‹ Conclusions statistiques contre les détracteurs de la vaccineChapitre 5 sur 52 · ESSAI · texte numérisé non relu

ESSAI

: Son emploi dans les sciences naturelles et médicales ; importance des

valeurs moyennes.

« Les nombres appliqués à des faits vrais, c’est » l’observation multiplie'e par elle-même. «

(Malgaigne.)

Les phénomènes de la nature sont si complexes, que sans l’analyse ils eussent toujours échappé à la science ; l’homme fût demeuré dans un état de contemplation éternelle devant le magnifique ensemble de la création ; il eût épuisé la sensation sans arriver à la connaissance. I Mais l’analyse, en isolant momentanément un objet, en ; concentrant sur lui l’attention éparpillée sur tous, en : permettant de le soumettre à toutes les épreuves dont il est susceptible, a permis d’arriver à l’étude, et par l’étude ; il la science positive.

La première méthode d’analyse qui s’est naturellement présentée a été de considérer isolément chaque objet, de le soumettre à nos sens sous toutes ses faces, et d’en étudier ainsi chaque propriété. Cette méthode a suffi toutes les fois que le volume , que l’étendue de l’objet d’étude, que l’intensité de son action suffisaient pour que nos sens en fussent nettement affectés. Ainsi ont été satisfaits les premiers besoins. Mais bientôt l’homme a rencontré pour limite de son travail l’imperfection de ses organes : le sarcopte de la gale, la sporule du cryptogame, qui échappent à l’œil nu, ont trahi leur existence par leurs effets; le microscope devenait nécessaire, il a été trouvé, et il a considérablement agrandi le champ de nos investigations. Les calomnies, les essais maladroits, les fins de non-recevoir n’y ont rien fait : de gré ou de force , le merveilleux instrument est devenu un outil indispensable à l’anatomiste et au physiologiste. Car en faisant pénétrer l’œil avec le scalpel dans les entrailles de la création qui lui étaient fermées, il a reculé presque indéfiniment les limites de l’analyse et multiplié à proportion sa puissance.

Voilà le progrès accompli depuis peu pour l’examen de la matière. Mais quel microscope grossira certaines propriétés dont la perception n’est plus du domaine de l’optique, et qu’il ne nous importe pas moins de reconnaître ? Ainsi , pour contenir le sujet dans les questions médicales, quel moyen d’apprécier, par exemple, les influences géologiques sur la santé? Sans doute si ces influences sont très intenses ; si, comme celles des contrées marécageuses, non-seulement elles altèrent la santé, mais encore font naître des affections spéciales, les méthodes simples d’analyse suffiront pour apprécier l’existence : mais si l’influence est moins brutale, si la modification

INTRODUCTION

qu’elle cause n’a pas un caractère spécial qui la distingue t de toutes les autres, elle passera inaperçue. Telles sont probablement les influences géographiques, géologiques, «celle des sexes, etc., qui échappent, non sans doute aux considérations hypothétiques, mais certainement aux appréciations positives de la science. Quel ouvrage de physioilogie, d'hygiène ou de médecine, m’instruira de l’influence (des sexes sur la santé, sur la gravité des maladies, sur la i mortalité? Et pourtant cette influence existe : elle est considérable, constante, elle se manifeste dès la naissance; (cependant elle a toujours échappé à la méthode d’analyse qui procède par examen individuel et qui est à peu près exclusivement employée en médecine. C’est que l’in fluence du sexe, surtout dans les premières années de la vie, se perd dans l’ensemble très complexe des autres i modifications propres à l’individu, ensemble qu’on désigne sous le nom de tempérament. Aussi l’analyse, qui procède par séparation, par l’étude de l’unité, demeure impuissante; et l’effet qu’elle veut étudier reste perdu clans le chaos des influences individuelles. Quel scalpel pourra isoler des propriétés si intimement unies? Quel est le mi ( croscope qui, grossissant une influence légère , mais importante par sa persistance et par son étendue, la rendra 1 visible à tous les entendements?

Eh bien ! le sagace instrument existe , il est découvert : que les naturalistes et les médecins veuillent en prendre connaissance et s’en servir ; il n’attend que cela pour reculer la puissance de l’analyse jusqu’à des limites dont on n’a aucune idée, pour apporter la précision dans des connaissances qui jusqu’à ce jour n’ont pas perdu le caractère de sciences conjecturales.

Cet instrument, c’est la science des grands nombres qui le fournit : son nom est la statistique.

h MÉTHODE STATISTIQUE.

Donner la démonstration complète de sa puissance, entrer dans les détails sur les procédés qui lui sont propres, c’est un travail étendu que nous nous proposons d’effectuer un jour si les forces ne nous manquent : mais il ne peut entrer dans cette introduction.

Ce sera assez, pour fixer les idées et donner un corps à nos généralités, de produire quelques exemples qui feront juger des services que peut et doit rendre la science nouvelle.

Nous demandions à l’instant quelle est l’influence du sexe sur la mortalité de l’enfance. Si pour être renseignés nous ouvrons les ouvrages qui font autorité , ceux qui ont paru le plus récemment sur les maladies de l’enfance, qu’y trouverons-nous ?

M. Barrier nous apprend que « la différence de sexe lui paraît peu importante chez les enfants , et que, à l’exception de quelques maladies qui siègent sur les organes génitaux, la plus grande analogie paraît exister entre les maladies des garçons et celles des filles. » ( Maladies des enfants , introd., p. 29.) D’autres auteurs, dans leurs généralités sur les maladies de l’enfance, n’ouvrent même pas la bouche sur la différence des sexes : c’est ainsi que M. Bouclrut, dans son Traité pratique des maladies des nouveau-nés , ne fait dépendre leur mortalité que du climat, de i’àge et des dispositions héréditaires. Même lacune chez MM. Rilliet et Barthez, savants auteurs de l’ouvrage le plus complet sur l’enfance, d’un ouvrage dont nous apprécions les tendances et les richesses. Eh bien ! ces célèbres médecins, dans leurs considérations générales sur les diverses influences propres à l’enfance, n’ont pas jeté un seul regard sur la différence des sexes. C’est qu’en effet la physiologie classique nous apprend à considérer le nouveau-né comme un être chez lequel l’influence sexuelle est nulle : pour la

INTRODUCTION

science, telle qu’elle est encore aujourd’hui, les organes du sexe sont une force en puissance, mais en léthargie, pour plusieurs années, et par conséquent sans influence sur la vitalité du nouveau-né.

Voilà le fruit de tant de siècles d’observations, mais, notons-le, d’observations individuelles et éparses.

Interrogeons maintenant la statistique, méthode née d’hier, qui manque encore de presque tous les documents qu’elle réclame. Mettant néanmoins à profit le peu qu’elle possède, voyons ce qu’elle pourra répondre.

Rapport des décès de chaque sexe, à l'âge de 0 à \ an (1).

Page 1