DÉ LA
IIVTRODUCTIOIV.
Parmi les Êtres matériels répandus à la surface ou dans les profondeurs du globe terrestre, les uns naissent d'individus semblables à eux et n'ont qu'une existence limitée; les autres, inhabiles à se reproduire, naissent d'êtres dissemblables et peuvent exister de toute éternité. Dans la première classe , viennent se ranger les animaux et les végétaux, c'est-à-dire tous les êtres organisés; dans la seconde , les matières inertes , c'est-à-dire tous les êtres inanimés.
Si vous semez une graine de Tabac ne pesant que
â à 5 milligrammes , vous récolterez au bout de
quelques mois une plante dont le poids sera un
million de fois plus considérable que celui de la
semence. De même, le jeune poulet, au moment où il vient de briser sa coquille, ne pèse pas la cen* tième partie du poids qu'il atteindra au bout d'une année. Il y a donc pour ces individus une organisation spéciale qui leur permet de s'assimiler les éléments nécessaires à leur accroissement , et cela sous l'influence de cette force mystérieuse qu'on nomme la vie. Jamais sans doute il ne sera permis à l'Homme de connaître l'essence même de cette force; il essaye du moins de comprendre quelle influence elle exerce sur les phénomènes d'absorption et d'assimilation qui se passent dans l'organisme : il voit alors intervenir des réactions chimiques du plus haut intérêt; mais lorsqu'il veut lesi comparer à celles du laboratoire , il s'aperçoit qu'elles sont profondément modifiées par l'action vitale, et, s'il parvient à connaître la composition exacte des produits ultimes , il n'en saisit presque jamais ni la cause première ni la filiation. Il trouvera bien dans les feuilles du tabac : de l'acide malique, de la nicotine ; dans la chair du poulet: de la créatine, de l'acide inosique, etc.; il pourre facilement analyser tous ces composés, dire combien ils renferment de carbone , d'hydrogène , d'oxygène et d'azote , mais il ne sait pas comment ils ont pris naissance.
Ces réactions inconnues par lesquelles l'organisme des végétaux et des animaux crée, avec l'aide de 4 ou 5 éléments tout au plus, une multitude de composés différents; ces réactions, dis-je, continueront-elles d'elles-mêmes après que la vie aura cessé son cours? Des plantes arrachées du sol, des animaux morts récemment emprunteront -ils à l'air, comme pendant leur vie, les mêmes éléments dans les mêmes proportions, accompliront-ils en un mot les mêmes fonctions chimiques? Non assurément, et, une fois la mort arrivée, l'être organisé redevient matière inerte incapable de résister aux forces nouvelles qui vont s'emparer de lui et qu'il ne pourra même pas modifier. Cet assemblage admirable d'organes, obéissant jadis comme autant de rouages différents à une impulsion unique , ne sera plus qu'une masse pesante contenant des proportions variables de carbone, d'hydrogène, d'oxygène , d'azote , etc. , etc. Ces divers éléments n'étant plus protégés par les forces physiologiques, obéiront aux lois des affinités chimiques ordinaires et, subissant la décomposition putride ^ se transformeront en acide carbonique, eau, ammoniaque , hydrogène sulfuré et autres produits plus complexes» Entre ces réactions et celles par lesquelles les chimistes brûlent ou réduisent les ma-
tières organiques, il n'y a guère d'autre différence que celle du temps employé.
Il existe donc entre les forces vitales et les forces chimiques un antagonisme continuel qui ne cesse qu'avec la vie. Essayons maintenant de faire connaître les phénomènes qui se passent lorsque la mort frappe les êtres organisés , c'est-à-dire lorsqu'ils sont abandonnés à la décomposition putride.