Compte-rendu de la réception de l'orgue de la chapelle Wesleyenne, le 5 février 1861 [microforme]
La réception d’un orgue est ne cérémonie qui a pour but d'établir la réputation du‘facteur. Or, il est de l’intérêt de ce facteur d’apporter tous ses soins à la constraction d’un instrument de’ te genre. M. Warren con.
“naissant la manière d'opérer, en Europe, lorsqu'il s’agit de faire entendre un nouvsl: orgue, a invité MM. les organistes des différentes églises de Montréal à venir essayer cette instrument afin de recevoir, d'eux-mêmes, les observations qui se foni'en pareille circonstance. Après un examen sérieux et, quelques réflexions faites à son sujet, l'orgue de la chapelle Wesleyenne a été reçu à l'unanimité. Un procès ver celle réception ayant cté présenté, par M. Warren, Aa les organistes, i:s se sont empressés d’y mettre leur sfgnature.
Nous devons ajouter que M. Warren a bien voulu nous faire l’honneur de nous charger du Compte-rendu de cet orgue, et,que c’est ainsi que nous donnons attjourd’hui nos impressions sur un instrument qui a mérité à son auteur l’entière satisfaction du comité chargé de sa Construction et les appréciations flattenses de tous les signataires du procès-verbal qui est placé à la fin de notre compte-rendu.
De tous les systèmes qui ont été appliqués sur. les grandes orgues d’église pour mettre les sonfflets en mouvement, il en est un, qui, aujourd’hui, attire l’attention des orgunistes : c’est le nouveau moteur hydrauli-
“que. Son application aussi simple qu'ingénieuse ne pa-
- rait pas avoir'été généralement adoptée en Europe ; et, cependant, les écrivains qui en ont rendu compte,
s’accordent à déclarer qu’il serait urgent .d’introduire une réforme radicale dans le système vicieux de la .
soufllerie mise en action par des personnes qui, loin de satisfaire l’organiste, lui occasionnent fréquemment de sérieux désagréments et dont la manière de faire détériore les soufflets, Mais l'esprit de routine existe là Comme en bien des choses; en sorte. que le progrès se fjouve ainsi à l’état de néant. Nous devons done féliciter M. Warren de Pinitiative qu’il a prise, lorsqu’il fût Chargé de la constructioh de lorgue de la chapelle Wesleyenne de la grande rûe St. Jacques, à Montréal, de faire la première applica{ien, en Canada, du moteur hydraulique, initiative qui a été couronnée d’un plein succés.
Sans nous étendre sur.lé.détail de ce nouveau Système, disons seulement quéles soufflets sont munis d’un essieu au bout duquel est placée une roue dentée. A Ja partie inférieure ou dans id cave, est disposé le réservoir ; là, se trouve une türbine qui est mise en action par la force de l’eau qui sort d’un tube ne portant qu’un pouce de diamètre, et telle est cette force, que la turbine fait 2,000 tours par minute! Cette turbine reçoit aussi un essieu auquel: es} adaptée une roue dentée qui reçoit une chaîne placée de manière à faire agir la roue poséè sur l’essieu des soufflets et leur communique ainsi un mouvement parfaitemegt mathématique. Lors- LE l’organiste veut exécuter un morceau, il lui suffit
6 tourner plusieurs fois un petit mécanisme posé à sa
gauche ; tout aussitôt, la /urbine produit sa révolution et les soufflets se lèvent et s’abaissent avec une remarqua- ‘ble régularité. ;
Mais parlons des jeux de cet Orgue.
Nous avons expérimenté chaque jeu, et nous nous plaisons aujourd’hui à en faire ressortir toutes les qualités. L’article qui parut le 7 février dans Je Montreal Hèrald a plutôt rendu hommage au talent des artistes et des amateurs qui ont touché cet orgue qu’au mérite -du facteur, qui, en cette occasion, devait être le sujet principal à traiter dans ce compte-rendu. Nous ne différons pas d’opinion avec le rédacteur du Montreal He-
main droite, tandis que de‘la gauche on appuyait sur
rald à l'égard de ceux de nos confrères qui se sont fait entendre, mais nous pensons que la tâche pouvait lui être diffcile à remplir, car il faut bien connaître l'orgue - Pour en pouvoir spécifier toutes les qualités, tous leS * avantages ; et cette connaissance lui étant complètement ‘ étrangère, force lui a été de parler des exécutants, lais- L sant peut-être à d’autres le soin de faire part des sensations que produit ce bel instrüment.* à ci Et tout d’abord, nous fûmes surpris de effet que nous ressentimes en le touchant ; qüélque chose de suave dans } lé son nous a rappelé la facture ‘des orgtes allemandes ; en frappant un accord, on entend l’effet puissant et doux : à la fois que produit l’ensemble de tous les Jeux, et cette | & qualité est due à deux raists: 10. au bon choix des jeux ; 20.-et à l'excellente facture de chaque jeu.—Analysons ces deux raisons. Pre ARE 10. Du choix des jeux.—Ees premières orgues conteaient très-peu de jeux, et leurs fonctions se limitaient se Le à un très-petit nombre de $ômbinaisons; de plus, les luthiers de l’époque ne cherehaient pas à introduire de nouveaux jeux dans leurs instraments.—On appelait Zuthier celui qui fabriquait où éparait le.Zuth, instrument qui est considéré comme le plus ancien qu’on, connaisse, L’origine du Zuth est arabe: On pinçait le /uth de la -
les touches, qui étaient le plus souvent-au nombre de neuf. Un Zuth à dix cordes fournissait trois octaves et ? k une, tierce majeure. Le /uth servait, avant le cldvecin, à * ee SRsompagnement des basses continnes. 1 était fort dif. #CPe à accorder. Les meilleurs /uths venaient de Bolone et de Padoue.—Continuons notre sujet,
L’orgug, dans son état primitif, était destiné a accom- Ê pagner le plain-chant, et on-raconte que cet instrument | faisait entendre des dissonances si désagréables à l'oreille, 3 que l’organiste était obligé de terminer son accompagnement dans le ton de so pour dissimuler autant que possi- # ble la véritable tonalité de Do qui, parait-il, ne pouvait être bien amenée pour finir le chant, Ce fait se passait — avant que le moine Gui d’Arezzo nous fit connaître l'échelle diatonique. En un mot, les anciens réglaient leurs #
formules harmoniques sur les deux tétracordes. On conçoit, : dès lors;que la musique, à cette époque, devait présenter ” des phrases assez bizarres, phrases que nos modernes ont ; souvent tourné en ridicule. Do
Ces dëssohances dans les jeux de l’orgue provenaient aussi de la mauvaise facture des-tuyaux‘dont le travail ou la disposition he permettait pas qu’on ia les accorder, et lors même qu’il eût été DoiDe de lé’faire, l'enfance de Part musical s’y opposait-complètement. ne
Ce n’est guère que vers.R,XVIIe siècle que la fabrication des orgues se. fil .femarquer par quelques jeux nouveaux 'et par des améljiÿfations qui dpvaient æmener, plus tard, dés.découvertes'4ädht profita le célèbre Cliquot qui, par son génie, sût:doûner à l’orgue l'importance qu’on lui connaît aujourd’hui. Or, Cliquot s’appliquait à inventer des jeux dont la füghté du son s’altiait merveilleusement bien avec les jeyg-de fonds ; c'est ainsi qu’il se
” rendit célèbre par ses jeux de flûtes qui, de nos jours, sont
presqu’inimitables. A
Depuis Cliquot, la nomeïtelature des jeux a subi bien des changements par suite de la révolution’ qui s’est opérée dans la manière de #iter l'orgue. A cette musique sublime, emblèmè de nos grands maîtres, à ces improvisations sérieuses qui semblaient naître de la combinaison restreinte mais bien entendte des jeux qui entraient dans lorgue, a succédé un nouveau genre de musique et une interprétation presqu’exclusive de chaque jeu de cet instrument. Autrefois, on se contentait de faire entendre des accords plaqués et très-liés ; plus tard, la science musicale prenant une place que lui donnèrent dxllustres compositeurs, vit éclore la fugue qui fut exécutée avec tant de talent par les Bach, les Hændel, les Mozart, et dernièrement, par l’organiste Boëlly, interprête fidèle des chefs-d’œuvres de ces grands maîtres.
L'introduction de nouveaux jeux a certainement con- : tribué à changer le genre de musique d’orgue, et l’extréme facilité qu’on a aujourd’hui de toucher les quatre ou cinq claviers qui, jadis, exigeaient une si grande force musculaire, ce qui faisait dire “ qu’un organiste ne pouwait être qu’un médiocre claveciniste,’—ces deux causes
ni)
ent suggéré à quelques organistes la pensée, de traiter: l'orgue d’une manière orchestrale, c’est-à-dite, de s’imaginer avoir à leur disposition autant de musiciens-qu’ils ont de registres où de ’jeyx à faire parler ; or, l’artiste exécute un Solo sur un ex qu’il considère tout comme l’énstrumentiste en personne, et chètche ainsi à produire les mêmes effets, en observant, naturellement, le diapason ou plutôt le registre (la distance diatonique qui appartient
“auX divers instruments) pour onner plus.de vérité aux
accents d’un jeu de solo. C'est encore te système qui a forcé les orgunistes, surtout les organi français, à se livrer à l’étude de l’imptovisation, élüde qui exige ‘la
-connaissance.complète de l’armonie avec ses corollai-
res indispensables, le contrepaint et la fugue. + La. noùvelie disposition -des jeux, a, oâ peñt le diré, obligé la plupart des organistes de reroncer à exécuter les fugues écrites ainsi qu’il était d’usagé atrefois de le faire, et, disons-le à regret, ils ont suivi :es goûts du jour. F’artiste improvisateur est lus exigeant que l’exécutant qu se borne à faire entendre une pièce d’orgue qu'il a étudié avec lek jeux dérignés par le compositeur. Tifaet à J’improvisateur uñ vaste: champ dans lequel il püisse diriger «pns ohstacles toute-son, imagination et faire ressortir ainsi toutes les ressources de son instrument. Les orgañistés françe.is sont habitués à improviser sur l’orgue, tandis que les organistes allemands ne dérogeut pas à leurs andienries traditions ; ils improvisent fort peu et préfèrent exécuter des préludes ou des
Jfugues. Cette simple exposition nous conduit à recon-
naître qu’il existe de-nos jours -deux écoles d’orgue bien distinctes : l’école française et l’écolé allemande ; l’une dont exécution est éclatante et l’autre dont le style est éminemment sévère: On conçoit dès lors que la fæcture des orgues françañses est toute différente de celle des orgues d'Allemagne. La majeure partie des jeux dans les instruments de France spnt construits en métal, tandis qu’en Allemagne les facteurs préférént confectionner en bois beaucoup de.leurs jeux, voire même les trompettes. Ajoutons encore que les organistes allemands ex-
.cellent dans leur manière d'accompagner le chant, et |