LES ÉDITEURS
(1) V. la note de la page 62 Tome X"
Lettre du comte Bertrand a sir Hndson Loive, relativement nux présents envoyés par M. Elphinstone.
Longwood, 9 juillet 1817
Monsieur le gouverneur
J'ai reçu les cinq boîtes en carton que vous avez pris la peine de ni'envoyer, contenant un échiquier, une boîte à jetons et deux corbeilles en ivoire, envoyés par M. Elphinstone. Napoléon a été surpris d'apercevoir, par votre lettre, que vous pensiez qu'il était de votre devoir de ne pas envoyer ces objets.
« Si j'eusse agi, dites-vous, en me conformant rigoureusement an.r règles établies. J'aurais retardé de les em'oyer. » En ce cas, monsieur le gouvei^neur, il nous aurait convenu que vous les eussiez gardés.
Mais à quoi cela a-t-il rapport ? Est-ce parce que ces objets ne sont pas venus par le canal de vos ministres ? Il est dit dans les instructions de votre ministère, c{ue les lettres doivent nous parvenir par son canal, mais non les articles de vêtements, les bustes, les meubles, etc. Nous avons reçu constamment du cap de Bonne- Espérance, un grand nombre d'objets qui nous ont été envoyés. D'ailleurs, lord Balhurst, dans son discours,
et vous-même, dans une de vos lettres, avez nié avec indignation que les lettres expédiées par la poste ou autres occasions, aient été envoyées à Londres pour être retournées ici. Cela ne peut ni ne doit vous avoir autorisé à retenir des objets, tels que bustes, meubles, livres ou toutes autres choses qui n'ont aucun rapport avec la sûreté de notre détention.
Est-ce parce qu'il y a une couronne sur les jetons ? 11 ne doit exister de défense que celle dont on nous a donné connaissance. Il ne nous a jamais été signifié que nous ne pouvions posséder des objets sur lesquels se trouverait une couronne. Il serait nécessaire, en ce cas, de faire faire pour nous de nouveaux jeux de cartes, parce qu'il y en a sTir ceux que nous avons. Le linge et la petite quantité de vaisselle plate qui nous reste, qu'on envoie souvent à la ville, sont marqués d'une couronne.
Mais de qui la règle dont vous parlez émane-t-elle ? Est-ce de votre gouvernement, qui seul, d'après le bill, ait le droit d'en faire ? Votre ministère a déclaré devant le Parlement qu il n'a été pris aucune mesure restrictive depuis celles qui avaient été imprimées ou communiquées en Europe, que votre prédécesseur exécutait déjà, et qu'on vous avait envoyées. Il a ajouté que vous n'aviez fait aucune défense nouvelle, mais que vous aviez seulement adopté des mesures d'exécution. En effet, vous n'avez pas le droit d'en faire aucune.
Napoléon n'attend de faveur de personne, et ne désire rien du caprice de qui que ce soit ; mais il a le droit de connaître les défenses qui lui sont imposées. Votre gouvernement, le Pai-lement et toutes les nations ont le même droit. Je vous prie donc, monsieur, de nous communiquer ces défenses ; et si elles existent,
elles sont en contradiction avec l'assertion de lord Bathurst, qui dit qu elles nont d'autre objet que celui de la sécurité de noti'e détention. L'Empereur me charge de protester contre l'existence de toutes mesures restrictives ou régulatrices qui ne lui seraient pas légalement notifiées avant leur mise à exécution. J'ai l'honneur, etc.
Sisné comte Bertrand.
Lettre du comte Bertrand au canonnier.
Longwood, 16 juillet 1817.
J'ai reçu, monsieur, le buste en marbre du jeune Napoléon ; je l'ai remis à son père ; il lui a procuré le plus vif plaisir. Je regrette que vous n'ayez pu venir nous voir, et nous donner des détails toujours intéressants pour un père, surtout dans la position où Napoléon se trouve. Il résulte d'après la lettre que vous m'avez envovée, que l'artiste estime sa production à cent guinées. Napoléon ma ordonné de vous envoyer une traite de trois cents Ih'res sterling ili. Le surplus est pour vous indemniser des pertes que vous avez supportées dans la vente de votre petite pacotille, que vous n'avez pas eu la permission de débarquer, et des tracasseries auxquelles vous vous êtes trouvé en butte par suite d un événement fort simple par lui-même, et qui vous eût attiré les témoignaufes d'estime de tout homme sensible.
Avez la bonté de comnmniquer les remerciements de Napoléon aux personnes qui lui ont donné cette preuve aimable d'attention.
(1) Au inoy<-n de qiic-lqiies mencW-s indignes, ce pauvre homme ne reçut que deux ans après la somme qui lui avait été accordée.
Je vous prie de maccuser réception de cette lettre. Jai 1 honneur, etc.
Signé comte Beutrand.
A Monsieur Philippe Radwich, maître canonnier à bord du vaisseau le Barùi".
RÉPONSE (ht gouverneur à la lettre du comte Bertrand relative aux présents
Château du Jiimos-ïown, 25 juillet 1817.
^Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 10 courant. L'usage fréquent que vous faites de la qualification d'Empereur, et le ton que vous employez pour exprimer vos sentiments, seraient des motifs suffisants pour que je refusasse de la recevoir, comme n'étant pas écrite comme elle aurait dû l'être, dans la position où nous nous trouvons respectivement. Je m abstiens néanmoins de m'en référer au contenu de ma lettre du 30 août 1816, adressée au comte ^lontholon, pour vous prouver cjue je ne refuse pas de prendre connaissance de ce qu'elle renferme.
Le seul but que j ai eu en vous écrivant le 8 du courant, a été d empêcher qu on ne crût que je consentais tacitement ou même que j'approuvais qu'on fît usage du litre d Empereur, pour désigner le général Bonaparte ; ce qui aurait eu lieu, si je n'avais fait aucune observation sur la couronne placée dans tous les endroits où se trouvent les lettres initiales de Napoléon, sur des objets envoyés particulièrement par un sujet anglais, dune factorerie anglais*'. Si je les eusse fait parvenir ainsi, on en aurait facib-nicnt conclu que je n'en avais pas senli riuiporlaucc ; cl je ne dissimule pas les indue-
lions qu'on aurait pu tirer d un tel présent, et quelles plaintes entraînerait le renouvellement de semblables transgressions, si je ne vous eusse pas en même temps fait ronnaître les motifs d'api'ès lesquels j ai consenti à ce qu ils vous fussent remis.
Celui qui a fait ces dons a sa uianière de penser personnelle ; mais j ai également droit de montrer mon opinion en ne souffrant pas qu'on se serve de mon intermédiaire, et en permetlaul que les présents lui fussent envoyés intacts ; ce que j'aurais pu empêcher d après une instruction. J ai fait, \umv le général Bonaparte, tout ce qu on peut exiger de la considération que j ai pour sa personne.
^ ous me demandez, monsieur. : Est-ce parce que ces objets ne sont pas arrivés p(ir le canal du ministère ? etc.
J aurais pu me regarder comme autorisé à refuser de les recevoir, d après les ordres et instructions qui mont été donnés, à moins que le gouvernement ne m'eût accordé la faculté expresse d'en permettre le débarquement , et de vous les envoyer.
Il est vrai que je pouvais encore faire usage de mon pouvoir discrétionnaire pour m'assurer que ces boîtes ne renfermaient aucun moyen de communication pour servir à une correspondance clandestine. Tel est pourtant le principe d'après lequel j étais toujours prêt à agir, au lieu d attendre le délai du retour de l'Angleterre ; ce qui vous le prouve évidennnent, c'est que je vous ai fait passer la lettre d envoi avan) que les articles ne fussent débarqués.
Vous avez observé, monsieur, que j'ai repoussé avec indignation l'accusation portant que des lettres apportées par la poste dans des occasions particulières pussent être renvoyées à Londres, pour retourner dans ce pays. J'ai rejeté, monsieur, avec indignation cette accusation et
les réflexions qu'on en faisait naître, parce qu il n v a en elles ni vérité ni justice, parce que je me sentais révolté d un sentiment qui convertit des actes de bienveillance en injures et en reproches ; car en envoyant des lettres à leurs familles, j'avais agi avec discrétion en faveur des personnes qui s'étaient adressées à moi, et fait une démarche que n'autorisaient pas mes instructions ; mais je n'admettrai pas que je n'aie pas le droit et que je ne sois pas pleinement autorisé à renvoyer en Angleterre des lettres pour lesquelles je jugei'ai à propos d'adopter cette mesure, dans le cas où elles arriveront par des voies obliques. Les présents peuvent devenir aussi contraires à la sécurité de la détention qu'une lettre, et peuvent exiger qu'on les exauiine avec une attention rigoureuse. On peut cacher une lettre sous le placage d'un échiquier, dans l'épaisseur de la couverture d'un livre, aussi bien cjue dans la toile d un gilet ; et on ne peut me forcer à mettre de la confiance dans la personne qui les envoie. Si l'on a permis que certains articles vous soient envoyés, c'est parce que je me suis convaincu qu'on ne pouvait faire d'objections contre eux; et certes, monsieur, vous n'avez pas à vous plaindre de la manière dont je me suis servi de mon pouvoir discrétionnaire, en permettant généralement que tous les articles arrivés, et même beaucoup de ceux qui m'avaient été adressés, vous fussent remis, quoique cet acte de complaisance de ma part ait été, en quelque sorte, en opposition avec mes devoirs ; car enfin la qualité des personnes qui les envoyaient pouvait l'U rendre la remise plus ou moins délicate.
^ ous faites 1 observation, monsieur : Serait-ce parce que sur les jetons il >/ n une couronne ? eti'.
Kt vous dciiKiiidcz s'il cxislc aucun règlement (|ni empêche <pi(' vous ne [)ossédie/. un ol)jet sur lecjuel se trouvait rem{)reinte d une couronne.
Il n'y a cerlaineinent pas-, monsieur, de règlement par écrit, défendant, d'une manière spéciale, qu'aucun article surmonté d une couronne soit envoyé à Longwood, ni qui empêche que vous possédiez aucun objet portant l'empreinte d'un tel insigne; mais, dans le cas présent, il est question d'une couronne impériale au-dessus des lettres initiales de Napoléon, gravées, dorées, ou sculptées. — Sa propre abdication, la convention de Paris, et les actes du gouvernement anglais, font disparaître la nécessité d aucun règlement à cet égard.
Les objets qui existent actuellement à Longwood, ornés de la couronne impériale, ont reçu cette empreinte avant l'abdication. Je n'ai jamais prétendu en disputer la possession, ni aucune des gratifications ou récompenses qu'ils peuvent procurer.
La citation des discussions du Parlement est inexacte; jdu moins elle ne se rapporte à aucun des journaux que ai vus. Les journaux diffèrent eux-mêmes; car l'un parle de règlement, l'autre d'instructions et non de restrictions, qui sont les mêmes que celles prescrites positivement, ou qui du moins n'ont aucun changement.
Vous dites, monsieur : Vous n'avez pas le droit d'en faire.
L'acte du Parlement, Tordre de détention et les instructions qui m'ont été remises, sont, monsieur, sur ce point, mes guides les plus sûrs; mais, en outre, permettez-moi d observer que les instructions primitives auxquelles vous désirez que je me réfère, comme à ma seule et unique règle, ont reçu une plus anq)le interprétation que le sens littéral ne pouvait permettre d'en donner à la restriction imposée actuellement au général Bonaparte.
^ ous ajoutez : L' Empereur ne veut pas de grâce, etc , etc.
Je n'ai pas la prétention d'accorder des faveurs au général Bonaparte, et encore moins larrogance de le soumettre à aucun acte de caprice de ma part. Il n'est assujetti à aucune restriction que mon gouvernement ignore, et que le monde entier ne puisse savoir. Il ne sera pas hors de propos de remarcjuer, en cette occasion, que, dans deux entrevues avec le général Bonaparte, il m'a personnellement observé qu'en ma qualité d'officier général, je devais agir par des instructions et non pas suivre une consigne : à présent il paraîtrait rju'on veut que je naie f|u une consigne à suivre. Dans une autre occasion, il a fait allusion à nne inspection directe ou pitb/if/in\ Comment ces suppositions sont-elles d'accord avec les étroites limites auxquelles il veut restreindre l'exercice de mes fonctions ?
Vous dites, monsieur: L'Empereur nie charge de pro~ tester contre toute restriction, etc.
Il est de mon strict devoir de considérer si les circonstances permettent ou non les communications qui me sont faites, au propre nom des personnes que vous désignez. La notification d'un règlement, cpi'un cas prévu d'avance rendrait nécessaire, peut cependant avoir lieu avant que ce cas ne se soit encore présenté. L affaire dont vous parlez maintenant était de nature à exiger une communication préalable, mais cependant on ne fit pas exécuter cette mesure sans l'avoir comnmniquée.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très huml)lc et très obéissant serviteur,
Signé lluDSOX LowE, lieutenant gcncral.
APPEXUICE 479
Lettre ilj du cointc Bcrlrtuiddii gouvei-nei/r >//• 7/. Loive.
Lunj^wudd, ;jO srpli'inbi'u 1817.
Monsieur le Gouverneur,
J'ai fait savoir à l'Empereur que vous lu'uvcz fait l'honneur de venir chez moi, il y a deux jours (dimanche), et que vous m'aviez dit que vous aviez éprouvé quelques anxiétés sur sa mauvaise santé, attribuée à son manque d'exercice. \'ous demandiez : Pourquoi ne monte-t-il pas à cheval ?
Je vous ai répondu ce que je vous avais déjà dit en diverses circonstances ; et j'ai l'honneur de vous répéter maintenant que l'existence de l'Empereur, particulièrement depuis les six dernières semaines, est extrêmement souffrante ; que ses jambes continuent à enfler de jour en jour ; que les symptômes de scorbut qui se sont manifestés sont déjà tels, qu'ils occasionnent des douleurs aiguës et presque constantes, que les médecins attrilnient, en effet, au manque d'exercice. Depuis le mois de mai 1816, c'est-à-dire depuis 17 ou 18 mois, il n'est pas monté à cheval, et est à peine sorti de son appartement, si ce n'est, et bien rarement encore, pour venir voir ma femme, à environ quarante toises de
(1) Cette lettre ;i ('\i- impriiiic^e à IJriixelles dans un recueil de pièees oi'licielles sur le prisonnier de Sainte-Hélène, publié par M. Las Cases, et réimprimée, ainsi que cette note, à Paris, en 181!), par le libraire Plancher.
Sur la fin de septembre, un banquier ayant qnel(|iie compter à faire avec le comte Bertrand, se rendit à L()ng^^■()od : il i'ul choque^ du mauvais état do la santé de rEuijiereur. « C'est vrai, dil ce dernier, mes jambes s'enflent, le seorhitt se manifeste sur mes geiiii\'es : on m'assiissinr même. en violation du bill du parlement, n
Ce négociant se liàla, à ce (pi'il parait, de rap|)(irler ce (pi'il avait vu au commandant de l'ile. (!<■ dernier crut de son devoir tie se rendi'e le jour suivant idimaneliel à la maison du comte Herlrand, de lui demander avec une anxiété oflleieusc! pour([uoi l'Empereur ne montait jias à clieval, et ne prenait ])as d'exercice. Le comte Bertrand lui é'iivit en cun é quencc la lettre ci-dessus.
dislance. Vous saviez parfaitement bien ce qui avait empèclié et empêchait l'Empereur de sortir; nommément, les restrictions du 0 octolire LSIG, que vous commençâtes à metti'e en exécution six semaines après votre arrivée. Ces restrictions contiennent, entre autres choses, une défense déparier ou d'entendre qui que ce soit dans notre chemin, et d'entrer dans aucune maison. Cela lui fit croire que votre intention était de le compromettre avec les sentinelles et d outrager son caractère.
Vous m'avez observé que vous aviez supprimé cette partie de vos restrictions ; et c'est vrai. L'amiral Malcolm, à son retour du Cap, vous fit quelques observations à ce sujet, et vous décidâtes à les retirer, ce que vous fîtes, par votre lettre du 26 octobre 1816, trois mois après. Mais vous nous avez insinué plusieurs fois que vous vous croyiez autorisé à les rétablir à chaque moment et avec d'autres encore tout aussi déraisonnables. Les restrictions du 9 octobre contiennent des articles d'une nature aussi extravagante, qui ne sont ])oint annulées. ^'os nouvelles restrictions du 14 mars 1817, parlésquelles nous ne devons point sortir d une route de douze pieds de large, donnent pour résultat cjue si l'Empereur (juiltait cette route pour entrer dans quelque maison, des sentinelles poui'aient faire feu sur lui.
L Empereur ne doit point se plier à un aussi ignoble traitement. Plusieurs Anglais de distinction, maintenant dans l'île, ne connaissant ]>oint les restrictions du 9 octobre 1816 et du 14 mars, reprochaient à l'Empereur de sacrifier sa santé à l'entêtement de ne vouloir point sortir ; mais aussitôt qu'on les leur eut fait connaître, ils changèrent d'opinion et déclarèrent qu aucun homme d honneur ne pouvait agir différemment, et que, sans prétendre se comparer à l'Empereur, ils feraient, dans pareil cas, ce qu'il faisait lui-même.
J'ajoute que, si vous vouliez ronsuller les officiers qui sont dans cette colonie, il u y <ii a pas un parmi eux qui ne regardât les restrictions du 9 octobre 1816 et du 14 mars 1817 comme injustes, inutiles et oppressives, et que tous, dans la place de l'Empereur, agiraient comme lui, prenant les conditions que 1 on impose à sa sortie pour une défense absolue.
J ai eu aussi 1 honneur de vous dire que, selon les termes du bill du Parlement, du 11 avril 1816, vous n'avez point le droit de faire des restrictions ; que le bill n'accorde ce droit qu au gouvernement, qui ne peut pas le déléguer même à un de ses ministres, et bien moins encore à un simple officier ; que lord Bathurst, dans son discours du mois de mars dans la Chambre des pairs, déclarait que vous n aviez point fait de nouvelles restrictions ; que toute sa correspondance a élé en faveur des personnes détenues, et que vous aviez les mêmes instructions que votre prédécesseur ; que ce prédécesseur avait adapté les restrictions du gouvernement aux circonstances locales, d'une manière sinon convenable, du moins tolérable ; que les choses restèrent dans cet état pendant neuf mois, durant lequel temps lEmpereur sortit, admit même quelques officiers anglais à sa table, et eut quelquefois dans sa société les officiers et les habitants de l'île ; que cet ordre de choses n'avait point été changé par un acte de votre gouvernement ; que, durant ces neuf mois, il n était résulté aucun inconvénient, et que rien ne pouvait vous autoriser à substituer à cet ordre de choses celui que vous avez établi ; que l'Empereur sortirait, monterait à cheval et reprendrait le même genre de vie, si vous remettiez les choses telles quelles étaient lors de votre arrivée ; que, dans le cas contraire, vous seriez responsable des résultats des restrictions que vous n'aviez aucun
droit de faire, el qui, pDur 1 Empereur, équivalent aune défense absolue de quitter son apparteffient.
Vous m avez dit vous-même, monsieur, que la chambre de l'Empereur était trop petite ; que la maison de Longwood était tout à fait mauvaise ; que vous l'ai'iez déclaré à votre gouvernement; que l'Empereur ayant eu une tente élevée l'année dernière, parce qu il n'avait aucun lieu où il pût se promener à l'ombre, vous aviez proposé d'établir une des baraques de bois des soldats près de la maison, afin que 1 Empereur pût s'y promener. J'essayai de lui communiquer votre proposition. Il considéra cette offre comme une mauvaise plaisanterie (tels furent ses mots) et analogue à la conduite que vous suivez depuis deux ans. Si la maison dans laquelle il est, est inconvenante, pourquoi l'y a-t-on laissé pendant deux ans, et pourquoi ne lui en donnet on pas une située au milieu d un jardin, entourée d'arbres, d'ombrages et d'eau ? Pourquoi le laisser sur ce point inculte, exposé aux vents, et n ayant rien qui puisse contribuer à la conservation de sa vie ?
Permettez-moi, monsieur, de vous faire observer que si vous ne supprimez point les restrictions du 9 octobre et du 14 mars, et que si vous ne rétal)lissez pas les choses comme elles étaient au temps de l'amiral, l'Empereur ne peut point sortir. 11 considère et considérera cette détermination comme une volonté de votre part d'occasionner sa iikuI. 11 est entièrement entre vos mains. A ous le faites mourir de maladie, vous pouvez le faire mourir de faim ; il y aurait du profit à le faire mourir d'une balle.
Si vous assendilez les officiers et les marins de cette place, les principaux officiers de santé, il n'en est pas un qui ne vous dise que vos restrictions sont déshonorantes et qu'un homme d'honneur doit mourir plutôt
que de s y soumettre ; qu'elles ne sont d aucune utilité à la sûreté de la détention ; qu Clles sont illégales. Le texte du bill et le discours de votre ministre ne peuvent laisser aucun doute sur ce point. Les officiers de santé vous diront qu il n y a pas un moment à perdre ; que peut-être, dans trois ou quatre semaines, il sera trop tard ; et, quoique ce prince soit abandonné par la fortune, quoicpi'il y ait en Europe un champ ouvert contre lui à la calomnie et aux libelles, cependant un cri d'indignation s'élèvera avec le temps, parmi tous les peuples, parce qu il y a ici plusieurs centaines de personnes de toute nation. Français. Anglais et autres, qui auront été témoins de tout ce qu'on a fait ])our donner la mort à ce grand homme.
Je vous ai toujours parlé sur ce j)()int, monsieur, avec plus ou moins de force. Je ne vous en reparlerai plus. Car à quoi bon les dénis, les subtilités et les arguments artificieux ? La question gît en deux mots. ^'oulez-vous ou ne voulez-vous pas tuer riMn[)ereur ? Si vous persistez dans votre conduite, vous aurez répondu par l'affirmative, et malheureusement vous atteindrez votre but après quelques mois d agonie.
Permettez-moi, en concluant, de répondre, au nom des officiers qui sont avec lEmpereur et au mien, à vos lettres des 2(5 et 29 juillet dernier : Monsieur, vous méconnaissez notre caractère. Les menaces n'ont aucun pouvoir sur nous. Depuis vingt ans nous avons bravé tous les dangers pour le service de ce grand homme. En restant volontairement à Sainte-Hélène dans Ihorri ble situation '^dans laquelle nous sommes exposés aux plus étranges procédés, nous lui sacrifions plus que nos vies et celles de nos familles. Insensibles à vos menaces et à vos insinuations, nous continuerons de remplir notre devoir ; et s il y avait quelque sujet de plainte
contre nous devant votre gouvernement, nous ne doutons pas que le prince régent, lord Liverpool et tant de personnes estimables qui le forment, sauraient comment les apprécier. Elles connaissent le respect que l'on doit au sacré ministère que nous remplissons ; et eussions-nous à appréhender des persécutions, nous nous retrancherions dans notre maxime de tous les temps : « Fais ce que dois, (tdvicnne (iiic pourra. « Jai l'honneur d'être, etc.
Sisné comte Bertrand.