LIVRE XIV
LES OISEAUX TÉNUIROSTRES.
Les oiseaux que M. Cuvier a nommés ténuirostres forment une grande section qui se lie par ses habitudes aux insectivores et aux omnivores, et qui a plus particulièrement un bec grêle et allongé, le plus ordinairement recourbé, en même temps qu’ils se nourrissent d'insectes de diverses sortes, de larves et de chenilles, de petits bourgeons et de sucs miellés.
LES TATARÉ.
Tatare. Less.
Tiennent des thryothores et des grimpies, dont ils semblent être le lien intermédiaire. La seule espèce est l’o-tataré (1) des habitants de l'ile d'O-Taïti. C’est un oiseau long de sept pouces et demi. Ses ailes s’étendent jusque vers le milieu de la queue; son bec est comprimé sur le côté, aplati à sa base, brun en dessus, jaune en dessous. Les tarses sont plombés, garnis de seutelles élargis, et mupis d’un ongle puissant au pouce. Tout le dessus du corps est brun, mêlé de beaucoup de jaune pâle, qui domine sur le dos et le croupion; tout le dessous du corps est d’un jaune serin uni. Les ailes sont variées de brun et de jaune clair ; leurs rémiges sont brunes, terminées d'un rebord blanc, et frangées d'olive sur leur bord externe; les rectrices sont légèrement étagées, brunes, terminées de blanc jauvâtre, et donnent à la queue une forme arrondie.
(9 Süta otatare, Less,, Zoo!l, Cog., pl. 23, fig. 2.
LES GRIMPICS().
Ont le bec allongé, comprimé, légèrement arqué, les ailes médiocres et arrondies ; les tarses forts et allongés, ayant un pouce long et armé d’un ongle très robuste; la queue est médiocre, composée de rectrices comme élagées. Ces oiseaux, dont les mœurs sont ignorées, doivent s’accrocher aux jeunes branches et aux tiges des plantes pour y chercher leur nourriture. Les trois espèces connues sont américaines. Le grimpic zoné (?) vit au Mexique, quelques auteurs disent au Brésil. C’est un oiseau long de sept pouces, y compris dix lignes pour le bec, et deux pouces huit lignes pour la queue. Les ailes sont très étroites, concaves, et n’atteignent que le tiers supérieur de la queue ; celle-ci est moyenne, légèrement étagée. Les rémiges sont contournées, à barbes rases sur le bord externe, à couvertures arrondies, larges, amples. Les rectrices sont roides, étroites, arrondies à leur sommet. Les jambes sont emplumées jusqu'aux talons. Les tarses ont au plus dix lignes; ils sont scutcllés en avant, et terminés par trois doigts antérieurs, munis d’ongles foibles, et le doigt du milieu dépasse de plusieurs lignes les latéraux. Le bec est mince, comprimé sur les côtés, à narines nues, arrondies, ouvertes sur le bord inférieur de la membrane qui couvre les fosses nasales.
Le bec est de couleur cornée, et les tarses sont jaunes.
La tête est grise, et chaque plume est marquée au centre d’une tache noire triangulaire. Le dessus du cou , du dos, des épaules, ‘est noir et blanc, par raies égales et transversales. Le croupion et les cou-
() Picolaptes , Less., Lafresn., Mag. de z00l,, 1835, (») P, sonatus, Less., Cent, Zool., pl, 70,
DES OISEAUX. 525
vertures supérieures de la queue sont d’un roux vif rayé de noir. Ces rémiges sont brunes, rayées plus étroitement de blanc, et les rectrices sont aussi brunâtres, mais à raies grises sur la moyenne, et à {aches blanc roux sur les latérales. La gorge, le devant du cou et le thorax sont blancs, parsemés de gouttelettes d’un noir vif. Le ventre, les flancs, les plumes tibiales et les couvertures inférieures de la queue sont d’un roux ferrugineux, ponctués cà et là de noir. Les ailes sont de couleur de rouille en dedans de l’épaule.
M. Lafresnaie ajoute à ce genre deux autres es-
pèces, qui sont : le grimpic bécasse (1), brun, tacheté de noir sur le corps, gris picoté de noir sur le ventre, un sourcil blanc au-dessus de l’œil. On le trouve au Brésil, et plus particulièrement aux environs de Bahia. Le grimpic à coiffe brune (?), que l’on suppose venir de la Californie, est brun roux, tacheté de blanc sur le corps, roux, picoté de noir sur le ventre; la tête est brune. Les oreilles bleuàtres et les rectrices étagées sont à moitié maculées de blanc pur.
à Le grimpic à nuque rousse (3) est une quatrième espèce du genre, que M. Adolphe Lesson a découverte à la Vera-Crux, pendant la station du brick le Hussard dans le golfe du Mexique. Sa longueur totale est de six pouces et demi. Elle a le bec et les tarses noirs ; les ailes courtes et concaves , dépassant à peine le croupion; la queue moyenne, comme usée au sommet des pennes. Cet oiseau a le sommet de la tête recouvert d’une calotte d’un noir luisant et intense, séparé de chaque côté par un large sourcil blanc qui part du front et s'étend sur les côtés du cou, bordé sur les joues par un trait noir. La nuque présente un pallium triangulaire roux vif et pur. Le reste du dessus du corps, les ailes et la queue sont bariolés de roux, de flammèches gris blanc perlé et de barres d’un brun lustré. Les parties inférieures sont d’un blanc nuancé de roux peu sensible, et piquetés de points noirs sur les côtés. Les couvertures inférieures sont barrées de brun et de blanc. Les rémiges, toutes brunes, sont émaillées à leur bord externe de blanc, de manière à former par leur réunion des barres transversales sur ces pennes non éployées.
(") P. scolopaceus, Lafresn,, Mag. de zool., 1835, pl. 45. Campylopterus scolopaceus, Spix, pl. 79, fig. 1. Turdus scolopaceus, Licht., Cat., n. 4##. Opetiorhynchos turdinus, Wied.,It.,t. III, p. 447?
() P. brunneicapillus, Lafresn., ibid., pl. 47.
(>) P. rufinucha, Less., inédit.
LES SITTINES (').
Forment un groupe d'oiseaux assez reconnoisse = bles par leur bec plus court que la tête, comprimé, droit, élevé, à pointe mousse, à mandibules légèrement renflées en dessus et en dessous. Leur plumage est généralement roussâtre , et les pennes de la queue, assez longues et roïdes, sont fréquemment usées à leur extrémité, ce qui tient au secours que ces oiseaux en retirent lorsqu'ils grimpent sur les branches des arbres.
On peut les sectionner en trois tribus assez distinctes chacune : 4° Les vraies sitlines, dont le bec est très comprimé, élevé, ayant leur mandibule supérieure rectiligne en dessus, l’inférieure fortement renflée en dessous, et comme retroussée à la pointe. Leurs pieds ont le doigt intermédiaire uni à l’interne à sa base, et à l’externe jusqu’à moitié de sa lorgueur. 2° Les sittines anabatoïdes (Lafresn.), dont le bec est très comprimé, mais dont la mandibule supérieure est un peu moins rectiligne à son extrémité. Les pieds ont le doigt intermédiaire uni à l’irterne et l’externe par la base seulement, et de manière que leur point d’insertion est vis-à-vis l’un de l'autre. Leurs doigts sont robustes et munis d’ongles puissants, etsurtout au pouce. Enfin, 5° les anabatrcs (Temm.), dont le bec à son arête supérieure un peu courbée dans sa longueur et varie beaucoup en longueur et en grosseur. La mandibule inférieure est plus courte que la supérieure. Les pieds ont un pouce moins allongé, et l’ongle moins fort que les siltines anabatoïdes.
Toutes les siltines, sans exception, vivent en Amtrique.
Celles de la première section sont : 1° L’hoffmansegg (?), que l’on rencontre au Brésil et à la Guyane, Son ventre est de couleur de bufle, et un trait roux surmonte l’œil. Elle à un collier et la gorge blanc pur. 2° La bibande (3) du Brésil, que M. Cuvier a confondue à tort avec la précédente, La gorge est blanche, son ventre est verdâtre flammé de blanc.
Les sittines de la seconde section sont du Brésil. 4° La brune () a le plumage brun; un collier, un trait derrière l’œil et la gorge blancs. 2 L’anabatoëde (*) nous paroît distincte de la précédente. La
(9) Xenops, Hoffm. Illig. Anabates, Temm. Sphenura et rhylidor, Spix. Neops, Vieill.
@) À. genibarbis, Nlig. Temm., pl. 150, fig. 1.Neops ruficauda, Vieill., Gal., pl. 170,
() X° rutilans, Temm., pl. col. 72, fig. 2, X. rutilus, Licht’,Cat.. 47.
(5) X. fuscus , Lafresnaye. Sitta fusca, Vieill., Encycl., 912.
(5) X, anabatoides, Temm., pl. 150, fig. 2,
poitrine et un large soureil blancs, le front jaunâtre et le ventre couleur de bufile. 5° La sittine à suurcil roux (1), à queue roux vif, à pennes usées, à sourcils roux, à menton blane, et dont le plumage est vert mélangé de roussâtre.
Les anabates (?) ou les sittines de la troisième section, sont assez nombreux en espèces. i° Le sourcilier (), ou le canivet, assez connu au Brésil dans les provinces de Bahia ; il a de longueur totale un peu moins de six pouces, son bec est brunâtre, corné, comprimé sur les côtés, à narines profondes dans un sillon basal. Les rectrices sont étagées, un peu usées à leur sommet, et d’un roux ferrugineux très vif.
Une calotte noire recouvre la tête jusqu’à l’occiput; le tour des yeux et un trait rougeâtre borde le noir de la tête, deux traits noirs traversent les joues. Le dessus du corps est d’un roux ferrugineux tirant au marron clair sur le croupion. La gorge et tout le dessous du corps sont d’un jaune ocreux, foncé en brunûtre sur les flancs et le bas-ventre. Les ailes, dont les troisième et quatrième rémiges sont les plus longues, sont brunes, teintes de roussâtre sur leurs bords. Les tarses sont bruns et les ongles jaunes. 20 La gorge rousse ({), que l’on suppose vivre à la Californie, a le dessus du corps roussâtre brun, avec une flammèche roux doré au centre de chaque plume. La gorge est jaune rouille uniforme. Les parties inférieures sont d’un roux brunâtre, mais chaque plume à au milieu une grande flammèche blanchàtre. 5° Le su furacé (5) du Brésil, et plus spécialement du district de Saint-Paul, a le plumage olivâtre. la tête striée de ferrugineux , la gorge sulfurée, le ventre blanc jaunâtre, et les flancs roux. La queue est de couleur cannelle. 4° Le poliocéphale (6), du même pays que le précédent, est ardoisé en dessus, ferrugineux en dessous, et sur le front, et au-dessus des yeux. 5° Le mourheté (7), aussi du Brésil, est brun roux, avec des flammèches et des gouttelettes jaunes blanchâtres sur le milieu de chaque plume. 6° L'oreillon brun ($), aussi du Brésil, a sa queue
(1) X, rufo-superciliatus, Lafresn., Mag. de zool.,pl. 7, 13832.
() Sphenura, Licht. Cat.,p. 40, Phylidor, Spix.
- (3) $. superciliaris, Licht., Cat., 459. Phylidor superciliaris , Spix, pl. 73, fig. 1. Anabates Canivetii, Less., Cent., pl. 16.
() Xenops ruficallaris, Less., Cent., zool., pl 36.
(5) Sphenura sulphurasceus, Licht., n.457. Phylidor albogularis, Spix, pl. 74.
(6,5. poliocephala, Licht., n. 458. Phylidor ruficollis,
Spix , pl. 79.
(7) S. striolata, Licht., n. 465. Anabates striolatus, Temm., pl. 238, fig. 1. Anab. macrourus, Wied. IL, t. IL, p.48.
(5) Anabales amaurotis, Temm., pl. 238, fig. 2.
HISTOIRE NATURELLE
ferrugineuse, son corps en dessus brun roux, la gorge et un sourcil blanchâtres, la poitrine, le ventre, ferrugineux clair. 7° Le rouge front (1), de Bahia, est cendré olivâtre en dessus, blanc en dessous, avec le front marron et des sourcils blancs. 8° L’anabate à bec d'arada (?), aussi du Brésil, a le plumage vert, le front et la gorge roux, de même que la queue ($).
LES SITTELLES\).
Se distinguent des sittines par leur bec droit, allongé, de forme prismatique. Leur queue, assez courte, est coupée carrément à l’extrémité. Leurs doigts sont longs, et le pouce surtout est armé d’un ongie robuste. Les sittelles, de petite taille, habitent indifféremment toutes les parties du monde, et se servent de leur bec pour entamer l'écorce des arbres, et en retirer les vers et les larves qui y sont cachés. Leur pouce robuste leur permet de gravir sur les branches dans tous les sens, bien que leur queue ne leur serve point d'appui. Buffon n’en à connu que deux espèces. Les nouvelles sont : 1° La sittelle à téte notre(ÿ), qui vit aux Etats-Unis. Sa tête et son manteau sont bruns; les joues et le dessous du corps sont blancs. 2° La petite sittelle (6), aussi de l’'Amérique, à la tête rousse, les joues tachetées de brun, le ventre blanc satiné, et les flancs grisâtres. 5° La voilée (*), bleu azur en dessus, avec le front noir de velours et le ventre rose vineux. On la trouve à Java. 4° L’azurée ($) bleue, à tête et à bas-ventre noirs, le dessous du corps blanc. 5° La sittelle aux ailes dorées (?), de la Nouvelle-Hollande, à tête brune , à dos gris flammé, à croupion blanc. 6° La siltelle à ventre marron (!*), des alentours de Calculta, et gris de plomb sur le corps, roux marron
(1) Sphenura frontalis, Licht., n. 460. À. rufifrons, Spix, pl. 85, fig. 1.
(2) À. aradoides, Lafresnaye, Mag. de z00l., pl. 8, .
(3) Le prince de Wied décrit trois espèces, qui sont: l'anabates erythrophthalmus, It., t. LE, p. 33; À. leucophthalmus, At. t. I, p. 32, et l'A. atricapillus, It, II, p. 43, ou sylvia rubricata d'Illiger, toutes trois du Brésil.
(:) Sitta, L.
(5) S melanocephala, Gm. Cat., pl. 22, Vieill., Gal. pl. 171.
(6) S. pusila, Lath.
(7) $. velata , Temm., pl. 72, fig. 5. $. frontalis, Sw. Orthorhynchos frontalis, Horsf.
(8) S azurea, Less., Ornith., p. 316.
(9) S. chrysoptera, Lath., Syn., pl. 127,
(0) S. castaneoventris, Franck. Proceed., 1, 124. $, castanea, Less., Ornith, ?
DES OISEAUX
en dessous. 7° La ponctuée (1), de la Nonvelle-Zélande, est grivelée de noir, avec le croupion jaune verdâtre. 8° La chloris (?) a le corps vert en dessus, blanc en dessous ; la queue noire et jaune à la pointe. ‘Un miroir jaune occupe le milieu de l'aile. On la trouve au cap de Bonne-Espérance. 9° La caffre (*) a le dessus du corps varié de noir et de jaune en dessus, et le dessous jaune en totalité. 40° La brune (f) se trouve au Brésil. Sur un plumage noirâtre se dessine une bande cervicale blanche. La gorge est aussi blanche, de même que le ventre, mais celui-ci est lavé de roussâtre (5).