‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 25 sur 520 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

I . — Les Caritat sont une vieille famille du Midi * . Originaires de la principauté d'Orange, où ils ont tenu un rang considérable, ils émigrent, au milieu du xv!"" siècle, dans le sud du Dauphiné. Là, près de Nyons, s'élève le château de Condorcet, dont Henri de Caritat devient maître et seigneur par son mariage avec Sébastienne de Poitiers. Race ardente et passionnée, les Caritat de Condorcet embrassent des premiers la Réforme ' ; et, pendant quarante ans, ils défendent obstinément la nouvelle religion. Serviteurs d'une cause, non d'un homme, entraînés au combat par leur humeur batailleuse et la véhémence de leur foi, non par l'ambition, ils refusent de s'inféoder à aucun prince, ni à aucun parti; et quand au XVII* siècle, de gré ou de force ^, ils abandonnent le protestantisme pour Rome, ils n'ont rien gagné à leurs conversions successives. Au xvui* siècle, malgré la différence des temps, ils présentent encore les mêmes traits caractéristiques de fierté et d'indépendance. Peu fortunés, ils ne sont pas devenus courtisans; apparentés aux premières familles du Dauphiné, ils n'ont su obtenir ni pensions ni dignités fructueuses. Pas plus que la fortune, le progrès n'a prise sur eux ni ne les attire. Nobles, ils gardent les pré^

1. Cf. pour tout ceci : Lacroix, Arrondissement de Nyons, 1, 247-249, et J. Rance, J. M. de Condorcet, p. 5.

Page 1