‹ Conchologie néogénique de l'Aquitaine (volume 2)Chapitre 10 sur 273 · Carditopsis Kœneni nov. sp · texte numérisé non relu

Carditopsis Kœneni nov. sp

PI. IX, fig. 14 et 29-31 .

Taille microscopique; forme subtrigone, oblique, inéquilatérale; côté antérieur plus allongé et plus atténué que le côté postérieur qui est déclive et plus arqué; bord palléal médiocrement convexe, raccordé par des arcs réguliers avec les contours latéraux; crochets petits, opposés, situés aux deux cinquièmes de la longueur des valves, du côté postérieur.

Surface dorsale ornée d’environ seize côtes rayonnantes, plates, peu proéminentes, séparées par des sillons étroits, et faiblement crénelées par les accroissements.

Charnière assez forte pour la taille de la coquille, profondément échancrée sous le crochet : 1 et P 1 presque symétriques, encadrant une fossette ligamentaire isocèle, [tins largement ouverte qu’elle n’est haute; A I très longue et très étroite, bordant une fossette bien visible; 2a et 2/, très inégales et très rapprochées, situées tout à fait en avant; de l’autre côté de la fossette chondrophore, P II forte, allongée parallèlement au bord, séparée du ligament par la fossette destinée à loger PI, une faible arête divisant les deux cavités distinctes et inégales, le chondrophore étant beaucoup plus large que l’autre; Ail peu visible, confondue avec la saillie du bord antérieur. Impressions des adducteurs bien gravées; ligne palléale écartée du bord qui est fortement crénelé au milieu.

Dim. Diamètres : 2,5 mill.

R. D. — Quoiqu'il soit assez étrange d'admettre simultanément deux représentants nouveaux d'un Genre qui était — jusqu’à présent — inconnu dans le Tertiaire, nous ne pouvons confondre C. liœneni avec C. inopinata qui nous était le premier apparu sous les yeux : en effet, C. Komeni est moins élevée que l’espèce burdigalienne et son ornementation plus apparente comporte trois ou quatre côtes en moins; les différences ne sont pas moins frappantes dans la charnière qui est ici moins haute et plus largement ouverte, l'angle de la fossette étant presque double de celui de la fossette de C. inopinata. L'interprétation ci-dessus confirme d’ailleurs celle que nous avons faite pour l’autre espèce; toutefois, pour décider si ces deux coquilles appartiennent plutôt à Carditopsis qu’à Carditella Smith, il faudrait avoir sous les yeux des spécimens de ces deux coquilles actuelles dont la charnière n'a pas encore été étudiée avec les éléments de la méthode Félix Bernard.

Il existe, dans l'Oligocène inférieur de l'Allemagne du Nord, un Genre Tviodonta von Kœnen (1893), qui ne pourrait — en tout état de cause — conserver ce nom préemployé par Schumacher (1817) pour une Section d'Astarte ( Tridonta em. in Agassiz 1846). Bien que von Kœnen ait comparé ses fossiles à une valve de Carditopsis et qu’il ait bien spécifié que ce dernier Genre est remarquable par sa charnière « mactriforme », nous soupçonnons les deux Triodonta (T. clara, T. détela v. Ix.) d’être du même

groupe que nos deux espèces d’Aquitaine, ce qui compléterait le phylum du Genre actuel; en elïet, il est probable que le dessinateur qui a reproduit ces deux coquilles oligocéniques a identifié le chondrophore central avec une fossette de dent cardinale, sans quoi leur charnière se rapproche singulièrement de celles de nos espèces. Toutefois, T. clara a des côtes plus larges, tandis que T. dclcta n'a que douze côtes et que sa forme est plus symétrique.

Loc. — Noaillan (la Saubotte), types (PI. IX, fig. 1 4 et 29-31), coll. Degrange-Touzin ; peu rare. Balizac, même coll. — A<|ui(anieii.

Faut. ASTARTIDÆ d’Orbigny, 1845.

Coquille épidermée, épaisse, close, subéquivalve et plus ou moins inéquilatérale, trigone; crochets aplatis, rapprochés, prosogyres; lunule distincte, cordiforme ou lancéolée; corselet étroit et long; ligament et résilium externes. Surface externe lisse ou ornée de cordons concentriques. Charnière comportant : 3a, 1, 3/„ la médiane bien développée, les deux autres plus ou moins obsolètes; 2a, ordinairement fortes et divergentes; lamelles latérales non constantes; impressions musculaires bien marquées, l’antérieure surmontée d’une impression pédieuse, petite mais profonde; ligne palléale entière, bord crénelé ou non.

Les Astarclidæ se séparent nettement des Crassatellidæ par leur charnière à ligament et résilium toujours externes. Elles sont remarquables par la variabilité de caraclères auxquels on est habitué à Irouver plus de fixité; c’est ainsi notamment que la disposition respective des dents est assez fréquemment inversée, c’est-à-dire que l’on trouve sur certaines valves droites la disposition caractéristique de la valve gauche ou réciproquequement, l’emboiteinent se faisant parfois autour de la dent 2. La crénelure des bords a aussi bien peu de constance; chez la même espèce on trouve — et le fait a été signalé depuis bien longtemps par Brocchi, Deshayes, etc. — des valves à bord crénelé, d’autres à bord lisse, sans que cela puisse être attribué à l'usure. Cette absence des crénelures s'explique soit par l’état népionique de la coquille, soit — lorsqu’elle parait adulte — par la reprise d’une période d’accroissement, on remarque en effet qu'alors le bord est taillé en biseau. — Les crénelures sont seulement caractéristiques d’un temps d’arrêt dans l’accroissement. Il n'y a donc pas lieu, comme cela a été fait, de donner à ce caractère la valeur

d'un critérium sectionne! ou sous-générique. Nous n'avons à signaler que les Genres ou Sous Genres suivants : Astarte, Goodallia, Diyitaria.

ASTARTE J. Sowerby, 1810.

(= Crassina Lk. 1818; = Tridonta Schum. 1817).

Coquille épaisse, trigone, crochets prosogyres, peu saillants; lunule et corselet très développés et lisses, alors que la surface externe est ornée de sillons concentriques réguliers, au moins dans la région umbonale. Charnière : 3„ plus ou moins obsolète et soudée au bord lunulaire; 1 trigone et forte, perpendiculaire sous le crochet; 3;, obsolète et soudée à la nymphe qui est étroite. AI limitant une fossette destinée à loger le bord

cardinal postérieur de la valve gauche taillé en hiseau; 2a et 2;, fortes et divergentes; pas de lamelle anté-

Fig. i. — Astarte incrassata Br. Plioc.

rieure, mais une lamelle PII contre laquelle se place le bord postérieur cardinal taillé en biseau de la valve droite; dents cardinales souvent crénelées sur leurs faces latérales. Bord palléal crénelé ou lisse (G. -T. : A. sulcata Da Costa. Yiv. = Venus damnoniensis Mtgu. sec. Herrmannsen).

Crassina Lk. 1818, est synonyme postérieur à' Astarte; quant à Tridonta Schum 1817 (G. -T. Astarte borealis ), basé sur la position presque terminale du crochet et sur l’absence de crénelures du bord palléal. il a tout au plus la valeur d'une Section d'ailleurs non représentée dans nos terrains. Ce Genre est très ancien, mais la plupart des formes jurassiques ou crétaciques appartiennent à des S. -G. distincts qui peuvent d’autant moins se confondre avec les Astarte tertiaires et actuelles, que l'on constate une interruption complète de ce phylum dans toute la durée de l'Eocène : il ne réparait que dans l'Oligocène.

.Section Goodallia Tu Mon, 1822 [non Desh. 1860, = Mactrina Brown, 1827). Taille petite, forme trigone, surface externe lisse et brillante; charnière étroite, réduite à la dent 1 dans la valve droite, lamelles latérales comme dans Astarte. Bord crénelé (G. -T. : Mactra tri'angidaris Mont. Yiv.).

Goodallia ne se distingue guère d 'Astarte s. str. que par sa très petite taille, par sa surface lisse et brillante, par la réduction plus complète des dents 3a et 3 &. Nous lui donnons simplement la valeur d’une Section. M. Dali dit que l'inversion des charnières est très fréquente dans ce groupe (piès du 1/3 des spécimens qu’il a examinés). La trentaine d’échantillons que nous avons eus en notre possession sont tous normaux..

S. -G. : Digitaria Wood, 1853 (= Woodia Desh. 1858). Taille pelite, forme arrondie, équivalve, inéquilatérale, lisse ou ornée de stries concentriques, bords lisses ou crénelés. Charnière : 3a et 3a plus ou moins obsolètes; 1 forte, triédrique, bifide; 2„, 4;, à peu près égales et divergentes; nymphes petites, ligament et résilium externes; lamelles latérales plus ou moins développées. Impressions musculaires bien gravées, l’antérieure surmontée d’une impression pédieuse punctiforme. Impression palléale simple, bords crénelés ou non (G. -T. : Te/lina digitaria L. Yiw).

Wood (Crag Moll. II, p. 191) avait proposé, en 1853, le nom Digitaria pour Astarte digitaria ( Tellina L.); bien qu’il n’ait pas donné de diagnose générique, la désignation expresse d’un génotype si connu était suffisante. Deshayes n’avait donc pas à créer plus tard le nom Woodia qui s’applique au même génotype. Digitaria — dont M. Dali ne fait qu’une Section d’ Astarte — s’en écarte par sa taille toujours plus petite et par son ornementation. De plus, son plateau cardinal est proportionnellement plus large et moins haut, 3a et 3 1, sont toujours plus réduites, et les lamelles latérales plus constantes. Semper (J. C., 1862) a divisé ce Genre — auquel il conserve

le vocable Woodia — en trois groupes dont les noms : Parvati (espèces striées), Sita (espèces lisses), Rohini (espèces inéquilatérales, striées ou treillissées) ne peuvent être conservés, car ils ne sont pas formés suivant les règles de la nomenclature. M. Cossmann a créé la Section Crenimargo (App. III, 1902) pour les espèces éocéniques à bord crénelé. Les espèces de notre néogène appartiennent à Digitaria s. str. dont l’ornementation est formée par des stries excentriques; bord des valves lisses.

Nous ne comprenons pas pour quels motifs MM. Dollfus et Benceley Cotter (Pliocène au Nord du Tage) font de Digitaria s. str. un Sous-genre de Lucina^

Nous mentionnons seulement les Sections Rictocyma (Dali, 1872), Astarotha (Dali, 1903), qui ne paraissent différer d 'Astarte que par leur ornementation. 11 en est de même de Gonilia Stol.

Enfin Microstagon Cossm. (1896), Goodalliopsis de Raine, et Mun.-Ch.

(1863), Plesiastarte Fiscli. (1887) sont des formes éocéniques, non représentées dans les terrains que nous éludions ici.

3 i 6 . Astarte incrassata rBrocchij;

mut. saüomacensis nov. mut. PI. 1, fig. 26-32.

1878. Astarte sp? Ben Tort. Gironde, p. 3.

Test épais. Taille moyenne, forme trigone, équivalve, peu inéquilatérale, close; côté antérieur un peu plus long et plus arrondi que le côté postérieur qui est subtronqué; bord palléal faiblement arqué, régulièrement raccordé au bord buccal; bord cardinal légèrement creusé en avant du crochet, presque rectiligne et déclive en arrière, jusqu’à la troncature anale; crochets petits, comprimés, rapprochés, faiblement prosogyres, situés un peu en arrière de la ligne médiane. Surface extérieure médiocrement convexe, ornée — sur la région umbonale — de sillons convexes, réguliers, un peu plus larges que leurs intervalles, mais disparaissant à une distance de 3 ou 6 mm. du crochet, de sorte que le reste de la coquille ne présente que des stries irrégulières marquant les arrêts d'accroissement. Lunule creuse, lancéolée, séparée de la surface dorsale par une carène émoussée; corselet plan, assez étroit et très long, limité aussi par une carène arrondie.

Plateau cardinal assez étroit dans le sens transversal, à contour inférieur un peu sinueux. Charnière : 3n obsolète, confondue avec le bord lunulaire; 1 forte, saillante, triédrique, peu oblique, divisée à sa base par un léger sillon; 3;, soudée à la nymphe et indistincte, surtout dans les spécimens gérontiques; AI étroite et longue, parallèle au bord cardinal, formant ainsi une rainure où se loge le bord antérieur de la valve opposée taillé en biseau; 2a assez forte, séparée du bord lunulaire par un sillon assez profond; 2;, forte peu inclinée, bilide à sa base; PII allongée, parallèle au bord cardinal limitant une rainure destinée à loger le bord postérieur taillé en biseau de la valve droite.

Impressions musculaires profondes, ovalaires, subégales,

l’antérieure surmontée d’une impression pédieuse punctiforme; impression palléale assez écartée du bord qui est crénelé sur les exemplaires adultes jusqu’aux extrémités inférieures de la lunule et du corselet; mais il y a des spécimens à bords lisses. Dim. Diam. a.-p. : 20 mill. ; diam. u.-p. : 17 mill.

R. D. — Cette espèce — assez abondante dans les divers gisements de Salles — est variable dans sa forme qui est plus ou moins tran verse; on trouve — en proportions à peu près égales — des spécimens à bord lisse ou à bord crénelé. Enfin, l’examen d’une soixantaine d’échantillons nous a fourni un cas de charnière inversée, une valve droite, portant les deux cardinales divergentes caractéristiques de la valve gauche et dépourvue de lamelle Al; mais la lamelle PII. qui se trouve normalement sur la valve gauche, ne s'est pas développée, les deux parties du bord cardinal sont taillées en biseau. — Il serait intéressant de trouver une valve gauche anormale pour savoir si elle porte des lamelles latérales en avant et en arrière du crochet. — Les spécimens normaux de Salles sont très voisins des échantillons de A. incrassata provenant du Pliocène italien ou du coralhne Crag de Broom Bill (coll. Peyrot) ou de Sudbourne Hill (coll. Cossmann), ou encore de Gourbesville (coll. Cossinann), avec lesquels nous avons pu les comparer; toutefois A. incrassata est constamment plus épais, plus transverse, plus convexe que A. sallomacensis ; en outre, 2i> est beaucoup moins épaisse chez la coquille de Salles, dont la lunule est aussi plus étroite. Nous observons également les mêmes différences avec les échantillons du Pliocène de Douera (Algérie) que nous avons sous les yeux en assez grand nombre (coll. Cossmann) et qui représentent — encore plus exactement que ceux du Crag anglais — la forme typique que Brocchi avait en vue; par conséquent, nous pensons que les deux formes peuvent -être maintenues spécifiquement distinctes, tout au moins à titre de mutation. Quant à la var. aylypha Menegh., du Pliocène italien, fondée uniquement sur l’absence de crénelures du bord, elle nous parait devoir être réunie à A. incrassata Br. G. Basteroti Lajonk., du Crag, est plus grande, moins bombée, surtout vers la région mnbonale, son plateau cardinal est plus étroit et plus élevé. Les autres Astarte que nous décrivons ci-après se distinguent facilement de la présente espèce, car leur surface extérieure est sillonnée sur toute son étendue.

Nous rapportons avec doute à la même mutation un exemplaire de Saucats (La Sime), coll. Degr.-Touz., de lorme un peu plus élevée, que son médiocre état de conservation ne nous permet pas de caractériser suffisamment.

Loc. — Salles (Débat) coll. Degr.-Touz., spéc. à bords lisses (PI. I, fig. 30); spéc. à bords crénelés, même gisement (PI. I, fig. 20-29); valve droite inversée (Minoy) (PI. I, fig. 31), même coll.; Salles (Largileyre,

Minoy, Débat, etc-.), toutes les coll. Saucats (La Sime), coll. Degrange-

Touzin, rare. — Helvétien.

St-Denis d’Oloron, un spécimen fruste, douteux. — Helvétien ou Rédonien?

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