‹ Concert à la cour, ou La débutante, opéra-comique en un acteChapitre 12 sur 27 · PREMIER COUPLET · texte numérisé non relu

PREMIER COUPLET

Pourquoi pleurer?...

La candeur en vos traits respire, Les grâces ont su vous parer; Et l'amour cinble vous sourire,

Pourquoi pleurer?

Pouquoi pleurer ?

Que ceux qui vous rendent les armes ,

A vos pieds viennent soupirer ; Mais vous/., vous, qui causez leur larmes , Pourquoi pleurer ?

ADÈLE

Pourquoi? pourquoi ? ce serait trop long à vous raconter, et puis vous n'y pouvez rien.

FRÉDÉRIC

Bah ! qui sait? je ne dis pas que je fasse ici tout ce que je veux, mais quelquefois j'y ai du crédit.

ADÈLE

Ah! mon Dieu, est-ce que vous seriez du comité ?

FRÉDÉRIC

Quel comité ?

ADÈLE , à part.

Il ne sait seulement pas ce que c'est (Haut) le comité de réception présidé par le signor Astucio. C'est devant lui qu'il faut se faire entendre , quand on veut débuter au

grand Opéra; mais le moyen de réussir quand on est étrangère , quand on est Française . . .

FRÉDÉRIC

Comment, une cantatrice française! Il me semble que voilà des titres, surtout, mon enfant, lorsqu'on est comme vous jeune et gentille, et puis, une débutante, c'est si intéressant! moi j'ai toujours aimé les débuts.

ADÈLE

Eh bien ! le signor Astucio n'est pas comme vous. {Pleurant) Vrai, monsieur, ça n'est pas par amourpropre , mais je vous jure que je n'ai pas trop mal chanté, on vous le dira. Pourtant , on ne veut pas me recevoir , et on m'a ajournée à trois ans.

FRÉDÉRIC

Ne vous faire débuter que dans trois ans , cela n'a pas le sens commun.

ADELE.

N'est-ce pas, monsieur. Tandis que maintenant mon sort en dépendait, je me disais : Si je puis paraître au grand Opéra, si le prince peut m'entendre, il cultive les arts, il s'y connaît, il faut croire que lui ne se laissera pas influencer par l'intrigue.

FRÉDÉRIC

Ah! vous disiez cela!

ADÈLE

Oui, monsieur, j'espérais qu'il me protégerait, qu'il me ferait recevoir. Moi reçue! ah! que j'eusse été heureuse. . l'assurais mon existence et celle de ma pauvre vieille tante. . . {baissant les yeux, ) et puis encore d'autres idées , d'autres espérances dont il est inutile de vous parler. . • mais c'était là qu'était tout mon bonheur.

FRÉDÉRIC

Eh bien! mon enfant, rassurez-vous; j'ai idée que le prince s'intéressera à votre sort.

ADÈLE

Est-ce que ça se peut, puisque je suis refusée {A part.) car, il ne m'a pas seulement comprise. {Haut. ) Comment vcu!ez-vous que le prince puisse me juger sans m'entendre ?

( 20 ) FRÉDÉRIC

C'est juste; mais si Ton vous obtenait une lettre de recommandation iJ

ADÈLE

14 serait possible !

FRÉDÉRIC, écrivant sur ses tablettes.

Holà! quelqu'un. {Un domestique parait; à part.) Ce mot à Astucio suffira; c'est un ordre de début qui va le contrarier un peu , mais il faudra bien qu'il obéisse sur-lecbamp. ( Au domestiqué. ) Tenez , portez ce billet à Astucio qui est là, {montrant la droite.) dans l'appartement voisin.

( Le domestique sort. )

ADÈLE

Et vous croyez que , par ce moyen, je pourrai débuter ce soir.

FRÉDÉRIC

Je l'espère , du moins.

ADÈLE

Dans la Molinara?

FRÉDÉRIC

Dans la Molinara.

ADÈLE

Et le prince m'entendra?

FRÉDÉRIC

Probablement. Moi, d'abord , j'y assisterai , et je lui en rendrai compte.

ADÈLE

Ah! quel honnête seigneur que ce monsieur-là !

FRÉDÉRIC, à part.

C'est qu'elle est charmante , ma petite protégée, et je serais désolé qu'elle n'eut pas de talent , car, vrai , je crois que maintenant je m'intéresse autant qu'elle a son succès ! Adieu, mon enfant à ce soir. {Il sort. )

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