LIVRE XIL
LES PASSEREAUX ENTOMOPHAGES,
Les genres de cette seconde tribu se reconnoissent à leur bec conique, denté, comprimé sur les côtés, plus ou moins crochu à la pointe. Ils vivent de petits oiseaux et d'insectes de toutes sortes , rarement de bourgeons.
LES PHONYGAMES.
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Phonygama. Less. (1). |
Les oiseaux qui composent le genre phonygame appartiennent exclusivement à la Nouvelle-Guinée. Répartis naguère sans ordre dans les paradisiers, ou parmi les rolliers et les corbeaux, M. le baron Cuvier les a réunis le premier aux cassicans. Mais une modification importante dans l’organisation de la trachée-artère de l’espèce nouvelle à laquelle nous imposons le nom de phonigame de K'éraudren, nous
-a autorisé à le séparer des barita pour en former un
genre que nous avons décrit dans le Dictionnaire classique d’histoire naturelle, et qu’un peu plus tard M. Cuvier de son côté établissoit sous le nom de calybé(calybeus)(?). Les phonygames ont en effet le bec des cassicans, bien qu’il soit beaucoup moins gros, et que les narines soient percées dans un large espace membraneux. Les caractères que nous leur assignous sont les suivants : Le bec est robuste, convexe, un peu élargi sur les côtés, à mandibule supérieure à peine crochue au sommet ; la mandibule inférieure est moins épaisse que la supérieure, et se trouve renflée vers son extrémité. Les ailes sont arrondies et dépassent légèrement le croupion. La queue est médiocrement longue, étagée, arrondie ; les tarses sont médiocres, scutellés à ongles peu robustes ; la trachée-artère se dirige sur la poitrine et l’abdomen pour y former plusieurs cercles que la peau recouvre seulement dans une espèce.
Les phonygames ont les plumes soyeuses et métallisées, le chant sonore, et vivent dans les profondes forêts de la Nouvelle-Guinée. On n’en connoît que trois espèces remarquables par leur beauté et leur rareté.
(") Calybeus, Cuy.
(2) Règne animal, 2e éd., t,1, p, 354,
LE PHONYGAME KÉRAUDREN,
Phonygama Keraudrenii. Less. (1).
Ce bel oiseau a douze pouces de longueur totale du bout du bec à l'extrémité de la queue : il a les formes du merle , sans le surpasser de beaucoup en grosseur. Les plumes qui revêtent la tête, les narines et les joues , sont courtes, serrées, et de la douceur du velours ; leur teinte est d’un noir passant au vert sombre doré, suivant les effets de la lumière : deux huppes distantes occupent les parties latérales et postérieures de l’occiput; elles sont minces, triangulaires, et formées de plumes eflilées, linéaires : les plumes qui garnissent le cou sont imbriquées, triangulaires ; celles du devant sont linéaires, très pointues, et terminées par une petite soie plus apparente sous la gorge. Le rachis et la partie inférieure sont d’un noir brun ; les barbes sont d’un vert à reflets métalliques. Les plumes de l’abdomen ont cela de particulier d’avoir leur tuyau très grêle, garni de barbules très fines et très lâches ; elles sont d’un vert sombre, tandis que celles du dos sont d’un vert chatoyant. Les ailes, la couverture, le croupion, et le dessus de la queue, sont d’un vert passant à l’acier bruni. La partie interne des rémiges et des plumes caudales est d’un brun terne, le dessous des ailes et de la queue est noirâtre. Le bec et les pieds sont noirs : la base des doigts de ceux-ci est élargie par un petit rebord membraneux.
La trachée-artère de cet oiseau mérite un examen particulier, et on en trouvera la figure pl. 45, n° 2 de l’atlas de notre Zoologie. Ce tube cartilagineux, arrondi, composé d’un très grand nombre de petits cylindres réunis par une membrane ou plutôt par une tunique extérieure mince et diaphane, a de longueur totale, et en ligne droite, dix-sept pouces et demi, et de cent dix à cent vingt anneaux cartilagineux.En partant des poumons, il se dirige en avant jusqu’au sternum, sur le bord antérieur duquel il se courbe pour descendre extérieurement et en arrière sur l'abdomen , en dessus des muscles qui ferment cette capacité, et sous les téguments qui constituent
(e) Man.,t.1,p. 141 ,et Zoo!, pl. 13.
la peau. Là, la trachée-artère se contourne, remonte l’espace d’un pouce, se recourbe aussitôt en simulant une petite anse, et le tube accolé à la portion précédente redescend , et forme en se contournant de nouveau un cercle entier qui vient ainsi s’unir au bord externe du premier cercle, en constituant sur les parties molles de l'abdomen un plateau ovalaire et épais, composé de trois tours adossés de la trachée, et réunis par des portions membraneuses. Le tube aérien continue de remonter sur le sternum, le long du cou, en s’unissant, comme à l'ordinaire, aux branches de l'os hyoïde et à la base de la langue (1).
La conformation de cet organe, dont nous connoissons peu d’analogues chez les oiseaux , si nous en exceptions quelque chose de semblable chez le cygne et chez le hocco, permet au phonygame de jouir de la prérogative de moduler des sons comme avec un cor; aussi cet oiseau est-il doué d’un chant essentiellement musical. Les sons que pousse dans les profondeurs des forêts de la Nouvelle-Guinée le phonygame kéraudren ne permettent point de le confondre avec une autre espèce d'oiseaux ; ils sont clairs, distincts et sonores, et passent successivement par presque tous les tons de la gamme ; aussi nos marins Jui donnèrent-ils le nom d’oiseau siffleur. Mais, défiant et rare, nous ne pûmes nous procurer que deux individus de cette espèce, dans les grands arbres qui avoisinoient le havre de Doréry, où nous étions mouillés. L'un d’eux fut tué par M. Bérard, lieutenant de vaisseau. Les Papous de Doréry le nomment mansinéme, et ceux de Rony iss1pe.
Nous dédions cet oiseau à M. Kéraudren, inspecteur-général du service de santé de la marine. Ce savant médecin, l’ami particulier de Péron, n’a pas cessé, depuis le voyage du capitaine Baudin, de favoriser les recherches d'histoire naturelle, et de prodiguer des encouragements aux officiers de santé de la marine des ports, que ses précieuses instructions, ses conseils expérimentés, guident dans la carrière difficile à laquelle ils ont consacré leurs jours. En acquittant la dette de la reconnoissance du corps des médecins de la marine, nous y joignons l’hommage de notre profonde gratitude pour la bienveillance toute paternelle dont M. Kéraudren a daigné constamment nous honorer.
(‘ Une telle organisation doit sans contredit nuire singuliérement à l’incubation. Chez cet oiseau se pratiqueroit-elle, comme chez le coucou, par l’envahissement de nids étrangers , ou bien la femelle , seule chargée de
celte importante fonction , auroit-elle son larynx moins compliqué ?
HISTOIRE NATURELLE
LE PHONYGAME CALYBE. = Phonygama viridis (1).
Parmi les nombreuses dépouilles de paradisiers que les habitants de la Nouvelle-Guinée apportoient chaque jour à bord, se trouvoient des calybés, privés de leurs pieds, et traversés d’un bâton comme les vrais oiseaux de paradis. Ensuite nous nous procurâmes plusieurs fois dans nos chasses un oiseau qui ne diffère de celui dont nous parlons que par un plumage plus sombre et plus terne, quoique d’ailleurs il n’y ait point de différences dans les proportions du corps, le bec, les ailes ou la queue. Nous le regardons comme une légère variété du calybé des auteurs, car tous ceux que nous vimes qui étoient adultes, et en plumage complet, ne permettent point de penser que c’est le calybé avant ou après la mue.
La longueur totale de notre calyhé étoit de quatorze pouces six lignes. Le bec ne différoit en rien du calybé ordinaire. La tête est grosse ; et la queue, longue de six pouces, est ärrondie par la disposition des pennes comme dans le précédent. Le plumage est en entier d’un vert bleuâtre métallique, n’ayant point de teintes irisées, chatoyantes et violettes. Les plumes du cou et de l’abdomen ne sont point gaufrées, ni sablées d’or et d’argent sur un fond vert et bleu d’acier bruni, comme chez le calybé ; mais celles qui recouvrent ces parties ont une teinte uniforme, ayant l'éclat de fer spéculaire, suivant l'effet de la lumière : celles qui revêtent la tête et le cou sont courtes, serrées et veloutées. Les narines sont à moitié fermées par une membrane, recouverte ellemême des plumes du front qui s’avancent de chaque côté de l’arête du bec. Le bec est noir, l'iris rouge de corail ; les jambes sont de la même couleur que le bec; leurs tarses sont revêtus de larges écussons, les doigts sont forts, munis d’ongles comprimés, aplatis en dessus et recourbés.
Le calybé vit solitaire dans les forêts de la Nouvelle-Guinée. Nous le rencontrâmes plusieurs fois perché dans les grands arbres, où il cherche des fruits : ses mœurs paroîtroient avoir beaucoup d’analogie avec celles des corbeaux. Les papous lui donnent le nom de mansinème.
LE PHONYGAME NOIR ().
Ressemble beaucoup au précédent, dont il a aussi les proportions. Son plumage est vert sombre, à
(} Grandcalybé, Levaill., Oiseaux de Paradis, pl.23. Le calybé de la Nouvelle-Guinée, Buff., enl. 634. Paradisæa viridis, Less. et Gm. Paradisea calybea, Lath. Cracticus calybeus, Vieill., Dict. d'hist. natur.: oiseau de paradis vert, Sonn., Voy., pl. 99, p. 16%.
(2) Phonyg. ater, Less., Zool. de La Coq. t.1, p. 638.
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l’ublie par l'ourratÆ à l’arur ,
nuances de fer spéculaire, mais ternes et sans éclat doré ou cuivré. É
LES GARRULAXES.
Garrulax. LEss.
Sont des oiseaux asiatiques qui ont le port des geais, les formes des phonygames et des cassicans, et qui doivent être placés en tête des pies-grièches. Leur bec est triangulaire à la base , crochu au sommet, mince et comprimé sur les côtés, fendu à la commissure, qui est munie de soies. Des plumes veloutées recouvrent en partie les narines. Les ailes ont leurs troisième et quatrième rémiges les plus longues. Leur queue est arrondie.