PARISIENS
Centre de civilisation, de sociabilité , d’affaires , de plaisirs, Paris est la capitale du monde. Paris aussi estil le point où convergent tous les vœux, tous les désirs, toutes les ambitions. La grande ville, comme un despote, dicte ses lois à la France 3 armée du sceptre de la mode, elle commande à une population innombrable empressée à lui obéir, à satisfaire aux exigeances de ses moindres caprices. La tyrannie de son humeur changeante s’impose à la France entière ; là d’ailleurs est le siège du gouvernement ; Paris est le théâtre de la gloire, des succès, de la faveur ; tout y aboutit: argent, pouvoir, talens, réputations.
Qui oserait révoquer en doute' l’influence de la capitale? Elle s’étend bien au-delà de la limite des Pyrénées, elle franchit la barrière du Rhin; l’étranger luimême, malgré son nationalisme entêté, ne veut-il pas faire son pèlerinage à Paris. Pour l’Anglais, l’Italien, le Russe, l’Autrichien, le complément de l’éducation politique et morale est un voyage dans la capitale de cette France si favorisée et si enviée à la fois.
C'est à ces nombreux visiteurs de la grande ville, qu’un orateur de la révolution (1) appelait le Palais- Royal du. monde civilisé , que nous offrons aujourd’hui un Guide tracé sur un plan entièrement nouveau.
Certes ce ne sont pas les cicevone qui ont manqué aux voyageurs. La topographie, la géographie ne leur ont pas fait faute pour les diriger dans les rues , dans les places, sur les quais, aux carrefours de la capitale ; l’étalage du moindre libraire est bariolé d’itinéraires, de guides, de conducteurs, de tous prix , de tout mérite , de tous formats; Dulaure d’ailleurs ouvre à l’étranger les tiesors des antiquités parisiennes dans la volumineuse histoire où il a tracé les différens âges de la capitale de la France; on y peut suivre le développement pro~
(1) Anachaïsis Clootz.
viij
gressif de cette grande cité, qui commença, ainsi que Rome, par être un village composé de quelques cabanes de pêcheurs ; mais cette instruction suffit - elle au
voyageur ? .
Le plaisir, le besoin de distractions , ne sont pas les seuls motifs de voyage pour un grand nombre d’indi* yidus qui se rendent a Paris : beaucoup ont des afîaires à régler, un procès à soutenir, un emploi à solliciter; qu’importe d’ailleurs le but de leur séjour dans la capitale ! une loi commune à tous leur prescrit une circonspection scrupuleuse , une connaissance exacte du moral comme de l’itinéraire de la capitale.
Avant tout, le voyageur doit donc se mettre au fait des détails de la vie parisienne: pour lui la chose la plus précieuse c’est de se faire un tarif exact qui 1 éclairé et le guide dans les transactions indispensables avec les diverses industries avec lesquelles il entre en. contact chaque jour.
Ici plus d’un voyageur objectera qu’il ne vient pas à Paris seulement pour faire des achats, pour perdre ses écus et sontemps en plaisirs; certains se prétendront les gens les plus affairés du monde. Qu’importe ! on n’est pas toujours au Palais de Justice, chez un notaire, a la chambre ou dans le cabinet d’un ministre. Il faut dîner , il faut passer la soirée quelque part, se mettre en contact avec Paris , enfin ; on y touche toujours par le maître d’hôtel garni, parle restaurateur, parle cocher ; on y touche par mille nécessités, par mille relations instructives et inaperçues: il faut enfin subir les conditions du voyage.
Trop souvent il existe chez le provincial, chez l’étranger, une prévention qui refroidit en eux le désir de visiter Paris. De mensongers récits, de sottes théories de voyage leur ont représenté la capitale conspirant contre leur bourse, spéculant sur leur bonne foi, leur enthousiasme, leur crédulité. Il semblerait, à en croire leurs terreurs , que tous les Parisiens les attendent dans la cour des messageries ou à l’hôtel des postes, pour rançonner la naïve ignorance de nouveaux débarqués.
Dieu sait pourtant si personne ( le journal des voyageurs excepté) s’inqiiiète de l’arrivée ou du départ des nombreux visiteurs de la capitale; et cependantj cette
S — JttrSSSS:
^s±ssss^^sss
tent le caractère listinctif des hâtons dé ^caïi^r''
peupleSde<PatrSP-rünvr0nS paS lci 'lePIaiJ<'> la cause du mictions de Va mau"?1 T Ué Ct folie; les ^crin’ont nécessité ianVis r V 'fU“'eur et, de l’injustice
leurs tous £?«£££.’ ne loTiul d’ai1'
enclins à la médisance ef pas naturellement
dres se iouent-ilsTo^’ 1 lef J^nçais qul vont à Lon- Demandez à un Anfci britannique?
levé le plan moral de Saim Prit en Russie, qui a
poIedel’emX est àsen s» e,:Sb0U:'S’,si la m«»°relations pXt®. d« éc,;tsnVlrn!Pr°Cl,a,’le ; lisra 1»*
on les examine est toujours bien au-dessous des’ 9 -d
oXuirœr68 d-’ t *>***»«&■
ger, d’amender son admiration Jn ^ farce.de c°mla mauvaise humeur aSn ■ présence du positif,
se fortifie d’un sentLenVde bûsm tT^T^T pas mieux gue de saidr ^ 1 e demande
que toujours à l’avantage dunauLaHsmrAM U‘ ‘T”' est patriote ananrl naiisme. AhJ que l’on
Eusse est Russe PAnel"6^ V*6 >S?n ?r8ent! comme le
lorsqu’au retour ’d’un fn^t ‘^■nêlaisî le Hanois Danois,
billets de banüue lafss^â ““ TT U '“g"»* au i
le* boudoir d’une danseuse Cerde °S elTa,‘§ers> dans rateurs. > au comptoir des restau-
QuVn n’induise pas toutefois de ceci que nous pré-
X i * J- Q „T1>x Paris tout soit pour le mieux. Les-
à -Ste prU? ne sont-ils pas exposés a des meplaisirs J ” i ^es mécomptes qui leur don-
leSNousSn'e sommes pas dans l’âge d’or,et il y •. .longtemos nue la déesse Astrée s’est refu^iee au ciel , les noTK. ^disent du moins ; qu’il soit siècle de fer, qu’il soit siècle d’argent, le temps qui court est assurément celui oà chacal pense à son intérêt personnel ; au,ourdtiPi» mi/Jpourrait servi,- de devise an genre Immole l’étranger qui déliarque à Paris se considère donc si telle est sa fantaisie, comme en terre ir^°fP " lalière. pourvu qu’il soit homme de bon sens et de bon goSrî’Lonvénient ne sera pas grave; »o« devons toutefois , dans cette supposition meme, lui quelques conseils dictés par l’expenence, et dont il no
S, manquer d’apprécier la justesse et l’utilite.
Choix d’un, hôtel.
Le séjour d’unliôtel garai est toujours préféra» epour
à celui l’une maison particulière ; l’indépendance est,
«oui* le voyageur, le premier des biens, et pour son a gent il est sir de trouver dansla capitale tous, ks som^ toute la bienveillance r tout le comfortable que 1 on
PUC’estddanseie quartier où doivent le plus souvent l’appeler ses affaires ou ses plaisirs, que le voyageur doit choisir son hôtel. Le voisinage des boulevards et d théâtres convient à celui qui veut s amuser sans trop compter avec sa bourse-; le faubourg St.-Germain a celui qui cherche des plaisirs tranquilles ; le quavtiei latin aux studieux amis de la science qui demandent de l’instruction à bon marche.
Il est un genre de déception contre lequel doivent se mettre en garde les voyageurs : c’est celui des annonces pompeuses des journaux et des cartes officieuses , remises par les colporteurs appostés dans la cour des messageries^ ou par les conducteurs eux-mêmes.
Trop souvent aussi le voyageur choisit de préférence un hôtel qui a pour enseigne le nom de sa ville ou celui de son pays. 11 est rare qu’il trouve alors des compatriotes ; le mie ux est, avant son départ, de consulter des personnes qui, ayant fait elles-mêmes le voyage de Taris, puissent donner un avis désintéressé, ou de*choisir dans la liste placée à la lin de cet ouvrage. Là, en effet, nous avons consigné (page 288] l’adresse des hôtels les plus justement famés.
Du choix d’un hôtel dépend souvent la somme de plaisirs que l’on doit retirer d’un voyage à Paris.
Tables d hôtes.. — Restaurateurs.
Tout hôtel a sa. taole d'hote; la se trouvent réunis à heure comme à prix fixes les commençaux de la maison, amis y pare ns , voyageurs d’habitude ; chacun semble chez soi. Le nouvel arrive, Vinslrus autrement dit, ne doit attendre a la table d’hôte ni égards ni attentions; chacun y est pour soi: aussi est-ce une duperie insigne que de prendre place à la table d’hôte de l’hôtel que 1 o ii liülxite» Si ci toute force on veut dîner cîiez soi c^est dans son appartement qu’il faut se faire servir: la du. moins on évité les sots discours } les historiettes vuîgaiies, et les parasites répétitions de journaux.
Il est un autre genre de tables d’hotes contre- lequel nous ne saurions trop mettre en garde nos lecteurs ; qu’ils pous permettent ici de prendre un ton plus giave, le sujet en comporte la peine, et une expérience tiop chèrement acquise nous donne le droit d’adresser à l’étranger qui visite Paris des conseils dont il lui sera facile d apprécier la justesse et la poitée.
Liop de maisons abondent, où des plaisirs faciles sont offerts à l’étranger; sous l’appât d’un dîner comfortable, et dont le prix ne dépasse pas les bornes d’une raisonnable aisance, il se trouve attiré dans des maisons où tout est apprêté pour le charmer et le séduire. i\u repas servi avec délicatesse et simplicité succède le
champagne; le café, les liqueurs paraissent bientôt ; les tables <le jeu se dressent au moment où la raison moins forte résiste a peine à de trop séduisantes tentations. Des hommes pleins de grâce, d’esprit, de séduction, se groupent alors près du nouveau venu ; sa bourse (revient le point de mire de ces spéculateurs inconnus, hors de la capitale, et bientôt dépouillé, l’honnête voyageur jure tout étonné , de ne s’y plus faire prendre. Quelque sûr que l’on soit de sa sagesse, de sa prudence, de sa raison, ce fléau permanent des tables d'hôtes les doit faire fuir. La Manon de Voltaire tombe, malgré sa vertu, dans tous les excès, et La Fontaine assure que la prudence est mère de la sûreté (1).
Dînez donc chez le restaurateur; là les prix sont inscrits sur la carte, vous consommez à votre guise; Paris est le pays du monde oû l’on puisse vivre plus chèrement et à meilleur marché; ne vous laissez pas, au reste, surprendre aux déceptions de l’enseigne ni aux caprices de la réputation; en fait de restaurateurs comme en mille autre occurrences, c’est à sa propre expérience seulementqu’ilfaut avoir foi ; probité, vitesse, propreté, voilà les qualités essentielles clés restaurateurs de Paris : quant au choix, c’est à la capacité de votre estomac et à la rotondité de votre bourse qu’il faut vous en référer à huis-clos. Le Rocher deCancale etVéry sont toujours, en dépit delà critique, les premières maisons de Paris : mille autres cependant méritent la clientelle des voyageurs; c’est le goût, la prédilection, la fantaisie qui peuvent seuls décider du choix.
Nous tenons toutefois à terminer ce chapitre par un aphorisme : mieux vaut chez le restaurateur être bien venu du garçon que du maître de l’établissement.
Visite aux momimens publics.
Qui voudrait voir Paris sans visiter en détail ses monumens nombreux, ses curiosités céièbves ? jl n’y a que le Parisien pur-sang, cet être à part, inert, facile, doux,
(l) Les plus célèbres maisons de ce genre sont celles tenues par Mme Magnol, rue de Cboiseul; Mme Dumas, passage Pelletier, n. 0; Mme Feltis, rue Pelletier; Mme Meny Simon, rue Neuve-Saint- Augustin.
xiij
bizarre, qui puisse couler sa vie entouré des cheïf-d’ceuv es des arts, sans s’inquiéter de leur durée non plus que de leur existence.
Dans ce volume, où l’on s’est appliqué à rassembler sous une forme synoptique et succincte, tout ce que le voyageur doit désirer de connaître, on trouvera la description minutieuse des monumens, des singularités s des objets d’arts, qu’enserre en si grand nombre notre* admirable capitale ; nous n’avons donc ici qu’à indiquer au voyageur la manière la plus simple, la plus artistique de visiter les monumens parisiens.
D’abord, au loin les cicerone0 misérables répétant mal un rôle mal appris, estropiant tout, dates, noms, événemens. Le voyageur jaloux de voir en conscience les nombreuses curiosités de Paris n’a qu’un guide à consulter, c’est notre livre. Pour le trajet à parcourir, qu’il prenne une voiture de place (citadine), le cocher, plus attentif, plus intelligent, plus probe surtout que tous les cicerone possibles, le conduira de monument en monument.
Sterne a loué l’urbanité sans afféterie, la naturelle obligeance du Parisien} à chaque pas le voyageur pourra se convaincre de la justesse de l’éloge. Toute demande de la part d’un étranger est acceuillie avec intérêt, il n’est personne, depuis l’homme du peuple jusqu’au plus recherché citadin, qui ne s’empresse de le renseigner, de l’instruire : aussi une fausse timidité ne doit-elle jamais l'empêcher de faire des questions auxquelles il est sûr devoir adresser une réponse bienveillante. Quant aux très rares demandes d’argent qui peuvent lui être adressées dans le cours de sa visite aux monumens publics, c’est à lui seul qu’il appartient d’y satisfaire d’après sa générosité et la rotondité de sa bourse. A Pans tout monument public est gratuitement livré à la curiosité du voyageur ; la simple exhibition de son passeport lui ouvre les portes des établissemens qui, pour les habitans de la capitale, ne sont accessibles qu’à jour fixe } bien différens de nos voisins, chez qui toute curiosité se paye, et qui rançonnent le voyageur do chapelle en chapelle, de tableau en tableau, nous faisons largement les honneurs de notre capitale; aussi le désintéressement de l’hospitalité parisienne est-il aujourd’hui passé en proverbe dans Pfewrope entière. H
Nous terminerons ici cette courte instruction, qui n’était pas inutile peut être ; renvoyant le lecteur pour tout ce qui est didactique et spécial, à la nomenclature descriptive des monumens que l’on s’est applique dans ce volume à rendre précieuse sous le double rapport de l’exactitude et de la concision.
Cabinets de lecture.
Les cabinets de lecture abondent à Paris , ils se divisent en deux classes : dans les uns on ne trouve «uère que les journaux, les brochures nouvelles et quelques ouvrages de circonstance ; les autres offrent un assortiment de livres précieux, et suppléent avec avantage les bibliothèques publiques. Les collections complètes de journaux, depuis le Moniteur jusqffa la Némésis, les pamphlets rares et curieux de nos divers âges politiques, les œuvres de nos grands écrivains , les traductions des auteurs étrangers , tous les ouvrages nouveaux, à quelqu'école à quelque spécialité qu’ils appartiennent, s’y trouvent reunis. Ces établissements sont d’ailleurs tenus avec un soin, une convenance dignes de remarque. On y trouve tout ce qui est necessaire pour faire sa correspondance. Un silence parfait règne dans ces salons consacrés à l’étude, comme à la récréation de l’esprit. La modicité du prix est telle , que dans les plus chers , la séance coûte 30 centimes 9 la lecture d’un journal 5 centimes.
Nous nous abstiendrons de signaler à la préférence de nos lecteurs aucun cabinet littéraire. Dans tous on trouve les journaux, les nouveautés, du papier, des plumes, etc. Nous indiquerons seulement les plus riches salons d’étude et de lecture.
Le cercle littéraire , Palais-Roy 'al, n. 88. Sa bibliothèque contient 25 mille volumes ; il reçoit, outre tous les journaux de Paris et des départemens, les feuilles Anglaises, allemandes. Italiennes. On s’y abonne au mois.
Le salon littéraire , galerie de Patois , n. i56. C’est surtout pour les nouveautés, pour les pamphlets que le salon est renommé. 11 est riche aussi en anciens journaux, il possède telle collection précieuse (celle du journal des Jacobins par exemple ) que la bibliothèque Royale ne peut parvenir à se procurer.
La Tente $ galerie de Pierre , n. 6. Aussi bien assorti en nouveautés que ses confrères: ce cabinet possède l’assortiment le plus précieux en romans , en écrits politiques, en collections de journaux.
Le cabinet Anglo-Américain , rue Neuve Saint-Augustin, est le mieux assorti de tous en feuilles étrangères. Il est fréquenté spécialement par les Anglais, les Américains, les Espagnols, les Italiens elles Polonais.
Cet établissement, récemment fondé, possède la plus honorable c Lien telle.
Salon G alignant , rue Vivienne, n. 48. Plus ancien que le salon Anglo-Américain; le cercle de MM. Gaiignani se recommande à la fois par une bibliothèque précieuse de livres étrangers et par ses collections de journaux en toutes langues. Dans les circonstances importantes, les journaux y arrivent par estafette. Cette maison est tenue avec une régularité exquise. On y trouve la réunion de l’exaciitude , de l’urbanité anglaise, de Publia eau ce et de la bonne grâce française. MM. Galignam sont éditeurs du seul journal anglais qui paraisse à Paris.
Ses Théâtres.
Les théâtres sont, sans contredit, un desplus puissans attraits que présente Paris au voyageur. Leur nombre , leur variété, le mérite des ouvrages qui s’y représentent, Ja perfection de l’exécution, leur assurent une incontestable supériorité sur ceux de toutes les autres capitales. Chez nous on chante l’opéra mieux qu’au cœur de l’Italie; la tragédie s’y joue mieux qu’à Londres, et pour la comédie, notre scène est restée la première du monde.
Nos eonseils ne sauraient cire d’une grande étendue en ce qui concerne les théâtres: le lecteur trouvera en son lieu la nomenclature des 18 théâtres qui, chaque jour, font un appel au public ; il verra le détail des prix divers de chaque place; une première visite dans une salle de spectacle, lui apprendra qu’il faut, pour être bien placé , se rendre de bonne heure au bureau, ou louer une stalle; le journal-programme qui se vend dans l’intérieur lui dira le nom desactenus; s’il est même curieux de connaître la biographie des actrices, d’obli -