PREMIER COUPLET
Pourquoi pleurer?...
La candeur en vos traits respire, Les grâces ont su vous parer; Et l'amour cinble vous sourire,
Pourquoi pleurer?
Pouquoi pleurer ?
Que ceux qui vous rendent les armes ,
A vos pieds viennent soupirer ; Mais vous/., vous, qui causez leur larmes , Pourquoi pleurer ?
ADÈLE
Pourquoi? pourquoi ? ce serait trop long à vous raconter, et puis vous n'y pouvez rien.
FRÉDÉRIC
Bah ! qui sait? je ne dis pas que je fasse ici tout ce que je veux, mais quelquefois j'y ai du crédit.
ADÈLE
Ah! mon Dieu, est-ce que vous seriez du comité ?
FRÉDÉRIC
Quel comité ?
ADÈLE , à part.
Il ne sait seulement pas ce que c'est (Haut) le comité de réception présidé par le signor Astucio. C'est devant lui qu'il faut se faire entendre , quand on veut débuter au
grand Opéra; mais le moyen de réussir quand on est étrangère , quand on est Française . . .
FRÉDÉRIC
Comment, une cantatrice française! Il me semble que voilà des titres, surtout, mon enfant, lorsqu'on est comme vous jeune et gentille, et puis, une débutante, c'est si intéressant! moi j'ai toujours aimé les débuts.
ADÈLE
Eh bien ! le signor Astucio n'est pas comme vous. {Pleurant) Vrai, monsieur, ça n'est pas par amourpropre , mais je vous jure que je n'ai pas trop mal chanté, on vous le dira. Pourtant , on ne veut pas me recevoir , et on m'a ajournée à trois ans.
FRÉDÉRIC
Ne vous faire débuter que dans trois ans , cela n'a pas le sens commun.
ADELE.
N'est-ce pas, monsieur. Tandis que maintenant mon sort en dépendait, je me disais : Si je puis paraître au grand Opéra, si le prince peut m'entendre, il cultive les arts, il s'y connaît, il faut croire que lui ne se laissera pas influencer par l'intrigue.
FRÉDÉRIC
Ah! vous disiez cela!
ADÈLE
Oui, monsieur, j'espérais qu'il me protégerait, qu'il me ferait recevoir. Moi reçue! ah! que j'eusse été heureuse. . l'assurais mon existence et celle de ma pauvre vieille tante. . . {baissant les yeux, ) et puis encore d'autres idées , d'autres espérances dont il est inutile de vous parler. . • mais c'était là qu'était tout mon bonheur.
FRÉDÉRIC
Eh bien! mon enfant, rassurez-vous; j'ai idée que le prince s'intéressera à votre sort.
ADÈLE
Est-ce que ça se peut, puisque je suis refusée {A part.) car, il ne m'a pas seulement comprise. {Haut. ) Comment vcu!ez-vous que le prince puisse me juger sans m'entendre ?
( 20 ) FRÉDÉRIC
C'est juste; mais si Ton vous obtenait une lettre de recommandation iJ
ADÈLE
14 serait possible !
FRÉDÉRIC, écrivant sur ses tablettes.
Holà! quelqu'un. {Un domestique parait; à part.) Ce mot à Astucio suffira; c'est un ordre de début qui va le contrarier un peu , mais il faudra bien qu'il obéisse sur-lecbamp. ( Au domestiqué. ) Tenez , portez ce billet à Astucio qui est là, {montrant la droite.) dans l'appartement voisin.
( Le domestique sort. )
ADÈLE
Et vous croyez que , par ce moyen, je pourrai débuter ce soir.
FRÉDÉRIC
Je l'espère , du moins.
ADÈLE
Dans la Molinara?
FRÉDÉRIC
Dans la Molinara.
ADÈLE
Et le prince m'entendra?
FRÉDÉRIC
Probablement. Moi, d'abord , j'y assisterai , et je lui en rendrai compte.
ADÈLE
Ah! quel honnête seigneur que ce monsieur-là !
FRÉDÉRIC, à part.
C'est qu'elle est charmante , ma petite protégée, et je serais désolé qu'elle n'eut pas de talent , car, vrai , je crois que maintenant je m'intéresse autant qu'elle a son succès ! Adieu, mon enfant à ce soir. {Il sort. )