LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE
I. — Condorcet était retourné à Auteuil le 9 août, comme il faisait tous les soirs pendant Tété. Dès qu'il entendit, le 10, le bruit du tocsin, il se hâta de rentrer h Paris et arriva au Manège quelques instants avant le roi. Il trouva F Assemblée « plus inquiète qu'effrayée, courageuse mais sans dignité * ». Lui-même se demandait avec angoisse où s'arrêterait la fureur populaire. H s'applaudissait de la défaite du roi; mais il craignait que l'insurrection ne s'attaquât aussi à la représentation nationale et n'aboutit ainsi à la ruine de tout ordre politique, de toute autorité légale et constitutionnelle. «Je n'étais pas, a-t-il écrit, dans la confidence, et seulement un peu après la canonnade, un de mes amis vint me dire que l'Assemblée serait respectée *. »
Après la victoire des sections, il ne pouvait plus être question de rejeter leur demande. La Législative, débile, dut, se démentant elle-même, prendre sans retard les décisions qu'elle avait, la veille, indéfiniment ajournées. Le roi, sinon le trône, était condamné. 11 restait seulement à choisir entre les systèmes en présence. La commission des Vingt et Un, renforcée par quatre membres nouveaux, tous amis de Guadet et de Brissot ', pcmsta dans ses anciennes résolutions : elle jugea, sans discussion, qu'elle ne pouvait prononcer la déchéance de Louis XVI, « sans montrer de la faiblesse, sans contredire les autres résolutions ^ » ; elle arrêta de demander à l'Assemblée la suspension du roi, la convoca-