‹ Conférence et discoursChapitre 11 sur 17 · SAINTE ANNE MODÈLE D'HUMILITÉ · texte numérisé non relu

SAINTE ANNE MODÈLE D'HUMILITÉ

du ciel, qui volent et planent dans l'espace ? Hélas! non, car eux peuvent sans crainte et sans indignité se présenter devant vous, Seigneur. Serait-ce aux animaux qui habitent et parcourent la terre ? Hélas ! non, car eux sont féconds devant votre face, ô Seigneur ! Serait-ce aux fleuves rapides, à la mer profonde ? Hélas ! non, encore, car leur fécondité recèle, dans la calme profondeur ou dans l'agitation de leurs flots, une multitude de poissons variés. Serait-ce, enfin, à la plaine immense ou à la vallée ombreuse ? Mais non, hélas ! car les plaines et les vallées produisent des fruits en leur saison, et leur fertilité vous bénit, ô Seigneur 1 "

Ainsi priait et gémissait l'épouse désolée de Joachim. Quelle humiliation dans sa vie ! Quelle humilité dans son attitude ! Et n'avais-je pas raison de la proclamer humble entre les humbles ?

Mais sa confiance a été récompensée, et son humiUté, exaltée au-dessus de toute espérance et de toute gloire. Etait-ce donc, pour elle, acheter trop cher, par vingt années d'opprobres et de souffrances, la gloire, l'unique et incomparable gloire de donner le jour à la Vierge JNIarie, à la Mère de Dieu, à celle qui règne sur les habitants de la terre comme sur les anges et sur les élus du ciel ?

Première exaltation de sainte Anne, fruit et récompense de son obscurité, et proclamant bien haut, dans l'humble vie de l'aïeule du Christ, la divine harmonie de la gloire et de l'humilité.

Cette harmonie, je la vois encore dans la survivance grandissante de sa mémoire et dans la progression et le développement que son culte a subi à travers les âges.

Oh ! sans doute, jamais, daus l'Eglise du Christ, le souvenir et le respect de son aïeule n'ont péri dans l'âme de ses fidèles. Mais son culte n'a pas toujours eu l'étendue et l'éclat dont il jouit aujourd'hui ; et dans cette survivance de sainte Anne, je constate encore cette succession de la gloire à l'humilité, qui a caractérisé sa vie.

Ses reliques en particulier, ces chères et saintes reliques qui, dans le culte de tous les saints, forment un objet si attrayant de notre vénération et de notre amour, les reliques de sainte Anne demeurèrent longtemps cachées dans l'ombre d'une crypte, plongées dans l'obscurité de l'ignorance et de l'oubli publics. Transportées, à coup sûr, d'Orient en Occident, au premier ou au deuxième siècle chrétien, elles furent, d'après une tradition touchante, enlevées à leur tombeau de Jérusalem et emportées précieusement par Lazare, Marthe, Marie et ce groupe de chrétiens haïs des Juifs, que leurs persécuteurs jetèrent dans une barque sans voiles et sans gouvernail et abandonnèrent aux caprices de la Méditerrannée. Mais une brise miraculeuse poussa la barque, sur des Ilots constamment propices, jusqu'aux rives fleuries de la Provence ; et les reliques de l'aïeule de Jésus furent remises par ses amis à l'église d'Apta Julia, (1) dont l'évêque était alors le bienheureux Auspice, Je vous laisse ù penser si ce trésor fut reçu avec joie par le pasteur et le troupeau, et de quelle vénération profonde il devint l'objet.

Mais bientôt vint la persécution, et le saint évoque, pour dérober son précieux dépôt aux profanations des païens, les cacha dans une cry|)te profonde de sa cathédrale. Après sa

(1; Aujouririini Apt ( Viiucliise).

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mort, les rares confidents de son secret l'emportèrent dans la tombe. Les barbares vinrent, puis les Sarrasins, foulant inconsciemment les dalles qui recouvraient l'obscur tombeau. L'oubli l'enveloppa tout à fait, et sept siècles passèrent sur lui sans en trahir le mystère. Mais un jour vint enfin qui fit cesser l'ingratitude des choses et rendit les saintes reliques à leur gloire.

L'an 792, Charlemagne entra en vainqueur dans Apt et rendit au culte du Christ le temple que son épée venait d'arracher aux profanations des infidèles. L'archevêque Turpin le consacra de nouveau. La foule des barons, des hommes d'armes et du peuple remplit ses nefs et fit résonner ses voûtes de la douceur des hymnes latines. Et soudain, au milieu de cette joie et de cette pompe, un fils de noble, adolescent de quatorze ans, aveugle, sourd et muet de naissance» acquit miraculeusement la parole et la vue, et révéla à l'empereur et à la multitude attendris la crypte, l'armoire murée et le coffre de cyprès où reposait, depuis sept siècles, le corps de l'aïeule du Sauveur. Une inscription murale l'attestait, et le miracle le proclamait. Charlemagne écrivit l'heureuse nouvelle au pape Adrien, qui en confirma l'authenticité par une lettre que l'on possède encore.

Au moment de cette merveilleuse découverte, la lampe qui brûlait encore, allumée par le B. Auspice en face du saint tombeau, s'éteignit à la lumière du jour, et une suave odeur émanée de la vénérable dépouille enveloppa l'assistance.

Cette lumière surnaturelle, mes Sœurs, qui, sept siècles durant, a brillé invisible devant la châsse, enfouie, de votre sainte patronne, luit aujourd'hui sur le monde ; cette odeuv

merveilleuse qui se dégagea, en ce jour, de ses ossements sacrés, embaume aujourd'hui le jardin de l'Eglise.

Quelques lieux privilégiés en ont une part plus abondante et plus glorieuse. Je nommerai entre tous la vieille terre bretonne, dont la race, forte en sa foi comme en ses coutumes, vient chaque année, au retour de la grande fête, s'agenouiller à rangs pressés sur le pavé de la basilique d'Auray, prosternant son front et ses lèvres dans la poussière du chemin, sitôt qu'elle aperçoit la statue d'or qui flamboie au sommet du clocher, et prolongeant sa nuit de jeûne et de prière jusqu'à l'heure où les prêtres de Jésus-Christ viennent la nourrir de la chair divine dont leur sainte patronne a porté le germe dans ses flancs miraculeux.

Je nommerai aussi cette rive de Beaupré, où les frères et les cousins des vieux Bretons d'Armorique viennent de tous les points de ce jeune continent, murmurer des prières héritées de leurs aïeux et suspendre aux murs du sanctuaire les témoignages des infirmités guéries et des sacrifices accomplis. Je nommerai encore toutes les chapelles et toutes les maisons de cette communauté des filles de Sainte-Anne, qui demandent à leur illustre patronne, la mère de la Vierge immaculée, l'art grand et difficile, — ignoré ou oublié peutêtre aujourd'hui d'un trop grand nombre de mères, — de former des épouses laborieuses et modestes, des mères fortes et vigilantes, des vierges pudiques et sacrifiées. Je nommerai surtout avec vous cette maison mère où nous sommes, tête et cœur de la vie intellectuelle et morale qui vibre dans les nerfs et coule dans les veines de ce grand corps, toujours en mouvement, en progrès, et qui pousse toujours plus au loin son œuvre d'éducation chrétienne.

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Et nous la nommerons surtout à partir d'aujourd'hui, car après la réception de cette précieuse relique et l'explosion de joie et de piété qu'elle suscite, le culte de sainte Anne va y recevoir une nouvelle splendeur, et ses fruits se multiplier en plus grande abondance.

Ne voyez-vous pas maintenant la gloire de sainte Anne, qui rayonne de son humilité en une éclatante réalisation de la parole de Marie : " Le Seigneur a exalté les humbles," Exaltavit humiles ?

Eh bien ! cette gloire, mes Sœurs et mes enfants, dans les limites de votre vocation et de votre état, n'y êtes-vous pas toutes appelées ? Cette humilité qui en est la source et le gage, ne voulez-vous pas toutes la pratiquer ? Gloire, sur la terre, du bien accompli dans votre âme et dans celle du prochain, édifié par le prestige aimable de la vertu ! Gloire, dans le ciel de la vertu récompensée et de la grâce confirmée !

Humilité, mes Sœurs, de l'œuvre, si laborieuse, si pénible et si sainte, de l'éducation: du sillon tracé, de la semence jetée, du matin au soir de chaque jour, dans une terre neuve, souvent aride et parfois ingrate, avec une patience qui ne se lasse pas, une application et un dévouement qui ne se rebutent pas, une affection qui ne se dément pas. HumiUté, mes enfants, de la vie, laborieuse et réglée, de l'élève et de la pensionnaire, dans la docilité qui ne s'insurge pas, dans la persévérance qui ne se décourage pas, dans la charité qui ne se refuse et ne s'isole pas, dans la chasteté qui ne s'avilit pas, dans la modestie qui ne se recherche et ne s'exalte pas !

Humilité et gloire chrétiennes, divine harmonie enseignée à l'homme par un Dieu fait homme! Humilité et gloire,

racine et fleur de la vie chrétienne! Humilité et gloire, racine et fruit de la vie éternelle, descendez dans nos âmes ! Transfigurez nos vies, à l'exemple de celles de Jésus, de Marie et d'Anne, par la grâce de Jésus, par l'intercession de Marie et d'Anne, afin qu'un jour, dans l'éternel concert des anges et des bienheureux, nous chantions le triomphe et la récompense de notre humilité, avec sainte Anne, notre modèle et notre patronne ici-bas, notre sœur, notre mère, notre compagne là-haut! Amen.

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