CHAPITRE V Les distinctions rythmiques
Nous savons déjà (ire part. ch. V) comment des neumes, en musique grégorienne, se forment les distinctions, de même que dans le discours les mots servent à composer les membres de phrase et les phrases. Au lieu de distinction, nous disons dans la musique moderne rythme, au sens concret, et nous entendons par là un membre mélodique bien rythmé, ayant un sens musical assez complet pour former à lui seul une mélodie au moins partielle et pouvant se joindre à d'autres petites mélodies semblables.
Le mot distinction, qui est du moyen âge, marque seulement :ette propriété que possèdent les rythmes d'être, en effet, districts, séparés les uns des autres par un silence, une pause, préisément parce que chacun d'eux constitue un tout rythmique tt mélodique. S'il n'en résultait souvent quelque confusion, à :ause de ses acceptions diverses, le mot rythme serait certainenent meilleur, car il dit mieux ce qu'est une distinction : la )remière entité rythmique complète, où soient réunis tous les cléments constitutifs du rythme musical, savoir, les sons, la Variété des durées, les syllabes, les neumes et leurs accents divers, lin mouvement réglé, bien ordonné, qui a son point de départ, on progrès, son point d'arrivée et son repos final. C'est ce qu'il 'agit d'expliquer maintenant.
Gui d'Arezzo définit la distinction musicale : « pars una vel Jures distinctionem faciunt, id est congruum respirationis locum » une u plusieurs neumes réunies, après lesquelles il y a un repos, n silence, et le chanteur respire, reprend haleine.
Les distinctions sont bien cela, en effet, et ce qui les caractéise, c'est de constituer, dans le mouvement rythmique, comme es points d'arrêt, des étapes qui le divisent de telle manière ue la voix y puisse toujours marcher avec aisance, y trouver, de istance en distance, le repos nécessaire, la possibilité de respirer t de reprendre force pour continuer son mouvement.
Les neumes sont bien aussi une sorte d'entité mélodique, qui
un sens propre — ^musicœ partes ', quœ aliquid significant » , dit aint Oddon — mais elles ne possèdent pas en elles-mêmes cette ropriété qui se trouve dans les distinctions de faire sentir une n, d'amener un repos, un arrêt plus ou moins considérable du îouvement vocal. La dernière neume d'une distinction est seule
remplir ce rôle; les autres, au contraire, doivent s'enchaîner s unes aux autres dans un mouvement continu, qui est préci- :ment celui de la mélodie.
THME GRÉGORIEN. — <C .
Ainsi, quand nous chantons cette Antienne du Ier dimanche de l'A vent :
Ant.
-J>Ll .hi&iMtt vn.v\0Cvi dut ■
^ n j»k j tj f j j j jvji ij jj J3?
Nous faisons trois distinctions, parce que nous sentons bien qu'en arrivant à la fin de chacune, il y a un léger temps d'arrêt, où la voix respire pour reprendre ensuite son mouvement. Aussi l'Antiphonaire d'Hartker marque-t-il ces points d'arrêt par la lettre x (exspecta). Partout ailleurs, le repos ne se fait pas sentir, c'est,, au contraire, le mouvement continu dans la ire distinction, avec une simple césure, sans arrêt, dans la 2me et 3me. Ainsi encore, dans la 5™ Antienne du 2me dimanche :
Ant. ï
J J g f f f Ejgg
J J J jl J
ai. - te - W . -va. «,
Trois fois la voix se repose avant d'arriver à Y Alléluia qui termine la mélodie. Ce sont autant de distinctions, avec césure, qui partagent le mouvement mélodique. Et il en est de même en toute mélodie de quelque longueur.
Comment peut-on reconnaître, s'il y a distinction ou non, et jelle différence assez caractéristique y a-t-il donc entre les neues finales de distinctions et les autres neumes ?
Plusieurs signes existent qui, placés en bon endroit, marquent s arrêts du mouvement rythmique, les repos légitimes de
voix.
i° Très souvent la neume finale de distinction se fait remar-
er par de plus grandes valeurs de durée sur la dernière syllabe;.
mouvement se ralentit et amène le repos. Par exemple :
Ant.
Ll. . ce- xlovl -et ûU J - / m I
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Les trois premières distinctions sont ici marquées par l'allon-
ment des neumes finales. On aurait pu se méprendre cepen-
fnt à la fin de la troisième, à cause du texte; mais la lettre x
être gîoria et domus avertit qu'il faut là un repos, et que ce
|i suit appartient à la 4me et dernière distinction.
/ / J rc v//f///- x
tTTttTiÏMM ' n ' ' '"1 W
Ant.
CWut
f'f f f i.j,)i*\i .1 fr u t j j^
Mêmes remarques que précédemment : les durées s'allongei à la fin des distinctions et, par surcroît, la lettre x marque bie la séparation qui doit exister entre la ire et la 2me distinctioi
Ant.<5)-L j ^^
rVr r?r
Le . ce- Vua. . #u- me- . \Kh
^ r u f hitc r r r fr.
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fc-É
Toujours le signe de l'allongement à la fin des distinctions On aurait pu croire que le mot elecius dût être rattaché à la i' distinction, et il devrait l'être en effet de par la grammaire, mai la lettre x l'en sépare et lui fait commencer la 2me distinction
20 Parlant de la manière de composer les distinctions dans le chants soignés, Gui d'Arezzo fait entre autres cette recomman dation : « Ainsi encore, on aura soin que la plupart des distinc tions, presque toutes, courent en quelque sorte vers la noti principale du mode, c'est-à-dire la tonique finale, ou celle qu en tient lieu, la quinte, si la mélodie est construite sur cette note». (1)
Lors donc que, dans une mélodie, le mouvement est ordonne .de telle sorte que, manifestement, il tend vers la finale du mode et y arrive, c'est pour s'y reposer et la finale termine une distinction, quelle que soit la durée des notes qui y conduisent, Exemples :
(i)«Item, ut ad principalem vocem, id est finalem, vel si quam affinent ejus pro ipsa elegerint, pêne omnes distinctiones currant. » (loc. cit.)
Ant.
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