‹ Compléments de Buffon [microforme]Chapitre 377 sur 514 · LE MÉ DES CHINOIS · texte numérisé non relu

LE MÉ DES CHINOIS

M. Roulin s'est beaucoup occupé du me (!) des Chinois, sorte de tapir fabuleux. Nous dopnons à nos lecteurs le mémoire traduit du chinois par M. Abel de Rémusat.

« L'animal qu’on désigne sous le nom de tapir oriental (2), étoit encore si peu connu il y a quatre ou cinq ans, qu’on doutoit de son existence, et qu'on étoit disposé à croire que le genre tapir étoit particulier au Nouveau Monde. Pour se convaincre que cette opinion étoit une erreur, il eût sufñfli d: parcourir les recueils d'histoire naturelle médicale des Chinois ; on y trouve une figure assez exacte, ou du moins très reconnoissable du tapir, et les explications qui y sont jointes ne laissent aucun doute sur la réalité des descriptions qu’on en a faites. Les ouvrages élér «ntaires, destinés à l'instruction des enfants, et les ancyclopédies chinoise et japonoise, contiennent la figure du même animal, au nombre des mammifères les plus communs; ainsi les Chinois ont connu de tout temps cette espèce qui a été récemment trouvée à Malaca et à Sumatra, et dont la découverte est due à MM. Farquhar et Duvaucel. J'ai donné un calque fidèle de la figure insérée dans une Encyclopédie élémentaire que je possède; et les notes suivantes, que je tire de quelques ouvrages chinois, feront voir qu'il n’est pas possible de supposer que le tapir de Malaca ait été apporté de Sumatra sur ce continent.

» Un trèsancien dictionnaire chinois, intitulé Eul- Ya, donne le nom de me à une nanthère de couleur blanche ; mais les commentaires de ce dictionnaire, qui sont aussi fort anciens, disent que le me est semblable à un ours, et qu'il a la tête petite et les pieds bas; il est tacheté de blanc et de noïr ; il peut ronger le fer, le cuivre et le bois de bambou ; ses os sont durs, compactes, les articulations droites et fortes, et il a peu de moelle : sa peau préserve très bien de l’humidité.

» Suivant le Choue-wen. autre dictionnaire très ancien et très estimé, le me est semblable à un ours, mais de couleur jaunâtre. On le tire du pays de chou; c'étoit le nom que portoit la province de Ssetchhouan, avant la quatrième dynastie.

» D'après le Tching-tseu-thoung, les dents du me sont si dures, que si on les frappe avec un marteau de fer, c’est le marteau qui se brise ; si on les jette au feu, on ne peut les brûler : il n’y a que la corne

(‘) La figure du mé, et copiée Aan. sc. nat.,t. XVHI, p. 5, fig. 1.

(2) Par M, Abelfemusat.

du ling-yang (sorte d’antilope) qui puisse les entamer. Le même lexicographe, toujours enclin à rassembler des contes populaires, et les rédacteurs du Khang-hi Tseu-tian, qui l'ont suivi en cette occasion, ajoutent d'autres particularités fabuleuses, et uo trait d'histoire qui n'offre pas plus de vraisemblance.

» Le Pen-thsao-kang-mou, ou Traité général d’Histoire naturelle, va plus droit au but : Le me, ditil, est semblable à un ours ; il a la tête petite, et les jambes basses ; le poil, court et luisant , est tacheté de noir et de blanc (il y en a qui disent qu'il est d'un blanc jaunâtre, d’autres d’un blanc grisâtre) ; il a une trompe d'éléphant, des yeux de rhinocéros, la queue d'un bœuf, et les pieds d’un tigre ; il est très robuste, et peut ronger le fer, le cuivre, les bambous, et dévorer les plus gros serpents ; ses articulations sont fortes , droites ; ses os épais, et presque sans moelle; ses excréments peuvent servir à aiguiser les armes et à tailler le jaspe; son urine dissout le fer ; sesos et ses dents sont si durs, qu'ils résistent à l’action du fer et du feu; et il est arrivé que des charlatans, qui s’en étoient procuré, les ont fait passer pour des reliques précieuses, comme les dents ou les os de Bouddha.

» La peau du me sert à faire des matelas pour se coucher, et des couvertures ; elle garantit de l’humidité, du mauvais air et des malétices ; la représentation même de l’animal produit cet effet ; aussi, sous la dynastie de Thang, on avoit coutume de peindre sur les paravents des figures de me pour se préserver du mauvais air.

» Suivant les géographies du Midi, le me est de la grandeur d’un âne, semblable à un ours, etc.

» À travers les extravagances dont ces descriptions sont remplies, il est impossible de méconnoîitre les traits caractéristiques du tapir : sa taille, la forme de ses membres, sa croupe plus longue que celle du tapir d'Amérique, et comparable à celle de l’éléphant ; la solidité de ses os, naturelle dans un gros pachyderme, y sont indiquées de manière à ne s'y pouvoir tromper. La figure confirme aussi une particularité remarquable, en ajoutant à tous ces signes un indice de plus, celui de la livrée que l’animal porte quand il est jeune, suivant l'observation de M. Farquher. L’'indication de sa patrie, et les usages économiques auxquels on emploie sa peau, sont aussi deux circonstances assez remarquables, parce qu’elles prouvent que le tapir habite dans les provinces occidentales de la Chine, et qu'il doit y être assez commun.

» Les livres chinois sont remplis d'observations d'histoire naturelle très curieuses, et généralement assez exactes; il suffit de savoir les distinguer des fables qui y sont mélées, et c'est ce qui n’est pas toujours fort difficile. La vue des figures que con-

HISTOIRE NATURELLE

tiennent leurs traités de zoologie et de botan permet souvent de distinguer des espèces noure ou peu connues, et les descriptions qui y sont j tes aident presque toujours à lever l'incertitude peuvent laisser les figures. C’estune mine abond: que l’on ne doit pas négliger d'exploiter, et 4 rien ne pourra remplacer les produits, tant que Européens seront exclus de la Chine, c'est pendant long-temps encore, si le gouvernemen ce pays entend ses véritables intérêts, et qu'il mette pas en oubli le soin de sa tranquillité,»

Enfin M. G. Cuvier a décrit, dans son ou sur les ossements fossiles, les débris trouvés d les terrains meubles de plusieurs endroits de France , d’un tapir nommé tapirus giganteus, il avoit la taille des plus grands éléphants,

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