GALERIES DE LA COUR
Il ne nous reste plus , pour compléter cette revue des bâtiments de la cour principale , qu'à parler des deux corps de galeries , placés en regard , qui s'étendaient , l'un (planche II , B) , de l'escalier de la tour au pavillon Pierre Delorme, l'autre (planche II, E) , du grand escalier de la chapelle à la maison portant le nom du même architecte.
Ce n'est point à Gaillon qu'il faut aller demander ces précieux monuments; à peine si on y reconnaîtrait leur emplacement. Le palais des Beaux-Arts, à Paris, nous montrera quelquesuns de leurs débris ; c'est là qu'ils sont venus chercher refuge.
Le corps de galerie E, celui qui s'appuyait au grand escalier, servait, au rez-de-chaussée, de passage ouvert, comme cela se voyait dans presque tous les châteaux et les grandes maisons de cette époque.
Des pilastres prismatiques, qui ne se distinguent des pilastres de style gothique que par les arabesques semées sur leurs pans, mélange que nous trouvons partout à Gaillon, supportaient la galerie supérieure.
Deux arceaux étaient jetés d'un pilastre à l'autre; ils se trouvaient divisés par une tête de pilastre, suspendue à vide, en forme de pendentif, qui leur servait de clef.
DESCRIPTION. Lxi
La galerie supérieure était éclairée par des fenêtres à meneaux en croix, qui s'appuyaient sur une frise, à enroulements se mariant à des figures allégoriques ou fantastiques.
Des pilastres, couverts d'arabesques, servaient d'encadrement aux fenêtres; au-dessus se dessinait une double corniclie ornée dans le même style.
Les trumeaux des fenêtres étaient garnis de médaillons en marbre blanc, richement embordurés, auxquels étaient appendus des cartouches portant le nom des Césars et des impératrices dont les médaillons étalaient les images.
Au front de ceux-ci s'épanouissait une gerbe d'ornements. Rien de plus somptueux, de plus élégant que toute cette décoration ^ (pl. VIII).
Des lucarnes pyramidales, hérissées de clochetons, de crêtes, de dentelles, s'élançant de la toiture, complétaient ce bel ensemble.
Le corps de galerie opposé , B, n'était pas moins riche que celui que nous venons de décrire, si même il ne le surpassait pas ^.
A des pilastres semi-gothiques succèdent, ici, de courtes colonnes semées de fleurs de lis.
Au-dessus des arcades, portées par ces onze colonnes, s'étendait non plus une frise à arabesques, mais un long basrelief en marbre, représentant la bataille de Gênes et l'entrée triomphante des Français dans cette ville
La galerie basse était décorée de têtes de cerfs en bois , peintes
' Nous devons au crayon d'un habile ^ La bataille de Gênes fut livrée dans
architecte, M. TJchard, la restauration d'une le mois d'avril de l'année ibo-. On sait
portion de cette galerie, d'après les frag- que le cardinal d'Amboise eut la plus
ments disséminés au palais des Beaux-Arts. grande part à la reddition de cette ville.
* On en jetait les fondements en 1 5o5, au mois de septembre (p. i3i ).
Lïii INTRODUCTION.
au naturel. Elles se détachaient sur un fond de verdure, dû au pinceau du même artiste , Richard du Hay, de Rouen , qui avait été chargé également de rehausser d'or les caissons du plafond (p. 386).
Les plus riches couleurs avaient été prodiguées dans la galerie haute: l'or, l'azur couraient, serpentaient sur ses voûtes courbées en élégantes ogives, sur les rondeaux et lettres dont ses murs étaient semés, sur le manteau richement estoffé de la cheminée qui se dressait à l'une de ses extrémités (p. 386).
A l'extérieur, des médaillons en marbre, semblables à ceux du corps de galerie en regard, complétaient la série des douze Césars et des impératrices; l'ouverture du xvi^ siècle avait été marquée par le réveil de l'antiquité.
En compagnie des douze Césars apparaissaient Louis XII et Georges d'Amboise. Nous avons pu reproduire le buste du bon roi (pl. I) , que nous n'avons pas voulu séparer de son fidèle ministre ^