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Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccine et réponse à une demande de M. le professeur Malgaigne

« les nombres appliqués à des fails vrais , c'est » l'observation multipliée par elle-même. »

(Mai.gaicne.)

Le peuple, dans son ignorance trop générale, est plein d'enthousiasme pour les nouveautés qui éclatent à son imagination €t plein de défiance pour celles qui ne se recommandent que par l'utilité. Le bienfait de la vaccine, recommandé et prouvé depuis trois quarts de siècle, reste jusqu'à présent étranger à ■une grande partie de nos concitoyens, puisqu'en 1850, près de la moitié des naissances lui échappait encore, malgré l'approbation formelle de tous les corps médicaux, les efforts assidus de l'Académie de médecine, et le zèle infatigable des méctecins répandus sur tout le sol de la France. Quand ce concert -unanime suffit à peine pour vaincre avec Je temps ujie aveugle

insouciance, que sérail- ce si la confiancs des gens instruits venait à être ébranlée par des doutes élevés sur l'efficacité du bienfait? Une doctrine a déclaré que la vaccine n'annule pas la variole, mais qu'elle en retarde seulement d'une vingtaine d'années les funestes effets. Depuis 1847, elle poursuit ce procès conire la vaccine. Condamnée à l'Institut, condamnée à l'Académie de médecine, réfutée dans les journaux spéciaux, elle ne s'avoue pas vaincue. Tout récemment encore, l'Académie des sciences a été saisie de ses nouvelles protestations.

La doctrine n'a séduit, à dire vrai, que deux ou trois médecins, mais elle espère suppléer au nombre par une invincible persistance.

Celle persistance doit avoir sa raison d'eue, et nous pensons l'avoir trouvée. On a déclaré la guerre à la vaccine en invoquant la sialistiqup, et la statistique n'a pas répondu catégoriquement. Il est vrai que M. Ch. Dupin, dès les premières escarmouches, a porté quelques coups bien sentis; mais il n'a pas pris l'ennemi corps à corps, je veux dire qu'il n'a pas discuté lu question à fond, dans les termes où on la posait ; et personne ne l'a fait depuis. Personne n'a répondu à la question si vivement posée par M. Malgaigne : « Est-il vrai qu'avant o la découverte de la vaccine il y eût un plus grand nombre t d'individus qui arrivassent à l'âge mûr? C'est une simple « demande que je fais, c'est une question de chiffres qui vaut » la peine d'être discutée. Les nombres appliqués à des faits

> vrais, c'est l'observation multipliée par elle-même. Si les » chiffres sont vrais, acceptez leur signification. S'ils sont

> faux, dites-le franchement et surtout prouvez-le. » (Séance du 13 décembre 1853 ) Personne n'a répondu à celte question : c'est une omission qu'il importe de réparer.

Or. il suffit de sérier les chiffres entassé* pour qu'is cessent

de servir de rempart à une erreur pernicieuse. S'il était vrai, comme l'a dit un spirituel rapporteur, que la médecine vécût très pe>i et assez mil avec les chiffres, nous regarderions comme un devoir de faire nos efforts pour mettre fin à celte mésintelligence, qui priverait les sciences médicales d"un solide ci puissant secours.

La doctrine nouvelle persiste à soutenir que, depuis le dernier siècle, la mortalité en France a doublé entre 20 et 30 ans; et elle explique cette aggravation par la plus grande fréquence des fièvres typhoïdes et des affections gastro-intestinales en général.

Les réponses qui ont été faites à celte opinion ont surtout porté sur l'explication médicale qui était donnée du prétendu fait statistique. De savans rapporteurs ont prouvé qu'il n'y avait rien de nouveau dans la fièvre typhoïde que le nom.

Mais, lorsque leurs adversaires ont répliqué que cette fièvre fait plus de victimes aujourd'hui qu'au siècle passé, on n'a pu leur répondre qu'une chose; c'est de prouver leur assertion. Car, pour ou contre cette affirmation, on n'a aucun chiffre à fournir; la statistique médicale, à peine née dans notre siècle, n'a laissé aucun document sur les siècles passés. Et la question qui s'agite ici, bien qu'elle ait quelque chose de fâcheux, aura pourtant l'avantage de rendre plus sensible l'importance qu'il y a pour l'humanité à savoir le nom et le nombre des affections qui l'assiègent, afin de pouvoir toujours se rendre compte des mouvemens de la hideuse légion nosologique. Comment faire l'histoire pathologique de l'humanité sans celte statistique? Comment apprécier la santé humaine et les progrès réels ou vains de nos efforts en hygiène ou en thérapeutique? Que répondre à ceux qui les nient? Comment empêcher le doute ou la négation d'un progrès qu'on ne peut démontrer? Heureusement que si nos pères ont omis de compter les ma-

lades, quelques-uns des plus savans el des prus vertueux d'entre eux ont compté les morts à chaque âge, de sorte que, si nous n'avons pas les clémens nécessaires pour infirmer l'hypothétique explication des ennemis de la vaccine, nous avons assez d'élémens pour appuyer sur une base solide ou pour renverser le fait statistique qu'ils avancent, savoir, que la mortalité en France ait doublé de 20 à 30 ans depuis le siècle dernier, c'est-à-dire depuis l'introduction de la vaccine (coïncidence qui ne suffirait pas pour motiver la conclusion de cause à effet). Et si nous trouvons que l'aggravation annoncée n'existe pas, l'explication sera vaine: apprécions donc avec soin l'assertion de la mortalité doublée.

La mortalité à chaque âge s'évalue par le rapport des décès aux vivam de chaque âçe ïDxjVx), soit par la corrélation des tables mortuaires aux tables de population.

Il faut convenir, à la décharge des propagateurs des idées nouvelles, que la France est peut-être un des pays du monde civilisé où on peut le mieux se faire illusion sur la mortalité des âges. Nous avons l'état civil le plus régulier et le plus authentique qui soit institué nulle part; et cependant l'administrai ion de la statistique n'a encore publié aucune mortuaire. Elle est trop éclairée pour ignorer la haute utilité deces tables. Mais par un scrupule exagéré (qui devrait céder devant la loi des grands nombres), elle ne se croit pas encore assez sûre de ses matériaux pour construire. Heureusement pour la science, qui souffrirait de cette excessive retenue, des travaux privés très respectables et très réputés nous mettent à même de prononcer avec assurance entre le xviu me et le xix me siècle.

Nous avons, pour formuler la mortalité de notre temps, un travail complet qui a la même valeur qn'une publication officielle; c'est le relevé des décès parages de toute la France, fait s«r la période décennale 1850-f9 par M. Heuschling, secrétaire

de la Commission centrale belge de statistique et chef de division au ministère de l'intérieur à Bruxelles. M. Heuschling a obtenu du ministère français l'envoi de toutes les feuilles préfectorales. Il a donc fait son travail sur les relevés officiels de l'état civil ; et il l'a fait avec l'exactitude consciencieuse que l'on devait attendre d'un fonctionnaire public et d'un savant renommé. Sa table mortuaire a été publiée dans V Annuaire de l'économie politique et de statistique pour 1854 (Guillaumin).

Pour le xvm 1 »» siècle et spécialement pour sa seconde moitié, nous sommes moins complètement renseignés. Nous pouvons cependant nous appuyer avec confiance sur les laborieux relevés de quelques auteurs justement estimés, tels que Montyon, Messance et Duvillard. Montyon, qui aurait la renommée d'un savant s'il n'avait la gloire d'un bienfaiteur de l'humanité, avaitécrit, vers 1774, des Recherches et considérations sur la population de la France, qu'il publia modestement sous le nom de Moheau; cet ouvrage, plein de nobles pensées, appuyées sur des observations sérieuses et chaudement exprimées, mériterait d'être réimprimé et relu. L'auteur y donne, entre une multitude de tables partielles, trois mortuaires principales et une table de population.

Les décès ont été recueillis, pour la plus grande partie, dans les paroisses des généralités de Paris, de Rouen, de Lyon, de Hiom, de Limoges. « On a, dit-il p. 155, fait des recherches » dans différentes provinces, on a rassemblé des villes et des

> villages, des pays salubres et malsains, afin que cet ensemble

> fût analogue à la masse de l'humanité française. »

Nous avons choisi, de ces trois mortuaires, celle qui donne la mortalité la moins rapide et dont les élémens paraissent appartenir plus spécialement à l'auteur. Au reste elles diffèrent très peu l'une de l'autre.

Dans celle qu'il donne page 157 de ses Recherches, il a réuni

a ses propres docnmens les 8,700 décès recueillis par Deparcieux, el les 23 à 24,000 recueillis p ai ' Dupré-Saint-Maur et publiés par Buffon. On voit qu'il n'a pas cru que ce peiit nombre de rentiers, relevés par Deparcieux, pût donner une idée exacte de la mortalité générale de cette époque; car il se serait épargné des recherches ultérieures, qui ne laissent pas d'être pénibles et de consumer beaucoup de temps.

Il fait même la judicieuse observation que « les rentiers via- » gers forment une portion d'élite dans la niasse de l'huma- » nité, qui ne peut être comparée qu'avec une classe pareille. » (P. 184). Et il en donne la preuve un peu plus loin (p. 220), en montrant que les enfans ordinaires meurent plus vile que les enfans rentiers.

Messance, receveur des finances de l'élection de Saint- Étienne-en-Forez, écrivait en 1766 et 1788. Ses Recherches sur la population française dans diverses généralités lui ont acquis beaucoup d'estime. Sa table mortuaire résulte de 101,534 décès. 11 faut remarquer que, n'ayant eu que les relevés ecclésiastiques, il lui a manqué tous les enfans décédés avant le baptême ; et qu'ainsi la table cote, pour l'enfance, une mortalité plus faible que le vrai.

Duvillard n'a publié qu'en 1806 sa célèbre Analyse de l'in-. jluence de ta petite-vérole sur la mortalité. Sa table mortuaire, relevée de plus de 100,000 décès, présente, dit-il lui-même, « tous les résultats de la mortalité générale d'après un assez » grand nombre de laits recueillis avant la révolution en divers » lieux de la France. »

Nous avons donc trois tables représentant la mortalité générale en France pour la seconde moitié du xvm m ° siècle, et une complète pour le milieu du xix"i e . Nous en mettons ici un résumé pour confrontation.

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