LE BOUQUET SACRE
ET
LES PENSÉES D'UNE FLEUR
Extrait de la correspondance sacrée Cent neuvième Lettre
Dimanche soir 30 Novf-mbre 1845.
... Je vous porterai vos fleurs Mercredi ; elles sont, elles, le produit net de l'amitié, et ma portière regrette que je ne les offre pas à Dieu. En les faisant, je me suis rappelé des vers qui ne sont peut-être pas laids, et dont je composais autrefois des volumes. Je vous les joins ici, comme monument du passé.
A vous de tout cœur,
Clotilde V.
LES PENSÉES D'UNE FLEUR
Je nais pour être aimée: oh! merci, bon destin ! Que les puissants mortels contre toi se déchaînent ! Aux pieds de tes autels que les vents les entraînent, J'ai mes parfums et mon matin.
J'ai le premier regard du roi de la nature, J'ai son baiser de feu, sa splendeur pour parure: J'ai de la jeune Aurore un sourire de sœur ; J'ai la brise naissante et la douce saveur De la goutte penchée au bord de mon calice. J'ai le rayon qui joue au seuil du précipice ; J'ai le tableau magique, en grandeur sans pareil, De l:univers s'ouvraut les portes du réveil.
Jamais le froid mortel ne doit tarir ma vie; Au sein des voluptés doucement je m'endors: La nature me garde et me rend ses trésors ; A son banquet d'amour je m'éveille ravie.
J'ai bien souvent embelli la beauté ; Sur un cœur pur mon pur éclat rayonne:
Le plaisir me tresse en couronne, Et le bonheur m'attache à sou côté.
LES PENSÉES D'iXE FLEUR jj
Quand le rossignol s'inspire Sur ma tige en se jouant, Pour laisser résonner sou chant La nature entière expire.
L'amour me dit tous ses secrets; J'abrite ses douces prières, J'aide au bonheur de ses mystères; Je suis la clef des cœurs discrets.
O doux destin, si les soupirs profanes De tes décrets pouvaient changer le cours, Seule ici-bas, dans mes langes diaphanes, Je renaîtrais au souffle des amours.
Des sombres tempêtes Sauve-moi l'horreur; Que toujours la fleur Sourie à tes fêtes !
Clotilde de Vaux.
CORRESPONDANCE SACRÉE
Extrait de la correspondance sacrée
Cent dixième Lettre
Mardi soir 2 Décembre 1845 (2 h.)
Quoique j'aie cette fois bien peu de temps, je ne veux pas, ma très chère amie, laisser arriver votre bonne visite hebdomadaire sans avoir fait auparavant quelque réponse spéciale à l'aimable lettre qui me rappelle, après huit grands jours, au bonheur de vous lire et de vous écrire. N'ayant pu l'ouvrir de suite, son volume apparent m'a d'abord effrayé, parce que je l'attribuais au récent conflit fraternel. J'ai donc été fort heureusement surpris d'y trouver une charmante composition, doucement caractérisée par votre gracieuse sensibilité et philosophiquement remarquable, à mes yeux, para une exquise appréciation spontanée du juste degré de fétichisme poétique que comportera toujours la virilité de la raison humaine. Sans l'avoir lu jusqu'ici plus de deux fois, les douces larmes que je lui dois m'assurent que je ne tarderai pas à la savoir tout entière. Le singulier mot par cœur n'aura jamais été mieux appliqué.
LES PENSÉES D'UNE FLEUR fg
Elle est déjà rangée, auprès de vos précieuses lettres, parmi mes chères reliques, entre les deux parties de l'admirable Lucie. Si j'eusse rapproché plus tôt votre touchante imagination de votre profond sentiment musical, j'aurais deviné que l'aptitude poétique pour laquelle je vous ai déjà signalée à mes amis devait s'étendre à la forme comme au fond. Puisque vous m'avouez, en ce genre, de nombreux essais antérieurs, j'espère que vous m'accorderez la faveur de copier, dans vos loisirs, pour ma petite bibliothèque secrète, tous ceux que vous jugerez digne de subsister.
Adieu, ma bien-aimée; ne craignez pas que j'oublie de vous remercier d'avance pour les jolies rieurs que vous m'apporterez demain, quoique ce gracieux ouvrage ne puisse autant durer que celui dont vous m'avez gratifié hier: je suis d'ailleurs tout fier d'avoir été là en concurrence avec Dieu.
A vous mon éternel et respectueux amour.
Atk COMTE.
CORRESPONDANCE SACREE
Cent douzième Lettre
Jeudi soir i Décembre 1845 (i h.)
Je ne vous ai point assez témoigné hier l'admiration et la reconnaissance que méritent tant vos jolies fleurs. C'est en me penchant involontairement pour les flairer que j'ai dignement apprécié ce charmant cadeau. Quiconque contemplera ce chef-d'œuvre de goût et d'adresse l'attribuera difficilement à l'une des plus éminentes natures, intellectuelles ou morales, destitinées à honorer votre sexe en servant toute l'Humanité. Ma respectueuse adoration saurait toujours apprécier cette rare combinaison des plus hautes et des plus gracieuses qualités, quand même il n'en résulterait pas envers moi tant d'aimables manifestations d'une pure affection
Parmi ces précieux témoignages, j'éprouve un nouveau besoin de mentionner spécialement la charmante composition qu'une troisième lecture a pour jamais gravée tout entière dans la mémoire de mon cœur. Votre confirmation n'a pourtant pas dissipé hier mes scrupules littéraires
L*S PENSKES D l NE FLEXTK ^J
sur la sixième stance. A force d'y rêver, j'ai pensé que, quand vous avez écrit:
« L'amour me dit tous ses secrets, « J'abrite les douces prières, « J'aime au bonheur ses mystères, « Je suis .la clef des cœurs discrets. »
vous vouliez réellement écrire, même pour la mesure et pour le sens:
« L'amour me d t tous ses secrets, « J*abitre ses douces prières, « J'aide au bonheur de ses mystères, « Je suis la clef des cœurs discrets. »
C'est avec cette légère restitution qui je me décide à retenir cette délicieuse stance, à moins que vous ne me le défendiez expressément.
Sur ce petit chef-d'œuvre de grâce et de sentiment, vous devez me permettre d'écarter tout égoïsme, en insistant pour que tous les vrais connaisseurs soient appelés à partager la douce satisfaction dont vous avez d'abord gratifié votre reconnaissant adorateur. L'heureuse catastrophe que vous ménagez à Willelmine vous fournira l'occasion la plus naturelle de publier convenablement cette ravissante canzone, dont Pétrarque eût été d'autant plus jaloux que notre langue n'en offre,
4$ CORRESPONDANCE SACRÉE
ce me semble, aucuo modèle. Ne rougissez pas, incomparable amie, de mon naïf enthousiasme: vous êtes d'ailleurs trop noblement organisée pour qu'une digne glorification vous deviene jamais dangereuse. Vous devez, au reste, d'autant plus tenir à une telle publication que vous avez malheureusement détruit tous les autres témoignages spéciaux de votre spontanéité lyrique. Laisaezmoi pourtant espérer aussi que le cours naturel de vos doux travaux conduira votre mémoire à réaliser peu à peu le vœu personnel que je vous exprimai Mardi.
Amour et respect éternels. •
A te COMTE.
T,i:S PENSEES D'UNE FLELR 4J
Cent treizième Lettre
Vendredi matin 5 Décembre 1S45.
.... Vous m'avez donné une paire de couleurs carmin en me remerciant de mon maigre bouquet ; j'espère le remplacer plus tard par un autre plus digne.
Faites de mes compositions l'usage que vous en voudrez faire. J'avais lu les Pensées d'une Fleur en famille, où cela avait été traité de chose contournée. Un homme de goût avait trouvé cette petite pièce jolie; et, d'après votre avis, je lui ai fait trouver sa place dans Willelmine. En voici une autre qui m'est revenue; mais elle n'a pas grand sel comme idée; je vous l'envoie pour la forme.
Adieu, cher ami, à vous de cœur,
Clotilde de VAUX.