‹ Compléments de BuffonChapitre 648 sur 667 · LES MANCHOTS · texte numérisé non relu

LES MANCHOTS

Ont été pour la plupart connus de Buffon ; mais le capitaine Delano, dans son voyage imprimé à Boston en 1817 (1 vol. in-8°), a donné sur ces oiseaux de curieux détails de mœurs. Ainsi s'exprime ce voyageur : « Comme la manière dont ces oiseaux font leurs nids et couvent leurs œuis, dans ce que nous appelons rookeries où camps, est extrêmement remarquable et curieuse, et qu’elle peut intéresser bien des lecteurs, je vais tâcher d’en donner une description.

» Lorsqu'ils commencent un camp, ils choisissent une pièce de terre située aux environs de la mer, aussi nivelée et dégagée de pierres que possible, et disposent la terre en carrés, les lignes se croisant à angles droits, aussi exactement que pourroit le faire un arpenteur, formant les carrés justement assez larges pour des nids, avec une chambre pour ruelle entre eux. Ils enlèvent toutes les pierres qu’ils peuvent trouver ou arracher de la terre, et les déposent en dehors de la promenade extérieure, qui a communément dix ou douze pieds de largeur, et fait le tour sur trois côtés, le quatrième côté près de la mer restant ouvert. La promenade extérieure autour du camp est aussi de niveau et aussi régulière et douce que les trottoirs de nos cités : elle occupe souvent de trois à quatre acres; mais il y en a de plus petites. Après avoir préparé leur camp, ces oiseaux choisissent chacun un carré pour un nid, et en prennent possession. Toutes les différentes espèces qui gisent dans les rookeries, l’albatros excepté, soignent leur nichée comme une famille, et sont gouvernées par une seule et même loi; elles ne quittent jamais un moment leurs nids, jusqu’à ce que leurs petits soient assez grands pour se soigner eux-mêmes. Le mâle se tient près du nid, tandis que la femelle est dessus; et lorsqu'elle est sur le point de se retirer, il s’y glisse lui-même aussitôt qu’elle lui fait place; car

() Mormon glacialis, Leach.

(2) Aptenodytes, Cuv. Nouveaux détails sur leurs mœurs, Delano (Bull., XI, 297). L'aptenodytes patochonicus, Proc., IV, 34. V, 132. Sur l’A. chilensis, Bull,, XIX , 102.

si elle laissoit apercevoir ses œufs, ses voisins les plus proches les lui voleroient. Le roi pinguin étoit le premier à faire des vols de cette sorte, et ne perdoit jamais l’occasion de voler. ceux qui se trouvoient près de lui. Quelquefois aussi il arrivoit que, lorsque les œufs étoient éclos, il y avoit trois ou quatre espèces d'oiseaux dans un nid. |

» C’est une chose digne de remarque que l'instinct qui préside à tous les mouvements de ces oiseaux. On les voit faire le tour de la promenade par couples, réunis de quatre à six, etc., semblables à des officiers ou soldats marchant en parade, tandis que le camp ou rookery paroît être dans un mouvement continuel, les uns sortant, et d’autres allant à travers les ruelles trouver leurs compagnons. C’est une chose incroyable de voir tout ce qu’ils font, et la régularité avec laquelle ils l’exécutent, quand on considère que cela est effectué par une espèce d'animaux d’un rang pas plus élevé que les oiseaux. Comme il n’y en à aucun capable de leur faire du mal ou de les effrayer, ils se trouvent en grand nombre dans ces rookeries. Toutes ces espèces d'animaux tirent leur nourriture de la mer.

» On trouve aux Malouines trois sortes de pinguins : le KING (aptenodytes patagonica), le mAcARONI (aptenodytes chrysocoma), le sackASS (aptenodytes demersa). Le pinguin-roi est aussi grand qu’une oie, et marche debout, ses pattes se projetant directement en dehors et en arrière. Il se tient tout droit, et, à certaine distance, il ressemble à un homme. Il à le ventre blanc, la tête et le bec à peu près noirs, les mandibules pyramidales et pointues aux extrémités, de petites bandes de plumes rouges ressemblant à des sourcils sur chaque @il, tombant de deux pouces sur le cou, et donnant à l’oiseau une apparence très jolie. Le pinguin macaroni à tout au plus les deux tiers de la taille du premier; il a la même forme, mais sa couleur est un peu différente :

elle est plus blanche autour de la gorge. Au lieu d’a-

voir des plumes rouges sur les yeux, il a un certain nombre de fibres ou plumes, semblables aux longs poils qui sont autour de la gueule des chats, ce qui lui donne l’air macaroni, d’où il prend son nom. Ces deux espèces déposent leurs œufs sur la terre, dans les rookeries. Le pinguin jackass est ainsi appelé du bruit qu’il fait, et de ce qu’il est moins beau que les deux autres espèces. Son chant ressemble à peu près au braiment des ânes. Il ne diffère pas beaucoup en grandeur ou en couleur du dernier qu’on vient de décrire, mais il est un peu plus petit. Il vient à terre faire son nid et y déposer ses œufs. Il creuse des trous sous des glaïeuls et dans toute terre dégagée de pierres, choisissant ordinairement le côté d’une montagne où il n’y a pas de glaïeuls à trouver au-dessus. Ils se rendent à terre le soir, mâle et femelle, et quand il fait nuit, ils font entendre le

Page 1