‹ Composés Oxygénés Du CarboneChapitre 38 sur 58 · II. -- Dosage · texte numérisé non relu

II. -- Dosage

Nous ne nous occuperons ici que du dosage du gaz carbonique libre ou en solution dans l’eau et nous passerons rapidement en revue les principaux procédés pour déterminer la proportion de gaz carbonique contenue dans un mélange gazeux ou dans une solution.

1° DosAGE DANS UN MÉLANGE DE GAZ.

Pour doser le gaz carbonique dans un mélange gazeux il faut distinguer deux cas :

1° Le mélange ne contient pas d’autres gaz susceptibles d’être absorbés par une lessive alcaline:;

2 Il y a d’autres gaz pouvant se combiner aux alcalis.

Dans le premier cas, on prend un volume déterminé du mélange gazeux et on introduit un morceau d'hydrate de potassium humecté d'eau, ou encore un volume de lessive de potasse concentrée suffisant pour absorber le gaz carbonique; de la diminution de volume on déduit la proportion de CO? existant dans le mélange.

S'il n'existe qu'une très faible proportion de gaz carbonique, on utilisera une méthode analogue à celles que nous indiquerons à propos du dosage du gaz carbonique dans l'air.

En présence d’autres gaz susceptibles d’être absorbés par Ja potasse, la méthode à appliquer dépend essentiellement de la composition du mélange gazeux; on s'efforce, avant de faire réagir la lessive de potasse, d'absorber par des réactifs appropriés les gaz qui mettent obstacle au dosage. On absorbera les hydracides (HCI, H Br, HI), par une petite quantité d'eau qui ne dissout pas sensiblement CO*; l'hydrogène sulfuré sera absorbé au moyen d’une solution de sulfate de cuivre ou encore au moyen de petites balles obtenues par

compression du bioxyde de plomb ou du sulfate de cuivre, séchées et humectées d’acide phosphorique; en présence d'hydrogène phosphoré, d'hydrogène arsénié, on absorbe ceux-ci par un fragment de potasse solide. Il existe du reste un nombre considérable d'appareils permettant de doser le gaz carbonique dans des mélanges spéciaux (gaz d'éclairage, produits de combustions), appareils d'Orsat, de Dupré, d'Hempel, etc.

Parmi les mélanges gazeux dans lesquels on a à doser le gaz carbonique, l’un des plus intéressants est l'air et nous passerons rapidement en revue les principales méthodes utilisées dans ce but.

90 DosAGE DANS L'AIR.

Boussingault(!), reprenant une méthode déjà utilisée par Saussure en 1828, fait passer un volume déterminé d'air dans une série de tubes en U contenant d’abord de la ponce sulfurique pour absorber la vapeur d’eau, puis de la potasse ou de la chaux qui retient CO*. L'augmentation de ces tubes donne la proportion de gaz carbonique contenu dans un certain volume d’air égal à celui d’un aspirateur rempli d’eau placé à l’une des extrémités de l'appareil et se vidant peu à peu. Cette méthode a été perfectionnée par Brünner(?) qui a remplacé l'aspirateur simple de Boussingault par un système de deux aspirateurs mobiles autour d’un axe horizontal et permettant, par une disposition spéciale, de faire passer dans les tubes absorbants une quantité d’air beaucoup plus considérable.

Pettenkofer() fait passer un volume déterminé d’air dans de l’eau de chaux ou dans de l’eau de baryte qui est titrée avant el après l'expérience. Cette méthode a reçu également de nombreux perfectionnements.

Dans le procédé de Reiset(‘) l'air, appelé par un aspirateur de 600 litres, traverse un barbotteur spécial formé d’un tube large et assez long divisé en trois compartiments par deux diaphragmes constitués par des capsules de platine ayant un diamètre égal à celui du tube et percées de trous très fins; le tube absorbeur con-

(t) Ann. Chim. Phys., (3), 40, 456.

(2) Ann. Chim. Phys., (3), 3, 305.

() J. f. prakt. Chem., 82, 32.

(*) OC. R., 88, 1007 et 90, 1144, 1457,

tient de l’eau de baryte; à la fin de l'expérience on détermine dans la solution de baryte éclaircie la proportion d’alcali non carbonaté, au moyen de l'acide sulfurique.

Dans d’autres méthodes on absorbe le gaz carbonique au moyen d’une solution de potasse à 1 pour 5; à la fin de l'expérience on décompose le carbonate par un acide et on mesure le volume du gaz dégagé. Cette méthode a été employée à l'Observatoire de Montsouris.

Müntz et Aubin!) font passer, au moyen d'une pompe spéciale, un volume déterminé d’air dans un tube rempli de ponce imprégnée de potasse exempte de carbonate; le tube, après l'expérience, est fermé à ses deux extrémités et peut être conservé un temps quelconque. Au laboratoire, on met une des extrémités du tube en rapport avec une trompe à vide; par l’autre extrémité on fait arriver peu à peu de l’acide sulfurique dilué qui déplace C0*: le gaz est recueilli el mesuré.

Henriet (?) utilise un procédé alcalimétrique fondé sur le fait suivant : si dans une solution diluée de polasse contenant du carbonale on verse peu à peu une solution titrée d'acide sulfurique en présence de phtaléine, l’alcali libre est saturé, puis l'acide agissanl sur le carbonate déplace CO* qui décolore la phtaléine quand la moitié du carbonate est décomposée avec formation de bicarbonate : il suffira donc de tilrer, avant et après expérience faite sur un volume d'air déterminé, un volume égal de solution de potasse; de la différence des deux titres on déduit la proportion de CO? contenue dans l'air.

Nous n'avons pas à insister ici sur les résullats obtenus dans les nombreuses analyses effectuées sur l’air, il nous suffira de mentionner que la proportion de gaz carbonique contenue normalement dans l'atmosphère est sensiblement constante et égale à 3/10 000.

Étant données les nombreuses sources d'acide carbonique, il semble étonnant que ce gaz ne s’accumule pas et que, malgré quelques variations peu imporlantes, elle ait été trouvée sensiblement égale dans les différentes régions du globe. Cette constance tient à plusieurs causes dont les plus importantes sont : 1° la décomposition du gaz carbonique par les parties vertes des végétaux sous l’in-

fluence de la lumière solaire; % la dissociation du bicarbonate calcique contenu en énorme proportion dans les eaux de la mer et qui agit comme un régulateur sur Je gaz carbonique contenu dans l'atmosphère : si la proportion de celui-ci augmente, il est absorbé en partie par les eaux de la mer; en cas de diminution, une certaine quantité de bicarbonate se dissocie, ce qui rétablit l'équilibre.

Page 1