‹ Concours d'éloquence de 1876 [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 4 · ÉLOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉLOGE HISTORIQUE

DE

CHRISTOPHÉ COLOMB,

Par M. ONESIME FORTIER.

O Colomb! à peine la renommée suivra ton vol! La moindre de tes actions fournirait le sujet d’un poëme.

(Le Tasse, XV.)

Doux siècles s'étaient écoulés depuis la dernière Croisade. L'Europe ne ceignait plus l'épéo pour marcher à la délivrance des Saints Lieux, mais elle tenait encore ses regards attachés sur l'Orient, vers ces contrées de l'or et des perles qu’elle avait entrevues et que visitait Marco-Polo, vers ces fabuleux empires du Cathay et du Zipangu. Tandisqu’à la recherche d’une route vers les Indes, les voyageurs explorent toute l'Asie Occidentale, que les marins du Portugal descendent vers les côtes de l'Afrique, tout à coup parait un homme extraordinaire. Aux heures de l'étude et de la méditation, les songes du génie l’on}visité. Instruit par eux, il tourne ses regards vers l'Océan Atlantique. Il ne sait pas encore qu’en naviguant à l'Occident, il trouvera toute une moitié de l'Univers, il veut seulement trouver un passage vers les Indes, aborder aux rives du Couchant. Cet homme est le fils d’un pauvre artisan, et pour accomplir un si vaste dessein, pour obtenir les vaisseaux et les ressources nécessaires à cette expédition lointaine, Dieu le laisse à la merci des rois et des puissants du monde; mais, en même temps, il le revêt de tous les dons du génie et de la vertu. Aussi ce protégé du ciel triomphe de tous les obstacles et s'élève à me tel degré de gloire, qu'au-

jourd’hui sa figure plane radieuse à l'entrée des temps modernes et illumine toute l’histoire de l'Amérique. Croire à la possibilité de traverser l'Atlantique, alors que la croyance générale plaçait sur cet Océan, appelé Mer Ténébreuse, le trône redoutable du Chaos, pendant vingt ans, endurer le refus des rois et des hommes d'Etat, arriver tout à coup au comble de la gloire et en être aussitôt précipité, eh récompense d’un monde donné à l’Espagneene recevoir que des fers, se voir enlever toute la gloire de la découverte du Nouveau-Monde. et néanmoins toujours demeurer plus grand que le malheur, toujours dominer l'épreuve d’un regard serein: voilà ce qui donne à notre héros une grandeur au-dessus des proportions humaines; voilà ce que l’histoire et l’éloquence reste impuissantes à décrire dans la vie de Christophe Colomb, (trand Amiral de l'Océan, Vice-Roi et Gouverneur d’une moitié de l'univers.

Dans l’heureuse Andalousie, en face de l'Océan que termine le détroit de Gibraltar, s'élève le promontoire verdoyant de la Rabida: retraite bénie, “autant éloi- ‘ gnée des voies du siècle que sa bienheureuse situation ‘€ la sépare de tout commerce du monde.” (Bossuet.) La, d'humbles religieux de St. François vivaient dans l’amour du Christ. Leur monastère florissait sous la conduite du P. Juan Perez de la Marchèna, que les rois honoraient pour sa science et sa piété. Souvent, l’œil perdu sur les espaces de l'Océan, le vertueux Prieur se demandait si de l’autre côté de la Mer Ténébreuse, n'étaient point des âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ et à qui personne n'allait annoncer !: bonne nouvelle ?

Un soir d'été de l’an 1485, un étranger conduisant par la main un jeune enfant, vint frapper à la porte du monastère. Quel était ce voyageur ? Nul ne le connaissait.

En quelques mots, l'étranger raconta son histoire au Prieur. Il s'appelait Christophe Colomb. Né à Gênes, élève à l’Université, marin sous les ordres de l’Amiral Colombo il Mozo, il avait conçu le plan de traverser

que Loire éloition

Là,

our uite ient r'les it si

des per-

ant e du ais-

e au nes, diral

l'Atlantique et de remplacer pour le commerce des Indes, les lentes caravanes de l'Orient par les flottes de l'Occident. Duns son patriotisme, il s’était d’abord adressé à Gênes ; mais les sénateurs génois, comme plus tard ceux de Venise, avaient souri de pitié sous leurs toges d’hermine, à cet audacieux projet. Joué par le roi de Portugal, lui, Colomb, âgé de 50 ans, il venait maintenant à la cour des Rois Catholiques de l'Espagne. Leur zèle pour la religion ne pouvait les laisser indifférents à ce projet, car seuls la gloire de Jésus-Christ et de son Eglise, l’espoir du salut des âmes, le portaient à entreprendre ce périlleux voyage. En attendant, il demandait l'hospitalité pour lui et pour son jeune fils Diégo, à qui la mort avait enlevé sa mère.

Le Prieur accueillit avec joie l'étranger que la Providence lui envoyait. Maintenant vont commencer sept années de sollicitations infructueuses à la Cour. Les savants vont se réunir en junte à Salamanque pour ensevelir sous leur mépris les plans de l'étranger. Malgré quelques lueurs d'espérance qui brillent çà et là, Colomb quitterait déjà l'Espagne, si l’amitié et le zèle du P. Juan Pcrez ne l'y retenaient pas. Isabelle, reine de Castille, lui présente une main bienveillante ; mais des soins plus pressants absorbent l’attention de la reine. A la tête des bataillons de la Castille, dont elle est l’orgueil et l'amour, elle dirige la dernière croisade de l’Ibérie contre les Maures; pendant que le Croissant, réfugié. dans Grenade, voit la Croix le dominer de toutes parts et que le cimeterre est remis aux mains impuissantes de Boabdil.

Cependant Ferdinand d'Aragon et Isabelle, ces deux époux que l’on appelle les Rois, sont entrés dans Grenade, conquise à Jésus-Christ; le règne du: Croissant est anéanti par toute la terre d’Espagne. Une ère inconnue de grandeur et de prospérité s'ouvre pour cette péninsule, Là, comme partout en Europe, les mœurs se poiissent, les études se propagent, l’influence moderne envahit les cours et les sociétés et en chasse les traditions du moyen-âge. L'invention de l'imprimerie, la découverte du Nouveau-Monde vont doubler les horizons du monde littéraire et politique; mais aussi déjà grondent les bruits précurseurs de l'orage qui doit

c FORTE Ne 4 À is a} »

SPORE TARN SENS TONNES PE ARE NE SEE FR ee CES

amener la Réforme, disons mieux, la grande apostasie du nord de l’Europe.

Fatigué des lenteurs de l'Espagne, Colomb avait envoyé son frère Barthélemy à la cour d'Angleterre ; lui-même, il s’acheminait vers la France. Tout à coup, la reine cède à une inspiration divine, elle dépêche un courrier, elle accorde à Colomb les titres d’amiral, de vice-roi et de gouverneur-général de toutes les terres qu'il pourra découvrir. Les autorités de Palos reçoivent l’ordre de livrer deux caravelles pour le voyage projeté.

Mais qui suivrait l’audacieux Génois sur la Mer Ténébreuse ? Quelle était redoutable cette mer au-dessus de laquelle s'élevait la main de satan, cette mer, dont au loin les sombres courants s’épaississaient en fanges impures : retraite des légions des monstres infernaux ; cette mer dont depuis cinq mille ans Dieu n'avait jamais

ermis qu'un mortel ne pénétrât les éternels mystères | le zèle du P. Juan Perez l’emporta, les Pinzon se déterminèrent, et munis du pain des forts, les équipages montèrent sur les trois caravelles: la Santa Maria, la Pinta et la Mina.

L’harmonieux balancement des pins de la Rabida, annonce une brise favorable; au nom de Jésus-Christ, Colomb ordonne de déployer les voiles de la flotte: Elle vogue enfin, elle s'éloigne. La patrie, la famille, ne sont plus qu’un souvenir, seule la Mer Ténébreuse déroule aux regards des marins son incommensurable empire. Près de l’île de Fer, on évite l’escadre du roi de Portugal; puis les brises favorables emportent les caravelles sur le domaine inconnu des mers. Que de craintes et d’espérances agitent les matelots, de quelles suaves émotions s’enivre l’âme contemplative de l’Amiral, —Anges-gardiens des mers, seuls, vous l’avez connu, seuls, vous pouvez le redire! Alors l’illustre navigateur découvre la variation de l'aiguille aimantée. In même temps, les parages, appelés depuis Mer d'Herbes, où l'Océan disparait sous une couche de plantes marines, les vents alisés achèvent d’effrayer les matelots. Colomb les domine quelque temps; mais enfin la conjuration s'ourdit. Que le perfide étranger retourne en Castille, —sinon, il sera précipité dans ces flots qu’il aime tant à contempler.

Ilest nuit. Le fer à la main, les Pinzon et leurs équipages s’élancent sur le pont de la Santa Maria. Colomb entend le tumulte et les cris de mort. Et quoi! dix-huit années de sollicitations, sept cents lieues de navigation, les empires de l’Inde qu'il tient déjà; tout serait à jamais perdu! Non! Dieu ne peut permettre que l’enfer continue à prostituer les peuples du Couchant au culte des idoles et à s'enrichir de millions d’âmes rachotées en vain! Plein d’une majesté surhumainé, l’Amiral s’avance. Il fait taire les menaces, il interdit les supplications ; il déclare qu’il est parti pour les Indes et qu’il poursuivra sa course jusqu’à ce qu’il les ait trouvées avec l'assistance de Notre-Seigneur. Et les marins subjugués par je ne sais quel pouvoir, ne connaissent plus que l’obéissance.

Le soir suivant, après le chant habituel du Salve Regina, l’Amiral remorcia Dieu des nombreuses faveurs qu’il avait accordées à l'expédition. Puis l’histoire nous le montre, ses blancs cheveux déjà soulevés par les brises embaumées du Nouveau-Monde, l'œil inspiré, la main étendue vers l'Occident : “ Là, dit:il, est la terre! Cette nuit va passer, et, avec elle, la nuit des nations qui habitent ces rivages. Là, est cet Ophir d’où Salomon, fils de David, tirait l'or pour construire le temple du Dieu vivant... Avant une nouvelle aurore, Dieu aura donné la terre à nos vœux. ” Et l’Amiral ordonne de diminuer le nombre des voiles. Lui-même, il aperçoit le premier une lumière, et le vendredi matin, 12 octobre 1492, le cri de “Terre! Terre!” retentit sur les caravelles. Quelques heures après, Colomb descend au rivage, embrasse le «sol inconnu et en prend possession au nom du Christ et des rois d’Espagne.

Guanahoni ou San Salvador, la terre qui reçut Colomb, n’est qu’une petite île de l'archipel des Bahamas, néanmoins sa découverte assurait celle du Nouveau-Monde. Les Scandinaves avaient visité les pays de Markland, d'Helluland et de Viuland, cependant l'on peut dire que pour la première fois, la riche nature du continent

occidental apparaissait aux regards d’un européen. Ce continent s'étend d’un pôle à l’autre sous la garde de deux océans. De luxuriantes forêts le couvrent, de nombreux peuples l’habitent. Sous l'équateur, les Incas, fils du Soleil, font bénir leur paternelle autorité; là, dans Mexico règnent les princes Toltèques et Aztèques; ici, près des grands lacs du Canada, s'élève l'empire belliqueux et redouté des confédérations algonquines. Partout, dans les vastes solitudes, errent des peuples barbares de toute langue et de tonte tribu: races dégénérées sur lesquelles n’a point passé le souffle vivifiant du Christ. Mille arbres, mille fleurs, mille plantes nouvelles, non moins utiles à la médecine et à l’industrie qu'à la nourriture de l’homme ; des lacs, des fleuves, des forêts d’une splendeur inconnue; des mines d’or, d'argent, de diamants, font croire à la découverte des pays d’Ophir et de Sérendib, sinon à celle du Paradis Terrestre avec Ses quatre fleuves de vie.

La Conception, la Fernandine, l’Isabelle, Cuba, ‘“ l’île la plus belle que virent les yeux de l’homme,” Hayti, toutes îles riches et fortunées furent découvertes dans ce premier voyage. Le retour fut orageux. Jamais hiver plus rigoureux ne sévit sur les mers; jamais les côtes de la Flandre et de toute l’Europe occidentale ne se couvrirent d'autant de débris de naufrages. Les plus violentes tempêtes assaillirent les vaisseaux de l'amiral, et, si, dans un mofnent de relâche, il pût toucher les Açores, la perfidie du gouverneur portugais faillit lui devenir plus fatale que toute la fureur des flots. De nouvelles tempêtes le jettent dans les bouches périlleuses du Tage. Le roi de Portugal l'invite à la cour, et, tandis qu'on le comble d’honneurs dans une salle voisine, le conseil exécutif projette un assassinat que le roi parvient seul à empêcher, et Colomb rentre enfin au port de Palos. La grande nouvelle vole de bouche en bouche, et bientôt de ville en ville. A la cour, l’amiral triomphe comme un troisième roi. Pendant son récit, quand le vieux marin annonce qu'un autre monde est Gonné à la Castille et à l’Aragon, et une nouvelle couronne de peuples à la sainte Eglise, l'enthousiasme redouble, le roi, la reine, la cour, le peuple tombent à genoux, les choristes entonnent le Te Deum, qui va se répétant de

, Ce le de 10om- , fils dans : ici, belli- Par- Jares s sur irist.

non our:

orêts t, de )phir avec

‘l'ile ayti, ns ce iver ôtes e se plus

les t lui . De buses indis Je, le ient t de e, et phe d le à la eo de e, le K, les nt de

diral,

ruos en rues et ébranle toute la ville de Barcelone. Dans Rome et dans toute la Chrétienté, les temples se parèrent de rameaux et de fleurs. Mais, plus que tout autre, dans ton pauvre atelier du Mulcento, ne te réjouis-tu pas de la grande gloire de ton fils, à vieux Dominique Colomb? Patriarche artisan, tu eus, comme un autre Jacob, la consolation de voir ton fils s'élever en dignité à la cour des rois étranzers et devenir le protecteur de ses frères |

Que célébrer davantage dans les deux autres voyages de Colomb ou son exploration des Antilles et du golfe de Poria ? ou ses découvertes scientifiques: l'existence d'un nouveau continent, distinct des Indes de l'Asie, le reuflement de la terre à l’Equateur, le courant Océanique ? Que l’homme d'Etat vienne et contemple le génie de Colomb jetant les bases de l'immense empire colonial de l'Espagne dans le Nouveau Monde ! Que le guerrier trouve des exploits à admirer; pour nous un spectacle plus extraordinaire nous frappe. Sur cette caravelle, qui, dans le port d’'Hayti, appareille pour l’Europe, quel est cet homme dont la tête est blanchie par l’âge, dont les mains sont chafgées de fers, mais dont le front brille de tant de sérénité? O Dieu! n'estce pas Colomb? Oui! c'est lui le grand Amiral des Mers, le Vice-Roi des Indes! Mais quel crime a-t-il donc commis ? On n’en sait rien. On répète seulement que les hidalgos castillans d’'Hayti supportaient avec impatience le joug du génois étranger, que le gouverneur pos trop la défonse des Indiens, opprimés par les Ispagnols, que Bovadilla est arrivé avec le titre de Commissaire Royal, et qu’aussitôt Colomb a été arrêté, enchaïiné, jeté dans un cachot, que ses deux frères ont subi le même sort. Pendunt la traversée, le commandant du vaisseau s'approche respectueusement pour enlever les fers du prisonnier: “ Non! dit l’Amiral, ces fers! les Rois me les ont donnés, les Rois me les ôtcront. Je les porterai partout avce moi, et, après ma mort, on les mettra dans mon tombeau comme un éternel monument de la reconnaissance qu’on peut attendre des hommes.” Dès que l’on a touché la terre d’Espagne, l’indignation des peuples brise les fers de l’Amiral, les Rois désavouent Rovadilla, la reine fond en larmes à la vue de Colomb si cruellement outragé ; et cependant l’incidieux

LEA 25 VIÉDRNT MEN Ve À C6 PRDES TS Te TRE ES

RE RL ed ae Ar mme

Ferdinand ne rend point à Colomb le titre de gouverneur, réservé pour Ovando.

L'espoir de nouvelles découvertes appelle encore notre héros vers les rives du Nouveau Monde. Nile premier voyage avec ses moments solennels d'angoisse et d'attente, avec les tempêtes du retour ; ni les travaux du second, ni le troisième, avec les pénibles traversées, avec les guerres contre les Caciques et l’horrible traitement de Colomb, jeté dans les fers, n'offrent de plus grandes situations que ce quatrième et infortuné voyage; tant dans la vie de cet homme extraordinaire les épreuves vont croissant avec l’âge, tant, à mesure qu'elle avance vers son terme, son histoire présente dans le domaine de la vérité ce que nous nous étonnerions de rencontrer dans les fictions les plus hardies de la fable. Toujours guidé par un pressentiment merveilleux, l'Amiral demande à Ovando un refuge dans les ports d'Hayti. Ovando refuse. Ne croyez pas que l’Amiral s'indigne. Il prie seulement le gouverneur do différer de quelques jours le départ de la plus riche flotte qui ait jamais quitté le Nouveau Monde pour l'Espagne, car une grande tempête va s'élever. Les pilotes se moquent de l’avis. On sort en pleine mer. L’ouragan se déchaine, l'Océan se soulève, il précipite dans ses abimes Bovadilla, l’inique juge Roldan, les ennemis de Colomb, les monceaux d'or arrachés aux Indiens, tandis que les quatres vaisseaux de l’Amiral, réfugiés dans une anse éloignée, échappent à la tempête et reprennent leur route vers les côtes de l'Amérique Centrale. Là, pendant quatre-vingts jours,suivant l'expression de l’Amiral, ‘“ on ne vit ni le soleil, ni la lune, ni aucune planète.” Pendant tout un jour et une nuit ‘“ le ciel fut comme une fournaise ardente.” T’équipage dans la dernière détresse, implorait la mort. Tout à coup un cri déchirant retentit sur l’une des caravelles. Là bas, en face des vaisscaux, pourquoi cette immense colonne d’eau qui tourbillonne ? Son front ténébreux touche au ciel, son pied court sur l'Océan. Avec un horrible sifflement elle précipite sa marche contres les caravelles. Est-ce un simple phénomène des mers ? un prise du ciel ? une menace de l'enfer ? Colomb monte à la proue, il rappelle que tout a été créé par le Verbe, que ce Verbe

s'est fait chair, et, au nom du Verbe, il commande à l'étrange phénomène d’épargner ceux qui naviguent avec la Croix de Jésus Christ, pour étendard. En même temps, de la pointe de son épée, il trace une grande croix dans l'air. Aussitôt la trombe se détourne et s'éloigne. Puis, la lutte recommence. Tantôt, c'est le fleuve Bélen, qui se gonfle tout à coup, et roule contre les navires ses flots indignés ; tantôt de violents courants tourmentent les caravelles; tautôt les Indigènes massacrent des détachements d'équipage, sans que l’Amiral puisse secourir ses gens. Il en est tellement abattu qu’il faut une vision mystérieuse pour relever son courage. ‘“O ïinsensé,” lui disait une voix divine, que tu es lent à reposer ta confiance en ton Dieu! Les Indes, cette portion la plus riche de l'univers, il te les a données et tu les as distribuées selon ta volonté. Il t'a donné les clefs, ilt’a ouvert les barrières de l'Océan, ces barrières qu'avaient fermées jusque-là des chaînes si puissantes ! Tes ordres sont obéis dans d'immenses contrées et toute la république chrétienne retentit de tes louanges... Réponds-moi? D'où sont venues tes nombreuses tribulations ? De Dieu ou des hommes ? Dieu ne fausse jamais ses promesses. Le service une fois rendu, il ne dit point que l’on n’a pas suivi ses intentions, il no martyrise pas pour prouver sa puissance. Tout ce qu'il promet, il le tient et même au-delà... Montre maintenant la récompense des fatigues et des périls que tu as éprouvés au service des hommes! Ainsi la voix du ciel ranima le serviteur de Dieu. Quelques jours après, les vaisseaux qui n'étaient plus qu’une épave à demiflottante, vinrent s’échouer sur les côtes de la Jamaïque, dans la baie de Santa Gloria.

O baie de Sainte-Gloire, que tu es digne de ton nom! Quel lieu fût jamais le théâtre de plus grandes infortunes? Tu vis Colomb et ses équipages mourants, naufragés dans une île peuplée de barbares, réduits à un tel excès de maux, que Colomb lui-même, accoutumé à

‘toute une vie de souffrances, s’écria: ‘ Maintenant que

le ciel pleure sur moi! Que l'être aimant et sensible

pleure aussi sur moi! Vingt-huit années de travaux ne

m'ont pas même valu on Espagne un toit pour abriter

ma tête. Si je meurs ici, qui aura pitié de mon âme

abandonnée des sacrements de la sainte Eglise?” Dans cetto baie le fidèle Mendez se dévoue une troisième fois pour le salut de ses compagnons. Dans cette baie, les frères Porraz se révoltent et par leurs brigandages soulèvent les Indiens. Nombreux comme les arbres de leurs forêts, ces peuples barbares assiégent l’Amiral. Leur nombre va toujours croissant, la détresse et la famine augmentent dans le comp espagnol. Comme inspiré du ciel, Colomb prédit une éclipse, et dès que le phénomène, redouté des Indiens, commence, ils implorent grâce et se retirent. Après les Indiens, c’est le tour des Porraz qui attaquent Colomb. Enfin, après plus d'une année de sollicitations de la part de Mendez auprès des autorités d'Hayti, deux caravelles viennent chorcher les naufragés ot les ramènent en Espagne. Alors, Isabelle, ce doux astre qui avait souri à la terre d’Espagne, s'éteignait. La Péninsule était comme plongée dans les ténèbres et l’Amiral fut enveloppé d’un deuil profond. Pendant trois ans, pour recouvrer ses titres et servir encore l'ingrate Espagne, l’Amiral s'épuise en démarches inutiles auprès du perfide roi Ferdinand. Le

corps brisé par tant de fatigues, l’âme navrée par tant de déceptions, et plus encore par le cruel traitement qu'on inflige aux Indiens, Colomb, dans un humble hôtel, à Valladolid, prêt pour le voyage de l'éternité, remet son âme entre les mains de Dieu, le jour de l’Ascension 1506.

Tout était fini: les longues années d'humiliations, les persécutions de l'envie, l’ingratitude des hommes, la dernière apparence de gloire humaine. Americo Vespucei donnait au nouveau continent son nom d'Amérique. Cependant ni l’œuvre, ni le nom de Colomb ne devaient périr. Semblable au voyageur, qui ayant à franchir une haute montagne, ne prend aucun repos avant d’avoir atteint le sommet, nous nous sommes hâté de raconter la vie de notre héros; mais arrivé au terme, le voyageur s'arrête et contemple le vaste spectacle dont il . jouit; ainsi ferons-nous pour Colomb.

Afin de rehausser la grandeur do la découverte du

Dans e fois e, les Sou- >s de niral, et la mme que le m plost le ; plus )Z AUinent \lors, d'Es- )ngée deuil titres se en . Le tant ment mble nité,

l’As-

s, les 8, la

Vesique.

aient rune avoir bnter rOYa-

nt il.

e du

Nouveau-Monde, dès le débat de l’entreprise apparaissent trois figures dans laquelles on a reconnu la Foi, l'Esérance et la Charité: la Foi, représentée par Colomb ui-même, qui fut toujours guidé par elle ; l'Espérance, montrée par la grande et aimable Isabelle, qui fut toujours l’astre tutélaire du marin; la Charité, symbolisée par ce moine franciscain, dont le zèle fut à toute épreuve. Mais entre ces trois figures, rayonne surtout celle du marin qu’environne toute la troupe sacrée des vertus, grandeur d'âme, générosité, patience, courage, dons de l'esprit, qualités du cœur, noblesse de manières, où vous retrouverez-vous ailleurs à un plus haut dégré ? Disons seulement pour résumer toutes les vertus, dont la vie du héros offre le spectacle continuel, que les pastours et les fidèles du troupeau du Christ, ravis d’une conduite si chrétienne, conjurent à l’envi le Pontife suprême de décerner à Colomb les honneur de l'autel. Avec l'or des Indes, il voulait racheter le tombeau de Jésus-Christ, ce tombeau sacré que l'Europe indifférente abandonnait aux mains fanatiques des musulmans. Il reconnait lui-même que c’est la Sainte-Trinité qui a fait naître et grandir en lui la pensée qu'on pouvait aller par mer d'Occident en Oriont. D'ailleurs que valaient ces témoignages d'auteurs anciens, ces récits des voyageurs qui avaient entrevu des terres auxquellos personne n'avait osé aborder.

Nous le demandons: n'était-il point un Prophète, l’homme qui, la veille au soir de la découverte du Nouveau Monde, annonçait le joyeux événement du lendemain ? N'était-il pas un Voyant d'Israël, celui qui au retour du second voyage, assurait à son équipage affamé que dans trois jours l’on serait dans les eaux du Cap Saint-Vincent ? celui qui, plusieurs mois d’avance, désignait du nom de Sainte-Trinité, cette île qui lui apparût la première, couronnée de trois sommets ? Jesus- Christ ne reconnaissait-il pas pour le Messager de sa Croix, le héros qui dans la Véga-Real d'Hayti, plantait une croix miraculeuse que les indigènes exsayèrent en vain d’arracher, et qui, mutilée par des mains pieuses, se renouvelait d'elle-même. Aussi ne nous étonnons point des épreuves de Colomb, ni de la grandeur de son œuvre.

Quatre siècles ont maintenant pose depuis la découverte du Nouveau Monde. D'avides exploratours, Bal boa, Valdivia, Pizarre et Cortez ont continué les conquêtes de l'Espagne; Cabral a donné le Brésil au Portugal; l'Angleterre a saisi les côtes de l'Atlantique et le drapeau de la France a flotté sur les ondes du Saint- Laurent et du Missisippi. Les tribus indigènes ont fui ; leurs feux du conseil se sont éteints; le cri de mort, le chant de guerre n'éveillent plus los forêts, et bientôt l'on parcourra toute l'Amérique sans trouver un seul vestige de ces races qui en furent autrefois les maitresses. Sur la ruine inexplicable des Indiens, le savant

eut conjecturer, le philosophe méditer, mais ni l’un ni Tant ne pourront porter atteinte à la mémoire de Colomb.

Le vieux monde aussi s’est renouvelé. Les républiques de Gênes et de Vénise, qui ne pouvaient donner un navire à Colomb, ont perdu jusqu’au dernier vaisseau de leurs flottes orgueilleuses ; le lion de St. Marc, le dragon de St. Georges se sont endormis, l’ingrate Espagne est tombée du faite de sa grandeur et de ses richesses, les galions du Mexique et du Pérou ne lui apportert plus l'or du Nouveau Monde ; ses vice-rois, nommés au mépris des droits de la postérité de Colomb, ont été chassés, et son nom est exécré dans tout un continent. L’histoire a châtié par l'oubli ou par l’ignominie tous les ennemis de Colomb. Dans cette Amérique sauvage qu'il a découverte, les splendeurs de la foi et de la civilisation ont dissipé l’épaisse nuit des siècles barbares, les cités ont remplacé les déserts, et les générations humaines, les générations des feuilles de la forêt. Le commerce et l’industrie, les libertés nationales y ont pris un magnifique essor, les flottes de l’univers abondent dans ses ports; la vapeur et l'électricité rapprochent ses pôles. Sur ce sol fécond, de puissants empires, de turbulentes républiques naissent de toutes parts.

Les travaux de Las Casas et des missionnaires, le sang des martyrs, n’ont pas été moins bénis. La Sainte Eglise, affligée par la désertion des peuples du nord de l’Europe, a tourné avec amour ses regards vers cette Jérusalem nouvelle qui s'élevait des déserts de l’Amérique, toute brillante de jeunesse et de beauté. Les peuplades du Para-

COU- guay ont ramené les plus beaux jours du Christianisme Bal naissant; tandis qu'avec les vaillants fils de la France, con- Jésus-Christ prenait possession des rives du Saint-Lau- Por- rent, et que s'allumait sur les hauteurs du vieux Stada- 16 et coné, ce brillant flambeau de lu foi dont les rayons ont int illuminé tout le continent septentrional de l'Amérique. fui ; Aujourd'hui, les colonies espagnoles et portugaises ont t, le conquis une indépendance pleine d’agitation; la Nountôt velle-Angleterre, la vallée du Missisippi, les côtes de seul l'ouest forment la grande république américaine; au mai- nord, une dernière colonie ayant à la fois le drapeau vant fleurdelisé et les. couleurs de l'Angleterre, vogue à mn à toutes voiles vers les splendeurs de l'avenir. Mais à quel- ]

que race, à quelque religion qu'ils appartiennent, tous les peuples de l'Amérique inscrivent triomphants le nom de Colomb en tête de leurs annales et révèrent avec amour le Découvreur de leur continent, le Père de leur histoire, le héros chrétien, l’homme étonnant qu'ils ne peuvent se lasser d'admirer.

Jouis donc de ta gloire, à homme immortel! Les peuples d'aujourd'hui peuvent disparaitre, et d’autres, les remplacer, l'Océan peut submerger les vieux continents et en faire surgir de nouveaux; mais ni les révolutions de la nature, ni celles des hommes ne peuvent rien contre ton impérissable mémoire. C'est au ciel qu'est maintenant porté le trône de ta gloire. Mêlé au chœur des élus, tu ne connaitras plus les fureurs de l'envie, ni les assauts du malheur. Les années de l’épreuve sont passées; les siècles de l'immortalité se sont ouvert pour toi. Vois aux approches du quatrième anniversaire séculaire de la découverte de l’Amérique, cette évocation solennelle qui se fait autour de ton glorieux tombeau. Elles se lèvent de leurs vieilles forêts et de leurs poudreux champs de mort, ces tribus Indiennes auxquelles tu vins apporter la grande nouvelle de la Rédemption. Elles sont telles que tu les vis, et elles pleurent sur toi, le meilleur des père, sur toi qui ne cherchas que leur salut, sur toi qui ne dus la plus

rande partie de tes maux qu'à ton amour pour ellest Îs se lèvent aussi de leurs couches fanèbres, ces libéra- ' teurs de l'Amérique, et Washington, et Bolivar, et fi) Champlain à qui la race française on Amérique doit ses il hautes destinées. Ils s'approchent vêtus de leurs robes UE triomphales et conduisent au tombeau du Grand Découvreur, l’étonnante multitude des peuples civilisés du li 1 Nouvenu Monde. A cet éclat royal du sacerdoce, recon- | 1 naissez Las Cnsas; le glorieux de Laval le suit, et, (1 après oux, l'illustre phalange des Pontifes ‘prend sa (1. 1 ace autour de la tombe du héros, tandis qu'au dessus de l Rurs têtes, l’armée des martyrs et des missionnuires du Nouveau-Monde, le chœur ravissant des vierges, épouses de l'agneau, chantent l'immortel hosanunab. Mais laisserez-vous les générations passées célébrer seules l'apothéose du Grand Déeouvreur? Ne viendrez-vous pas, vous, générations présentes ; et vous faibles tribus, débris de ce qui fut un peuple roi; et vous, 6 peuples civilisés du Nouveau-Monde, vous qui de votre puissance e et de votre nombre inondez les deux Amériques, vous qui enlevez des mains affaiblis de l’ancien monde le sceptre de la civilisation.

Que les évêques viennent et obtiennent du Vicaire de Jésus-Christ les honneurs do l'autel pour le glorieux héros de la Croix! Et vous, hommes favorisés du ciel, artistes, poëtes. orateurs,quel plus grand sujet peut enflammer votre génie ? Où trouverez-vous ailleurs des actions et un héros plus illustres à célébrer? Venez tous et commencez Mhyrbs solennel dü triomphe, tandis que d’un pôle à l’autre de l'Amérique au pied des hautes montagnes et sous les forêts vierges, les échos des grands fleuves et des grands lacs de la terre libre du Nouveau Monde, frappés de vos accents, répéteront: Gloire! Gloire à Colomb! le découvreur d’un monde, le Père de l'Amérique ! ”

AUTEURS consULTÉS.—Roselby de Lorgues, le comte de Bossy, ke Washington Irving, Las Casas, etc., etc.

» elles! libéraar, ot loit ses s robes Découés du reconait, et, nd sa ssus de inuires iorges, aunab.

"seules )Z-VOUS tribus, 33 Civissance s, VOUS nde le

aire de orieux 1 ciel, , pout 1rs des Venez mphe, ed des échos bre du eront :

nonde,

Bossy,

Page 1