‹ Compte-rendu du salon d'exposition de Bruxelles, 1836Chapitre 24 sur 35 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

La Belgique y si riche en magniflques peintures^ possède peu de statues , propres^ par leur mérite transcendaaty à servir de modèles à nos sculpteurs et de points de comparaison aux amateurs , pour l*apprëcîatîon des œuvres modernes. Quoique notre patrie ait donucà Tart statuaire les Duquesnoy, les Jean de Bologne, les Kessel, nos musées^ nos places et nos promenades publiques ne possèdent guère que de médiocres copies. Quelques églises^ celles d'Anvers, de Gaud et de Bruges eu particulier, conservent, il est vrai, les productions souvent fort remarquables des QuilUii, des Vcrvorts, tics Delvaux ; mais relativement à Tltalie, à la France, à TAngleterre, à la Bavière, uous sommes bien pauvres sous

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ce rapport. Aumî nou» èst-il fori difiicOe d^assigner à nos «culpteurs uu raug parmi leâ coulemporains , et de juger de leur mérite relativement à celui des artistes qui iea out précédés. Nous devons doue nous boi oer, dans notre appréciation, à rendre ccMnpte de Timpression éprouvée par nous^ à chercher, par la comparaison avec la nature imitée , à évaluer le mérite de Hmitation.

Le sentiment, dans les arl», nous paraît un élément indispensable sans lequel point de succès possible. Cest le cœur que l'arLisLe doil chercher à loucher, et, dans la statuaire^ plus que dans aucun autre art, le beau seul et le grand ont le droit de prétendre à ce résultat. Les idées étroites, les moyens mesquins doivent être bannis du domaine de la sculpture. Cet art n^ayant à sa disposition que des élémens rebelles et qui se prêtent difficilement à l'expression de la pensée , ne doit point se vulgariser par Timitation d une nature commune. La durée des ouvrages des sculpteurs est encore une raison qui doit les engager à être sévères dans le choix de leurs si^jets, dans le choix des types et des formes.

On peut faire un tableau pour 6on époque, eu se conformant au goût dominant. Une statue, s'adresse à la postérité ; c'est pour les siècles que Ton travaille, lorsque Ton fait sortir un héros d'un bloc de marbre, oii lorsque Ton jette dans la fournaise le bronze monumental

WS «ALON D^BaLPOaiTlON. 437

destiné à régner» du haut de son piédestal, sur les places

publiques. Celte difTérence essentielle entre la peinture et la sculpture n*est pas assez sentie par la plupart des artistes. Jaloux d'un succès prompt, d'un triomphe contemporain, ils flattent trop souventles idées et lespréjugés de leur temps. Au lieu de s*en tenir à la représentation des «entimens et des pensées simples qui appartiennent à tous les âges de rhumanité» ils s^attachent à une forme conventionnelle , à des sentimens d'une délicatesse affectée. D^autres, au contraire » s^imaginent que copier la nature ce doit être la rendre avec ses défectuosités accidentelles) ils la traitent d^une manière commune ; sont vrais, mais sans charme.

11 n^est aucun art dans la culture duquel on ne soit obligé de sacrifier quelquefois la vérité rclalive à la vcr rité générale. Plus les moyens qu'emploie un art sont bornés , plus le convenu doit y tenir de place. Bfab ce convenu lui-même n'est autre chose que le résultat de robservation et de Texpérience des siècles, c^estun choix entre une foule de manières d'être , qui n'a rien d'arbitraire en lui-même et que les génies supérieurs savent faire plier à tous les besoins de leurs pensées.

Si Ton considère l'homme sous le rapport de sa constitution physique, on trouve, sur un fond eLt riiellement le même, une variété infiaie de modifications. Ën doit-on

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conclure que toute» ce» forme« ëtaot également Tceuvre de la nature, sont également belles , que le choix entre elles est seulement 1 effet du caprice , et que, pai taut, il donnera des résultats dilTérens suivant les individus qui seront appelés à juger? Quoiqu'il y ait aujourd'hui bien peu de vérités incontestables, et surtout bien peu de vérités incontestée», on ne s'est pas encore avisé de soutenir sérieusement que Quasimodo, le héros de Notre-Dame de Paris, est un type aussi beau que Vjépollon antique.

Nous profitons des nombreuses observations des anciens : les modèles qu'ils nous out laissés sont incontestablement des expressions du beau , dans une foule de conditions; il ne suit pas de là que, hors ces conditions^ iln*y ait plus de beau à trouver. Nous avons leur exemple à suivre, non pas leurs œuvi-es à imiter. Nous devons nous demander ce qu^ont fait les sculpteurs grecs pour produire leurs chc rs-d'd uvre , en suivant une marche analogue , les artistes de génie arriveront a un résultat semblable.

La première qualité d'une production de lastatuaire^ cVst Tunité et la simplicité. Cette foule dWnemeDs que la couleur impose à la peinture sout inutiles, sont nuisibles au grand art du sculpteur. CW dans une matière d^une seule couleur , dilTcreute de celle du modèle à

copier, que Tartiste va tailler son ouvrage; la forme est

le seul clément dont son art puisse disposer. 11 n'a point la ressource de cacher une faute de dessio par un effet de coloris. Toutes les lignes doivent être sûres , décidées; rien de vague ne peut être tenté ; la sculpture est un art palpable et positif au dernier point. Non contente de vous présenter les objets sous leur aspect le plus pittoresque, elle doit vous les montrer sons tous les aspects et plaire sous toutes les faces. Immense difficulté , qui rend aussi immense le mérite de ceux qui la surmontent.

Dans Fexamen que nous allons faire des ouvrages exposés par nos sculpteurs, nous serons heureux de constater que la statuaire commence, en Belgique, une ère de gloire qui ne tardera pas à jeter un grand éclat en Europe, si elle fait choix dWe route qui s'éloigne de Fornièrc classique sans s écarter de la nature.

Ecojc tVovale iie Gravuriî.à BruxcSieo

GUILLAUME GEEFS.

Que k} lies années ont sufli à ce jeune artiste pour se fonder dans sa patrie une réputation dont on voudrait en vain contester la léfj^itimité. C*est par ses ceuvrcs qu un lioiimie doit être jugé; celles de !M. G. Gceiô sont déjà très-Dombreuses. Depuis 1855^ époque à laquelle il exposa les modèles qui devaient servir pour Téreetion des monumens du comte Frédéric de Mérodc et du général Belliard, il a exécuté en marbre le premier, actuellement placé dansTéglise des Saints Michel et Gudule ; le groupe de Geneviève de Brahant, dont nous parlerons tout à Tlieurc ; une statue à genoux dans lattitude de la prière ; un jeune homme jetant des fleurs sur une tombe; il a sculpté en pierre une statue de

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Saint Joseph avec Tenfant Jésu» ; V Espérance rêvant à l'immorialitéj commandée pour un tombeau en Allema* gne. H a achevé en plâtre les modèles de la grande statue de Ja Libei U- ^nmv le monument de la place des Martyr*, et un des quatre Génies qui doivent décorer ksangles du soubassement de ce monument ; une jeune femme morte , destinée à être placée sur un tombeau dans une église d*Anvers; le modèle qui doit servir pour couler en bronze la statue de Grétry, pour la ville de Liège; celui de la statue que la ville d'Anvers va élever à Rubens, et enfin \iiigt à trente husles, parmi lesquels se disliiijuent ceux du roi ^ de la reine, et du jeune prince royal décédé; ceux des princes de Portujjnl et de Cobourg; ceux de MM. Ch. Debrouckère, Coghen, Wappers, Lepoitevin,

Schaepkens, Waroqiu'c, et de M"" E , presque tous

exécutés en marbre, coulés en fer ou en bronze.

Nous nous occuperons particulièrement des ouvrages exposés par M. Gccfs au Salon; mais nous ne bornerons pas là notre examen. La statue du comte de Mérode doit entrer (KnKs notre analyse, puisque, placée tians Téglise où elle doit rester, elle se présente au public et appelle ses jugemcns.

Ici la blouse citoyenne, la blouse populaire s'ennoblit et vient prendre dans le domaine des arts la place qu'elle a conquise dans I histoirc. Un noble comte , issu d une

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puissante famille , comblé de toutes les jouissauces de la fortune , pouvant couler une vie paisible et heureuse» sau8 rendre compte à qui que ce soit de reuipiui de ses iDStans, n^ayant rien à gagner à un changement politique, s'arrache à 8a famille, à loulcs les douceur» d'une existence privilégiée; à la voix de la patrie, il se souvient qu'elle est noire mèrecommune, et sous le costume de simple volontaire bruxellois, il marche au-devant du péril. Mats il tombe sur son premier champ de bataille. Voyez , le fer du bisuayen a traversé sa cuisse dont il a brisé Tos. La force du coup Ta renversé. Il se relève cependant et cherclic du regard ua ennemi à qui il puisse adresser la balle que récèle Tarme qu'il tient encore duiia sa mais». I/oimcmi s'enfuit : la dernière charge de son pistolet sera donc inutile. La contraction des muscles de la face, le gonflement des veines du front expriment bieu la douleur physique, tandis qu'un sentiment de généreuse satisfaction commence à briller dans ses yeux qui cuuLemplent le triomphe du drapeau national. La conception de cet ouvrage est aussi sage que forte : point de contorsions, point de mouvemeus désordonnés; le calme et le sang-froid d'un homme qui, avant de prendre les armes, en avait calculé les chances et les affrontait sans arrière-pensée. Cette blessure, il la reçoit avec résignation, ii offre sou sang en sacrifice sur l'autel

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de la patrie. Ce «aii^j noble qui eoule de ses veines, est verac pour ic bicu-étre du peuple^ pour sou affraocbissèment. La douleur qull éprouve lui semble bien secondaire en comparaison des résultats de Tœuvre qu'il aura aidé à accomplir. -

L'c\tji;ullon de celle statue répond complétemCDl à l'espérance que le modèle exposé en 1053 avait fait concevoir. Le nu est palpitant de vie , les draperies sont d'un bon style et prcseulent de jolis détails sans manière. Ce marbre vous reproduit bien distinctement la toile de la blouse, le drap du utauteau, le cuir des guêtres, avec les plis qui les caractérisent. L^ensemble d*-."» ii^ucé a de la grandeur et de l'élégauce; le blessé se soulève en s^appuyant sur la main gauche; ses jambes sont bien poséesTunesurFautrcL^artiste a fait sentir, par la saillie des veines et des muscles, 1 efToi't de la main qui soutient le poids du corps ^ tandis que Tautre est à Taise et presque saus acliou. Le cou est plein de vigueur et de noblesse; nous regrettons que la poitrine ne présente pas plus de nu : uous aurions voulu retrouver le sein gonflé, Vanimosum pectus de Virgile, ce que le modèle en plâtre avait promis. L'n Vuiqc artisiemeut plissé ^ et comme sortant tout frais des mains de la repasseuse , nous cache aujourd'hui cette poitrine. La vérité nVt* elle pas perdu à celle aiodilicationP Celle chemise, celte

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PU SALON D^EXFOSmOK. 445

bloiMe même ne devraient-elles pas être autreineot froissées, quelque moiteur ne devrait-elle pas se montrer sur celle peauP Nous voudrions aussi plus de desordre dans cotte ebevehire , peig^née comme pour un bal.

L'ensemble du iiioaumciit mërile uue inenlioii spéciale. M. Geefs y a montré beaucoup de goût et de disceriietnent. C'est dans une t\s[)èee de ciiapelle {]olhiqueque le tombeau , gothique lui-même, est placé ; la statue est étendue au-dessus. Celle heureuise alliance d'un costume moderne avec Tarehilecture d'une époque reculée , indique que le personnag^e qui occupe cette place appartenait, par ses ancêtres glorieux, aux temps du moyen k^Cy ot f par ses sentimcns généreux, aux progrès de notre siècle. C'est le volontaire plébéicu de 1850, qui vient reprendre , dans le caveau de ses nobles aïeux , la place que sa naissance lui avait assignée , place qu^il rend à jamais illustre.

Deux chaî'iiiaiitcs figurines , exécutées en pierre, et nichées dans les angles du tombeau, y sont agenouillées avec grâce. Elles rappellent les belles sculptures du moyen âge. Ce sont de toutes jeunes ûUes pleuraut et jetant des fleurs sur la terre. Leurs longs et pudiques vétemens accusent des formes pleines de noblesse et de suavité ; leurs figures sont d^uae expression touchante, et de types cbarmaus.

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De la calhédralc passous au Salon : un morceau d'une grande importance <e présente y c'est le groupe de Geneviève de Jîi iihant, avec son enfant et sa biche

L'histoire des malheurs de Geneviève de Brabant est aussi intéressante qu'elle est populaire. Tout le monde a entendu chanter ces ballades, ces complaintes où iaven* tare de Tinfortunée duchesse de Brabant est racontée en style dont la naïveté e^st quelquefois triviale. Cependant le fait ]ui*méme est si touchant, que le souvenir que I on a {|ardé de celte pauvre Iciume persécutée est, dans tous les esprits, parmi les plus gracieux souvenirs. Ou cotH;oil que i iuia^itiiilioii d uti arlisle émineiiinicut sensible se soit enthousiasmée pour un tel sujet, qu'il s'en soit occupé avec amour.

D abord , il était sûr d'être compris de la foule, La jeune femme ^ le petit enfant et ta biche, dispensent de toute explication , de tout commentaire. Ce marbre parle au public : il lui raconte des douleurs, des misères dont il a n^ille fois enlendu le récit; chacun se plail à y reconnaître le sentiment qu'il y cherche.

Tandis que la foule ^ qui se laisse aller à ses sensations sans raisonner les impressions qu'elle reçoit, admirait cette belle production du ciseau de Geefs , la con-

I Grandeur naturelle.

J)D BALOn D*BXP08ITI0N. 447

troverse la pluê animée a'ëtabliMait, entre les arliates et les amateurs, sur Texécution de cet ouvra^^e^ que les uns exaltaient^ et auquel les aulres niaient luulc espèce de valeur artistique.

Faïale tiiiluence des prcveutions! Au lieu de rechercher dans le groupe du statuaire les beautés inhérentes à 6on «ujet, et i^ui avaieiiL iu^laiilanéinent frappé les yeux du vulgaire, les connaisseurs ont réuni le plus de points de comparaison possible, et se sont étonnés que lartisic n eût pas précisément les qualités qu'ils sont habitués à admirer dans leur type classique. Celui-ci aurait voulu que la jeune femme de dix-sept aus, abandonnée dans les bois, où elle a mis au monde la pauvre créature qui dort niainU riauL sur ses ^ciiou\, eût les bras de la Madelaine de Canova, de ces beaux bras ronds et faits au tour, comme ceux des jolies feinmes de vingt- cinq à trente ans. Celui-là setouue que le sein de la Vénus de Médicis ne s^arrondisse point sur la poitrine de la pauvre enfant épuisée. Les jambes lui paraissent trop fortes comparativement aux bras. Nous ferons tout à riinirc (quelques rtiiiarqucs critiques sur certaines parties de lexécution de ce morceau; mais nous croyons, avant tout, de notre devoir de développer les idées d après lesquelles lartiste a travaillé. Nous démontrerons, pensons-nous, que la plupart des

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observationaqui ont elé adresaccs à cet ouvrage, comme reproches^ sont réellemeot des éloges pour l^artiste.

Avant de dt-eider si la Geneviève a bien les formes et les caractères physiques qui lui conviennent, nous nous sommes demandé : Quel âge j)eul-elle avoir? Quel genre d éducation a-t-clte reçuP Dans quelle situation se trouve- 1- elle? Nous savons que la jeune duchesse n'avait pas seize ans quand elle s est mariée , elle n'en a donc pas dix- sept. Une jeune femme , élevée dans le luxe des palais, ne présentera pas les caractères de la constitution des femmes du peuple ou de la campagne. Elle sera plus frêle et ne ressemblera pas aux modèles que les statuaires grecs ont dû employer pour exécuter leur \ l'ims. L habitude d'exposer les bras^Ia poitrine et les épaules au grand air, donnait nécessairement à ces parties, chez les femmes grecques, des formes qui doivent différer de celles des lëmmes du moyen âge dans les contrées septentrionales , oû d^amples vêtemcns les couvraient tout entières. Ëuiin, Geneviève a souilert cruellement, seule dans les forêts, exposée aux intempéries des saisons et à tous les besoins. Il serait donc absurde de s'attendre à trouver en elle les beautés particulières aux femmes jouissant de tout le bien-être possible et dans Tétat le plus florissant. Le sculpteur devait, sous peine d'être rangé parmi les esprits les plus médio*

ou SALON D'fiXPOAlTIOIf. 449

orcê, nom faire sentir^ cian« la persouue de Geneviève^ toutes les circonstances doni nous venons de parler, sans cesser loutcfoië detre gracieux et correct ; car ces dernières conditions sont rigoureusement exigées dans une statue de femme jeune et belle. Nous nous bornerons donc à examiner si» pour avoir voulu être dans ia ▼érité historique et relati ve , M . Geefs n*a pas violé ia règle qui lui «^minaudait avant toul d cire pur et correct.

Quant à nous, trois choses seulèment nous ont choqué dans cet ouvrage : les bras , uou à raison de leur mai* greur, que nous ne trouvons pas asseï marquée pour manquer de grâce, mais parce que le droit surloul osL plié d'une manière physiquement impossible, à moins que Tos n*en soit brisé; en second lieu, le sein gauche semble rentrer dans le bras, tandis qu'il devrait en être refoulé vers le creux de la poitrine, et enfin la courbe formée par les lignes du cou et des clavicules est trop convexe» et donne attcofifre de la poitrine, mesuré de lepinc dorsale au sternum, une éj)ais8our trop considérable. Quant aux jambes, nous ne les trouvons pas trop fortes; surtout à raison de la pression que leur fait éprauver le poids du corps qui porte sur elles. Peutêtre Tartiste pourrait^il avec avantage diminuer Tenflure des pieds et du bas de la jambe ; mais le reste

nous parait jtrop bien d'accord avec la chute des reins et

la Iar(jeur des ijanchcs pour que uous osions conseiller à TartMle d'y rien changer.

Si Ion considère le groupe de Geneviève eomjnc composition, on ne peat lui accorder trop d'éloges. Ce n*est pas sérieusement qu^on lui a reproché d^étre une iaiitaiion de la Maclelaine de Cauova. Autant vaudrait avancer que la Vénus de Milo est une imitation de la Véuuj» de Médicis. Tout diffère dans leâ deux ouvrages que Ton veut rapprocher : mouvement de la téte , en avant dans la MidelainC; en an ière dans la Geneviève; mouvement du torse, droit chez la première, pencliéà droite chez la seconde; mouvement des jambes, si peu semblables que Tune est à genoux et que 1 autre est à demi-assise. Où donc a-t-on été chercher cette ressemsemblancep L expi*essiou de la physionomie u'a pas plus de rapport que le reste dans les deux ouvrages.

Le petit enfant, posé »ur les genoux de Geneviève, y dort du sommeil le plus calme, on craindrait de réveiller en en approchant. M. Geef» s'est surpasse dans l'exécution de cet enfant. 11 est impossible de rien voir de plus délicat et de plus naturel. Le ciseau de Duquesnoy n^a rien produit de plus parfait. Sa poitrine semble âc sou* lever pour respirer, son petit bras tombe avec simplicité et pose légèrement sur sa mère.

Une des grandes diflicultés de ce sujet était de repré-

aeoter^ tout à fait nue, une femme jeune et belle, sans

ëseiller aucune des seiisalioii» <[uc lus arlijjtes veulcut d'ordinaire exciter avec de «emblablea objets. La Geneviève, sans aucun voile, est décente et modeste ; TexpressioQ patliétique de ses traits, laccord harmonieux de son mouvement avec le sentiment qu^elle éprouve, do-> uiiueut trop dans ce sujet pour que lesprit s arrête sur des pensées matérielles. Cependant quelles admirables formes ddiiê ce torse! que de pei-reclioiis dans les détails du dos, des épaules et des jambes!

Les trois bustes, exposés par M. Geefs sont tous trois traités dans un style diiTéreut. Celui de M. Schaepkens est largement taillé. Aucun accessoire n*y surcharge le travail du statuaire. Cest l'art pour Tartseul^ la nature rendue avec vérité et avec grandeur. La peinture au moy en de ses couleurs ne donnerait pas plus de v ie, uc ferait pas mieux sentir les os sous ces muscles, ne montrerait pas mieux le sang qui circule sous cet épiderme. Les cheveux en sont habilement massés ; et , quoique d'une exécution des plus achevées, ce marbre a gardé la vigueur du premier jet.

Le buste de M, Lepoitevin est détaillé avec un peu trop de reeherelie; il maiiquc de la diguiu- sculpturale. Le trobième buste d'homme est, pour Texécution et le travail du iiiarbrc, un des plus beaux ouvrages que lou

4^2 CONPTB-RBNOU

puis&u vuirj parloul uti huéie comme celui-là vaudrait un grand «uccès à sod auteur.

11 reste deux bustes encore : Tun , celui d*une petite fille de quatre aos^ destiné à conserver sur terre les traits d*un ange que le ciel a rappelé. Nous n*en pouvons rien dire qui ne soit au-dessous desseutimens qu il nous lait éprouver, et nous ne saurions faire abstraction de la personne représentée, pour en considérer la représenlation comme une oeuvre d^art. Le public pouvait seul le juger sous ce rapport, et son suffrage n^a pas manqué à M. Gee&, comme naguère à ToGcasion d^una résurrection du même genre , lorsque son ciseau nous rendit les traits du prince royal, si prématurément ravi à la tendresse de ses parens et à Teapoir des Belges.

Nous n'avons jamais pu nous astreindre à analyser la dernière tète de marbre , n^ S07. Ce que nous avons adressé à son auteur, le lendemain du jour où nous vtmea pour la première fois la Francesca di Eimbn, est la seule analyse que nous en puissions placer ici.

« A OUaLAOME 6BBFS , SCULPTEUR.

« Depuis bier je n*ai plus quHine pensée, elle m'oc* cupe tout entier, elle absorbe toutes les facultés de mon être, elle remplit, elle inonde mon cœur.

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va »AiiON D*ixpo8inoN* 455

« Mes yeux s^étaieDt promenés avec admiration «ur des objets pleins de beautés et de charmes, lorsque , dans un lieu écarté, je découvre... et je m'arrête...

« Et tous mes sens se concentrent dans ma vue, et les

rayons d amour qui s élancent de mes yeux caressent , enveloppent cette tète où resplendît une âme.

(( Mes lèvres Irémissent du frémissement de ce sourire indicible qui va naître , elles voudraient effleurer ces

paupières sous lesquelles brille uu regard diviu.

« Oh! laissez-moi , je veux écarter la chevelure qui

voile de LaiU d harmonie ces pudiques épaules. C'est trop de prestige, trop de brûlante candeur, trop d^enivranle modestie I

« Et pourtant, ces paupières si pleines de vie, ces lèvres si frémissantes , celte harmonieuse chevelure , tous ces

traits enfin qui ont jeté tant d'agitation daus mou àme ;

« Cette figure que nul ne regardera sans rêver â ses

plus douées amours , et que Ton cherchera vainement après ravoir quittée, ce n'est, me dit-on, qu^un morceau de marbre.

« Ob ! non , c'était naguère un morceau de marbre :

454 COIIPTfi-B£lii»U 00 SALON o'iULPOSTlON.

aujourd'hui c'est Fraucesca di lUmiui^ e est uue des compagnes poétiques du géuîe de Geefs, c^est une des fées qui peuplcut se» veilles, ce doit être la plus belle de toutes !

« O jeune homme, qui as hérité de Tàme de Raphaël !

dis-moi; les a8-lu vus quelquefois ouverts, ces yeux, qui, fermés , ont un regard si puissant? Tes lèvres auraient-elles pressé ces lèvres qui s'entr ouvrent?

« Et si tu as été admis dans ce paradis de délices, pourquoi ne pas nous inonder de la lumière que ees

yeux doivent repaudre quand ils dai|][iieul s'ouvrir ?

« C'est que tu as eu pitié de rinlirmilé de nos sens pour qui Texcessive jouissance devient douleur. Tu as craint de nous faire mourir sous ce regard , comme Séméiée à la vue de son divin amant !

« Oh ! gardé , garde pour toi ces visions û bien

assorties à ton âme! si elles usent ta vie : — car ou ne jouit pas impunément sur cette terre de I existence des

an^eS; —

« Si elles usent ta vie , elles auront du moins peuplé le monde de merveilles, et dans lavenir, les cœurs tendres et passionnés palpiteront à ton seul nom. »

Le 2Q septembre 1835.

£cole Rovaie de Gravure, à ôruxeUec

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