‹ Confâerences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'Eglise catholiqueChapitre 6 sur 15 · SIR LA SATISFACTION ET LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

SIR LA SATISFACTION ET LE PURGATOIRE

Recevez le Saint-Esprit, les péchés que vous remettrez seront rerais, et ceux que vous retiendrez, retenus. (Saint Jean.)

Au début de ces conférences , j'ai eu occasion de le dire : rien n'est plus difficile que de faire accepter nos croyances par les personnes dont le Symbole s'écarte du nôtre , parce qu'elles élèvent, sur chaque point de doctrine, les difficultés les

plus contradictoires. Cette remarque acquiert un degré de plus de justesse , quand il s'agit du sujet que je viens de traiter, et dont les développements vont encore nous occuper. D'un côté, je l'ai dit, on nous répète que la pratique imposée par l'Eglise catholique comme nécessaire pour obtenir la rémission des péchés est trop cruelle, trop dure , trop au-dessus des forces de l'humanité pour que la souveraine bonté de Dieu en ait fait la condition indispensable du pardon. On l'a appelée la torture , le supplice , la boucherie de l'âme (1), et on affirme que cette sévérité impitoyable , ce caractère de barbarie , sont une une raison suffisante pour l'exclure des institutions du christianisme avec la douceur céleste desquelles elle n'est point en harmonie. Mais, d'un autre côté, on prétend que les opinions des catholiques sur le pardon des péchés encouragent au crime en ouvrant de plus larges avenues au pardon. Vous savez le reste. Dans nos opinions, assure-t-on, il ne s'agit que de s'agenouiller devant le prêtre ; dès lors on se relève absous et parfaitement justifié pour rentrer dans la carrière du crime.

Mais comment ces deux objections, contradic-

(i) Carnilic'ma animai.

toires peuvent-elles se concilier? Si la pratique de la confession est si dure et si rigoureuse, comment est-elle un encouragement au péché ? Cette question va devenir plus difficile à résoudre, et la contradiction de nos adversaires plus étrange quand nous aurons développé la doctrine de la satisfaction.

Ici encore nous allons nous trouver aux prises avec cette argumentation contradictoire. On nous le dit , et ce sont les théologiens les plus instruits de ce temps qui nous le disent, ce seul principe , que l'homme peut satisfaire à la justice divine , suffit pour rallier les catholiques, placés sous l'influence des corruptions de l'orgueil , à la doctrine que nous professons sur la pénitence. Cette idée de pouvoir satisfaire à Dieu flatte, nous dit-on, la vanité immense dont l'homme est travaillé, et il l'adopte de préférence aux moyens proposés par les autres religions. Qu'un pareil raisonnement atteste une ignorance profonde du cœur humain ! Quoi î un système qui exige du pécheur, non-seulement un profond sentiment de douleur et de regret d'avoir péché, nonseulement une ferme résolution de ne plus offenser Dieu et de réformer sa vie, mais qui, en outre, lui impose toute une suite de douloureuses obligations, celle de déclarer ses fautes. les plus secrètes

à l'un de ses semblables, celle de se punir lui-même et de crucifier sa chair; celle de jeûner, de prier, de pleurer et de faire l'aumône suivant sa fortune; quoi ! par cela seul qu'on admet que toutes ces souffrances et toutes ces mortifications ont une liaison éloignée, indirecte avec l'idée de la satisfaction, et y font contribuer, pour une part infiniment petite, le pécheur, ce système deviendrait , par cela seul , si flatteur, si rempli de séductions, qu'on ne trouverait plus, désormais, quedélicesdansl'humiliation de l'âme, les angoisses du repentir, le jeûne, l'aumône, la mortification , la prière ! Je le répète , il faut avoir une connaissance bien superficielle de la nature de l'homme , de ses sentiments et de ses passions , pour penser qu'ils opposent au péché des barrières plus puissantes, les systèmes religieux qui ne demandent point au pécheur le moindre acte extérieur qui puisse lui être désagréable , et qui n'exigent de lui que cette conviction toute théorique qu'il ne fait rien , qu'il ne peut rien faire pour sa propre justification , et que ce sont les mérites seuls du Christ qui le justifient. Balancez les épreuves qu'imposent les deux systèmes , les sacrifices qu'ils exigent , et dites ensuite lequel des deux est le plus sévère et lequel des deux préférerait le pécheur, si l'un et l'autre avaient la même efficacité?

Mais n'es>ce pas une pitié vraiment qu'on n'ait pas vu apparaître quelque théologien protestant dans les premiers âges de l'Eglise, une pitié qu'on n'ait vu aucun docteur de la réforme se dresser sur le seuil du vestibule des temples du Christ , et dans les cours extérieures , qui , au sein des grandes cités , précédaient le portajl ? Comme il eût crié à ces pénitents vêtus de sacs et couverts de cendres, dont quelques-uns prolongeaient, depuis vingt et trente ans , leur laborieuse pénitence : « Malheureuses victimes , pauvres créa- » tures trompées , que faites-vous ? Vous êtes » soutenues par l'idée que ces actes pénibles satis- » font à la justice divine. Eh bien , c'est sans » fruit que vous vous soumettez à toutes ces souf- » frances ; vous n'acquérez point par là 1$ moin- )) dre faveur, la moindre grâce de Dieu ; au con- » traire , vous outragez à la fois sa bonté et sa » puissance , et vous déniez au Christ l'effica- » cité de ses mérites et la vertu salutaire de son » sang qui vous a rachetées. Élevez seulement vos » cœurs à Dieu, appliquez- vous les mérites de » notre Rédempteur, sans avoir besoin de toutes » ces œuvres de pénitence, vous serez à l'instant » justifiées, et vous pourrez consacrer à des occu- » pations plus utiles le temps que vous perdez » aujourd'hui. » Tel eût été , sans aucun doute,

le langage d'un théologien protestant, s'il eût existé dans les premiers âges de l'Église. Pensezvous que ces saints pénitents eussent été dociles à sa parole ? Pensez-vous qu'ayant présent à la pensée l'exemple de David et des saints qui se retirèrent du monde pour expier leurs péchés dans l'humiliation et l'affliction devant Dieu et devant son peuple, leurs yeux se seraient ouverts pour leur faire reconnaître la fausseté du principe en vertu duquel ils jeûnaient , souffraient et priaient ? Quelque chose de plus : dans une époque où le christianisme était si proche de son berceau, avait-il déjà perdu la connaissance et le sentiment du principe fondamental de son exislence ?

Avant d'aller plus loin , il importe d'examiner, d'une manière plus précise, les deux principes de justification. On prétend que le catholique détruit l'efficacité des mérites du Christ, parce qu'il pense que , sous certains rapports , il est en son pouvoir de satisfaire à la justice divine pour le péché; en d'autres termes, on maintient que l'intervention de l'action de l'homme dans l'œuvre de la justification est radicalement opposée au principe de la justification opérée par les seuls mérites du Christ. Or, je le demande, quel est le système qui n'attribue pas au pécheur

ime aussi grande action dans la justification que le système catholique ? Dans le système protestant, l'homme s'applique à lui-même les mérites de notre Sauveur, et cet acte suffit à le justifier. Mais cet homme est un pécheur, et quoi de plus difficile que l'acte dont il vient d'être question pour un homme enseveli dans le péché ? Cet acte ne suppose-t-il pas , dans le coupable , une puissance et une énergie plus grandes que cette doctrine catholique , qu'à Dieu seul il appartient de remettre les péchés , mais qu'il exige du pécheur les humiliations et les épreuves de la pénitence , pour apaiser, jusqu'à un certain point, la majesté divine offensée? Certes, ce n'est pas trop donner à l'homme justifié par la grâce ; car les catholiques reconnaissent , comme vous le verrez, que la grâce est l'instrument principal de l'œuvre de la satisfaction. Combien n'attribuez-vous pas plus à l'intervention humaine, lorsque vous supposez qu'en un seul instant, l'homme, enveloppé des liens de son iniquité, peut s'approprier les sublimes mérites du Christ, et que, par le seul effort de sa volonté, il s'en revêt si parfaitement, qu'il demeure justifié et pur devant l'œil même de Dieu? Le dernier système attribue à l'homme un acte de justification complet, immédiat, absolu; l'autre lui impose des conditions pénibles , subor-

données à l'action d'un sacrement, avec la consolante pensée que Dieu daignera les accepter.

Faisons un pas de plus et recherchons actuellement quelle est, en réalité, la doctrine catholique relativement à la satisfaction. Je vous ai prouvé, en premier lieu , que le péché est remis par le moyen d'un sacrement institué pour cet usage par le Christ, et que, dans ce but, le pouvoir de prononcer la sentence du pardon a été communiqué aux pasteurs de l'Eglise. Mais remarquez que le pouvoir de remettre les péchés réside toujours en Dieu. Le prêtre n'agit pas plus en son propre nom dans le sacrement de pénitence que dans le sacrement de baptême où le péché originel est remis. Il est le ministre et le représentant de Dieu. Nous croyons que le péché est remis et ne peut être remis que par Dieu; nous pensons que, dans la justification intérieure du pécheur, c'est Dieu seul qui agit, car la justification ne saurait avoir lieu que par la grâce qui lui sert d'instrument, et par la rédemption qui est l'origine de la grâce et de la rémission des péchés. En effet, ni jeûnes , ni prières , ni aumônes , ni aucune des œuvres qui dépendent de l'homme, ne sauraient, suivant la doctrine catholique, avoir le moindre poids pour obtenir la rémission des péchés ou du châtiment direct qui y est attaché.

C'est ce qui constitue l'essence de la rémission , de la justification , et nous voyons que par ses propres forces l'homme ne peut rien.

Arrivons maintenant à la seconde partie du sacrement. Nous croyons que lorsque, par les mérites du Christ, nous avons ohtenu, dans le sacrement delà pénitence, la rémission de cette dette éternelle que nous contractons envers Dieu par le péché, il a plu à ce Dieu puissant de nous soumettre encore à des peines temporelles proportionnées à nos fautes ; et c'est seulement pour cette partie de la punition que , selon la doctrine catholique , l'homme peut satisfaire à Dieu. Quelles sont les hases de cette croyance? Je le dirai bientôt. Quant à présent, je veux établir, d'une manière plus claire que le jour, cette doctrine , que c'est seulement par rapport à ces peines temporelles que nous croyons que le chrétien peut satisfaire à Dieu. Mais cette satisfaction-là même est-elle un ouvrage? Non, car toutes ses œuvres ne sauraient devenir méritoires qu'en s'unissant aux mérites de la passion du Christ, et c'est à cette source qu'elles empruntent toute leur efficacité. Telle est notre doctrine sur la satisfaction , cette demi-suffisance, cette demi-puissance de satisfaction qui ont été considérées comme motivant la soumission du catholique à ces œuvres pénibles

de pénitence qui lui sont imposées par sa religion.

Mais , après tout, la question repose tout entière sur cette considération. Est-il dans l'ordre des conseils de Dieu , lorsqu'il a remis le péché, justifié le pécheur, lorsqu'il Fa fait rentrer dans l'état de grâce, est-il dans l'ordre de ses conseils de se réserver le droit de lui imposer quelques punitions pour ses transgressions ? Nous répondons, sans hésiter, qu'il en est ainsi. J'en appelle d'abord au sentiment de chacun, et je ne pense pas qu'il se rencontre un seul homme, quelque persuadé qu'il soit qu'il est rentré en grâce avec Dieu et que ses péchés sont effacés, je ne pense pas qu'il s'en rencontre un seul qui ne réponde à cet appel : lorsque les malheurs viennent le visiter, ne les regarde-t-il pas comme la punition de ses péchés ? D'où vient donc cette disposition naturelle que nous avons à regarder nos souffrances et nos peines comme envoyées par Dieu pour châtier nos transgressions , lors même qu'au moment où ces afflictions nous arrivent, nous ne serions pas dans les liens de l'iniquité? Le sentiment de cette vérité se retrouve dans toutes les religions, mais plus spécialement dans la religion du Christ. En effet, il est impossible d'étudier la parole de Dieu , sans y puiser cette conviction

quil visite les hommes pour leurs fautes, même après les leur avoir remises. Certes , lorsque nous considérons les vicissitudes auxquelles le juste est en butte , nous entrevoyons qu'elles sont tout à la fois destinées à le purifier, à le rendre plus humble , plus détaché de ce monde , à lui faire expier ces offenses légères dont il s'est rendu coupable par négligence ; mais, quoi qu'on fasse, l'idée d'une souffrance endurée se rattache toujours plus ou moins à l'idée d'une faute commise. C'est là l'esprit du catholicisme, qu'on l'étudié de l'un ou de l'autre côté de la croix. S'il est une remarque constante que l'on peut faire dans l'ancienne loi, c'est que le repentir et la pénitence servirent toujours de préface à la rémission du péché. Nous voyons, dans une occasion spéciale, ï)ieu lui-même faire une obligation de cette conduite. Quand, par exemple, il remit le péché deDavid par la voix du prophète Nafehan, l'homme de Dieu ne dit pas : « Le Seigneur t'a pardonné, lève-toi, tu » n'as plus aucun sujet de t'affliger, tu es pleine- » ment justifié devant Dieu. » Il lui dit, au contraire, qu'il doit pleurer son crime, et que, pour l'en punir, son fils, le fruit de l'iniquité, lui sera ravi (1). C'est ainsi encore que Dieu, punissant

(1) 2. Les nuis, mi, 14.

son dernier péché, celui qu'il commit en faisant le dénombrement du peuple d'Israël , le frappe avec une sévérité qui s'étend à la nation tout entière (1). Quoi de plus? Dans tous les cas que présente l'Ancien Testament , Dieu , après avoir remis à ses serviteurs leurs péchés, se réserve cependant de leur infliger , dans cette vie , un châtiment expiatoire, bien qu'il les regarde comme ses fidèles et comme ses élus. Nous voyons Moïse et Aaron , qui avaient commis une transgression peu grave contre ses commandements , nous les voyons frappés d'une peine sévère, postérieurement à l'assurance formelle donnée par Dieu , que leur faute leur a été remise. Il leur continuera ses faveurs, mais ils n'entreront pas dans la terre promise , après laquelle ils soupirent depuis si longtemps (2). Nous voyons Job, lorsqu'il a péché en paroles, s'humilier et déclarer qu'il fait pénitence dans la cendre et dans la poussière (3). Lorsque le prophète annonce aux habitants de Ninive la destruction de leur ville, le premier moyen qui s'offre à leur esprit pour expier leur péché , c'est un jeûne général, et tous, depuis le roi sur son trône jusqu'aux animaux

(1) Les Rois, xxiv, il.

(2) Nomb. xx, 12, 24. Deut. xnxiv, 4.

(:]) Job.,,XLII, G.

dans louis étables, devront jeûner pendant trois jours. « Qui peut nous dire, » répétaient-ils, « si » Dieu ne se retournera pas vers nous, et ne nous » remettra pas notre faute ? Il se relâchera de sa » colère , et nous ne périrons pas (1). »

Mais peut-être on répondra : « Tous ces faits » ont eu lieu sous l'ancienne loi , avant la promul- » gation de la loi de grâce et de liberté. » A cela une première objection , c'est que la conduite tenue par les serviteurs de Dieu , dans ces diverses occasions , ne semble pas dictée par une prescription spéciale, mais paraît être le résultat nésessaire et de la nature des prérogatives de Dieu et de la nature des devoirs de l'homme. Ce n'est pas dans la loi ancienne que nous en trouvons le premier exemple , c'est dans le paradis terrestre; lorsque le premier péché des auteurs de notre race leur eut été remis , les terribles conséquences de ce péché n'en durent pas moins peser sur eux et s'étendre sur toute leur postérité. Nous ne voyons point que l'Ancien Testament juge nécessaire de promulguer cette maxime , que ceux qui se repentiront et s'affligeront de leurs fautes obtiendront la rémission de leurs péchés ; non , mais antérieurement à l'Ancien Testament, cette

(i) Jonas, m, 9.

maxime est universellement admise, elle domine tout l'âge patriarcal , et semble puiser son origine dans cette croyance naturelle au cœur humain que Dieu exige, pour pardonner, le regret et le repentir. Nous avons donc toute la raison d'en conclure que ce principe , partageant le sort des principes appuyés sur une base semblable , a conservé son empire sous la loi de grâce. Quand bien même Dieu n'aurait pas dit, dans le Nouveau Testament, que le pécheur devait se repentir et abandonner le péché, pour obtenir la rémission de ses fautes, nous ne saurions conclure qu'il suffit qu'il ait exigé ce repentir et cet abandon du péché , sous la loi ancienne, pour que ces deux conditions deviennent inutiles sous la loi nouvelle. La raison, je l'ai déjà indiqué, c'est que le principe dont il s'agit n'existe pas seulement par institution, mais par essence , parce qu'il a sa source dans la connaissance des attributs de Dieu, et qu'il tire son origine d'une conviction instinctive du cœur humain. Si donc nous voyons, depuis le commencement des âges , Dieu remettre les péchés en se réservant d'éprouver ceux auxquels il les remet par des peines moins graves et des châtiments expiatoires , et si nous voyons > en même temps, ses serviteurs , les hommes, honorés de son choix et formés par ses enseignements, agir sous rem-

pire de cette conviction, que, par les pratiques de la pénitence, ils peuvent éviter ou adoucir les châtiments auxquels ils seront exposés, nous sommes fondés à soutenir, jusqu'à preuve du contraire , que ces peines et ces expiations doivent exister sous la loi nouvelle.

L'objection qu'on oppose à cette satisfaction d'origine humaine, c'est qu'elle est en contradiction directe avec les mérites infinis du Christ, car saint Paul nous dit que « nous sommes jus- » tifiés librement par la grâce de Dieu, par le » moyen de la rédemption qui est dans le Christ » Jésus. » Or on prétend que toute œuvre humaine est virtuellement contraire à la souveraine et absolue liberté de cette rédemption. Mais qu'il me soit permis de demander si ceux qui vivaient sous l'ancienne loi n'ont pas été justifiés aussi librement par le moyen de la même rédemption. Pour eux comme pour nous, n'est-ce pas la passion du Christ qui est la source de toutes les grâces, le seul moyen de salut? S'il en est ainsi, si l'on ne diminue en rien la toute-puissante efficacité de ses mérites infinis, en considérant le repentir de ces pécheurs, s'exprimant par les œuvres de la pénitence, comme propre à détourner la colère de Dieu, comment prétend-on que les mêmes pratiques peuvent aujourd'hui amoindrir les mérites infinis II. 13

dont il s'agit ? Vous le voyez, il n'y a pas une opposition essentielle entre le caractère infini des mérites du Christ et l'humble coopération de l'homme , entre la toute-puissante liberté de la grâce et les œuvres humaines qui n'interviennent que pour aider à son application. Nous demandons donc que l'on établisse, par des témoignages positifs , cette opposition qui ne ressort pas naturellement du fond des choses , et elle devra non - seulement exclure les œuvres mortes, mais déclarer que toute œuvre humaine est destructive de la rédemption.

Il est une opinion qu'on a souvent cherché à accréditer, c'est que les œuvres de pénitence accomplies par les saints de l'ancienne loi , et les châtiments qui leur furent infligés par Dieu, alors même qu'il leur avait accordé un généreux pardon, avaient pour but de leur éviter de nouvelles chutes dans l'avenir, et non de servir d'expiations à leurs transgressions passées. Gependant l'Écriture n'offre point trace de cette distinction; lorsque Nathan s'adresse à David, il ne lui dit point : « Pour qu'à l'avenir tu ne sois plus cause que » mon nom soit blasphémé par les nations, l'en- » fant qui t'est né périra ; » mais bien : « Parce » que tiî as donné aux ennemis du Seigneur » l'occasion de blasphémer son nom, l'enfant qui

» lest né périra. » Le royal prophète lui-même , lorsqu'il mange la cendre comme le pain, lorsqu'il mêle l'amertume de ses larmes à son breuvage , lorsqu'il arrose sa couche de ses pleurs , lorsqu'il a toujours son péché présent devant lui, et que son cœur est résigné à toutes les humiliations et à tous les outrages, indique-t-il qu'il considère tout cela comme un moyen de s'épargner de nouvelles chutes ? Non , c'est à ses yeux l'expiation de sa double faute. Pour en finir , dans quelque circonstance que ce soit , examinez la conduite des pénitents de l'ancienne alliance, et vous vous convaincrez que ce qu'ils font ils le font non pas en vue de prévenir le péché qu'ils peuvent commettre, mais d'expier le péché qu'ils ont commis.

Ajoutez à cela que loin de découvrir, dans le Nouveau Testament , un seul passage duquel on puisse faire résulter l'abolition des œuvres de la pénitence, nous voyons, au contraire, la nouvelle loi confirmer, à ce sujet, toutes les dispositions de l'ancienne. Notre Sauveur nous dit-il quelque part que le jeûne, de toutes les mortifications la plus usuelle pour punir rame pécheresse, dût cesser avec l'Évangile? Ne nous annonce-t-il pas, au contraire, que, « lorsque » Tépoux aura été ôté à ses amis , ceux-ci jeu-

» lieront (1 )? » A-t-il jamais blâmé cette croyance que les œuvres du repentir et les austérités des hommes qui pleurent, revêtus de sacs et couverts de cendre, ont une vertu efficace pour obtenir la rémission des péchés? N'a-t-il pas, au contraire, cité l'exemple de ces pénitents comme digne d'être suivi? JN'a-t-il pas dit : « Les Ninivites s'élève- » ront au jour du jugement contre cette race et » la condamneront, car ils ont fait pénitence à » la voix de Jonas (2) ? » Est-il une seule occasion dans laquelle il ait limité l'efficacité de ces pratiques, et dit à ses disciples que, si elles avaient eu jusque-là une valeur réelle relativement à la rémission des péchés , elles perdaient , depuis l'avènement du Christ, toute leur efficacité ? Et si, tout en blâmant, chez les pharisiens, des abus condamnables introduits dans l'accomplissement de ces pratiques de la pénitence , en leur enseignant à faire humblement et dans le secret ce qu'ils font au grand jour et avec un orgueilleux étalage, il n'attaque en rien la valeur intrinsèque de ces actes , mais laisse , sur ce point , les choses dans l'état où il les trouve, les apôtres ne durentils pas en conclure, et ne devons-nous pas en con-

0) Saint Matthieu, eh. ix, vers. 1S.

(a) IMd.t eh. xn, \evs. 41.

dure après eux, qu'il accordait une approbation tacite à cette doctrine qu'il n'a nulle part censurée ?

Voici quelque chose de plus. Que direz-vous des paroles de saint Paul , écrivant aux Colossiens : <c Moi, Paul, qui me réjouis maintenant, » dans les maux que je souffre pour vous et qui » accomplissent dans ma chair ce qui reste à » souffrir à Jésus-Christ , en souffrant moi-même » pour son corps qui est l'Église (1 )? » Vous avez entendu : ce qui reste à souffrir à Jésus-Christ ! Et ces souffrances, par qui doivent-elles être endurées ? Par un homme, par un homme qui accomplit dans sa chair ce qui reste à souffrir à Jésus-Christ. Quel nom donnerez-vous à cette doctrine? S'agit-il de compléter l'œuvre des souffrances du Christ , par rapport à leur application ? ou plutôt ces paroles ne supposent-elles pas que l'homme a beaucoup à faire pour se mettre en possession des trésors que notre Sauveur nous a acquis par la rédemption , et que la souffrance est le moyen de nous appliquer ces richesses de miséricorde et d'amour?

La doctrine qu'on peut tirer de la parole de Dieu se réduit donc à quatre points principaux.

(f) EpU. de saint Paul aux Colos*., eh. irver*. 24,

Premièrement, Dieu, après avoir remis le péché, se réserve d'infliger au pécheur une peine moins grande. Secondement, les œuvres de la pénitence, le jeûne , l'aumône , les larmes de la contrition , les prières ferventes , ont la puissance de nous épargner ces peines. Troisièmement, cet état de choses ne résulte point d'un article transitoire, en harmonie avec l'imperfection de la première loi , mais il résulte des rapports nécessaires et immuables de la justice de Dieu et des devoirs de l'homme , d'un principe antérieur à l'établissement de la loi mosaïque, et qui, appelé à lui survivre, et confirmé par Jésus-Christ, continue à subsister dans la nouvelle alliance. Quatrièmement , c'est donc une marque nécessaire , une partie intégrante du vrai repentir que de chercher à satisfaire lajustice divine, en se soumettant volontairement à ces œuvres de la pénitence, dont la vérité révélée nous enseigne l'efficacité devant Dieu.

Ces quatre propositions contiennent et résument toute la doctrine catholique relativement à la satisfaction. Or, je le demande, outre qu'on les trouve clairement exprimées dans l'Écriture, n'empoi tent-elles pas avec elles un caractère de justice et de raison qui frappe tous les yeux et qui s'accorde avec nos idées humaines? Toute offense

semble exiger une réparation, maïs des amis s'interposent , on négocie une réconciliation, quelle en est la condition ? C'est que l'offenseur fera des excuses. Là où la loi prononce la peine la plus sévère, ne voit-on pas quelquefois le droit de grâce intervenir et cette peine commuée ? Qu'arrive-t-il alors ? Pour que la justice publique soit satisfaite , un châtiment plus léger est infligé au gracié. C'est ainsi que, lorsque Dieu nous remet les souffrances infinies d'un supplice éternel, il semble raisonnable et juste que l'injure faite à sa divine majesté trouve sa réparation dans des actes extérieurs qui expriment le repentir, et dont le but est d'apaiser sa colère , et de nous épargner les châtiments que sa main, encore ouverte , va laisser tomber sur nos têtes.

Tels sont les principes sur lesquels repose cette troisième partie du sacrement de la pénitence qu'on appelle la Satisfaction. De là cet usage d'imposer, dans la confession , des œuvres de pénitence qui font partie de cette satisfaction, et dont l'accomplissement annonce, chez le pécheur, le vif désir de faire, autant qu'il est en son pouvoir, acte de réparation envers Dieu. Outre cette espèce de satisfaction, il en est une autre très-importante que je ne dois pas omettre; car les avantages pratiques qu'on en retire, dans

Je sacrement de pénitence, sont grands et précieux. La satisfaction dont j'ai parlé jusqu'ici a un caractère de prévoyance ; c'est en vue de l'avenir qu'on agit, car on a pour but d'éviter le châtiment temporel réservé par Dieu au pécheur. Mais il est une autre espèce de satisfaction plus essentielle que la première, une satisfaction dont la puissance rétrospective agit sur le passé, une satisfaction sans laquelle nous ne pouvons recevoir la rémission de nos péchés dans le sacrement, en l'absence de laquelle l'absolution du prêtre perd toute sa puissance; c'est la réparation que nous devons aux personnes qui ont eu à souffrir de nos transgressions , que ces transgressions aient été commises contre la loi divine ou la loi humaine. Le voleur n'est pas absous jusqu'à ce qu'il restitue l'objet volé, et, si cette restitution est devenue impossible , jusqu'à ce qu'il ait satisfait par une réparation équivalente. Avons-nous diffamé, calomnié le caractère d'une personne; avons-nous révélé ses défauts secrets; avonsnous tenu , sur son compte, des propos de nature à la décréditer et à lui nuire dans l'esprit de ceux qui lui accordaient de l'amitié et de l'estime? Nous lui devons une réparation pour le mal que nous lui avons fait. Une satisfaction aussi est due à. ceux dont nous avons blessé les sentiments , et

nous devons faire tous nos efforts pour rétablir l'harmonie là où nous l'avons détruite , et pour faire renaître la paix et la concorde là où nous avons semé la division.

La doctrine que je viens d'établir étant celle de l'Évangile, nous devons nous attendre à trouver dans l'Église, dés les premiers moments de son existence, une institution spéciale, destinée à assurer l'application de principes qui forment une partie si essentielle des prescriptions de Dieu. En effet, dès le commencement du catholicisme, nous ne voyons aucun principe plus profondément empreint, soit dans les écrits des premiers Pères, soit dans la discipline de l'Église universelle, que cette nécessité de faire pénitence et de donner satisfaction à Dieu. C'est là la base de tout ce système de législation connu sous le nom de Canons Pénitentiaux, législations qui, mesurant le châtiment à l'offense, décident de la peine encourue pour chaque péché; exigeant que les uns demeurassent prosternés pendant un certain nombre de mois, d'années même, devant les portes de l'église , épreuve après laquelle ils étaient successivement admis aux différentes parties du service divin , tandis que d'autres étaient souvent exclus, pour toute leur vie, des exercices du culte, et n'étaient admis à l'abso-

lution qu'à l'article de la mort. Certes, un pareil système devait avoir sa racine dans cette conviction profonde qu'éprouvait l'Église primitive, que de semblables pratiques étaient méritoires aux yeux de Dieu, qu'elles attiraient sa miséricorde sur le pécheur, et qu'elles apaisaient sa colère. Qu'est-ce que cette croyance, sinon une foi pleine et entière à la doctrine de la satisfaction? N'est-ce point reconnaître, en effet, que l'homme peut faire une sorte de réparation à Dieu, en se soumettant à des souffrances volontaires? L'existence de ce système est si certaine, si bien placée au-dessus de toute controverse, que personne n'a jamais été tenté de la mettre en question. Il peut y avoir des opinions diverses touchant la manière d'appliquer le système, ou touchant le principe d'après lequel il a pu éprouver certaines modifications; mais tout le monde doit reconnaître que c'était une persuasion générale, ou, pour parler plus juste, une conviction profonde dans toute l'Église, que de pareilles pratiques étaient méritoires aux yeux de Dieu. Cela est si vrai, que plusieurs écrivains modernes, qui ont traité de la pratique de l'Église catholique à cet < gard, comme venant des Pères, se font un argument de ce que la docti ine delà satisfaction, qui, selon eux, n'existe pas dans

l'Écriture, se trouve établie dans l'Église dés le premier, le second et le troisième siècle, pour en conclure que, dès ce temps-là, le christianisme avait été complètement défiguré par les corruptions humaines. On reconnaît par là que le témoignage de l'Eglise primitive milite en notre faveur. Je me contenterai de citer deux ou trois passages pour établir cette haute antiquité de nos doctrines sur ce point.

Saint Cyprien adresse, dans un de ses derniers ouvrages, ces paroles à ceux dont la foi avait faibli : « Faites pénitence, une pénitence » complète; montrez la contrition d'une âme » pleine de tristesse et de repentir. Cette péni- » tence qui doit satisfaire, reste seule à être » accomplie; mais ils ferment la porte à la satis- » faction, ceux qui nient la nécessité de la péni- » tence (1). » Ce Père fait allusion ici à la doctrine d'après laquelle on admettrait les fidèles qui ont renié la foi dans les temps de persécution, à rentrer en communion avec l'Église , sans avoir traversé les épreuves de la pénitence. Il continue ensuite en ces termes : « Celui qui aura )) satisfait ainsi à Dieu, en faisant pénitence de » son péché, a acquis plus de courage et de fer-

(1) Delapsis, p. 192-193.

» meté en raison même de sa chute; celui que le » Seigneur a ainsi entendu et aidé deviendra la » joie de l'Église; il ne méritera pas seulement » le pardon, mais une couronne. » Ainsi la pénitence peut nous mériter non-seulement le pardon, mais une récompense éternelle.

Dans les siècles suivants, les citations deviendraient innombrables, s'il fallait reproduire tout ce qu'ont écrit les Pérès sur les canons de la pénitence; partout nous retrouvons un principe proclamé comme la base de toutes ces lois, à savoir, que la satisfaction est nécessaire pour expier les offenses commises. Je citerai deux passages de saint Augustin à l'appui de cette assertion ; je ne saurais appeler une plus grande gloire et une plus illustre autorité en témoignage des doctrines de TÉglise. « Ce n'est pas assez que le pécheur » change ses voies et renonce aux œuvres du » mal ; il faut que, par les tristesses de la péni- » tence, les larmes de l'humilité, le sacrifice d'un » cœur contrit, les œuvres de l'aumône, il fasse » satisfaction à Dieu pour les péchés qu'il a com- » mis (1). » Dans les paroles qui suivent, nous trouvons une exposition claire et complète de cette doctrine, que Dieu, après avoir remis le pé-

(i) HomiliaI,t. n, p. 208.

ehë, punit cependant le pécheur. « Lave-moi de )) mon péché, » dit David. « Demandez à Dieu » de vous recevoir à merci, mais ne perdez point » de vue sa justice. Dieu, dans sa miséricorde, » remet îe péché ; dans sa justice, il le punit. Mais » quoi? suilira-t-il d'implorer la miséricorde, » et le péché demeurera-t-il impuni ? Que Da- » vid, que les autres pécheurs répondent, qu'ils » répondent avec David, qu'avec lui ils obtien- » dront miséricorde et répéteront avec lui : Sei- » gneur, mon péché ne demeurera pas impuni; » je connais la justice de celui dont/implore la » merci. Mon péché ne demeurera pas impuni; h mais, afin que vous ne le punissiez point, ce » sera moi qui le punirai (1). » N'est-ce point là, mot pour mot, la doctrine catholique telle que nous l'avons présentée? Vous le voyez, le péché est remis , mais cependant une peine sera infligée; Dieu veut le pécheur, mais le pécheur désarme la justice divine en la prévenant.

Ces citations suffisent, et, pour clore cette partie du sujet, nous nous contenterons de rappeler les termes du décret du concile de Trente touchant la satisfaction; vous verrez combien ce

(i) Enarrat. in psal. I, t. vin, p. 197.

concile est loin de contester l^s mérites du Christ, et d'autoriser le pécheur à croire qu'il peut par ses propres forces satisfaire à Dieu. « Mais la » satisfaction que nous pouvons accomplir ne » nous appartient pas de telle manière qu'elle ne » soit pas accomplie.par l'intermédiaire de Jésus- « Christ; car nous, qui sommes incapables de » former de nous-mêmes aucune bonne pensée, » comme de nous-mêmes (saint Paul), nous pou- » vons tout faire en celui qui est notre force. » L'homme n'a donc rien en quoi il puisse se » glorifier; mais toute notre gloire est dans le » Christ, dans lequel nous vivons, dans lequel » nous méritons, dans lequel nous faisons satis- » faction, en produisant des dignes fruits de » pénitence (saint Luc). C'est de lui que ces » fruits tirent leur efficacité; par lui ils sont » offerts au Père, et c'est par son intermédiaire » qu'ils sont acceptés. C'est donc le devoir des » ministres de l'Église, selon que la prudence le » leur suggérera, de peser le caractère du péché » et les dispositions du pécheur, et de lui imposer, « en les appropriant au cas, les salutaires satis- » factions de la pénitence, de crainte que, par » une connivence avec le pécheur, et par une in- » duîgence coupable pour le péché, imposant » pour les prévarications les plus grandes les

>■> pénitences les plus légères, ils ne partagent les » péchés des autres; qu'ils n'oublient jamais que » les actes qu'ils imposent n'ont pas seulement » pour but de maintenir le pécheur, à l'avenir, » dans une meilleure vie, et de le guérir de ses » infirmités passées, mais aussi de punir les pé- » chés qui ont été confessés (1). »

De la doctrine de la satisfaction, nous arrivons naturellement à la doctrine du purgatoire. J'ai déjà eu plus d'une occasion de faire remarquer la cohérence et l'harmonie qui régnent dans toutes les parties du catholicisme. En voici un nouvel exemple. Sans la doctrine du purgatoire, la doctrine de la satisfaction demeurerait incomplète. L'idée que Dieu exige une satisfaction et veut punir le péché ne reçoit pas son entier développement, si nous n'admettons pas que le pécheur peut être puni dans un autre monde, sans être privé, pour l'éternité, de la vue de Dieu.

Il est difficile de comprendre que l'esprit de parti ait réussi à rendre cette doctrine du purgatoire aussi odieuse, et à y trouver la source de tant de préjugés populaires soulevés contre le catholicisme. Qu'y a-t-il là qui répugne à la jus-

(j) Sess. xiv, c. vin.

tice de Dieu ou aux voies ordinaires de la Providence, ou qui soit en rien contraire aux lois de la morale? L'idée que Dieu ait établi entre les châtiments éternels et l'éternelle gloire un état mitoyen, halte accordée au temps entre l'éternité bienheureuse et l'éternité douloureuse, afin que, dans cette situation intermédiaire, ceux qui, sans être assez criminels pour mériter des châtiments sans lin, ne seraient pas cependant assez purs pour jouir immédiatement de la vision parfaite, pussent être purifiés par des souffrances temporaires, cette idée n'a certainement rien qui heurte les notions que nous possédons de la justice divine. Qui osera affirmer que tous les péchés sont égaux devant Dieu, qu'il n'y a pas de différence entre ces sanglants forfaits commis avec une préméditation qui les rend plus criminels encore, et les fautes légères dans lesquelles nous tombons tous les jours ? D'un autre côté, nous savons que les regards de Dieu ne sauraient s'arrêter sur le péché, quelque léger qu'il soit ,• que tout ce qui paraît en sa présence doit être parfaitement pur, parfaitement digne de lui, et nous devons naturellement en conclure que Dieu a pourvu, par un moyen quelconque, à ce que ceux qui se trouvent dans cette situation intermédiaire, entre les splendeurs du bien et les précipices du mal,

éprouvent un traitemeut en harmonie avec leurs mérites. Encore une fois, qu'y a-t-il dans cette doctrine prise en elle-même, qui ait pu soulever les colères et les calomnies dont elle a été l'objet? La doctrine du purgatoire est, dit-on, contraire à l'Écriture. 11 semble que, dans l'idée de ceux qui l'attaquent, ce soit un instrument destiné à enrichir le clergé ou à l'aider à dominer l'esprit du peuple par la crainte, en créant à son usage une terreur par laquelle il agit sur les esprits.

J'ai eu occasion de faire observer tout ce qu'il y a de peu logique à vouloir que les catholiques déduisent en particulier chacune de leurs doctrines de l'Écriture. Nos premières conférences ont été consacrées à établir qu'il y avait deux sources de vérités, l'Écriture et une tradition vivante personnifiée dans l'Église, au sein de laquelle Jésus- Christ lui-même est présent, pour l'assurer à jamais contre l'erreur. C'est sur cette autorité que les catholiques appuient leur croyance au purgatoire; cependant on retrouve cette doctrine, d'une manière indirecte, il est vrai, dans la parole écrite.

Pour envisager dans leur ensemble les preuves qui servent de base à cette doctrine, il est nécessaire de la rattacher à une autre pratique de l'Église, celle de prier pour les morts. Comme II. 14

cette pratique, ainsi que nous le verrons bientôt, est essentiellement basée sur la croyance au purgatoire, ces deux sujets sont étroitement liés, et Ton ne saurait les séparer. Pourquoi le catholique prie-t-il pour des êtres chéris qui sont sortis de ce monde, sinon parce qu'il craint que, n'ayant pas été, à l'heure de la mort, dans un état assez pur pour être admis en la présence de Dieu, ils aient été soumis à ces châtiments expiatoires auxquels Dieu assujettit les pécheurs, même après leur avoir remis leurs péchés, châtiments auxquels ils peuvent échapper par l'intercession de leurs frères? Je n'hésite pas à le répéter, ces doctrines ont l'une avec l'autre des rapports si intimes et si nécessaires, qu'on ne peut démontrer la vérité de la première sans changer l'autre en évidence. Car, si nous parvenons à prouver que c'est une croyance de tout temps établie dans l'Église du Christ, que ceux qui sont sortis de ce monde peuvent profiter de nos prières et leur devoir d'être admis en la présence de Dieu, comme, d'un autre côté, c'est une croyance universelle que ceux qui ont été condamnés à des peines éternelles ne sauraient être soustraits à leur châtiment; nous sommes logiquement amenés à conclure qu'il faut qu'il y ait, comme les catholiques l'enseignent , un état mitoyen dans lequel on

puisse être privé de la présence de Dieu, sans être pour cela condamné à des peines éternelles. En effet, vous allez voir ces deux doctrines se retrouver à la fois, et l'une à côté de l'autre, dans les passages des écrivains les plus anciens, et vous entendrez ces écrivains vous assurer que les prières pour les morts ont le pouvoir et la vertu de les faire sortir d'un état de souffrance.

Pour commencer par la parole écrite, il est un

passage qui n'a pu échapper à ceux qui se sont

occupés de ces matières. Il se trouve dans le second

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