‹ Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccineChapitre 23 sur 52 · FEMMES · texte numérisé non relu

FEMMES

Période

Période ! 840-49.

Période

Période

là 2 . . . .

On voit que la mortalité de l’enfance a diminué pour les deux sexes ; mais vers quinze ans déjà cette diminution oscille d’un sexe à l’autre: elle s’arrête, et à l’âge suivant, de vingt à vingt-cinq ans, elle rétrograde tout d’un coup ; une brusque augmentation de la mortalité se prononce avec une énergie qui ne peut laisser aucun doute. Mais ce qu’il y a de bien remarquable, c’est que le s exe masculin

seul participe à cette aggravation. Le sexe féminin, de quinze à trente-cinq ans, oscille de deux ou trois dix- ■ millièmes, c’est à-dire d’une quantité trop minime pour qu’on puisse la regarder comme dégagée de l’écart que présente toute moyenne autour de la valeur vraie. Au delà i de trente ans d’ailleurs, tandis que la mortalité masculine continue à s’accroître, celle des femmes, après cet instant t d’arrêt, continue à décroître, très peu, mais constamment, jusqu’aux limites de la vie.

Revenons à l’examen de la mortalité masculine. De vingt à vingt-cinq ans, il y avait 11,7 décès pour 1000 vivants : il y en a aujourd’hui 13,6 ; et cette augmentation i considérable, trouvée sur la table de population calculée, . se vérifie d’une manière plus marquée encore, ainsi que nous l’avons vu, par l’examen de la mortalité des conscrits, . résultat qui ne relève d’aucune hypothèse.

De vingt-cinq à trente ans, la mortalité masculine de 9,7 pour 1000 est devenue 11,2 ; de 30 à 35 elle était de 1 8,7, elle est devenue de 9,77, ainsi de suite jusqu’à cinquante ans.

Ainsi l’augmentation de la mortalité, que nous avons ; constatée en comparant la première période de 1817-31 (époque où l’influence vaccinale sur les adultes était encore faible) avec la seconde période 18à0-à9, porte seule ment sur le sexe masculin.

Il serait certes bien digne d’intérêt d’étudier quelles > peuvent être les causes de cette marche divergente et inquiétante de la mortalité des deux sexes. Cette question pourrait être abordée et résolue par la statistique humaine, si les documents ne lui manquaient. Si l’administration, qui a dans ses cartons les mortuaires départementales et le recensement par âge de 1837, consentait enfin à les publier, comme elle y a été sollicitée si souvent ; si elle

ÉTUDE DE LA MORTALITÉ AU XIXe SIÈCLE. 101

les donnait seulement cinq ans par cinq ans ; alors nous pourrions savoir dans quels départements l’inégalité signalée est plus marquée, dans quels elle l’est moins, et des coïncidences constantes qui ne manqueraient pas de se révéler, nous mettraient à même de classer les effets et de discerner les diverses influences qui les produisent; mais ces documents manquent au public studieux. Nous les appelons de tous nos vœux. Nous oserons même dire que leur mise à jour est le devoir pressant des bureaux de la statistique générale. La science, les travailleurs et l’hygiène publique y sont également intéressés.

Essayons pourtant quelques explications de l’étrange phénomène qu’il nous est donné d’observer.

La statistique nous a appris que trois circonstances principales augmentent la mortalité : ce sont, en les rangeant dans l’ordre progressif de leur importance : 1° l’habitation des villes et surtout des grandes villes ; 2Ü la profession ouvrière dans les grandes industries; 3° la vie des casernes (nous ne parlons que de l’armée intérieure). Nous ne nous étendrons pas à faire la preuve de la fatale influence des trois conditions que nous dénonçons : elle a été faite par tous les savants qui ont mis la main à ces questions vitales, Quetelet, Villermé, Guillard, Benoiston, Boudin; ainsi, tandis que la mortalité civile seule ne s’élève certainement pas à plus de 10 pour 1000, de vingt à trente ans (1), elle est de 18 à 20 dans l’armée intérieure, et c’est surtout pendant les premières années que le conscrit est victime d’une rapide mortalité.

Eh bien ! les trois conditions dont nous rappelons la

(1) En effet, soit m le nombre des conscrits, n le nombre du contingent; c le coefficient de mortalité générale de vingt à vingt-cinq ans, k le coefficient de mortalité des habitants des casernes âgés de vingt à vingt-cinq ans , x le coefficient de mortalité des jeunes hommes

fatale nfïuence ont été sans cesse se développant depuis

La population des grandes villes s’est augmentée dans des proportions beaucoup plus rapides que celle des campagnes, et cet accroissement, ainsi que nous le démontrerons pour Paris (livre IV), est presque exclusivement dû à l’immigration des âges producteurs : première cause de l’aggravation de mortalité.

L’industrie, la grande industrie surtout , n’a guère commencé à prendre son développement en France que vers 1817 à 1820; et depuis lors elle n’a pas cessé d’accroître le nombre des bras qu’elle occupe et qu’elle use. Or, de célèbres travaux ont mis hors de doute que, jusqu’à ce jour, cette population est fatalement soumise à une mortalité rapide : deuxième cause de l’aggravation de la mortalité.

Enfin, la Restauration n’eut besoin que d’un contingent de 40,000 hommes jusqu’en 1824, et 60,000 jusqu’à sa chute. En 1830, l’appel a été porté à 80,000 hommes, et aujourd’hui il a dépassé ce chiffre. Ainsi le nombre des

laissés au civil de vingt à vingt-cinq ans, m — n sera le nombre des jeunes gens qui évitent la conscription, on aura :

. , dm — k n

c' m—x ( m — n ) -4- k n, d’ou x = — - .

Si nous supposons que la mortalité générale de l’armée est aussi celle des miliciens de vingt à vingt-cinq ans, et en réalité celle-ci est un peu plus forte, parce que c’est surtout dans les premières années du service que la mortalité sévit sur le conscrit (: Traité cl’hygiène, Midi. Lévy, t. II, p. 785, 2e édit.) ; soit donc k = 0,02 : or, pour la période 1840-49, c' = 0,0134, n = 80,000, et m= 305,000. On trouve :

et d’une part, comme k doit dépasser 0,02, et de l’autre que c'20..25> c' 25.40 » on trouve, en développant ces considérations, que c'20„ 3# doit être moindre que 0,01.

ÉTUDE DE LA MORTALITÉ AU XIXe SIÈCLE. 'J 03

hommes dévolus à la caserne n’a pas cessé de s’accroître; i\ a doublé en 25 ans. Si le nombre de nos jeunes hommes qui, chaque année, sont obligés de troquer une mortalité de un sur cent contre une mortalité double (et je ne parle ici que de l’armée intérieure, et non de celle de l’Algérie), si ce nombre de conscrits, au lieu d’être | de la population masculine, en absorbe plus du quart, n’est-il pas inévitable que la mortalité de nos jeunes hommes en soit notablement augmentée?

Voilà la troisième cause, et la plus intense, de l’aggravation de la mortalité des virils. Les deux premières agissant aussi sur les femmes, quoique avec moins d’énergie, ont suffi pour arrêter les progrès naturels de la civilisation aux âges de travail. Mais les trois causes, et surtout la dernière exclusive aux hommes, ont déterminé depuis vingt-cinq ans ce funeste mouvement de recul qui a augmenté leur mortalité de 11 à 13 pour 100.

Malgré la force et 1 intérêt de ces considérations, nous ne voulons pas y insister davantage, Revenons à notre question.

N’est-il donc pas démontré, par la distinction statistique les sexes, que l’influence vaccinale n’a rien à faire dans l’aggravation de la mortalité masculine?

Quelques-uns trouveraient-ils qu’il y a encore place pour le doute? Eh bien! nous allons les rassurer.

II. — Examen des mouvements de la mortalité à chaque âge csa Suède, au XVI SI® et au XIXe siècle.

Il y a au nord de l'Europe une nation illustre à bien des titres, qui depuis plus d’un siècle non-seulement recueille , nais publie périodiquement ses mortuaires, et aussi, chose nrécieuse, des recensements par âges tous les trois ou ou s les cinq ans.

Ce pays éclairé tient dans chaque commune des registres3 de population, comme la Belgique vient d’en instituer, et où chaque citoyen est inscrit avec son âge, sa profession et les principales phases de son existence. Le recensement se fait ainsi, surtout dans les campagnes, par un simple dépouillement et avec une exactitude peu commune. De plus, comme il se fait tous les cinq ans, on peut calculer ! la distribution moyenne des âges; et comme il y a plus' d’un siècle que l'administration prend ces soins importants, ils sont entrés dans les habitudes de la nation, de sorte que la nouveauté ne peut être comptée commecause d’erreur. Enfin cette nation a adopté avec ardeum la vaccine, et elle nous en offre la preuve : car elle connaîl et publie chaque année le chiffre de ses vaccinations,;, tandis que nous n’avons pas de notion exacte du nombres des nôtres.

C est la patrie des Linné, des Schell, des Berzelius, et?i de tant d’autres savants de premier ordre, qui nous offre ce modèle de statistique humaine , qui nous fournit depuis un siècle l’histoire précise et périodique de la population alors qu’en France l’administration ne nous a livré encon qu’un seul et bien médiocre recensement par âges, mai ; pas une seule mortuaire.

Après avoir payé un juste tribut d’éloges à la statistique suédoise, montrons en peu de mots le parti que noua: pouvons en tirer: pour notre objet, il est péremptoire.

Nous avons calculé, d’après les documents officiels (1) le danger de mort pour chaque âge aux trois époque; i suivantes: 1755-1763, 1815-1825, 1840-1849. Ici nul arbi I traire possible, plus d’hypothèse, plus de table de popu-i[ lation calculée.

(i) Rapports quinquennaux (Femaarsb reraettelse et coll, acad., XI)

ÉTUDE DE LA MORTALITÉ AU XIXe SIÈCLE. 1()5

Mortuaires, recensements par âges, tout est officiel et publié sous la surveillance de savants dignes de la plus grande confiance, tels que Pierre Vargentin , pour le siècle passé, et tels que le docteur Berg , pour celui-ci.

Les tables de population, résultant des recensemenls par âges, sont des moyennes de trois recensements, un au commencement de la période, l’autre au milieu, le troisième à la fin. Les mortuaires sont également des moyennes de dix années : rien n’est à désirer pour l’exactitude des résultats.

C’est vers 1803 qu’on a commencé à vacciner en Suède ; la vaccine y a fait peu à peu des progrès, et aujourd’hui sur 100,000 naissances on vaccine 80 à 90,000 enfants; et d’ailleurs, comme 15,000 succombent dans leur première année, on peut dire qu’en Suède on vaccine aujourd’hui tout le monde, tandis que de 1816 à 1830 (premiers rapports que nous ayons pu nous procurer), on n’en avait vaccin é q u’ u ne mo y enn e de 6 3 , 0 0 0 sur 1 0 0 , 0 0 0 (Beraettelse , 1838).

Il résulte, de tout cela, qu’en comparant les trois époques indiquées, nous pourrons apprécier la mortalité à chaque âge :

1° Au siècle passé, avant toute influence vaccinale ;

2° Vers 1820, c’est-à-dire avec Y influence sur V enfance et non sur les adultes ;

3° Vers 1845, c’est-à-dire avec l’influence répartie à tous les âges, la vieillesse exceptée.

Mettons de suite sous les yeux du lecteur tous les éléments de solution du problème : les conclusions en découleront d’elles-mèmes.

AGES

Page 1