‹ Conchologie néogénique de l'Aquitaine (volume 2)Chapitre 249 sur 273 · RÉSUMÉ PALÉONTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ PALÉONTOLOGIQUE

Arrivés au terme de la description des Pélécypodes, nous nous proposons de résumer ci-après la statistique de cette Classe de Mollusques, pour essayer d’en tirer déjà quelques conclusions qui puissent nous servir ultérieurement de guide dans la continuation de notre Monographie.

Toutefois, avant de faire ressortir les chiffres les plus saillants de cette statistique, il importe de dire ici quelques mots d’un fait nouveau et intéressant qui est survenu depuis que nous avons entrepris ce travail en empruntant aux classifications existant alors les éléments de notre taxonomie. Or, dans le Tome XII du Bull, de la Soc. Géol. de France (1912, publié en avril 1913, p. 419), M. Henri Douvillé a établi une classification phylogénique des Pélécypodes, « qui reproduit l’ordre de succession des êtres dans le temps » et qui apporte quelques modifications à l’ordonnance adoptée par nous.

Prenant comme point de départ la division en : caractères évolutifs, tels que la nature du test; caractères adaptatifs, tels que le mode de fixation, ou plutôt la manière de vivre de l’animal; caractères statifs, en première ligne ceux tirés de la charnière, M. Douvillé a dressé un tableau qui fait dériver toutes les formes éteintes ou existantes de trois types primitifs et paléozoïques, invariablement nacrés :

TAXODONTES DYSODOXTES DES3M0D0NTES

Si, dans la ramification en éventail qui constitue le tableau phylétique (p. 466) présenté par M. Douvillé, on trace une ligne horizontale qui représente pour nous les couches néogéniques faisant l’objet de nos études, on aboutit à l’ordre de succession suivant :

Taxodontes. — Nuculidæ, Unionidæ, CidleHidæ, Mactridæ ,

Donacidæ, Tcllinidæ, Chamidæ, Lucinidæ, Cardiidæ , Astcirtidæ, Veneridæ, Cyrenidæ, Cyprinidæ ;

Üysodontks. — Arcidæ, Aviculidæ, Pectinidæ , Limidæ , Ostrcidæ, Mytilidæ ;

Desmodontes. — Panopæiclæ, Solenidæ, Pholadomyidæ, Anatïnidæ , Pholadidæ , Teredinidæ, Gorbididæ , Myidæ.

Au premier abord, cet arrangement paraît différer radicalement de celui que nous avons adopté; mais, si l’on intervertit les trois Ordres en faisant passer en première ligne les Desmodontes cavicoles, on voit qu’il ne s’en écarte guère que sur trois rectifîcatians capitales :

Les Mactridæ ne sont pas des Desmodontes, mais des Hétérodontes ;

Les Solenidæ sont des Desmodontes. tandis que les Cultellidæ sont des Taxodontes et s’en écartent par conséquent beaucoup ;

Les Arcidæ ne sont pas de vrais Taxodontes, mais étant byssifères elles prennent place auprès des Dysodontes, à prodissoconque identique; les formes anciennes de ce Cénacle se rapprochent d’ailleurs beaucoup plus des Ptérinées que des Nucules.

En définitive, on est bien obligé de convenir que — à part ces quelques changements peu nombreux quoique très importants — les anciennes classifications, ou plutôt l’ordre d’exposition suivi dans la plupart des ouvrages, se rapprochait « instinctivement » de celui auquel M. Douvillé a abouti après ses patientes recherches sur les Pélécypodes anciens. Dans ces conditions, nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de bouleverser la numérotation adoptée par nous pour désigner les espèces de l’Aquitaine : il suffit que nos lecteurs soient prévenus que — sur certains points — - cette numérotation ne correspond pas absolument aux principes phylétiques, si savamment mis en lumière par notre éminent confrère.

Ainsi qu’on a pu le voir — et en tenant compte des additions faites dans le Supplément — la faune des Pélécypodes de l’Aquitaine se compose à présent de 581 espèces, mutations ou variétés dénommées. Sur ce total, 264 formes étaient déjà connues de l’Aquitaine, 96 étaient connues ailleurs, tandis que 221 sont entièrement nouvelles.

Au point de vue de la répartition stratigraphique de ces coquilles, nous en résumons la statistique dans le tableau ci-contre :

A titre de correctifs, nous devons toutefois faire remarquer que :

1° Un certain nombre d’espèces indiquées comme ayant apparu à un niveau et ayant persisté au niveau immédiatement supérieur, n’y figurent très probablement qu’à l’état remanié. Ce sont les gisements tels que Mérignac, Dax (Maïnot), etc., que Benoist dénomme « F aluns mixtes » , nous leur consacrons une colonne distincte;

2n Quelques gisements — et particulièrement celui de Peyrère — contiennent à la fois plusieurs niveaux, sans qu’il nous ait été toujours possible de préciser auquel de ces niveaux ont été recueillies les espèces dont nous avons donné les diagnoses ainsi que les rapports et différences;

3° Quelques citations d’espèces à un niveau — autre que celui d’où provenaient les types originels — exigeraient probablement une comparaison complémentaire, à titre de contrôle : les additions faites dans notre supplément prouvent surabondamment que nos convictions à ce sujet se sont amendées en mainte circonstance.

Par conséquent, les conclusions générales à tirer de ce tableau ne peuvent être considérées comme absolues, ni surtout définitives, d’autant moins que nous aurons certainement à y revenir après que nous aurons publié toute la faune des Gastropodes qui sont déjà des Mollusques plus spécialisés.

Quoi qu’il en soit de toutes ces réserves, nous pouvons déjà nous résumer de la manière suivante :

L’Aquitanien, avec ses deux niveaux déjà bien indiqués par M. G. Dollfus, se sépare bien nettement de l'Oligocène; l’apparition de Genres à faciès récent, l’extinction de certains groupes éocéniques, marquent une limite bien tranchée — au-dessous de lui — entre l’Oligocène et le Miocène.

Dans un très grand nombre de cas, le Burdigalien (abstraction faite des Faluns mixtes) possède une laune bien tranchée : ce ne sont pas des races, puisqu’il s’agit parfois, comme dans le vallon de Sauçais, de gisements situés à peine à quelques kilomètres de distance. On peut donc conclure, dès à présent, que le Burdigalien est un étage de transition, distinct à ta fois de l’Aquitanien et de l’Hclvétien, mais plus voisin du premier que du second, de sorte que le Burdigalien fait encore partie du Miocène inférieur.

L’Helvétien comporte, en Aquitaine, les deux niveaux déjà signalés par M. G. Dollfus pour la Touraine : l’inférieur, plutôt localisé dans les gisements du Gers, et dont la faune a beaucoup d’analogie avec celle de la Touraine ; le supérieur (Salles, etc.) indique déjà la transition au Miocène supérieur, quoique distinct encore du Tortonien; il rappelle davantage les gisements de Colli Torinesi contemporains.

Le Tortonien ou Bedonien (types Saubrigues, Saint-Denisd’Oléron) possède une faune qui rappelle complètement celle d’Italie, mais avec un faciès déjà atlantique; il représente le Miocène supérieur, et avec un peu d’attention, on s’aperçoit sans difficulté que la plupart des espèces que renferment nos gisement sont des mutations ancestrales et distinctes de celles du Pliocène avec lesquelles on les a toujours confondues, bien à tort.

L’étude de la charnière de ces Pélécypodes nous a été d’un grand secours pour distinguer ces mutations; il est extrêmement rare qu’en l’examinant attentivement, nous n’y ayons pas trouvé les éléments justificatifs de la séparation à faire, alors qu’un examen superficiel de la surface externe ou de la

forme des valves nous aurait conduits à les confondre avec des formes du Pliocène ou des mers actuelles, comme l’ont trop souvent fait nos prédécesseurs.

Il paraît dès à présent hors de doute que les coupures à faire entre ces quatre niveaux du Miocène n’ont pas la même importance qu’entre l’Oligocène et le Miocène, ou entre le Miocène et le Pliocène : car, abstraction faite des Faluns mixtes et de Peyrère, le total des formes exclusives à chaque niveau représente à peine 48 p. 100 de la faune totale, tandis qu’on ne signale qu’une espèce commune avec l'Oligocène et seulement 10 p. 100 qui ont survécu au Miocène.

Le renouvellement des faunes dans chacun des quatre niveaux s’est donc fait par une série de « recouvrements » ou de « chevauchements d’espèces », contrastant manifestement avec la séparation beaucoup plus nette entre les étages, surtout entre l’Oligocène et le Miocène.

Il ne nous restera plus, dans la suite de celle Monographie, qu’à observer si l’étude des Gastropodes confirme ces conclusions générales.

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