrès fit reprendre à la Céramique le rang élevé quelle avait en Grèce '.
La fabrication de la Majolica fut dans l'état le plus florissant de 1540 à tôflO. Ce fut principalement à Castèldurante, sous la conduite d'Orazzio Koulana D'I'rbiu, et à Florence, sous celle de son frère Flaminio, qu’on lit de grandes plaques de faïence, sur lesquelles ils peignirent des sujets historiques; cette industrie faisant ainsi des excursions dans le domaine de la peinture aussi bien que dans celui de la plastique.
Les progrès accomplis en Italie ne se tirent sentir que plus lard en France, vers le xvi* siècle. Girolamo délia Robbia, petit-neveu de Lucca, vint en France décorer, pour François 1", le château de Madrid près Paris.
Les procédés de Lucca délia Robbia et do ses successeurs immédiats dans l'art de faire la faïence Majolica furent bientôt entièrement perdus ou au moins restèrent tout à fait inconnus en France; car les essais opiniâtres de Bernard de I’alissy, le grand artiste dont nous rencontrons ici les travaux, eurent pour but d'imiter une coupe
1 Lucca délia Robbia fut protégé par cette grande famille des Mcdicis, qui fit tant pour la splendeur des arts à l'époque de la renaissance. Ses travaux n'atteignirent pas l'industrie proprement dite ; ce genre de fabrication disparut quand ees*a l'encouragement des souverains.
r.iïkAMU.iiï:.
•‘maillée qu il vit en I.VMI Tous scs essais, tous scs travaux pmir retrouver les émaux blancs et colorés le conduisirent à devenir maître dp sps effets; les musées renferment
les pièces curieuses de tout genre qu'il exécuta, et surtout des plats destinés aux dres- , soirs renfermant des poissons, coquilles, etc. Nous eu reproduisons ici un des plus
• Quelques antiquaires rapportent cependant à la fabrication de Nuremberg la coupe qui servit dp module au héros de la poterie française.
A HT INIIlSTRIKL.
AU
reinanpiables «pic l'un voit au Musée «le l'.luny. Certes il y a dans re genre «le pro-
Pl»t de Palissy.
iluetion un mérite réel; cependant eu dehors du talent nécessaire pour surmonter les difficultés, nous n'attachons pas une très-grande importance à ces «euvres.
I, 'art céramique nous parait faire fausse route quand il entre dans ces voies d'imitation et qu'il se propose de reproduire des fleurs, des animaux, etc. La faïence (et à plus forte raison la porcelaine et les poteries modernes faites avec des substances modérément plastiques, donnant eu général des contours plus durs| a son véritable emploi dans la confection d’ohjets de formes géométriques bien proportionnées, rehaussées par des colorations brillantes, des émaux «pii réfléchissent la lumière comme des pierres précieuses, et se marient parfaitement avec le blanc glacé du fond. Au moins est-il que l'espèce de sculpture colorée et brillante que nous rappelons n'a pas eu un succès durable dans les temps moilernes; l'industrie se home en général dans re gentv à des imitations des truvres de Palissy.
Un mérite plus réel, à nos yeux, de Bernard de Palissy, c'est que par ses productions variées, il peut, ajuste titre, être regardé comme l'inventeur des faïences fines à glai ures ploinbiféres qui s«' répandirent sous le nom de terre de pipe, et furent ensuite si brillamment améliorées par W edgwood, le célèbre potier anglais.
Nous donnerons comme échantillon des oeuvres de Palissy dans la voie d'une
Coujx* de Palissy.
ornementation plus en rapport avec la nature de la poterie, une belle coupe dont le dessin nous est fourni par M. Brongniart. La forme des enroulements vermicelles «pii
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èu constitue la décoration est luut à fait heureuse et t'ait valoir l'éclat de l'émail par la multiplicité (les points brillants
Coupe de PaliMjr.
A partir de cette époque, on peut dire que les procédés techniques eurent atteint le degré de perfection qui rend l’art possible , point important à considérer dans toute fabrication. Nous voulons parler du montent où les ressources son! suffisantes, les
Coupc de Henri 11.
résultats assez assurés, pour que l’industriel puisse devenir artiste, pour tpie la personnalité, l'imagination du producteur puisse se traduire en œuvres d’art.
i Homard de Paliany eat rosi»1 le h£ro* des potier* et un grand exemple «le re que peuvent produire un-
MIT ÎMJI'STIIIEL
En même temps , ou peu après Palis») , il a été produit eu France des luuvrês en faïence fine extrêmement remarcpialiles et malheureusement peu uombreuscs. Nous ue connaissons rien île plus élégant que la coupe en faïence émaillée dite coupe de Henri II dont un vient de voir le dessin, et qui peut être considérée comme un des plus charmants produits de la renaissance. In formé en est d'une rare élégance, aussi bien que les ornements qui la décorent ; remarquable au point de vue du goût, elle peut passer encore aujourd'hui comme un chef-d'u’uvre en tant que difficulté de fabrication.
(Test a Nevers que se conserva la fabricatiou de la faïence emaillee; ou y créa nombre de produits remarquables qui entrèrent dans les ameublements riches de l'époque.